Retailleau, par ailleurs ministre de l’Intérieur, a donc été élu président des LR écartant son comparse, Wauquiez, rival et faire-valoir, avec 74,5 % des voix recueillies parmi des adhérents de fraîche date... Dans la foulée, affichant ses ambitions présidentielles, il a fait part de sa volonté de nommer l’ancien Premier ministre Barnier à la tête du Conseil national des LR. Bayrou s’est empressé d’adresser ses « félicitations chaleureuses » à son ministre de l’Intérieur : « Les Français engagés souhaitent, je le crois, que nous fassions cause commune pour sortir, autant que possible, notre pays des difficultés qu’il traverse. Ils aiment la diversité et veulent la solidarité. » Du fond de sa déroute, Bayrou est prêt à se réjouir de tout, même de la victoire d’un adversaire déclaré d’autant que, au final, bien peu de choses les séparent. Il assure la continuité de Barnier qu’associe Retailleau à sa campagne, tout ce petit monde du bloc réactionnaire présidé par Macron converge sur une même politique au service du capital, la démagogie sécuritaire, nationaliste, xénophobe, militariste.
A peine installé dans ses fonctions de ministre de l’Intérieur-Président des LR-candidat à la présidentielle, le hasard des calendriers a conduit, mardi, Retailleau dans les pas de Sarkozy, sans bracelet, pour l’hommage très sécuritaire rendu à une policière municipale tuée il y a 15 ans, lors d’une attaque d’un fourgon blindé. Marchant dans les pas d’un ex-ministre de l’Intérieur devenu Président de la République on peut imaginer les fantasmes qui habitaient le cerveau du ministre de l’Intérieur déjà candidat…
Avant cette improbable rencontre le RN ironisait par son député et porte-parole Jacobelli : « Retailleau nous fait croire qu’il peut régler les problèmes d’immigration en travaillant avec les macronistes et les socialistes et en refusant de travailler avec les patriotes. C’est un Sarkozy bis, il parle comme nous mais n’agit pas. » Dans la même veine, Zemmour déclarait : « Quand je les lis et que je les écoute, j’ai parfois l’impression de me lire et de m’entendre, c’est parfois même troublant. Je ne fais pas de différence idéologique entre eux, parce que je ne fais pas de différence entre moi et moi ». Et il est vrai que les uns et les autres affichent les mêmes préjugés, les mêmes ambitions réactionnaires. Leur seule différence tient en réalité à leurs ambitions rivales.
Au-delà des jeux politiciens, la bourgeoisie a besoin d’un pouvoir fort qui lui assure la stabilité et qui soit capable de faire face aux explosions sociales annoncées, à la révolte de la jeunesse et de la classe ouvrière. Les difficultés du RN laissent ouverte la question du leadership du bloc réactionnaire, qui saura unir les droites ou plutôt les droites extrêmes et l’extrême droite ?
Retailleau, enfant politique appliqué de De Villiers puis élève modèle de Fillon, ambitionne d’être l’homme de la situation pour s’imposer à ses rivaux en démontrant que, lui, ministre de l’Intérieur, il agit. La campagne xénophobe contre l’Islam engagée par le gouvernement le renforce et en sera l’occasion dans la continuité de Sarkozy qui, ministre de l’Intérieur, avait, en 2005, provoqué la révolte des banlieues pour s’imposer à droite.
Manœuvres, instrumentalisations et surenchères xénophobes et racistes
Mardi, le gouvernement a en effet rendu public un rapport commandité par Darmanin intitulé « Frères musulmans et islamisme politique », rapport fabriqué à partir d’interprétations, vision complotiste et policière, destiné à « provoquer un choc ». Désignant une « cinquantaine d’associations musulmanes affichant plus généralement une sensibilité frériste », notion pour le moins vague, ce rapport sert d’arguments aux délires de Retailleau qui parle de « menace sur la cohésion nationale et une menace vraiment de submersion » dont « l’objectif ultime est de faire basculer toute la société française dans la charia ». Ce rapport de propagande raciste a constitué la base d’une réunion, à l’Élysée, d’un Conseil de défense et de sécurité nationale réunissant Bayrou, Macron, Retailleau et quelques ministres. Le gouvernement doit remettre ses conclusions d’ici juin mais la campagne contre les musulmans a franchi sans attendre un pas de plus. Au sein du bloc réactionnaire de Valls à Bardella qui proposent d’interdire les Frères musulmans, c’est-à-dire une nébuleuse indéterminée, en passant par Attal qui souhaite faire interdire le voile dans l’espace public pour les mineures de moins de quinze ans, les propositions de nouvelles attaques islamophobes fusent.
Toujours au nom « des principes de la République » et de la laïcité le gouvernement, par ailleurs grand ami de l’Arabie saoudite, veut une nouvelle loi contre « l’entrisme » après la loi contre le séparatisme de 2021 qui a permis, entre autres, 741 fermetures de lieux de cultes, commerces, établissements scolaires ou sportifs jugés problématiques.
