Alors que Macron se pavanait à la Maison blanche, imbu de lui-même et flatté d’être reçu par Biden, tout en tentant vainement de dénoncer l’agression économique des USA contre leurs propres alliés européens, contre « son ami » Macron, pour la 7ème fois en quelques semaines, la première ministre déclenchait le 49.3 pour, cette fois, l’ « adoption » définitive du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Et pendant que Macron, quelque peu ridicule, espère amadouer Biden, son gouvernement poursuit obstinément une politique qui s’inscrit dans cette folle concurrence mondiale pour y défendre les intérêts du grand patronat, de la finance contre le monde du travail et la population.

Le PLFSS, en continuité avec les politiques sanitaires passées, ne peut qu’amplifier la faillite du système de santé désormais incapable de répondre aux besoins de la population. Urgences saturées, hôpitaux et médecine de ville submergés par les épidémies saisonnières, bronchiolite, grippe, Covid… personnels épuisés et sous-payés, manque abyssal de lits, de matériel, de médecins, d’infirmiers et autres personnels, déserts médicaux… rien dans le PLFSS ne peut apporter un début de réponse ! Borne n’en a pas moins déclaré « à l’issue de l’examen du texte, et à quelques jours du terme du délai constitutionnel, je regrette à nouveau, comme je l’ai déjà fait, que les positions soient restées figées. Et que malgré les avancées, chaque groupe d’opposition ait réaffirmé sa volonté de s’opposer au projet de loi, quoi qu’il contienne, quel qu’il soit », justifiant le passage en force « constitutionnel » du 49.3, un concentré de la Vème République et de ses institutions et constitution, taillées sur mesure pour que les gouvernements au service des classes dominantes gouvernent.

En « réponse », selon un procédé tout aussi huilé, LFI a déposé une 7ème motion de censure, cette fois avec l’ensemble de la Nupes, regrettant que n’ait pas été donné aux « parlementaires le temps d’un réel débat » alors que « les circonstances le réclament »… Comme si ces « débats » pouvaient répondre à l’offensive et l’incurie des classes dominantes et de leur gouvernement qui enchaîne les textes de lois contre la population, les travailleur.es… Ces motions de censure, qui ne pourraient avoir une chance d’aboutir que votées par le RN et LR, participent de la confusion générale et soulignent l’impasse du jeu parlementaire.

Face à l’offensive des classes dominantes, une agitation parlementaire et un dialogue social stériles

Tout en multipliant 49.3 et provocations, le gouvernement suit le calendrier du grand patronat et tente de faire passer textes et réformes au pas de charge.

Après l’annonce du projet de loi sur l’immigration que Darmanin espère pouvoir présenter en début d’année ; celui de la loi anti-squats qui renforce les possibilités d’expulsion et accroît les peines encourues au moment même où des dizaines de milliers de personnes et familles affrontent l’hiver dans la rue ou sous une tente ; après le projet de loi « portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi » qui va baisser l’indemnisation des chômeurs en fonction du taux officiel de chômage et supprime les indemnités en cas d'abandon de poste ou de refus de CDI ; Borne vient de lancer le compte à rebours de la réforme des retraites. Elle la présentera le 15 décembre aux « partenaires sociaux » et compte « dès cet été » mettre en place un « report progressif » de l'âge de départ pour passer de 62 à 65 ans d’ici 2031. « Mais, a-t-elle ajouté, s’il existe une autre voie proposée par les organisations syndicales et patronales qui permette d’arriver au même résultat, nous l’étudierons. Pouvons-nous parler ? Ce qui est exclu, en revanche, c’est de baisser le montant des pensions ou d’augmenter le coût du travail par des cotisations supplémentaires ».

Ce n'est « pas vraiment une main tendue » a noté, fin observateur, le Monsieur retraites de la CFDT… appelant à « changer de pied sur la réforme » et expliquant « C'est le job d'un syndicaliste d'aller au bout d'une concertation et d'attendre les éléments définitifs de réforme pour se positionner » avant de prévenir que la CFDT prendra « ses responsabilités en termes d'opposition dès début janvier ».

« La stratégie de l’exécutif est vraiment incompréhensible. A quoi bon ouvrir avec nous un round de discussions sur le financement du régime si c’est pour réduire le débat à un choix aussi binaire ? », a demandé de son côté Céline Verzeletti, secrétaire confédérale CGT… Quant au PCF Pierre Dharréville, vice-président de la commission des affaires sociales à l’Assemblée, il a regretté que « Le gouvernement continue de réaffirmer son objectif de destruction sociale tout en organisant des négociations avec les syndicats dont on se demande s’ils sont le lieu d’une véritable discussion ou simplement pour décorer »… tandis que Mathilde Panot, LFI, accusait : la « Macronie souffre d’autoritarisme et de mensonge compulsif ». Certes…

Alors que la très grande majorité de la population (79 %) est opposée à la réforme, la gauche institutionnelle syndicale et parlementaire est paralysée, sans autre horizon face au rouleau compresseur des classes dominantes que les « discussions ».

