1) La crise sociale et politique que connaît le capitalisme français est une des manifestations d’une crise internationale plus particulièrement de sa composante qui ébranle le camp occidental des vieilles puissances coloniales et impérialistes, les USA et les puissances de l’Otan. Cette crise obéit à deux lignes de forces déterminantes, la crise d’accumulation du capitalisme financiarisé mondialisé et l’exacerbation de la concurrence pour l’appropriation et le partage des profits réalisés par l’exploitation du prolétariat mondial entre les vieilles puissances impérialistes et les puissances capitalistes émergentes en particulier la Chine, la Russie et les autres puissances des Brics.
2) Cet été a vu cette crise globale s’approfondir sous la pression de l’offensive du capitalisme américain, de la guerre économique et commerciale qu’il a engagée contre le monde, sa fuite en avant réactionnaire pour tenter de perpétuer une hégémonie dépassée par l’évolution du capitalisme mondialisé, exacerbation de ses contradictions.
Alors que le capitalisme atteint à travers la mondialisation et la financiarisation ses limites historiques, aboutissement de la baisse tendancielle du taux de profit, il accentue sa nature parasitaire et prédatrice qui entraîne l’ensemble des nations dans la guerre économique et commerciale qui se déchaîne sur le marché mondial.
Les monopoles et positions dominantes acquis par la poignée des vieilles puissances impérialistes sont ruinés par le développement de nouvelles puissances capitalistes, le prolétariat est mis en concurrence à l’échelle internationale alors que la demande solvable se restreint, que l’économie mondiale ralentit, que le militarisme et les tensions guerrières s’exacerbent.
3) Ces tensions économiques, commerciales, sociales, militaires connaissent une brutale accentuation depuis le retour de Trump au pouvoir. Ce n’est pas Trump en lui-même qui en est responsable mais les choix économiques, sociaux et politiques d’une fraction dominante de la grande bourgeoisie américaine, au premier rang les milliardaires de la high tech dont Musk est le symbole.
Trump ne représente pas un changement de politique mais une accentuation radicale de la politique menée par les démocrates et Biden, accentuation qui représente cependant un tournant, un saut qualitatif, qui bouleverse les rapports politiques et sociaux au sein même de la première puissance mondiale ainsi qu’au niveau international.
Aux USA se met en place une dictature populiste contre la classe ouvrière, les migrants, les femmes, les minorités, dont la campagne haineuse et la déclaration de guerre de Trump à toute la gauche suite à l’assassinat de Kirk, l’influenceur idole des milieux MAGA, représente une radicalisation fascisante.
Au niveau international, la guerre commerciale déclarée le 2 avril dernier, « le jour de la libération », par Trump aggrave les tendances protectionnistes engendrées par l’essoufflement de l’économie mondiale et menace d’une récession voire d’un krach financier. Le capitalisme qui produit sous le fouet de la concurrence et des nécessités de l’accumulation du capital, comme s’il avait devant lui un marché illimité, se heurte au stade de la mondialisation à ses limites ultimes en particulier avec le développement des nouvelles technologies qui repoussent toute limite spatiale. La contradiction entre la propriété privée capitaliste, l’État national et le développement prodigieux des sciences et des techniques se traduit pratiquement par l’affrontement international entre la bourgeoisie et le prolétariat.
4) Le sommet de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghaï) ainsi que le défilé militaire qui l’a suivi à Pékin le 3 septembre visait à la mise en scène mondialisée de la rivalité entre les USA, plus globalement entre les vieilles puissances impérialistes occidentales et les nouvelles puissances capitalistes émergentes orchestrée par Xi Jinping.
La Chine, deuxième puissance mondiale, a étalé sa puissance économique, diplomatique et militaire tout en se revendiquant d’un nouvel ordre mondial multipolaire émancipé de l’hégémonie des USA et de la domination du dollar sur le système monétaire international. La participation de l’Inde, principal allié des USA en Asie, au sommet de Tianjan illustre et les conséquences de la guerre commerciale de Trump ainsi que l’absence de cohésion des participants à ce sommet. Modi, Premier ministre indien d’extrême droite, est capable de s’afficher avec Xi Jinping tout en faisant un détour par Tokyo où il s’affirme allié des USA et ennemi de la Chine…
L’OCS de la même façon que les sommets des Brics n’ont rien à voir avec la coalition militaire qu’est l’Otan dont l’article 5 donne obligation à ses membres de porter assistance à tout autre État membre attaqué. Ils ne constituent pas une alliance militaire mais un cadre d’échanges économiques et commerciaux.
