La prestation de Bayrou devant la commission parlementaire d’enquête sur les violences en milieu scolaire a tourné à la déroute, une série de mensonges ou le déni. Enlisé dans le marais parlementaire Bayrou s’est encore plus enfoncé dans son propre naufrage avec toute l’assurance et l’arrogance, la malhonnêteté et l’indifférence aux victimes qui sied à un ministre de Macron qui, en pleine campagne présidentielle de 2002, avait administré une gifle à un enfant lors d’un déplacement.

Le délitement de Bayrou confronté à lui-même est venu compléter le tableau d’un pouvoir en déliquescence que Macron a, malgré lui, mis en scène pendant trois heures sur TFI mardi soir, avec la même arrogance et la même impuissance, un aveu en prime time.  Dupe de lui-même et de son rôle sur la scène internationale de va-t-en-guerre pacifiste, Macron a tenté de reprendre la main, entouré de faire-valoir dont Sophie Binet toute empressée de tenir son rôle, pour écrire une histoire hors sol, en confondant son baratin avec la réalité, son arrogance avec sa force, son mépris avec son autorité pour poursuivre une politique dictée et écrite par avance par le patronat et les banques ainsi que par l’Otan et les USA.

Ce gouvernement en sursis continue de faire le job et Macron a pu se féliciter de voir la France être le pays le plus attractif d’Europe pour les investisseurs étrangers du fait de sa compétitivité, c’est à dire de la rentabilité financière que permettent les conditions d’exploitation des travailleurs. Il a rejeté bien évidemment la proposition de Sophie Binet d’un référendum sur la réforme des retraites de même qu’il n’a pas repris l’idée farfelue de Bayrou d’un référendum sur les économies budgétaires drastiques. Si Macron tente de sortir du marasme en en appelant au peuple par référendum, ce sera sur des questions secondaires ou en reprenant les propositions pourries de l’extrême droite d’un référendum sur l’immigration, mais rien qui laisserait croire qu’il pourrait accepter de remettre en cause sa politique vis à vis de la finance et du patronat.

Face aux licenciements toujours plus de cadeaux au capital

En réponse à Sophie Binet qui l’interpellait sur la liste des « 400 plans de licenciement » en cours dont ArcelorMittal, Michelin, mais aussi Auchan, Vencorex, Milee, STMicroelectronics…, avec « des entreprises qui touchent des aides publiques et qui distribuent des dividendes », « vous avez énormément de leviers entre les mains et vous refusez de les utiliser » et lui demandant de nationaliser ArcelorMittal, la réponse fut simple : pas question de nationaliser ni d’un moratoire sur les licenciements. « Je ne suis pas pour bloquer les entreprises quand elles doivent s’ajuster. »  « Non, je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal », cela n’aurait « aucun sens ». Nationaliser Arcelor en attendant un repreneur n’est certes pas une politique répondant aux besoins des travailleurs et le passé de la gauche a largement démontré comment les nationalisations pouvaient se résumer à une aide au capital, le temps nécessaire. Laisser les mains libres aux dirigeants des multinationales l’est encore moins et mettre l’État à leur service conduit à la banqueroute.  Prétendre comme l’a fait Macron que la réponse dépend de la Commission européenne qui devrait bloquer les importations d’acier chinois à bas prix rejoint la politique de Trump et des différents Etats, le protectionnisme qui est le plus court chemin pour transformer la stagnation économique en récession. 

Les licenciements se multiplient du fait de la course à la compétitivité et à la rentabilité financières pour le compte des actionnaires ainsi que le démontre Michelin qui supprime 1 254 emplois tout en ayant versé l’an passé 1,4 milliard d’euros de dividendes.

Il faut arrêter les subventions à fonds perdus, plus de 200 milliards par an qui ne servent qu’à subventionner les dividendes, interdire les licenciements et faire payer le capital.

C’est tout l’inverse que veut faire Macron en proposant de taxer la consommation, mettre en place une TVA sociale, pour alléger les charges qui, nous dit-il, « pèsent sur le travail » qu’il confond, en espérant tromper son monde, avec le capital. Et il invite les partenaires sociaux, patronat et syndicats, à débattre du financement de la protection sociale lors d’une conférence.

L’objectif est tout simplement de baisser les cotisations sociales qui renchérissent le coût du travail au détriment de la compétitivité et de diminuer dans le même temps les salaires nets au profit du capital.

L’austérité contre les travailleur·ses pour les multinationales et l’armée

Effet et complément de cette politique, la politique budgétaire que le gouvernement doit présenter d’ici au 14 juillet, vise à procéder à 40 milliards de coupes pour réduire le déficit en 2026 puis en 2027, 2028 et ainsi de suite, une politique sans fin pour deux raisons. La stagnation-récession dans laquelle est engagée l’économie mondiale exigera toujours plus d’aide et de crédit en faveur du capital pour maintenir les profits et éviter tant que cela sera possible un krach financier. Ensuite financer le militarisme et la guerre dont le coût ne peut que croître puisque la France, suivant la Pologne et l’Allemagne, s’est dite prête à se rallier à l’objectif de 5 % du Produit intérieur brut (PIB) en dépenses militaires que demande l’Otan.

