Lors de son meeting « immersif et olfactif » du 16 janvier à Nantes, Jean-Luc Mélenchon, devant un mur d’images vidéo de la Terre et des océans a voulu, non sans une grandiloquence un peu ridicule, prendre de la hauteur, élever le débat de la campagne présidentielle car « c'est vu de l'espace qu'on comprend mieux tout ce qu'il y a à faire sur Terre ». Certes ! Mais son appel à « s’inscrire ouvertement dans cette page nouvelle de l’histoire de l’humanité » ouverte par les progrès de la science et du numérique, « les nouvelles frontières de l’humanité », ne débouche en réalité, au-delà de la critique de la folie capitaliste, que sur l’étroitesse d’un programme réformiste pour la présidentielle s’inscrivant dans le jeu des institutions républicaines françaises et du système.

Discuter de l'avenir de l'humanité ne peut se limiter à la justification d’un programme électoral réformiste qui, aussi radical qu’il se prétende, se réduit à une liste de promesses posées sur le seul terrain institutionnel, hors du rapport de force entre les classes, et qui donc n’engagent que ceux qui y croient… éternel jeu de dupes électoral !

La perspective de cet horizon sans frontières pour l'humanité esquissée par Mélenchon implique de partir de la compréhension des raisons profondes de la faillite globale du capitalisme financier qui plonge toute la société dans une régression sociale et politique mondiale, dans un état de crise permanente aux multiples aspects, économiques, sanitaires, écologiques, démocratiques.

« … Cette page nouvelle de l’histoire de l’humanité »

Oui, une nouvelle époque s’ouvre. Elle est l’aboutissement de l’évolution du capitalisme, de l’offensive des classes dominantes qui, à travers la lutte des classes, ont imposé la folie de leur système à l’ensemble des sociétés humaines, dans le cadre d’une mondialisation financière qui a exacerbé toutes les contradictions du mode de production capitaliste… réduisant à néant les illusions sur la possibilité de le réguler dans le cadre des institutions actuelles, de concilier marché, profit et démocratie, bien-être, santé.

C’est pour cela que cette nouvelle époque, qui est aussi celle des révoltes sociales, des révolutions, redonne une nouvelle jeunesse aux idées du socialisme et du communisme.

« Les évolutions économiques, sociales, culturelles et scientifiques qui bouleversent la planète préparent les conditions de nouvelles révolutions. La mondialisation est irréversible et, à l’échelle internationale, est posée la question de l’avenir : régression sociale, politique, démocratique, guerres, crise écologique, la politique rétrograde des Trump, Poutine et autres Macron, ou un monde de solidarité, de coopération dirigée et organisée par la classe des producteurs pour le bien-être, la démocratie, la paix, le respect de la nature.

Il n’y a pas de troisième voie, de compromis possible.

Face à l’offensive des classes capitalistes l’heure est à l’unité, au regroupement des classes exploitées, de tout ce qui vit encore du socialisme et du communisme autour d’une compréhension commune de la nouvelle époque dans laquelle est entrée l’humanité, des possibilités révolutionnaires dont elle est riche.

Nous ne pouvons limiter nos perspectives à un anticapitalisme dénonçant les excès des classes dominantes sans affirmer notre combat pour que le XXIème siècle soit le siècle de l’avènement du socialisme et du communisme. » écrivions-nous, avant la pandémie, dans notre brochure « Le XXIème siècle ou la nouvelle jeunesse du socialisme et du communisme » (à retrouver et lire sur notre site : http://npa-dr.org/index.php/lire-sur-le-site)

Faillite globale du capitalisme, aveuglement et irresponsabilité des classes dominantes

Depuis la pandémie, cette réalité d’une crise globale du capitalisme s’impose à tous… jusqu’aux représentants des classes dominantes, incapables de faire face aux conséquences de la faillite de leur système.

Ainsi, même si pour cause de pandémie il a dû être reporté, le Forum économique mondial qui réunit chaque année à Davos les principaux responsables économiques et politiques de la planète a publié son « Global Risks Report », un rapport sur les risques globaux qui, selon eux, menacent l’Humanité ou pour mieux dire leur monde, leur ordre social dont ils espèrent rester les maîtres… Les trois principaux risques pour les dix prochaines années sont, selon ce rapport : l’échec des politiques pour limiter le réchauffement climatique, la multiplication des évènements climatiques extrêmes et la perte de biodiversité. De plus, rajoute-t-il, non seulement la pandémie de Covid-19 n’a fait qu’accentuer l’inaction des gouvernements face à la crise climatique, mais elle a aussi dangereusement accentué « l’érosion de la cohésion sociale » et « la crise des moyens de subsistance ». Ce qui en clair signifie qu’elle a fait exploser toutes les inégalités et plonger des millions de personnes dans la famine.