Ceci dit, l’ordre multipolaire prôné par la Chine est un ordre capitaliste dominé par la concurrence et la logique du marché et du profit qui prétend revenir à un ordre mondial régulé par l’ONU et l’OMC. Ce retour à un ordre capitaliste qui était celui-là même de la domination américaine n’a aucun sens, une illusion propagandiste avancée par des dictatures aux inévitables visées expansionnistes.
5) L’ordre mondial est un désordre capitaliste multipolaire où toutes les nations sont emportées dans la folle sarabande des rivalités économiques, de la course aux marchés et aux matières premières sans qu’aucune puissance, pas plus les USA en déclin que la Chine ascendante, ne soit en mesure d’imposer une quelconque régulation dont le capitalisme a toujours été incapable. Aujourd’hui, mondialisé et financiarisé, il est sans amarre, aveugle, prédateur entraîné dans une concurrence qui s’accompagne d’un militarisme généralisé qui fait de tout espoir de paix une illusion. C’est le capitalisme de la militarisation et de la guerre sans fin.
Les prétentions « pacifistes » de Trump en sont la démonstration. La doctrine de la paix par la force est une formule hypocrite pour désigner la guerre comme instrument pour soumettre les autres nations à sa politique, un corollaire inévitable de la guerre commerciale ou technologique.
6) Le ballet diplomatique morbide autour du sommet d’Anchorage en Alaska ainsi que les velléités des puissances européennes de trouver leur place militaire et économique dans la guerre d’Ukraine dont Trump est en train de leur céder la charge et la fuite en avant sanglante de Poutine en sont autant de démonstrations.
La guerre génocidaire d’Israël, fer de lance de la défense de « nos valeurs », c’est-à-dire la défense de la domination des puissances impérialistes occidentales qui ont prévalu à la formation du sionisme, instrument de leur domination au Moyen Orient, en est la plus terrible illustration.
C’est avec la bénédiction des USA que Netanyahou a attaqué le Qatar le 9 septembre, politique qui vise à l’extension de la guerre dans le même temps qu’il détruit Gaza et contraint les Palestiniens à l’exil sans destination et colonise la Cisjordanie pour imposer une domination militaire et économique directe des USA et d’Israël sur la région.
La mascarade de l’Assemblée générale de l’ONU le 22 septembre qui a vu Macron allié à l’Arabie Saoudite ainsi que d’autres Etats reconnaître, enfin, l’État palestinien, illustre le cynisme et la duplicité de ceux qui ont été et continuent d’être les soutiens d’Israël. Le mirage d’une paix future reposant sur la politique des deux Etats promotionnée par Macron vient en réalité légitimer la guerre génocidaire de l’État sioniste. Cette construction virtuelle est une tromperie qui exprime leur peur devant l’effondrement moral et politique de leurs prétendues valeurs qui n’ont jamais été autre chose que le masque de leur domination sur le monde, une domination en faillite. Une façon aussi de préserver leurs intérêts auprès des Etats arabes.
La solidarité internationale devient une illusion si elle ne se revendique pas de la lutte pour en finir avec le capitalisme, c’est-à-dire de la lutte contre notre propre bourgeoisie et son Etat qui prétendent défendre les droits de l’Ukraine ou ceux du peuple palestinien.
7) L’offensive des USA pour soumettre leurs propres alliés à leur politique tant économique que militaire place les puissances européennes, auxquelles Trump, à l’ONU, a promis « l’enfer », dans une position de subordination, de vassalisation dont elles sont incapables de s’émanciper, prisonnières de leurs propres rivalités.
Après s’être soumises volontairement à l’augmentation de leur budget militaire à 2 % puis 5 % de leur budget, elles ont accepté tout aussi volontairement de se soumettre à l’accord commercial conclu le 27 juillet entre Trump et von der Leyen fixant à 15 % les taxes sur les produits européens exportés aux États-Unis.
Trump décline le rapport de force vis à vis de puissances dont chacune est jalouse de ses prérogatives. Leur prétention à s’imposer comme garant d’une paix en Ukraine impossible vise à défendre leur place dans une paix entre prédateurs pour obtenir leur part du pillage, ce qui passe par l’obligation de se donner les moyens de peser militairement. Quoi qu’il en coûte au regard des déficits budgétaires, conséquence d’un capitalisme assisté dont les profits se nourrissent de la manne étatique.
