« Nous sommes sur l’autoroute vers l’enfer climatique avec le pied toujours sur l’accélérateur », « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif », a déclaré à la tribune, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies pour l’ouverture de la COP27, la nouvelle conférence sur le climat qui se tient en Égypte du 6 au 18 novembre... L’augmentation du nombre et de l’intensité des catastrophes écologiques depuis deux ans, sécheresses extrêmes, pics de chaleurs, inondations, mégafeux, tempêtes et tornades, confirme que c’est bien là un enjeu crucial pour l’humanité. Et cela rend d’autant plus insupportable et révoltant l’étalage de cynisme des chefs d’Etats comme des multinationales qui atteint des niveaux sans égal... dans un contexte de guerre, d’aggravation des rivalités économiques, de montée du militarisme, de spéculation sur les prix des énergies et des denrées alimentaires, d’explosion de l’endettement, qui ne fait qu’aggraver la situation.

Cynisme et violence des classes dominantes

Cette COP se tient dans la station touristique hautement sécurisée de Charm-el-Cheik, vitrine du régime du général dictateur Sissi, alors qu’il y a actuellement en Egypte plus de 60 000 prisonniers politiques. Ainsi le jour même de l’ouverture de la COP, Alaa Abdel-Fattah, militant de la révolution de 2011, régulièrement emprisonné depuis des années, a durci sa grève de la faim commencée en avril en arrêtant de s'hydrater pour dénoncer sa détention arbitraire et ce régime dictatorial corrompu. Il y a eu de nombreuses arrestations dans les jours précédant l’ouverture de la conférence pour empêcher toute tentative d’organiser une contre-manifestation. Face à la colère et à la révolte qui monte devant l’incurie des classes dominantes, les dirigeants politiques ne savent masquer leur impuissance et leur servilité qu’en accentuant la répression !

Comme les précédentes, cette COP est sponsorisée par plusieurs multinationales parmi les plus polluantes dont la plus emblématique, Coca Cola, troisième multinationale agroalimentaire, arrive en tête des entreprises polluantes avec 10% de la pollution mondiale de plastique et un accaparement de l’eau potable dans plusieurs pays.

Elle ne sera avant tout, comme les précédentes, qu’une foire au capitalisme vert où plus de 600 lobbyistes des multinationales pétrolières et des représentants d’entreprises privées présenteront toutes sortes de montages financiers aux noms ronflants, « défense verte », « net zéro », qui ne servent qu’à masquer la réalité : la multiplication des nouveaux projets d’exploration et d’exploitation des combustibles fossiles dans diverses régions du monde en Afrique ou en Méditerranée orientale impliquant davantage d’infrastructures telles que des pipelines, des ports et des sites de forage en mer... et toujours plus d’émissions de CO2.

Pendant 15 jours, à la tribune vont se succéder des chefs d’État qui pour l’immense majorité n’ont pas pris ou pas tenu les engagements promis lors de la COP21 de Paris en 2015. Selon les scientifiques, le peu d’engagements annoncés devraient conduire à une hausse de 2,5 à 2,8°C d’ici à la fin du siècle, loin de l’ambition proclamée de la limiter à 1,5°C. Sur la base des plans climats des Etats les émissions mondiales de gaz à effet de serre vont encore augmenter de 10,6% d'ici à 2030 alors qu'il faudrait qu'elles baissent de 45% par rapport à 2010 pour espérer limiter la hausse de la température du globe.

Macron peut prendre la pose à la tribune de la COP mais le retard de l’Etat français lui a valu d’être deux fois condamné pour inaction climatique par ses propres institutions, le Conseil d’Etat et le tribunal administratif.

Comble du cynisme, les pays riches n’ont pas non plus tenu l’engagement pris en 2009, lors de la COP15 à Copenhague, de verser chaque année et au plus tard dès 2020, 100 milliards de dollars par an à destination des pays les plus pauvres dont les populations sont les principales victimes d’un changement climatique dont elles ne sont en rien responsables. En effet si les pays du G20 sont responsables de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, depuis 1991, 79 % des décès et 97 % des victimes des catastrophes climatiques l’ont été dans les pays pauvres. Or selon l’OCDE, les financements promis n’ont atteint que 83 milliards de dollars en 2020 et correspondent pour plus de 70% à des prêts qui ne font qu’aggraver l’endettement et donc la dépendance des pays pauvres vis-à-vis des grandes puissances.

Cette nouvelle COP, comme toutes celles qui l’ont précédée depuis une trentaine d’années, sera bien incapable de faire diminuer les rejets de gaz à effet de serre qui sont aujourd’hui supérieurs de 60 % à leur niveau de 1990...