Le pessimisme domine les dominants qui doutent de la reprise économique et craignent un « cercle vicieux de désillusion et des troubles sociaux ».

Derrière leur langage feutré s’expriment à la fois l’inquiétude des classes dominantes face aux explosions sociales qu’elles prévoient et craignent mais aussi leur étroitesse de classes privilégiées, qui prétendent diriger le monde mais sont incapables de prendre à bras-le-corps les problèmes engendrés par la folie de leur système.

Face à ces problèmes auxquels l’humanité se trouve confrontée à une échelle sans précédent, les classes dominantes et les États à leur service n’ont d’autre politique qu’une gestion dans la panique avec pour seule boussole un réflexe de classe profondément conservateur et réactionnaire : maintenir le système, les rapports de production, maintenir la mainmise d’une poignée de multinationales sur toute l’économie mondiale et, par-dessus tout, sauvegarder ce qui est à leur yeux le seul but de toute activité économique : la valorisation du Capital. Face à la pandémie, à l’explosion des inégalités sociales comme face au réchauffement climatique, ces politiques ne font qu’aggraver la situation en accentuant l’exploitation comme les ravages sur l’environnement, tout en étant incapables de s’attaquer aux causes profondes, à la racine des problèmes.

Le « quoi qu’il en coûte » n’a jamais voulu dire investir sans compter pour mobiliser toutes les ressources humaines, techniques, scientifiques à l’échelle du monde pour une réponse globale et coordonnée à la crise sanitaire, écologique, climatique, sociale dans l’intérêt des populations et pour préserver l’environnement. Les illusions créées par les discours pompeux sur le « monde d’après » se sont vite dissipées pour laisser la place à cette sordide réalité : ces politiques n’ont servi qu’à compenser les pertes de profits des entreprises et de leurs actionnaires, quel qu’en soit le prix payé par les populations. Selon le dernier rapport de l’Oxfam, le résultat est sans appel, les inégalités ont explosé : alors que l’infime minorité d’ultra-riches a vu sa fortune augmenter plus rapidement que dans la décennie écoulée, la majorité de la population a vu ses revenus baisser, souvent suite à la perte d’un travail ou à cause de l’augmentation des prix notamment de l’énergie, et des millions de personnes ont été plongées dans la misère voire la famine.

Ces politiques s’inscrivent et sont la prolongation de la guerre de classe menée par les classes dominantes depuis quarante ans pour relancer les profits à travers la mondialisation financière.

Le libéralisme rend impossible une politique sanitaire démocratique qui, loin de diviser, prenne en compte toute la population

La pandémie et la politique sanitaire du pouvoir, ici comme à l’échelle de la planète, n’ont fait que révéler à quel point tous les gouvernements sont dominés par cette seule logique de classe.

Dans ces protocoles et ces injonctions qui se succèdent et se contredisent, révélant autant l’improvisation que la panique, dans l’incapacité d’organiser une réponse globale à l’échelle d’un pays comme la France, et encore plus à l’échelle du monde, ce n’est pas tant l’incompétence des dirigeants qui se révèle que l’impossibilité pour eux de penser et de mettre en œuvre une politique sanitaire qui intègre la santé des populations, la préservation de l’environnement comme un objectif en soi. Ils ne sont capables que de gérer la pandémie dans l’urgence, en improvisant au jour le jour, en fonction de bilans comptables que ce soient les chiffres des hospitalisations ou les cours de la bourse… tellement leur univers est incapable de penser au-delà du marché, de la concurrence, de la productivité, de « l’efficacité économique ».

Même en période dite « normale », leur logique libérale tire toute la société en arrière en entraînant d’un côté suppressions de lits et de postes, inégalité d’accès aux soins et de l’autre arrogance et cynisme de Big pharma, marchandisation des médicaments comme des vaccins. Cette réalité est devenue explosive et dramatique avec la pandémie quand s’est révélé l’état de désorganisation du service public de santé ou de l’éducation comme en réalité de l’ensemble des services publics et, finalement, le fonctionnement même de toute la vie sociale soumise au seul impératif de la rentabilité et du profit.

Face à ce chaos organisé du marché et de la concurrence, les seules réponses syndicales sur les moyens nécessaires, aussi légitimes et indispensables soient-elles, ne suffisent pas, car ce sont bien des réponses structurelles globales qui sont nécessaires.

Le libéralisme, son absurde logique marchande, est totalement contradictoire, antagoniste avec la nécessité d’un véritable service public de santé, coordonné, démocratique, reposant sur des liens de confiance et de respect, et qui se donne comme seul objectif la santé à travers la prévention, un suivi au plus près des besoins des populations, tout en anticipant les situations de crise. Un tel service public de santé ne peut reposer ni sur la logique comptable qui domine l’hôpital, ni sur la médecine libérale, ni sur une industrie pharmaceutique dont le but premier reste le profit.