Dans ce système capitaliste en crise, où la concurrence est de plus en plus féroce, les profits du grand patronat ne peuvent être sauvegardés que si l’État lui fournit de l’aide, et donc en taillant dans les budgets des hôpitaux, de la Sécurité sociale, des collectivités locales, etc.
Cette fuite en avant des puissances européennes vassalisées conduit à une exacerbation des rapports de classes et fait d’elles le théâtre de futurs affrontements de classe majeurs.
8) Le capitalisme et l’État français sont au cœur de ces contradictions accentuées par leurs propres faiblesses qui soulignent le ridicule des prétentions de Macron à s’afficher comme le chef diplomatique et militaire d’une grande puissance faisant la leçon au monde pour prendre rendez-vous avec l’histoire alors que tout s’effondre autour de lui...
Vieille puissance coloniale et impérialiste dont la bourgeoisie, pour une large part rentière, a toujours privilégié les placements à l’étranger aux investissements productifs, la France a connu un premier déclin avec la fin de son empire colonial puis avec la mondialisation financière. Le poids de l’industrie dans le PIB y est passé de 23 % en 1980 à 13,5 % en 2019, perdant plus de 2 millions d’emplois. De façon plus marquée que les autres économies européennes, les grandes entreprises françaises sont devenues les championnes de la délocalisation. Dans le même temps, elles se sont rapidement confrontées à une forte concurrence internationale dans des secteurs comme l’automobile. L’hypertrophie de l’industrie militaire héritée du passé des guerres impérialistes et de sa politique coloniale, a été accompagnée du développement de secteurs de l’aéronautique, du nucléaire, de l’informatique sans permettre un réel développement industriel. En outre, ce développement, subventionné par les aides publiques au détriment des autres secteurs ne permet pas de suppléer les faiblesses de toute l’industrie française.
Pour contrecarrer ces tendances et tenter de répondre à la « désindustrialisation », la bourgeoisie française a mis en œuvre une politique offensive de cadeaux au patronat, sous forme de subventions, crédits d’impôt ou exonérations de cotisations sociales, qui ont explosé sous Hollande puis Macron, atteignant plus de 211 milliards d’euros par an selon une commission d’enquête du Sénat. Dans Le Grand Détournement, Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre avancent le chiffre de 270 milliards d’euros, en élargissant le calcul aux niches fiscales, aux baisses de cotisations et aux allègements d’impôts sur le capital. Cette « politique de l’offre » a creusé la dette et le déficit sans parvenir à restructurer le capitalisme français tout en faisant payer les salarié·es et les classes populaires. Les inégalités n’ont cessé de s’aggraver tout au long de ces trois décennies générant une crise sociale et politique chronique qui connaît aujourd’hui un épisode aigu.
9) La dette publique française représente 3.346 milliards d’euros et 116 % du PIB. Une nouvelle hausse des taux d’intérêt sur les obligations d’État françaises -conduisant à des emprunts plus chers de l’État sur les marchés financiers- et des charges alourdirait son coût qui se monte déjà à 66 milliards d’euros. Cela alors que la dette ne peut qu’augmenter du simple fait de la hausse planifiée du budget militaire.
La dite politique de l’offre est une politique de classe qui opère un transfert de richesse considérable en faveur du capital contre la classe ouvrière et au détriment de toute la population. Elle est l’expression du parasitisme de la classe dominante et de son impasse. Les profits et la compétitivité du capital ne peuvent se maintenir que sous l’assistance permanente de l’État au prix d’une constante régression sociale, d’une aggravation des inégalités, de la paupérisation d’une fraction croissante de la population, sans qu’il y ait d’issue. La possibilité d’une crise de la dette, l’État français en cessation de paiement, comme l’a connue en 2015 la Grèce, ne peut être exclue. Une telle crise ébranlerait toute l’Europe.
La menace d’une telle crise est un instrument de pression et de chantage entre les mains de la bourgeoisie et de son État, chantage dont Bayrou s’est fait le champion. Le monde du travail n’a aucune raison de céder à ce chantage, d’accepter de sacrifier ses droits et sa vie au maintien des privilèges d’une classe parasitaire et exploiteuse.