La concurrence mondialisée, la guerre et le militarisme amplifient les destructions écologiques

Il est illusoire de croire que la crise écologique, parce qu’elle est globale et menace l’ensemble de l’humanité, serait un problème qui pourrait trouver une issue dans le cadre de ces conférences internationales où les chefs d’Etat alignent les phrases creuses et les engagements de papier...

La crise écologique n’est pas un problème à part, déconnecté de la crise actuelle du capitalisme mondialisé et de la logique infernale dans laquelle celle-ci entraîne l’ensemble de l’humanité. La crise écologique n’est pas une question qui justifierait de discuter en urgence de solutions spécifiques, elle n’échappe pas à la réalité de la guerre de classes que les classes dominantes mènent avec de plus en plus de violence.

La mondialisation capitaliste en même temps qu’elle a ravagé l’environnement et fait exploser les inégalités sociales, a déstabilisé tous les rapports internationaux, accentuant la concurrence économique entre les grandes puissances qui a exacerbé les tensions internationales et a conduit à la guerre en Ukraine, tout en entraînant une montée du militarisme dans l’ensemble des pays du globe.

Cette montée du militarisme qui fait courir le risque de nouvelles guerres catastrophiques pour les populations et l’environnement, et aussi un faramineux gaspillage, un détournement criminel de toute une part des ressources sociales, scientifiques et techniques, de centaines de milliards de dollars pour la fabrication d’engins de destruction, quand l’urgence serait de mettre en œuvre une politique internationale reposant sur une large coopération pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique.

Ainsi, si depuis 2009 les pays développés peinent à trouver 100 milliards de dollars pour aider les pays du Sud confrontés aux catastrophes climatiques, selon l’Institut Kiel pour l’économie mondiale, au moins 90 milliards d’euros ont été promis par 41 pays depuis février pour le soutien militaire, financier et humanitaire de l’Ukraine. 52 milliards d’euros ont été annoncés par les seuls Etats-Unis dont 27,6 milliards d’aide militaire. Tous les Etats annoncent des hausses faramineuses de leurs budgets militaires, comme l’Allemagne qui prévoit un effort de 100 milliards d’euros sur 5 ans pour moderniser son armée.

Le militarisme, la guerre, la concurrence capitaliste généralisée non seulement empêchent toute forme de coopération à l’échelle mondiale pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique, mais à l’inverse ne peuvent que l’amplifier.

Le capitalisme est entré dans une phase de crise aiguë et multiforme entraînant toute la société dans un état d’instabilité économique et financière, de guerre économique permanente, de montée du militarisme, de guerre. Le capitalisme n'offre plus, à plus ou moins long terme, d'autre avenir possible à l'humanité qu'une régression sans fin sur une planète asphyxiée... une situation inédite, signe que le développement du capitalisme a atteint ses limites historiques.

Et c’est bien dans ce contexte de crise globale du capitalisme que la question de la crise écologique se pose, et qu’elle rejoint la question sociale et politique, dans un seul et même combat, une même lutte des classes contre la domination des classes exploiteuses, contre les Etats, les frontières et le militarisme.

La crise écologique une menace bien réelle pour l’ensemble de l’humanité

Le changement climatique comme l’effondrement de la biodiversité ont déjà des retombées cataclysmiques pour des centaines de millions d’humains. Le dernier rapport du GIEC estime que de 3,3 à 3,6 milliards d’habitants de notre planète, près de la moitié de l’humanité, sont directement menacés par les conséquences du réchauffement climatique. Rien qu’en Asie du Sud, en dix ans, 225 millions de personnes sont devenues réfugiées climatiques en raison de catastrophes climatiques...

Les scientifiques expliquent qu’à l’échelle du monde un certain nombre de points de bascule sont sur le point d’être franchis : fonte des glaciers, dégel du permafrost, modification des grands courants marins et il n’est plus guère possible d’empêcher une accentuation rapide de ce réchauffement et en conséquence la multiplication des évènements catastrophiques, incendies, inondations, orages mais aussi pandémies.

Face à ces catastrophes majeures annoncées, les Etats, quels que soient les gouvernements sont incapables de s’entendre à l’échelle mondiale pour prendre des décisions politiques à la hauteur de l’urgence de la situation... car cela voudrait dire s’en prendre frontalement aux intérêts des multinationales en premier lieu de celles des énergies fossiles, qui dominent toute la vie sociale et économique et dont ils servent les intérêts.

Ils sont non seulement incapables d’empêcher l’aggravation de la crise climatique mais ils sont aussi incapables d’en anticiper les conséquences, de s’y préparer, de s’y adapter en mobilisant les moyens matériels et humains suffisants pour être capables de protéger les populations. Les politiques de démantèlement des services publics, d’ouverture au marché, à la concurrence n’ont fait que désarmer l’ensemble de la société pour faire face aux catastrophes entraînées par la crise climatique comme cela avait été le cas face à la pandémie

Le système capitaliste est non seulement responsable de l’accélération et de l’ampleur prises par le réchauffement climatique, il est non seulement le principal obstacle pour y faire face, mais il est aussi incapable de gérer l’urgence, incapable de protéger les populations de ses effets catastrophiques les plus immédiats.