Bayrou a choisi de se faire le champion de cette politique en posant à l’homme d’Etat qui ne craint pas l’impopularité, il n’a guère le choix : « Ceux qui, chaque fois qu’ils montent à la tribune pour demander des crédits nouveaux, (…) des dépenses de l’Etat nouvelles, ceux-là trahissent l’intérêt du pays. » Bayrou ne se grandira pas plus qu’il ne réussira à faire passer son référendum loufoque.

Il continuera à débiter des justifications mensongères pour imposer une politique qui frappe les travailleur·ses et les classes populaires mais épargne le capital et les riches.

La solidarité avec le peuple palestinien ainsi qu’avec les travailleurs d’Ukraine et de Russie, un même combat contre notre Etat

Macron, mardi soir, a exprimé son hypocrite indignation devant les souffrances que Netanyahou impose cyniquement et cruellement à la population de Gaza déportée, affamée, contrainte de subir les bombardements en qualifiant de « honte » la politique israélienne tout en refusant de la qualifier de « génocide » et sans pour autant se prononcer sur la reconnaissance d’un Etat palestinien, à laquelle il s’était dit favorable début avril. Cela a suffi pour que Netanyahou l’accuse de se « ranger du côté d’une organisation terroriste » !

Macron n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour soutenir politiquement et militairement le massacre des Palestiniens, la politique de l’État sioniste devenu l’axe de la réaction occidentale ni pour réprimer, ici, les soutiens de la cause palestinienne accusés d’apologie du terrorisme ou d’antisémitisme ou en engageant la dissolution de deux organisations, Urgence Palestine et la Jeune Garde Antifasciste. Mais il lui est bien difficile de vouloir faire la guerre en Ukraine pour imposer la paix sans au moins s’indigner des crimes contre les Palestiniens pour lesquels il porte une lourde responsabilité.

C’est bien pourquoi la solidarité avec le peuple palestinien est une politique internationaliste qui passe par la lutte contre notre propre bourgeoisie, notre propre Etat de la même façon que la solidarité avec les populations ukrainiennes et russes.

Les travailleurs ont besoin d’affirmer leur propre programme politique

Ce gouvernement en sursis, discrédité politiquement et moralement ne se survit que parce que l’ensemble des forces politiques parlementaires elles-mêmes déstabilisées par la situation tant nationale qu’internationale sont dans l’attentisme, round d’observation avant que ne s’engagent les batailles électorales avec les municipales en 2026 et la présidentielle de 2027. Ce gouvernement tient parce qu’aucune force d’opposition en particulier le RN ne veut arriver au pouvoir alors que la situation échappe à tous les partis parlementaires divisés par les rivalités et ambitions personnelles et surtout sans politique face à la guerre commerciale et militaire qui bouscule le capitalisme mondialisé. Le Trump à la française a du mal à émerger, la bourgeoisie et les institutions de ce pays n’ont pas d’autre réponse à leur crise que l’attentisme en poursuivant leur politique réactionnaire mais la situation devra bien se dénouer d’une façon ou d’une autre.

La gauche parlementaire est impuissante, le Nouveau Front Populaire est divisé sans politique et sans force, bien embarrassé à la simple idée d’accéder au gouvernement et LFI s’est repliée dans une condamnation impuissante du système, se contentant d’en être la mauvaise conscience parlementaire pour s’attirer les foudres de la pire réaction raciste et xénophobe, la vieille droite cléricale des Retailleau et Wauquiez, raciste et xénophobe prise de peur devant un monde qui lui échappe.

Le mouvement ouvrier est lui aussi dans l’attentisme paralysé par la dissolution des directions des appareils syndicaux dans les institutions sociales, le conclave ou autres structures de dialogue et collaboration.

Le désarroi engendre une forme de passivité alors que le mécontentement, la colère, la révolte sont forts.

En réalité, chacune et chacun comprend bien qu’il ne sera pas possible d’en rester là, que c’est dès maintenant, sans attendre que l’extrême droite ait tous les moyens de sa politique, qu’il faudrait rentrer dans la bataille, en prendre l’initiative, c’est à dire surmonter le désarroi, tirer les leçons du passé, du recul et des échecs en nous organisant autour d’un programme de lutte pour nos droits et changer le monde.

Toutes nos exigences, nos inquiétudes convergent vers une même idée, un même combat, leur société a fait son temps, leur système est en voie de faillite, nous ne sommes pas dans le même bateau, nous n’avons aucune solidarité avec les organisateurs du naufrage. Nous ne serons pas les soldats de leurs guerres économiques et militaires mais nous serons les militants d’un autre ordre social, solidaire, fraternel, fondé sur la coopération des travailleurs et des peuples.

La lutte contre le chômage, pour l’interdiction des licenciements, contre l’austérité, pour la démocratie, contre le racisme et le militarisme, la guerre, convergent dans un même combat pour en finir avec la domination d’une minorité parasite et changer le monde. Le combat pour nos droits et exigences s’inscrit dans le combat révolutionnaire pour le socialisme, un seul et même programme de solidarité et d’unité de classe.

Yvan Lemaitre

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