Le mouvement ouvrier n’a pas à craindre d’affronter la bourgeoisie pour faire respecter ses droits et la contraindre à prendre sur son capital pour faire face à sa dette. Si elle en est incapable, il n’y a pas d’autre réponse à son chantage que l’annulation de la dette, l’expropriation de la finance et la constitution d’un monopole public bancaire pour que l’État, sous le contrôle de la population, se donne les moyens d’assurer le financement de la production et des services publics pour satisfaire les besoins de la population et non les privilèges d’une minorité parasite.
10) La dramatisation par Bayrou du débat parlementaire a accentué la crise politique et a fait de la question de la dette et du budget, des rapports entre l’État et les milliardaires assistés, paniqués à la simple idée de la taxe Zucman, un débat national qui est au cœur du mouvement social et politique impulsé par l’initiative partie d’en bas, hors des directions de la gauche syndicale et politique, « Bloquons tout le 10 septembre ».
Les négociations que le successeur de Bayrou, Lecornu, Premier ministre d’un gouvernement démissionnaire chargé de rompre avec sa propre politique, est contraint de mener pour trouver une majorité parlementaire et, sinon un consensus, du moins le moyen de ne pas rompre le dialogue avec les directions syndicales, contribuent à mettre à nu la nature de classe de la politique de l’État.
L’exigence de taxer les riches, le capital, de justice fiscale donne aux mobilisations massives du 10 et 18 septembre la dimension d’une lutte politique. Elles portent un affrontement radical entre le prolétariat et l’État, le capital. Nous n’en connaissons pas les rythmes ni les étapes, ni jusqu’où ira la politisation en cours. Une idée forte fait son chemin, la politique économique, les investissements, le financement des services publics ne doivent pas être dictés par les besoins du capital mais par ceux de la population. La tâche des révolutionnaires est d’aider à la prise de conscience de la dimension radicale du mouvement pour en préparer les suites.
11) La crise sociale et politique qui secoue le pays mûrit depuis le mouvement de 2016 contre la loi travail promulguée sous la présidence de Hollande jusqu’à la lutte contre la réforme des retraites en 2023 en passant par la révolte des Gilets jaunes en 2018 et le mouvement contre la retraite à points en 2019-20. Elle a connu une brutale accélération avec la réélection de Macron en 2022 puis la dissolution de l’Assemblée nationale après les élections européennes de 2024 et prend un caractère particulièrement tendu avec la discussion sur le budget qui concentre l’opposition irréductible entre les besoins du capital et ceux du monde du travail.
Le mécontentement social engendré par la politique dite de l’offre soumise aux intérêts des capitalistes et des riches se réfracte dans les luttes parlementaires entre partis, tous soucieux de leurs intérêts électoraux et de leurs ambitions rivales qu’ils ne sont pas prêts à sacrifier aux intérêts de la grande bourgeoisie. D’où les majorités introuvables et l’instabilité politique qui inquiète cette dernière soucieuse de préserver la stabilité nécessaire aux affaires. Elle rejette Macron et se tourne vers la droite extrême déjà présente au sein du gouvernement démissionnaire avec Retailleau-Darmanin et vers l’extrême droite de Le Pen et Bardella sans oublier Zemmour.
L’offensive des USA de Trump les renforce et encourage le grand patronat à suivre Bolloré, Arnault et leurs amis. L’annonce par le Medef de la tenue d’un meeting des organisations patronales participe de cette radicalisation même si elle se prétend apolitique. Plus globalement, l’accélération de la marche à la faillite du capitalisme, l’exacerbation de la concurrence internationale, le militarisme et les menaces de mondialisation des guerres jettent les bases d’une dictature populiste, voire fascisante pour maintenir l’ordre que la démocratie parlementaire bourgeoise n’est plus capable d’assurer face à l’explosion des frustrations et mécontentements sociaux, de la colère et de la révolte. L’impasse du capitalisme engendre la base sociale et politique de l’extrême droite au sein de la moyenne et petite bourgeoisie qui se sentent menacées par la concurrence mondialisée, et y compris au sein du prolétariat où les moins conscients, hors d’une autre perspective de classe, écœurés par les appareils de la gauche politique et syndicale, ne voient pas d’autre issue que la démagogie nationaliste de ceux que l’on n’a pas encore vus au pouvoir.