Cette offensive nationaliste, xénophobe et raciste contre la prétendue menace islamiste aussi peu crédible que la menace russe brandie pour justifier la politique militariste de réarmement vise non seulement les musulmans, mais aussi les migrant·es comme toutes celles et ceux qui sont issu·es de l’immigration. Elle est une manipulation démagogique pour accentuer les tensions, provoquer, agiter les peurs, les incompréhensions et le désarroi que propagent dans la population mais aussi le monde du travail la crise politique, économique ainsi que le militarisme.
La trumpisation à la française, la faillite du capitalisme nourrit la réaction aussi faillie que lui
Retailleau rêve de devenir en tant que ministre de l’Intérieur le chef d’orchestre de cette campagne. Le dévot hystérique habité par sa mission chrétienne aborde le pouvoir et sa conquête inspiré par les croisades et la lutte contre les hordes des « musulmans envahisseurs ». Il entend réveiller et attiser les vieux fantasmes hérités du colonialisme adaptés au capitalisme mondialisé. Ce délire paranoïaque plonge ses racines dans l’histoire de la bourgeoisie depuis les chevaliers des croisades jusqu’aux conquêtes coloniales, à la guerre d’Algérie et ses survivances bien actuelles. Il est le délire de la vieille droite nationale cléricale depuis la bourgeoisie versaillaise ou pétainiste auquel une partie d’entre elle se raccroche aujourd’hui pour tenter de conjurer le sort, défendre ses usines, ses rentes et ses propriétés menacées par la faillite de son propre système, d’un capitalisme qui a fait son temps, mondialisé dressant face à face le vieil occident colonialiste et dominateur aux peuples du monde qui ont conquis leur indépendance en brisant le joug colonial.
L’ensemble de la caste politicienne est entraîné dans ce délire porté par l’offensive américaine mondialisée dont Trump est le metteur en scène et l’acteur principal. L’ensemble de l’Europe est atteint par le virus qui ne respecte pas les vieux clivages des vieux appareils politiques. La maladie est contagieuse, les prétendus mécanismes de défense républicaine ou de la laïcité non seulement s’effondrent mais se transforment en agents de l’extrême droite, armes idéologiques de la réaction fascisante sioniste et de la xénophobie, du racisme au nom de la défense des valeurs occidentales ainsi que les appels à la paix servent le militarisme et la guerre.
Le capitalisme marche à la faillite économique, politique et morale, il doit céder la place au socialisme
Quels que puissent être les sursauts de la population comme en Hongrie, la vague brune qui déferle sur les vieilles puissances occidentales, sans intervention directe des travailleur·ses, poursuivra son œuvre destructrice contre la société pour les profits d’une minorité parasite, la survie d’un système condamné.
Les proclamations et bons sentiments contre le nationalisme, la xénophobie et le racisme, le militarisme sont impuissants contre la régression globale annoncée qu’organisent les dirigeants des puissances capitalistes occidentales dans leur combat pour leur domination. La lutte ne peut se contenter de la dénonciation, de demandes ou d’indignation, le seul terrain de l’antiracisme est sans perspective.
Il n’y a pas de capitalisme, d’exploitation sans racisme. Le racisme est le produit des rapports d’exploitation ainsi que le nationalisme est le produit de l’État qui les protège, les défend et les impose. Le nationalisme engendre la xénophobie et le racisme, il n’y a pas de bon nationalisme.
La gauche est bien obligée de se plier à l’évidence, le capitalisme financiarisé mondialisé n’est ni réformable ni amendable, il a atteint ses limites historiques, une limite infranchissable : la masse de capital accumulé et concentré entre les mains des milliardaires ne trouve pas assez d’investissements rentables pour satisfaire leur avidité de profit. Le capitalisme mondialisé se heurte aux limites du marché, de la planète, de la concurrence. Les remèdes que trouvent les Etats pour tenter de maintenir le malade en vie ne font qu’aggraver le mal. Les attaques contre le prolétariat limitent le marché, l’exploitation forcenée des richesses naturelles aggrave la crise écologique, la concurrence engendre le militarisme et la mondialisation de la guerre, la folie du système donne naissance à des monstres politiques, dictateurs en herbe… La thérapeutique étatique provoque crises financières, crises spéculatives, crises des dettes publiques et privées, faillites, crise sociale, etc. Les classes possédantes savent que leur système est au bout du rouleau, menacé mais elles ne céderont pas la place ni ne capituleront accrochées à leur pouvoir, à leur domination.
Nous ne savons pas quelle issue la bourgeoise française trouvera à sa crise politique, ce qu’ils appellent la crise de la démocratie, c’est-à-dire la crise de la méthode parlementaire de leur domination de classe, mais nous savons que l’issue ne peut aller que vers un renforcement de l’exploitation et de la dictature politique de la minorité capitaliste.
Le monde du travail, la jeunesse, les femmes, sont amenés à en prendre conscience pour rompre avec tous les démagogues qui leur laissent croire qu’il y a des réponses progressistes dans le cadre du système. Ce système est condamné à broyer leurs aspirations comme leurs droits démocratiques et sociaux et dès maintenant nous avons besoin de préparer un autre avenir pour l’humanité !
Yvan Lemaitre



