Lecornu, le moine-soldat selon sa propre expression, ex-démissionnaire, redevient Premier ministre par défaut et du fait du prince retranché à l’Elysée, et qui lundi court en Egypte pour apporter son soutien au plan de Trump de destruction de tout espoir d’un Etat palestinien qu’il prétendait défendre.

« J’accepte – par devoir – la mission qui m’est confiée par le président », a déclaré Lecornu. Première station du calvaire, constituer un gouvernement auquel LR a déclaré qu’il ne participera pas et que LFI et le RN censureront si jamais il voit le jour et se présente devant l’Assemblée nationale. Le PS et EELV, après s’être livrés à toutes les contorsions pour prouver leur sens des responsabilités, leur servilité aussi, semblent disposés à ne pas reculer sur la censure… Difficile de faire autrement tant il est évident que la mission de Lecornu 2 se résume à faire passer le budget d’austérité des riches et du CAC40 contre le monde du travail, en espérant que la peur des députés de retourner devant les électeur·trices en cas de dissolution réussisse à mettre en minorité la motion de censure annoncée.

Quelles que soient les péripéties à venir, dissolution, destitution, démission, élections..., la bourgeoisie et ses serviteurs ne sont pas près de retrouver une stabilité sur le terrain économique, social et politique. Le capitalisme est à bout de souffle, étouffé par la concentration d’une masse considérable de capitaux entre les mains d’une minorité qui exige toujours plus de profits pour faire face à la concurrence mondiale et au jeu des spéculations. Cette fuite en avant du capital nécessite des régimes de plus en plus autoritaires et répressifs pour imposer les attaques contre le monde du travail, la régression sociale généralisée, mener la guerre commerciale et la guerre militaire. Et il est significatif que Lecornu 2 ait choisi samedi un commissariat pour sa première prise de parole consacrée principalement à la sécurité.

La crise politique aiguë exprime l’incapacité des serviteurs de la bourgeoisie à maintenir la stabilité politique dont elle a besoin dans le cadre de la démocratie parlementaire bourgeoise. Macron avait prétendu apporter une solution au discrédit des partis institutionnels de droite et de gauche qui avaient mené les politiques austéritaires et sécuritaires contre les travailleur·ses, avec son « ni droite ni gauche », « la République en marche ». Aujourd’hui, il s’effondre pour les mêmes raisons, emporté par la contradiction irréconciliable entre les besoins de la bourgeoisie, du grand patronat et la colère du monde du travail et ses luttes qui, depuis le 10 septembre et « Bloquons tout » prennent un caractère politique en contestant le pouvoir et les privilèges des milliardaires.

Quand ceux d’en haut ne peuvent plus et ceux d’en bas ne veulent plus

Le fait marquant de cette rentrée, c’est que des millions de travailleur·ses dans le pays contestent l’injustice sociale et fiscale et n’acceptent pas les sacrifices que le pouvoir, quel que soit le Premier ministre, veut leur imposer pour payer la dette, réduire le déficit public tout en refusant de taxer les riches, même de 2 %, que représenterait la taxe Zucman sur les fortunes des 1800 les plus riches. La colère qui s’est manifestée le 10 et le 18 repose sur des évolutions profondes de conscience, que ce n’est pas aux classes populaires, aux chômeurs, aux travailleur·ses de payer alors que ce sont les capitalistes qui vident les caisses publiques, sont responsables de la dette dont ils profitent.

La hargne du grand patronat contre la taxe Zucman et l’acharnement du MEDEF à tenir les lignes rouges pour préserver les profits des grosses sociétés illustrent l’exacerbation de la violence des rapports de classe. Elle se réfracte sur la scène politique par le lâchage de Macron, rendu responsable du chaos politique et social, par un grand patronat qui mise aujourd’hui sur l’union des droites et du RN en train de se construire. Bardella tend la main aux Républicains pour « une union la plus large possible », postulant à imposer un régime encore plus autoritaire et répressif qui pourrait assurer un cadre politique plus stable et rassurer les grands patrons, inquiets des répercussions économiques de la crise politique, de la chute des bourses, du ralentissement de l’économie. Il postule à prendre la tête de cette union des droites pour que l’État continue à perfuser le grand patronat en pillant les finances publiques, en taillant dans les budgets des hôpitaux, de la Sécurité sociale, des collectivités locales, de l’école.

La crise politique profite au bloc réactionnaire, à l’extrême droite qui flattent les ressentiments et l’écœurement des classes populaires contre le monde politicien.