La mise en concurrence mondialisée des travailleur·es crée les bases objectives de la xénophobie et du racisme.
Lutter contre le poison du nationalisme et des divisions n’est pas une question morale mais bien une lutte de classe contre la mise en concurrence des prolétaires organisée par le capital et contre la politique de l’État et du patronat contre l’ensemble des travailleur·es et des exploité·es.
La lutte contre l’extrême droite est nécessairement une lutte de classe internationaliste autour de la défense des droits des exploité·es dans une perspective révolutionnaire.
12) Le mouvement engagé depuis le 10 septembre par l’initiative « Bloquons tout », ses développements et ses suites après le 18, représentent la seule issue progressiste à la crise sociale et politique conséquence de la faillite des classes dominantes. Il porte la seule réponse à la victoire annoncée de l’extrême droite, réponse qui ne peut se construire qu’en rupture avec les jeux et ambitions parlementaires et électoraux ainsi qu’avec le dialogue social auquel se plient les directions syndicales.
Les consultations des directions syndicales ou des partis parlementaires ne sont en rien des négociations mais des marchandages pour obtenir soutien ou neutralité attentiste dans le cadre imposé par Macron et le Medef, un budget d’austérité.
Le Parti socialiste, sans surprise, était tout disponible pour être associé à cette politique, en réalité fidèle à lui-même et à la politique de Hollande, les Verts voulaient voir se réjouissant de la « rupture » avec la méthode Bayrou et le PC laissait ouverte la possibilité de ne pas censurer le futur gouvernement Lecornu... Jeu de dupes, Lecornu est pris dans la nasse de sa propre politique sans issue possible.
Au lendemain des grandes manifestions du 18 septembre, l’intersyndicale n’a décidé de rien si ce n’est de lancer un « ultimatum » à Lecornu qui avait jusqu’au 24 septembre pour répondre aux demandes qu’elle a formulées. Là encore jeu de dupes et faux semblants auxquels se prêtent complaisamment les directions syndicales qui ont laissé une porte de sortie tout virtuelle à Lecornu pour gagner du temps afin de reprendre la main sur le mouvement tout en démontrant leur respect du dialogue social.
Sans surprise, mercredi 24, Marylise Leon a annoncé, au nom de l’intersyndicale, à la sortie de Matignon, une nouvelle journée d’action sans perspective, plus question d’ultimatum ! L’intersyndicale poursuit sa stratégie perdante des journées d’action et les partis de la gauche parlementaire se sont joints à l’appel alors que le patronat quittait Matignon en se disant rassuré !
La gauche parlementaire et syndicale, soucieuse d’être responsable au nom des intérêts du pays, c’est-à-dire des classes dominantes, participe à la dramatisation de la dette et du déficit budgétaire, prétendant avoir de meilleures réponses que Macron. Les plus radicaux comme LFI et Mélenchon veulent une politique de rupture mais de rupture avec Macron dont ils demandent la destitution pour faire campagne pour la présidentielle !
La mobilisation est, elle, en rupture avec le système, avec le capitalisme qui voit une minorité de nantis et de privilégiés se nourrir des inégalités, des bas salaires, du chômage, de la misère et de l’argent public, de la dette.
Il ne s’agit pas d’une simple question de répartition des richesses comme s’il était possible d’imposer une répartition équitable entre le travail et le capital.
Le laisser croire, c’est entretenir des illusions néfastes, comme de laisser croire, comme le fait Mélenchon, qu’il serait possible de mettre en place un budget de relance qui répondrait aux besoins des capitalistes et des salarié·es !
La dette et l’austérité ainsi que toutes les attaques contre les salarié·es et les chômeur·es, la santé ou l’éducation sont une politique de la classe dominante et de son État contre le monde du travail et la population pour maintenir le fonctionnement de la machine à profit alors qu’elle est à bout de souffle, mise en faillite par sa propre logique de la rentabilité financière, de la concurrence, de la mondialisation et de la guerre.
Il n’y a pas d’issue sans annuler la dette, exproprier la classe des prédateurs et des financiers-créanciers qui pillent les richesses produites par le prolétariat et mettre en place un monopole public bancaire sous le contrôle des travailleur·es. C’est aussi la condition même d’une démocratie réelle qui permette aux producteurs, aux classes populaires de contrôler et de décider de la marche de l’économie, des services publics pour satisfaire les besoins de la population jusqu’alors sacrifiés aux profits d’une minorité.
