Tandis que les 11 et 13 novembre, les chefs de l’État, du gouvernement, des partis institutionnels nous invitaient au recueillement dans l’union nationale, à l’Assemblée se discutait le budget 2026 destiné à satisfaire l’avidité du grand patronat et sur lequel les députés et les partis, tout à leurs ambitions politiciennes, se déchiraient au nom… de la nation, c’est-à-dire des intérêts du capital et les leurs.
Honorer la mémoire des millions de victimes de la Première guerre mondiale, terrible boucherie impérialiste, ou les 132 morts et plus de 500 blessés des monstrueux attentats du 13 novembre 2015, ne nous fait pas oublier que les premiers responsables de ces tragédies sont les classes dirigeantes, possédantes de ce pays, la défense de leur empire colonial contre leurs rivales européennes en 1914, la défense de leurs intérêts de puissance impérialiste décadente dans les dernières décennies au cours desquelles elles ont participé aux guerres qui ont mis à feu et à sang l’Afghanistan, les pays du Moyen-Orient, détruit des États, Irak, Libye de la décomposition desquels sont nés Al Qaida puis l’État islamique. Leurs guerres aux côtés des USA pour dominer les peuples ont enfanté le terrorisme qui leur a servi de justification ensuite.
Cela ne nous fait pas oublier non plus que Hollande d’abord puis Macron ont mené au nom de la lutte anti-terroriste une politique répressive, xénophobe et islamophobe, menant une campagne raciste faisant l’amalgame entre islam et terrorisme islamiste, accréditant les discours tant des intégristes islamistes que de l’extrême droite. L’état d’urgence proclamé alors par Hollande -un arsenal de mesures d’exception mis en place pendant la guerre d’Algérie, puis pendant les émeutes de 2005 par Sarkozy- a été reconduit ensuite jusqu’en novembre 2017. Ses principales dispositions -assignations à résidence, perquisitions administratives et périmètre de sécurité- ont été utilisées dès décembre 2015 contre des militants écologistes lors de la COP 21, puis, entrées dans la loi sous d’autres dénominations à partir de la fin d’octobre 2017, elles ont servi contre les Gilets Jaunes et servent depuis régulièrement contre les militant·es et manifestant·es du mouvement social.
Et, aujourd’hui, ils dévoient l’émotion au service de la même campagne raciste et xénophobe et au nom des intérêts de la nation, nation qui est le masque des intérêts des classes dominantes et des rivalités d’ambitions de la caste parlementaire, de leurs privilèges. Ils invoquent la nation pour imposer au monde du travail leur politique réactionnaire, nationaliste, militariste qui prépare de nouvelles guerres.
Au nom de la Nation, un budget d’austérité contre les travailleur·es pour continuer le transfert de l’argent public vers le capital
Cette politique nationaliste et xénophobe est allée de pair avec la régression sociale entraînée par la mise en œuvre par Hollande puis Macron de leur « politique de l’offre », une politique à tout-va de subventions de l’État aux groupes capitalistes dont la réussite devait, nous disaient-ils, ruisseler en retour sur l’ensemble de la société.
Le seul « ruissellement » a été celui de l’argent public -au moins 211 milliards par an- vers les groupes capitalistes et les grandes fortunes qui a alimenté une dette publique supérieure au PIB du pays, 3350 milliards d’euros aujourd’hui. Les fortunes cumulées des milliardaires français qui égalaient 6 % du PIB en 1995, en représentent maintenant 40 %. Et c’est au nom de la prétendue nécessité de réduire cette dette et d’augmenter les dépenses militaires qu’il s’agirait maintenant d’accepter les violentes attaques contre les travailleur·es, les pauvres et les services publics que contiennent les budgets en discussion à l’Assemblée.
Les budgets de l’État et de la Sécu présentés par Lecornu sont aussi criminels que ceux qui avaient été présentés avant leur chute par les gouvernements Barnier, puis Bayrou.
Le PS sauve la mise à Lecornu… et entérine retraite à 64 ans et budget de la Sécu
Mais il n’est pas question aujourd’hui pour le PS de faire tomber le gouvernement Lecornu. Mercredi dernier à l’Assemblée, la veille des commémorations du 13, était votée par 255 voix contre 146 la suspension de la réforme des retraites en échange de laquelle le PS s’était engagé à ne pas voter la censure. Les députés du PS et la plupart des écologistes, ainsi que le Rassemblement national ont voté la suspension de la réforme tandis que les macronistes se sont en majorité abstenus. Les députés de LFI et du PC ont voté contre ainsi que, pour des raisons opposées, les proches d’Edouard Philippe.
