Toute la semaine, politiciens démagogues et journalistes aux ordres ont alimenté une campagne répugnante suite à la mort du jeune Thomas à Crépol, à l’image de Laurence Ferrari sur CNews, entamant son émission par : « Il y a dans l’air comme un parfum de guerre civile » ! Une instrumentalisation destinée à attiser les peurs et les préjugés racistes les plus crasses.

Et immédiatement, ce matin, le monde politicien s’est emparé de l’attaque mortelle de cette nuit à Paris, par un jeune connu pour des troubles psychiatriques et pour se revendiquer de l’Islam radical. Borne a donné le la : « Nous ne céderons rien face au terrorisme. Jamais », un ton martial mille fois entendu alors que tout démontre que leur guerre contre le terrorisme ne fait que l’entretenir et engendrer des tensions mortelles et, effet collatéral, des actes désespérés d’individus fragiles.

C’est bien là le but des provocations verbales de la droite et physiques de l’extrême droite, exacerber les tensions, les peurs et la xénophobie dont ils espèrent tirer profit.

Comme cette descente provocatrice de groupuscules d’extrême-droite le 25 novembre à Romans-sur-Isère, de leur tentative de « ratonnade » dans le quartier de la Monnaie, suivies d’autres manifestations à Lyon, Grenoble, Aix-en-Provence. Darmanin a annoncé la prochaine dissolution de trois de ces groupes. Une mesure dérisoire destinée à donner le change.

L’hypocrisie est totale de la part du pouvoir, qui participe de cette escalade raciste et réactionnaire. A commencer par Darmanin, qui a déclaré dès le lendemain du décès de Thomas : « C’est une faillite générale de notre société (…) Nous devons remettre de l’autorité partout » en reprenant la formule de l’extrême-droite : « Ça s’appelle l’ensauvagement » !

Véran, porte-parole du gouvernement et ex député du PS, a repris le même discours à Crépol, en brandissant la menace « d’un basculement de notre société si nous ne sommes pas à la hauteur » ! Et question « hauteur », il s’y connaît en dénonçant les « parents déficients » qu’il veut condamner à des travaux d’intérêt général ou les jeunes délinquants qu’il veut mettre en centres fermés encadrés par des militaires.

L’ensemble du bloc réactionnaire, de Renaissance au RN en passant par LR, est en pleine surenchère, alimentée par la concurrence à laquelle ces politiciens se livrent pour en prendre la tête.

Une fuite en avant qui pousse Ciotti à refuser de condamner les exactions des groupuscules d’extrême-droite à Romans-sur-Isère avant de rétropédaler. Une occasion pour le RN de poser en parti de pouvoir, comme Bardella revendiquant « l’autorité légitime de l’Etat et la force des lois », tout en distillant la même haine raciste que ces groupuscules, en dénonçant des « jeunes de cité » venus pour « planter des Blancs » !

Darmanin à l’offensive avec sa « loi immigration »

Parallèlement à cette campagne nauséabonde, le projet de loi immigration passait cette semaine en commission des lois de l’Assemblée Nationale avant d’y être débattue à partir du 11 décembre.

Le texte a été particulièrement durci par LR et Darmanin au Sénat, passant de 27 articles à une centaine. La droite est même allée jusqu’à la suppression de l’AME (aide médicale pour les sans-papiers) et son remplacement par une AMU avec un panier de soins considérablement réduit.

Un spectacle écœurant de voir ces sénateurs aux privilèges exorbitants dénoncer les « abus » des étrangers sur notre système de santé. L’AME est au contraire bien trop faible, à peine 0,5 % des dépenses de santé, pour sauver des vies dans un des pays les plus riches de la planète !

La commission des lois a finalement supprimé cet article, mais rien n’est sûr quant à l’avenir de l’AME, à laquelle l’accès avait déjà été rendu plus difficile par une série d’obstacles administratifs. Maintenant, Darmanin parle de la limiter dans le temps pour récupérer les voix de LR. Des tractations cyniques, comme le souligne un chef de service de l’hôpital Delafontaine à St Denis qui dénonce « la lâcheté de s’en prendre aux migrants » en rajoutant : « Ce rejet des précaires ne se limitera pas aux étrangers et on glissera de l’étranger malade au pauvre » !

Le reste du texte est à l’avenant, sur la limitation du regroupement familial ou sur la régularisation des travailleurs sans-papiers dans les métiers en tension à laquelle le préfet pourra s’opposer « en cas de menace à l’ordre public, de non-respect des valeurs de la République ou de polygamie »… Là encore, les fantasmes et les peurs !

Le projet de loi veut aussi réformer la Cour nationale du droit d’asile en imposant la généralisation du juge unique au lieu de trois, ce qui était jusque-là l’exception. La pression s’accroît pour mettre en place une justice expéditive contre les migrants.

