Guerre en Ukraine, retraites, inflation, crise climatique… Macron a une nouvelle fois cherché à s’appuyer sur les peurs et les inquiétudes lors de ses vœux. Appelant à pourfendre « l’esprit de la défaite » et bien sûr à « travailler davantage », il tente de rallier à sa politique d’union nationale derrière le capital pour étouffer la contestation politique et sociale qui monte.

La posture tourne au ridicule. Ses grands appels à « l’unité » sont bien impuissants à stopper le mécontentement contre sa réforme, tout comme les justifications mensongères affirmant qu’avec le recul de l’âge de départ à 65 ans, « l’objectif est de consolider notre régime qui, sans cela, serait menacé ». Le système de retraite sera excédentaire de 3 milliards en 2022 et les fameux déficits mis en avant par le gouvernement représentent… 0,45 % du PIB sur les 25 ans à venir. Rien d’insurmontable, surtout en exigeant notre dû sur les salaires !

D’après les sondages, 27 % de la population seulement soutient la réforme, 68 % sont pour revenir à la retraite à 60 ans et quatre Français sur dix se disent prêts à se mobiliser, avec une proportion plus importante chez les actifs. Des chiffres qui font dire au patron de l’institut de sondage Elabe : « Emmanuel Macron et son gouvernement doivent se méfier car cet état de lassitude peut être un trompe-l’œil et on peut penser qu'il ne manque qu'une étincelle ».

Qu’importe à Macron qui veut sa réforme à tout prix et qui appelle le gouvernement à « ne [pas] céder aux professionnels de la peur ». Derrière son arrogance, c’est le sentiment même des classes dominantes qui s’exprime, que reprend l’éditorialiste des Échos cette semaine en défense des superprofits : « Le problème, ce ne sont pas les profits ni leurs niveaux. C’est ce qu’on en fait et qui en profite. Et sur ce terrain, il conviendrait de sortir d’une vision purement idéologique pour faire preuve d’un peu de pragmatisme […] Les profits d’aujourd’hui contribuent dans plus d’un domaine à construire un lendemain meilleur ».

Qui peut encore croire à cette fable du ruissellement ? Oui, tout va bien pour les privilégiés, à l’image des patrons des 120 plus grosses entreprises françaises cotées à la Bourse qui ont augmenté de 22 % leur rémunération entre 2019 et 2021.

Vue d’en bas, la gabegie du capitalisme s’étale à tous les niveaux. Le gouvernement comme les multinationales qu’il sert sont incapables de faire face aux besoins élémentaires de santé ou d’énergie, ni même d’enrayer l’inflation dont ils sont responsables par la spéculation et la hausse de leurs marges. Au contraire du « lendemain meilleur », ils mettent en œuvre une politique de prédation généralisée contre les classes populaires, de désorganisation de la vie sociale dont le désordre énergétique est une des manifestations dramatiques.

L'aveuglement de Macron qui fait de sa réforme des retraites qu’il n’avait pas pu mener à bien en 2019 un affrontement politique déterminant, pourrait bien aboutir à l'inverse de ce qu'il veut. Loin de mettre le monde du travail à genoux, il est en train de pousser même les plus conciliants à réagir. Ce début de 2023 pourrait bien être pour lui une défaite cinglante.

Vie chère, retraites, chômage… Une offensive tous azimuts

L’Insee annonce une inflation à 5,9 % pour décembre. Mais elle prévoit déjà une montée à 7 % dès les premiers mois 2023, suite au relèvement du bouclier tarifaire à 15 % pour le gaz et l’électricité.

Une inflation qui frappe durement les classes populaires avec l’augmentation des produits de grande consommation. D’après l’IRI, qui analyse les prix des produits de grande consommation, le caddie de supermarché a augmenté de près de 12,5 % sur 2022. Et pour ce qui est de 2023, la grande distribution annonce déjà un « tsunami d’inflation » vu les prix annoncés par les fournisseurs.

Face à cette flambée des prix, les salaires ne suivent pas. D’après la Dares, le salaire mensuel de base n’a augmenté que de 3,7 % sur 2022. Quant à la situation des plus précaires, l’Unedic vient de faire le bilan de la réforme de l’assurance-chômage de 2019 qui se traduit par une diminution moyenne de 16 % des allocations.

L’inflation touche aussi les artisans comme les boulangers qui ont fait parler d’eux cette semaine. Par le jeu des spéculations, les matières premières se sont littéralement envolées sur un an : 41 % pour la farine, 22 % pour le beurre, 39 % pour le sucre et même 87 % pour les œufs avec l’effet cumulé de la grippe aviaire.

Mais surtout, ils doivent faire face aux renégociations de contrats de distribution de gaz et d’électricité pour ceux qui ne bénéficient pas du bouclier tarifaire. Les fournisseurs profitent à plein de la loi du marché avec des factures multipliées par 4 ou 5 et parfois davantage. Un boulanger de l’Oise a occupé un rond-point en début de semaine pour dénoncer sa facture passée de 2 000 € à plus de 12 000 € ce mois-ci !

Face à la grogne qui s’étend sur les réseaux sociaux avec des appels à manifestation, le gouvernement a lâché quelques mesurettes, comme cet « amortisseur » électricité pouvant aller jusqu’à la prise en charge de 20 % des factures, le report du paiement des cotisations sociales et fiscales ou la résiliation sans frais des contrats d’énergie.