La question des vaccins illustre comment cette logique du profit détourne les progrès scientifiques, techniques de leur réelle utilité sociale pour être mis au service de l’accumulation du capital, au nom du droit de propriété capitaliste… Au lieu de l’indispensable campagne mondiale de vaccination en direction des populations les plus fragiles, Big pharma n’a fait que mettre en place un véritable apartheid vaccinal criminel, avec cette situation absurde où la seule réponse à la pandémie semble être dans les pays riches une course sans fin à la vaccination, 90 % de vaccinés à coup de passe sanitaire devenu passe vaccinal, quand dans le même temps la population des pays les plus pauvres n’a toujours pas accès à une première dose… au risque de voir y apparaître de nouveaux variants.

Police sanitaire et surprofits pour Big Pharma sont le contraire d’une réelle politique sanitaire au service des populations.

La folie du marché, de la concurrence et du profit parasite et paralyse toute la société

Cette crise globale est la conséquence de la soumission de la société aux lois du marché et de la concurrence. Une organisation sociale où, prétendent ses défenseurs contre l’évidence même, les besoins fondamentaux ne pourraient être satisfaits que s’ils entrent dans le cadre du marché, de l’initiative privée, de la concurrence et du profit.

La propriété capitaliste des moyens de production permet à une poignée de multinationales de soumettre toute la production des biens indispensables à la vie sociale, à la logique mortifère d’une course aux profits sans limite, sans aucune considération pour les besoins réels des populations ni pour la préservation de notre environnement. En s’étendant à toute la planète le mode de production capitaliste a révélé à quel point ses contradictions empêchaient la société humaine d’être maîtresse de son destin. Et c’est cette logique aveugle qui détermine les politiques d’États au service d’une classe minoritaire s’accrochant à un système qui conduit l’humanité dans une impasse, entraînant l’explosion des inégalités sociales, la destruction de l’environnement et une instabilité politique lourde de danger.

La pandémie a révélé au grand jour les ravages de quatre décennies de mondialisation qui ont abouti à un chaos destructeur qui désorganise, paralyse la marche de la société, la rendant incapable, malgré tous les progrès scientifiques et techniques accumulés, de gérer la crise sanitaire sur le court comme sur le long terme, de se préparer aux prochaines, de s’attaquer aux causes du réchauffement climatique, d’aider les populations à se protéger de ses conséquences, et tout autant de créer les conditions pour éradiquer la faim dans le monde et éliminer les inégalités sociales.

En réalité, aveuglées et mues par leur réflexe de classes minoritaires accrochées à leurs privilèges, les classes dominantes et les États ne contrôlent rien et ne font que s'adapter au coup par coup à l'anarchie des marchés qu'ils ne peuvent qu’accentuer dans leur rivalité et leur concurrence. La logique des rapports de classe conduit, à plus ou moins court terme, à l’approfondissement de l’affrontement entre le prolétariat et le capital qui est engagé à l’échelle internationale, une nouvelle montée révolutionnaire.

En finir avec la tyrannie des marchés et du profit, planifier démocratiquement la production des biens utiles

Plus que jamais, le décalage est devenu insupportable entre les progrès scientifiques et techniques qui ont permis de faire du monde ce village planétaire qui a unifié comme jamais l’humanité et le creusement des inégalités sociales, comme la violence des rapports d’oppression et d’exploitation, conséquence de la domination d’une minorité parasite.

Partout, à travers le monde, s’expriment le besoin et l’aspiration à prendre en main les affaires pour mettre un terme à cette logique infernale.

Ces mobilisations, luttes, affrontements, révolutions portent la nécessité de mettre en place une planification économique pour organiser consciemment, rationnellement la production de tout ce qui est indispensables pour répondre aux besoins de la société, tout en tenant compte de la nécessaire préservation de notre environnement et en anticipant les situations de crise… Une telle planification, parce qu’elle vise à répondre aux besoins du plus grand nombre, exige des rapports démocratiques. Cette réelle démocratie ne pourra qu’être imposée par le monde du travail et la jeunesse, exerçant directement leur contrôle sur l’économie, en faisant pour cela « des incursions profondes dans le domaine de la propriété capitaliste » pour reprendre l’expression de Trotsky, jusqu’à l’expropriation des multinationales, groupes financiers, banques. Mettre en place une telle planification démocratique signifie s’opposer frontalement aux intérêts des classes dominantes, en rupture avec l’ordre social actuel pour imposer de faire passer la défense des intérêts du plus grand nombre avant ceux d’une minorité.

C’est alors que l’ensemble de la production et des échanges pourra être réorganisé pour être mis au service de la satisfaction des besoins de tous, dans le cadre d’une société démocratique et solidaire en harmonie avec son environnement et ouvrir ainsi de nouveaux horizons pour l’humanité.

Bruno Bajou

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