Darmanin s’est cyniquement félicité des nombreux ajouts du Sénat conservés dans son texte. Qu’importent les conséquences et les vies impactées ! En démagogue prêt à tout, il veut montrer qu’à l’inverse d’une Le Pen « trop molle », lui passe aux actes.

Pas un média ne dénonce la violence de ces discours nauséabonds et racistes, pas plus qu’ils ne dénoncent la violence sociale qui s’aggrave. Ces politiciens, comme les médias aux ordres de Bolloré ou autres milliardaires, défendent leurs privilèges quoi qu’il en coûte, flattant l’égoïsme national, stigmatisant les migrants comme boucs émissaires pour dévoyer la colère des classes populaires.

La violence sociale, c’est celle des privilégiés et des inégalités sociales

Pourtant, le quotidien d’une très grande partie des classes populaires est frappé par cette violence sociale, la misère et la dégradation brutale de ses conditions de vie face à l’inflation.

La presse économique se félicite de ce mois de novembre pour le CAC40, un mois faste avec + 6,17 %, le meilleur depuis 40 ans parait-il ! Tandis que les Restos du cœur annoncent que pour la première fois, ils doivent réduire les dotations en repas et refuser près de 150 000 personnes cet hiver.

L’association est débordée. Elle a accueilli 1,3 millions de personnes l’an dernier, soit 200 000 de plus que l’année précédente. Toujours plus de retraités, d’étudiants, de familles monoparentales, de personnes sans emploi ou de travailleurs dont le salaire ne permet pas de boucler les fins de mois. Comme le dit le président des Restos, Patrice Douret : « la précarité augmente, la faim progresse, on a des familles qui font le choix entre se nourrir et se chauffer, se loger, se déplacer ».

Et face à cela, le gouvernement s’en prend à la protection sociale, en accusant les pauvres, les immigrés, les chômeurs. Le Maire veut même s’en prendre aux salariés seniors de plus de 55 ans qui ne trouvent plus de travail, en voulant ramener leur durée d’indemnisation de 27 mois à 18 mois alors que l’âge de la retraite est repoussé à 64 ans. Le mépris de classe plein la bouche, « Si on ne se secoue pas les puces, il n’y aura pas 5 % de taux de chômage » !

Assurance chômage, loi « plein-emploi », une attaque contre l’ensemble des travailleurs

Le gouvernement poursuit la même politique avec sa loi « plein-emploi », qui prévoit dès le 1er janvier d’intégrer les demandeurs d’emploi, les bénéficiaires du RSA, les jeunes des missions locales… dans France Travail qui va remplacer Pôle Emploi. Tous devront signer un « contrat d’engagement » pour 15 h au moins d’activités par semaine, sous peine de suppression des allocations.

Le gouvernement reste dans le flou en parlant de « formation » ou « d’accompagnement », mais sa politique ouvre la porte au travail gratuit et aux petits boulots en tout genre pour les pauvres. Un profond recul de toute la société.

Parallèlement, les « partenaires sociaux » viennent de signer (sauf la CGT) une nouvelle convention de l’assurance chômage. Tous ont accepté de se plier à la lettre de cadrage du gouvernement, refusant tout retour en arrière en matière d’allocation ou de durée d’indemnisation des privés d’emplois, sans parler de la ponction de 12 milliards par le gouvernement dans les caisses de l’Unedic pour financer France Travail.

Alors que les mesures prises par Macron en 2021 ont conduit à une baisse de 16 % des allocations en moyenne, la nouvelle convention prévoit de rogner 950 millions d’euros sur le dos des chômeurs par le paiement sur 30 jours calendaires quel que soit le mois concerné. Au passage, le patronat obtient même une baisse du taux de cotisation de 0,05 points. Mais pour le gouvernement qui vient de renvoyer la convention au mois de juin, le compte n’y est pas. Il faut encore plus de reculs, en particulier contre les salariés seniors.

Combattre pour nos droits, unir nos luttes

Une véritable régression sociale est en route, qui vise l’ensemble des travailleur.es et des classes populaires, détruisant les quelques protections qui pouvaient exister et dépossédant une large fraction des classes populaires.

L’offensive réactionnaire et raciste à laquelle nous assistons est le produit même de cette politique des classes dominantes, prêtes à tout pour maintenir leurs profits et leur pouvoir.

Lutter contre cet « ensauvagement » du capitalisme signifie opposer une politique globale face à l’ensemble des attaques. La lutte pour les salaires, contre le chômage, contre le racisme est indissociable de celle pour nos droits démocratiques et pour imposer notre contrôle sur cette société que nous faisons tourner tous les jours.

Ce combat signifie faire vivre la solidarité de classe, l’internationalisme, l’unité de l’ensemble des travailleurs, avec ou sans travail, quelle que soit la nationalité ou la couleur de peau. « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous ».

Laurent Delage

 

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