Pas de quoi calmer la colère des boulangers, courtisés par ailleurs par le RN. Mardi, Bardella leur envoyait une lettre bien patriotique se terminant par « votre production n’est pas qu’un bien de consommation, elle est un motif de fierté nationale » !

En rupture avec ces démagogues prêts à tout pour leurs calculs de pouvoir, le monde du travail a besoin de formuler ses propres réponses face à la vie chère et à la spéculation, qui passent par son propre contrôle sur la marche de l’économie et la remise en cause du pouvoir des capitalistes de décider des prix et des salaires.

Gauche syndicale et politique, enfermée dans le cadre même du système

Une politique qui signifie un affrontement dont ne veulent pas les directions des grandes confédérations syndicales. Elles en restent à leur rôle de « partenaires sociaux » qui, cette semaine encore, se sont prêtées au jeu des concertations de Borne. Pas question pour elles de rompre ce cadre du « dialogue social » alors qu’il est évident que Macron veut l’épreuve de force.

Qu’importe, l’intersyndicale attend l’annonce du gouvernement le 10 janvier, sans prendre aucune initiative. Une posture qui permet à la CFDT de discuter avec Borne de la pénibilité, des carrières longues, de « l’emploi des seniors »… comme si l’urgence n’était pas d’exiger le retrait pur et simple de la réforme et le retour aux 60 ans et 37,5 annuités de cotisation.

Et les journées d'action dispersées ne manquent pas, dans l’Education le 17 janvier ou dans la santé avec l’appel de FO à une « grève illimitée » à partir du 10 janvier et celui de la CGT entre le 13 et le 19 janvier.

Sur le terrain de la gauche parlementaire, la Nupes continue d’afficher une unanimité de façade de plus en plus effritée par leurs préoccupations d’appareil. Quelle crédibilité peut bien avoir leur opposition au gouvernement sur les retraites ? Faure réclame aujourd’hui le « retrait » de la réforme sans dire un mot sur celle de Touraine qu’il a soutenue avec le PS et sur laquelle s’appuie Borne. Elle est toujours en vigueur aujourd’hui, avec l’échéance programmée d’imposer les 43 annuités pour une retraite à taux plein.

Tous se préparent à mener leur opposition institutionnelle et parlementaire, complément de celle du « dialogue social » des directions syndicales. Un théâtre bien impuissant à stopper l’offensive de Macron et de Borne, qui même s’ils ne rallient pas la droite au parlement, auront toujours l’option du 49.3.

Mais rien n'est écrit. La montée du mécontentement, de la colère pourrait bousculer la routine bureaucratique de cette gauche installée dans les institutions. La suite dépend de notre capacité à prendre les affaires en mains, à entraîner les équipes militantes, à intervenir directement face à la faillite en cours, démocratiquement et à la base. C'est bien une lutte d'ensemble qui est à l'ordre du jour pour les salaires et les retraites, faire respecter les intérêts de l'ensemble du monde du travail.

Intervenir nous-mêmes, prendre nos affaires en main

Pour cela, les travailleurs ont besoin de se donner un plan d'action, un programme qui ne peut se limiter à la question des retraites.

Alors que l’inflation dévore les salaires, les pensions, les allocations, il est urgent d’imposer des augmentations de 400 € de rattrapage et d’indexer les revenus sur les prix.

Les fermetures d’entreprises se multiplient. En Ile-de-France, les liquidations judiciaires ont augmenté de 30 % sur un an. Face à la précarité, il faut non seulement abroger les dernières réformes de l’assurance-chômage mais imposer le partage du travail entre tous, sous contrôle des travailleur.es et sans perte de salaires.

C’est la spéculation financière qui fait s’envoler les prix de l’énergie. Le gouvernement a beau jeu de parler de la « nationalisation » d’EDF. En fait il poursuit sa politique de démantèlement pour servir les intérêts des redistributeurs : TotalEnergies, Eni, Engie, Ekwateur,… Il est urgent d’en finir avec ce « libre » marché pour imposer un service public de l’énergie, contrôlé par les salariés et fonctionnant à partir du coût de revient réel.

Il est urgent d’en finir avec la politique du « quoi qu’il en coûte » pour la défense des profits. Le gouvernement vient d’accorder 8 milliards par an aux entreprises par l’annulation sur deux ans de la CVAE (une partie de l’ancienne taxe professionnelle). Ce sont les budgets sociaux, les services publics dévastés qui en subiront les conséquences. Dans la santé, l’éducation, le secteur social, il est urgent de reconstruire les services publics à l’abandon, par des embauches massives et des moyens, sous contrôle des salarié.es et de la population.

Ces perspectives sont au cœur des discussions dans les entreprises, dans les collectifs qui se réunissent à nouveau face à l’offensive sur les retraites. Les méthodes des Gilets Jaunes se réinvitent dans la contestation, eux qui appelaient sans attendre à manifester le samedi 7 janvier contre l’inflation et la réforme des retraites. Même si ces manifestations n’étaient pas massives, elles ont permis de relancer des occupations de ronds-points, des rassemblements qui se donnent des rendez-vous pour la suite. Des initiatives se prennent en même temps que les grèves sur les salaires se poursuivent un peu partout. C'est ensemble, à la base sur nos lieux de travail, dans nos organisations que nous pourrons débattre et mettre en œuvre nos réponses, bousculer la routine des appareils pour faire plier Macron et la finance.

Laurent Delage

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