13) Le développement de la crise sociale et politique, l’émergence le 10 septembre d’un mouvement parti d’en bas qui a contraint les directions syndicales à sortir de leur passivité, l’irruption de nouvelles volontés militantes, de la jeunesse soulignent à quel point la question d’une direction démocratique et révolutionnaire intimement liée au monde du travail, à la jeunesse, soucieuse d’aider les travailleur·es à prendre leurs luttes en main, à reconquérir leurs organisations manque. Les conditions politiques de la construction d’un parti des travailleur·es ont commencé à émerger au lendemain du grand mouvement de grève de 1995 en réponse à l’effondrement de la gauche réformiste, social-démocrate ou stalinienne. Elles se sont développées dans les suites de la crise de 2008-2009 et des mobilisations qui ont suivi et, aujourd’hui, exigent du mouvement révolutionnaire une politique qui rompt avec les divisions pour participer à l’unité, au rassemblement, à la coordination des acteurs et actrices les plus conscient·es du mouvement.
Nombreux sont celles et ceux qui n’ont plus confiance dans les partis parlementaires sans se reconnaître dans les différentes fractions du mouvement révolutionnaire et se détournent de la politique faute de perspectives crédibles, de cadres organisationnels ouverts et démocratiques.
Ces différentes fractions du mouvement révolutionnaire ont l’illusion, chacune, de défendre la politique nécessaire au mouvement et expliquent aux travailleur·es ce qu’ils devraient ou qu’il faudrait faire sans se soucier de se coordonner pour ouvrir une perspective en rupture avec la politique du dialogue social des directions syndicales ou les manœuvres parlementaires ou les illusions électoralistes de la gauche parlementaire. La crise du régime capitaliste ne peut être résolue par une « révolution citoyenne » dans les urnes, comme dit LFI.
Au sein même des mobilisations, les militant·es du mouvement ont besoin d’une discussion pour décider non seulement de leurs actions, de la façon de s’organiser dans les entreprises, les lieux de travail, d’études ou d’habitation, les quartiers, mais de leurs objectifs politiques.
Les révolutionnaires sont des militant·es du mouvement, de son organisation démocratique indépendante - des comités de base dans les lieux de travail, parmi les lycéens, étudiants et dans les quartiers populaires - afin de contribuer à la prise en main par les travailleur·es de leurs luttes aujourd’hui, de la société demain. Ils cherchent à rassembler toutes celles et ceux qui refusent ce système d’exploitation qui engendre les inégalités, les injustices au profit d’une oligarchie financière parasite, un système fondé sur la course au profit et la concurrence, qui voudrait dresser les travailleur·es et les peuples les uns contre les autres pour les maintenir sous son joug, sème la haine et le racisme. Au sein même des manifestations s’exprime le refus de leur ordre mondial sanglant dont le monstrueux génocide de Gaza et les massacres de la guerre d’Ukraine sont les symboles barbares qui le condamnent aux yeux des peuples de la planète. Cet ordre mondial fondé sur le pillage et la prédation, engendre une crise écologique aux conséquences dramatiques, catastrophiques.
Les échéances électorales à venir, les élections municipales, très probablement les législatives si dissolution, voire une présidentielle anticipée seront un moment important du débat public provoqué par les mobilisations, la possibilité de porter les aspirations qui s’y expriment, de faire entendre la voix des travailleur.es et de défendre un programme pour la construction d’un parti pour la transformation révolutionnaire de la société. L’importance des enjeux exige de rompre avec les divisions, de répondre aux besoins d’unité et de démocratie, de rassembler les organisations et les forces révolutionnaires, les forces contestataires issues de la lutte
Les exigences portées le 10 puis le 18, les suites de la mobilisation quels qu’en soient les formes et les rythmes posent la question du pouvoir politique. Au pouvoir du capital et de son État, il est nécessaire d’opposer la perspective d’un gouvernement des travailleur·es, démocratique. Il ne s’agit pas de replâtrer les institutions bourgeoises, d’une VI° République, mais d’une perspective de rupture démocratique et révolutionnaire, la conquête du droit de décider et de contrôler la marche de la société par celles et ceux qui en sont les actrices et les acteurs.
Le 26/09/2025
Démocratie révolutionnaire