Le NFP, qui avait mobilisé en 2024, après la dissolution, contre l’extrême droite et autour d’un programme pour plus de justice sociale, tout en sauvant la mise à Macron en s’intégrant au front républicain et en permettant la réélection de Borne et Darmanin, n’a offert aucune autre perspective au mécontentement des classes populaires que l’impasse parlementaire, avant d’éclater, sous la pression de la colère de la rue, LFI demandant la destitution de Macron, le PS s’empressant de lui offrir ses services en revendiquant le poste de premier ministre.

Les travailleur·ses n’ont rien à attendre de cette gauche institutionnelle qui s’intègre complètement à la politique du patronat et de l’Etat, qui ne conteste ni le paiement de la dette, ni les budgets militaires pour les guerres que l’Etat mène au Proche-Orient, en Ukraine ou en Afrique, pour le compte des capitalistes.

Les bureaucraties syndicales à la rescousse de Macron

C’est la colère d’en bas, des travailleur·ses qui se sont emparés du 10, lancé en toute indépendance des directions syndicales, qui a poussé la CGT qui en dénonçait au départ le caractère « nébuleux » et craignait un noyautage de l’extrême droite, à y appeler, avec Solidaires. Et poussé l’Intersyndicale à appeler au 18. Avec moins de manifestant·es et de grévistes, la journée du 2 octobre que les médias ont considérée comme un échec pour enterrer le mouvement, n’a pas d’autre sens que celui de l’impasse et de l’échec de la politique de l’Intersyndicale, des directions syndicales, qui instrumentalisent la colère sociale pour mieux négocier leur reconnaissance par le patronat et le pouvoir.

Marylise Léon de la CFDT a déclaré au lendemain du 2 : « nous entrons dans une séquence politique. Il est important de ne pas mélanger les genres », tout comme la CGT qui, bien que plus combative en paroles, expliquait que le budget « va surtout se jouer au Parlement ». « Notre objectif, c’est pas de faire tomber Emmanuel Macron, on n’a rien contre lui, on a besoin d’ailleurs d’un président qui préside à l’échelle internationale, au vu de la crise géopolitique » a déclaré Sophie Binet. Avec l’intersyndicale, toutes deux se prétendent responsables pour éviter la « crise de régime ».

Macron serait une diversion, « les vrais ennemis sont les patrons »... faux radicalisme, qui sépare la question des revendications sociales posée au niveau des entreprises, de la lutte politique qui serait le terrain des partis et des élections, alors que la question sociale, la lutte pour les droits, pour les revendications sociales et démocratiques nécessite le regroupement de l’ensemble des forces du monde du travail pour ses intérêts de classe, une lutte politique qui pose la question du pouvoir.

Les travailleur·ses n’ont pas à montrer leur sens des « responsabilités » aux classes dominantes pas plus qu’ils n’ont à payer leur dette. Pour défendre leurs intérêts ils ont besoin de leur pleine indépendance de classe.

Contre l’union du Medef, de la droite et de l’extrême droite, unité des travailleur·ses pour leurs droits et changer le monde

Mélenchon a souligné « l’impasse dans laquelle plonge inéluctablement la Vème République dès lors qu’il y a une contradiction entre la légitimité de l’élection présidentielle et celle des élections législatives ». Il mène campagne pour la destitution de Macron qui serait le problème, et une présidentielle anticipée dans laquelle il se voit un avenir. Changer de président, ou abandonner le régime présidentiel de la Vème pour une VIème République qui serait plus démocratique comme le propose LFI ne peut être une perspective pour les travailleur·ses et la jeunesse dans le cadre de l’Etat, l’instrument-même du pouvoir de la bourgeoisie, et de son système.

L’issue à la crise sociale et démocratique est entre les mains des travailleur·ses et de la jeunesse, hors des institutions, en rupture avec les appareils de la gauche syndicale et parlementaire, avec leur politique, en contestant la perpétuation de la dictature du capital et du profit, en donnant des perspectives au mouvement qui l’inscrivent dans la lutte pour prendre eux-mêmes les affaires en main, pour le pouvoir des travailleur·ses.

Nous avons besoin de poursuivre et de faire vivre le 10, le bloquons tout, dans nos Ags démocratiques, nos interpros, nos sections syndicales, partout sur les lieux de travail et d’études, dans les quartiers pour faire de la politique, en rupture avec les bureaucraties syndicales et parlementaires, discuter, préparer l’affrontement avec le pouvoir et le patronat. C’est sur le terrain de la lutte des classes que tout se joue.

Face à l’union des droites et de l’extrême droite avec le grand patronat qui se construit pour imposer le budget austéritaire, le réarmement, le militarisme et la guerre, nous avons à construire l’union des travailleur·ses et de la jeunesse pour diriger nos luttes et demain la société, pour changer le monde. Pour cela, nous avons besoin de faire vivre une démocratie révolutionnaire, de nous organiser dans notre propre parti, un parti révolutionnaire des travailleur·ses.

Christine Héraud

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