La « journée d'initiative parlementaire du groupe LFI » le 24 novembre (qui permet au groupe de fixer l’ordre du jour) a elle aussi illustré l’impasse des jeux parlementaires. Avant même l’ouverture, LFI retirait sa « proposition » de porter le SMIC à 1600 euros, pourtant bien modeste, pour se concentrer sur celle pouvant obtenir une majorité, l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution votée par la majorité gouvernementale qui avait elle-même déposé un texte en ce sens…

… Alors que la révolte gronde

Loin de l’agitation impuissante de l’Assemblée, dans les entreprises petites ou grandes, depuis la grève des raffineurs les luttes se multiplient, touchant différents secteurs, publics ou privés. La plupart posent la question des salaires, des conditions de travail, de la dignité et partent de la base, de travailleurs jeunes ou moins jeunes, parfois précaires, qui n’ont souvent jamais participé à des mouvements.

Parmi elles, la lutte des salariés d’Arc en ciel, géant de la sous-traitance du nettoyage d’hôpitaux, universités, gares et autres sites publics, qui emploie 8 000 personnes. Le mouvement démarré il y a 8 semaines pour les salaires et les conditions de travail s’est étendu à plusieurs villes.

A Créteil, chez Rentokil Initial, société de distribution de produits d’hygiène pour les entreprises, 25 chauffeurs sont en grève depuis trois semaines pour les salaires et contre le flicage par logiciel de leurs déplacements. A la distribution colis de la Poste à Bordeaux, une grève pour une prime de 140 euros mensuels dure depuis un mois. Dans des cliniques, des Ehpads, dans le commerce comme à Action, dans des services publics comme à la CPAM d’Ajaccio ou dans des grosses entreprises telles que Sanofi dans le Rhône, les mouvements de colère se multiplient. A GRDF, la grève démarrée il y a un mois se poursuit : « actionnaires fonds illimités, GRDF grève illimitée » annoncent des banderoles. Les grévistes refusent de se plier au chantage de la direction et à l’appel des syndicats qui ont signé un accord, ils continuent avec la CGT. Ils ont passé des milliers d’abonnés en mode gratuit ce 1er décembre.

Les contrôleurs SNCF, massivement en grève ce week-end avant les NAO qui débutent le 7 décembre, ont également posé un préavis pour Noël… Dans l’aérien, des préavis sont déposés à Air France, ADP, EasyJet… Jusqu’aux médecins dont la grève cette fin de semaine portait certes des revendications catégorielles mais exprimait bien au-delà le profond malaise d’une profession qui s’est pour une grande part féminisée et prolétarisée et dont la colère face à l’effondrement du système de santé dépasse de loin la question du prix de la consultation.

De plus en plus de travailleur.es refusent de céder au chantage, les esprits se libèrent, la nécessité de se battre, de faire par soi-même s’impose, même s’il est encore difficile de faire du lien entre les secteurs en lutte, si cela n’apparaît pas forcément comme une nécessité aux grévistes qui découvrent la lutte collective, l’organisation, les piquets. Mais ce qui se passe est profond et les expériences et apprentissages se font de façon accélérée.

Unir nos forces, débattre pour porter nos exigences et préparer notre suite

Toutes les luttes posent la question des salaires alors que les prix s’envolent, en premier lieu l’alimentaire (+18%), l’énergie, le carburant le mois prochain…

L’explosion des profits et les dividendes distribués aux actionnaires, la rémunération des dirigeants du CAC 40 qui a augmenté de 52 % en un an pour atteindre plus de 600 000 euros par mois en moyenne… alors que le SMIC augmentera en janvier de 1,8 % (24 euros), nourrissent la colère, la volonté d’exiger notre dû face à l’égoïsme criminel, au mépris, au cynisme et à l’incurie des classes dominantes.

Les nombreux mouvements et conflits qui éclatent à travers le pays portent en eux, au moment où débutent dans de nombreuses entreprises les négociations annuelles sur les salaires, la perspective d’un mouvement d’ensemble, d’une grève générale à l’image de ce qui se construit en Angleterre. Des centaines de milliers de travailleurs s’y mobilisent depuis cet été contre les conséquences de l’inflation proche de 14 %. Royal mail, hôpitaux, chemins de fer, enseignement, toute la société craque… Pas un jour d’ici Noël sans qu’un ou plusieurs secteurs soient en grève, jusqu’aux infirmières de l’hôpital public dont le salaire réel a baissé de 20 % depuis 2010 et qui seront pour la première fois dans la rue les 15 et 20 décembre. Un vrai « calendrier de l’Avent des grèves » comme l’a appelé la presse, qui témoigne de la profondeur de la colère mais aussi de l’absence d’une politique pour la convergence dont ne veulent pas les centrales syndicales qui cherchent au contraire à contenir le mouvement sur le terrain corporatiste à la recherche d’accords branche par branche…

Ce mouvement d’ensemble pour les salaires se construit à la base, sur les lieux de travail, en toute indépendance du dialogue social ou du jeu parlementaire dans lesquels les classes dominantes voudraient enfermer les travailleur.es.

Imposer l’échelle mobile des salaires, le contrôle des prix, des plans massifs d’embauche dans les services publics, la santé, l’enseignement, le transport ne peut se faire sans une confrontation centrale avec la bourgeoisie pour le contrôle des richesses, de l’économie, de la société.

Notre tâche, celle du mouvement révolutionnaire, des militant.es lutte de classe est de contribuer à l’organisation des travailleur.es, de la jeunesse, de l’ensemble des opprimé.es, à la prise de conscience de la force qu’ils représentent ensemble pour unir les luttes, pour débattre de nos exigences, des moyens de les imposer, afin de mettre un coup d’arrêt à une politique qui sacrifie les conditions de vie de toute la population aux intérêts d’une minorité de privilégiés parasites.

Isabelle Ufferte

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