La crise écologique globale est avant tout la conséquence de l’aberration du système capitaliste, où une poignée de multinationales soumettent toute la production des biens indispensables à la vie sociale à la logique mortifère d’une course aux profits sans limite, sans aucune considération pour les besoins réels des populations ni pour la préservation de notre environnement.

Quatre décennies de mondialisation ont abouti à un chaos destructeur qui désorganise, paralyse la marche de la société, la rendant incapable, malgré tous les progrès scientifiques et techniques accumulés, de gérer la crise climatique sur le long comme sur le court terme, incapable de s’attaquer aux causes de ce réchauffement, comme d’aider les populations à se protéger de ses conséquences.

Derrière les phrases creuses sur le climat, la réalité d’une crise historique du capitalisme

La réalité du réchauffement climatique et ses conséquences dramatiques sur les populations ne pèse que peu de poids sur la logique de fuite en avant des classes dominantes et des Etats pour sauver leur système en faillite.

Pas plus qu’il n’y a eu de politique sanitaire mondiale lors de la pandémie du Covid19, il n’y a aucune politique coordonnée pour ralentir le réchauffement climatique ou protéger les populations de ses conséquences les plus dramatiques.

En 2020, l’aberration du confinement généralisé imposé aux populations les plus pauvres, s’est traduit à l’échelle du monde par un ralentissement de l’économie et une diminution des émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne correspondait en rien à une réponse volontaire des gouvernements ou des multinationales au changement climatique.... Depuis dans le cadre d’une accentuation de la concurrence économique à l’échelle du monde ces émissions sont reparties à la hausse.

D’autant que la hausse du prix de l’énergie permet aux principales multinationales d’accumuler des profits records, 4 000 milliards de dollars de profits attendus en 2022 au niveau mondial par l’industrie des énergies fossiles... bien loin des 100 milliards promis pour aider les pays pauvres. Ces profits aiguisent tous les appétits et loin de ralentir, l’exploitation des énergies fossiles connaît un essor sans précédent avec la multiplication de nouveaux projets gigantesques comme celui de TotalEnergies, dont le patron Patrick Pouyanné présent à la COP27 a été interpellé par des militants de l’environnement, qui prévoit de forer plus de 400 puits de pétrole en plein cœur d’un parc naturel en Ouganda et d’acheminer ce pétrole à travers des milliers de km d’un nouvel oléoduc qui se construit en expropriant des milliers de paysans.

Cette course aux énergies fossiles est aussi accentuée par les conséquences de la guerre en Ukraine et la volonté des pays européens de mettre fin à leur dépendance au gaz russe en se tournant vers d’autres pays comme l’Algérie, l’Egypte, le Qatar, l’Azerbaïdjan et Israël pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon.

Dans ces conditions, les conférences internationales sont bien incapables d’enrayer cette machine infernale mue uniquement par la course au profit et la concurrence... les émissions de CO2 ont donc franchi de nouveaux records en 2021 et l’année 2022 devrait être l’année la plus chaude jamais enregistrée.

« Coopérer ou périr » : pour coopérer, pas d’autres issue que d’en finir avec le capitalisme

La crise écologique est une manifestation du caractère spécifique, global de la crise actuelle du capitalisme, de la faillite historique d'un système et de l’impasse que constituent aujourd’hui les Etats et les institutions qui le défendent. Il n’y a pas d’autre issue à cette crise qui accélère et menace l’avenir même de l’humanité que de rompre avec cette logique infernale, qui est avant tout la conséquence de l’égoïsme de classe des classes possédantes.

Oui l’humanité a besoin de coopération pour construire une autre façon de produire et d’échanger, ce qui veut dire changer de mode de production, remettre en cause la propriété capitaliste et la domination des classes exploiteuses, et pour cela, s’organiser pour la transformation révolutionnaire de la société.

Ce n’est qu’en rupture avec l’ordre social actuel, en prenant directement, collectivement, le contrôle de la marche de la société pour imposer d’autres choix sociaux que l’ensemble de la production et des échanges pourra être réorganisé, géré rationnellement, dans le cadre d’une planification démocratique au service de la satisfaction des besoins de tous et en tenant compte des limites de notre environnement.

C’est la seule possibilité pour construire, dans le cadre d’une société démocratique, solidaire, coopérative, une relation harmonieuse entre la société humaine et la nature dont elle est partie intégrante et ouvrir ainsi de nouveaux horizons de développement pour l’humanité.

Bruno Bajou

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