Cette « suspension » ne fait que geler jusqu’au 1er janvier 2028 l’allongement de l’âge de départ à la retraite et l’augmentation des trimestres cotisés nécessaires, elle vaut acceptation de la réforme elle-même et pour qu’elle soit mise en œuvre, il faut que l’ensemble du budget de la Sécu soit voté. Le PS avait d’ailleurs auparavant voté la partie recettes du budget, avant que cesse faute de temps la discussion de la partie dépenses et que l’ensemble du texte soit transmis au Sénat qui se chargera d’en éliminer tout ce qui pourrait égratigner les intérêts du patronat et des plus riches, dont bien sûr les amendements intégrés lors de son examen à l’Assemblée. Un vrai marché de dupes auquel le PS s’est livré, par crainte de la crise politique, de la chute du gouvernement et d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée à l’issue de laquelle le RN, donné aujourd’hui à environ 35 % d’intentions de vote dans les sondages, pourrait remporter les élections législatives.
Ce faisant, après avoir mené sans relâche la guerre contre LFI, le PS finit de torpiller le Nouveau Front populaire tout en votant avec le RN, et il poursuit son propre effondrement en même temps que celui de la macronie ouvrant la voie à un gouvernement d’extrême droite ou d’une coalition des droites extrêmes. Car le patronat qui avait fabriqué Macron en 2017 et portait aux nues sa politique de destruction des droits sociaux et démocratiques, l’a lâché maintenant qu’il est isolé, au plus bas dans les sondages, incapable de maintenir l’ordre nécessaire à la bonne marche de l’exploitation. Certains grands patrons, et pas seulement Bolloré, ont opté pour un gouvernement d’extrême droite ou de droite extrême pour mener la guerre ouverte contre le monde du travail, les classes populaires, les femmes et les jeunes, les migrants, au nom de la nation, nation du capital !
En réponse aux maquignonnages parlementaires, dans la suite du 10 septembre, une mobilisation sociale et politique pour un gouvernement des travailleur·es
La gauche parlementaire, LFI comprise, tente de prouver son utilité en menant à l’Assemblée une bataille d’amendements censée rendre le budget moins catastrophique pour les travailleur·es alors que le gouvernement a toutes sortes de moyens institutionnels pour faire adopter ce qu’il veut, même sans 49.3. C’est ainsi qu’il va instaurer par décret le doublement des franchises sur les actes médicaux, les médicaments et les transports sanitaires, et doubler également leur plafond. Il a la possibilité, aussi, de faire adopter le budget par ordonnances dès lors qu’il aura été discuté depuis au moins 50 jours de la même façon qu’il a pu transmettre au Sénat le budget que n’avaient pas fini d’examiner les députés après 20 jours de débat. Et d’ores et déjà, Lecornu parle de présenter un projet de loi en décembre visant à mettre en place une Allocation unique de solidarité afin de mieux contrôler celles et ceux qui perçoivent RSA, primes d’activité, allocations logement…
Les directions syndicales participent elles aussi de ce jeu de dupes. La CFDT a engagé les députés à voter pour la « suspension » dans le même temps où elle s’apprête à participer à une conférence sur le travail et la retraite dont la première réunion sur le fond devrait avoir lieu -sans le Medef- à la fin novembre. Quant à la CGT, elle s’est aussi adressée aux députés, en les appelant à « modifier la copie » avant de voter pour obtenir « un blocage de la réforme pour toutes les générations ». Un vœu pieux qui décrédibilise son appel à la grève du 2 décembre, aux côtés de la FSU et de Solidaires.
Il n’est pas possible de « bloquer » la politique réactionnaire des multinationales et de leurs fondés de pouvoir gouvernementaux par des manœuvres institutionnelles alors que ces institutions, l’État lui-même sont construits et perfectionnés depuis des décennies par les classes dirigeantes pour mettre à l’abri de la colère de la population leurs affaires et leurs privilèges. C’est seulement en s’organisant à la base, de manière démocratique, comme l’avait commencé l’appel à bloquer le pays le 10 septembre, que peut se créer une dynamique de mobilisation véritable. Et tout montre que face à Macron aujourd’hui, des gouvernements encore plus réactionnaires demain, il n’y a pas d’autre issue qu’une mobilisation générale, initiée, contrôlée, dirigée par les travailleur·es eux/elles-mêmes, organisés sur les lieux de travail et les quartiers pour un gouvernement des travailleur·es.
Galia Trépère



