De l’annonce cynique en forme de provocation de Poutine de trois jours de trêve sur le front ukrainien, suivie du défilé militaire patriotique de Moscou avec Xi Jinping et Lula à ses côtés pour commémorer « la victoire sur l’Allemagne nazie » à celle de Trump voulant faire des 11 novembre 1914 et du 8 mai 1945 des « jours de la Victoire », le 80ème anniversaire du 8 mai 1945 a été une nouvelle manifestation de l’instrumentalisation de l’histoire pour les besoins des propagandes nationalistes et bellicistes des grandes puissances.

L’horreur des crimes nazis, de l’extermination de 6 millions de Juifs, est ainsi instrumentalisée, perversion de l’histoire, par le gouvernement Netanyahou et ses alliés occidentaux justifiant la guerre génocidaire qu’ils mènent contre la population palestinienne au nom du « droit de se défendre ». Toute dénonciation des crimes d’Israël est accusée d’antisémitisme alors que le ministre israélien d’extrême droite Smotrich déclare que Gaza sera complètement détruite et que sa population, après avoir été bombardée sans relâche, réduite à la famine et parquée dans un camp de concentration, sera déportée « dans des pays tiers ».

Cette perversion moderne de l’histoire, alors que les chefs d’État, à l’image du sommet de Kiev de samedi, multiplient les déclarations de paix pour poursuivre ou préparer leur guerre, est dans la continuité du mensonge de la « défense des démocraties contre le fascisme », utilisé par les puissances alliées contre leurs rivales dont l’Allemagne pour masquer les raisons de fond de la Deuxième guerre mondiale, le repartage du monde, la possession des colonies, et pour ce qui est des USA, la conquête de la domination mondiale. Le jour même de leur victoire, ce mensonge volait en éclats. Le 8 mai 1945, l’État colonial français perpétrait le massacre, à Sétif et dans tout le Constantinois, des Algériens qui revendiquaient leur liberté et dans la même période toutes les puissances européennes s’engageaient dans de sales guerres coloniales contre les peuples qui se soulevaient contre l’esclavage qu’elles leur imposaient depuis des décennies au nom de la prétendue supériorité de la civilisation blanche occidentale.

Et, si le 8 mai 45 signifiait la reddition de l’Allemagne nazie défaite par l’alliance entre les USA, la France et Angleterre avec l’URSS, la fin de la Deuxième guerre mondiale fut signée par l’expérimentation, en août 45, de la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki, un autre crime barbare contre l’humanité, alors que le Japon était déjà sur le point de capituler.

Aujourd’hui, Trump revendique la « victoire » des Etats-Unis dans les deux guerres mondiales, car, a-t-il expliqué, « Nous avons gagné les deux guerres, personne ne nous arrivait à la cheville en termes de force, de bravoure ou de génie militaire ». Avec sa brutalité cynique, il donne aux deux guerres mondiales impérialistes leur vrai sens, la lutte pour le partage du monde entre grandes puissances qui consacra la domination des USA. Ce faisant, il souligne le contenu réactionnaire de son projet qui fut celui de tous les présidents américains depuis Reagan, MAGA (« Make America great again »), restaurer par la guerre commerciale et militaire la position hégémonique mondiale des Etats-Unis, un projet qui est voué à l’échec. Il n’y aura pas de miracle, même l’élection, ce 8 mai, petite ruse de l’histoire, du premier pape américain par un conclave moyenâgeux manifestement plus influencé par le contexte politique que par la main de Dieu n’y changera rien, il n’y a pas d’avenir pour le délire d’un super-impérialisme qui soumettrait les peuples et organiserait le monde à sa guise pas plus que pour un capitalisme mondialisé failli.

Crise du dollar et victoire du Vietnam, première étape du déclin de l’hégémonie américaine

La fin de la Deuxième guerre mondiale suscita un immense espoir non seulement en Europe mais dans le monde. Les Etats-Unis, sortis grands vainqueurs en Europe contre l’Allemagne et l’Italie et en Asie contre le Japon, de surcroît la première puissance nucléaire, ayant connu pendant la guerre un puissant développement économique et militaire, aidèrent à restaurer l’économie capitaliste mondiale dont ils avaient besoin pour leurs propres affaires et pour faire pièce à l’URSS avec laquelle ils avaient dû se résoudre à partager le monde à Yalta pour assurer le maintien de l’ordre social contre les menaces de révolution au décours de la guerre.

Bien qu’elle avait fondé sa fortune sur une exploitation capitaliste féroce et sur l’esclavage de millions d’Africains, bien qu’elle avait soit exterminé soit parqué dans des réserves les peuples amérindiens, bien qu’aussi elle avait étendu sa domination sur plusieurs pays et que sa politique étrangère était une longue succession d’interventions militaires, la bourgeoisie américaine se présentait alors comme la championne des libertés et de la démocratie. Elle pouvait le faire au regard des vieilles puissances coloniales européennes qui maintenaient encore sous leur domination directe les deux tiers de la planète et de la dictature féroce de la bureaucratie stalinienne sur les populations de l’ancienne URSS et d’Europe de l’Est. Et c’est au nom du « monde libre » qu’elle entreprit d’organiser « la paix » capitaliste, le nouvel ordre mondial, tant sur le plan diplomatique, économique que monétaire afin d’assurer sa domination sur les richesses et le travail humain du reste du monde.

Au cours des années 50, les Etats-Unis supplantèrent les puissances européennes au Moyen-Orient, mettant la main sur ses ressources pétrolières et faisant d’Israël leur bras armé contre les peuples arabes.

En Asie, où ils avaient conquis à travers la guerre contre le Japon une position dominante dans une partie de l’Indo-Pacifique, ils menèrent, au nom de la lutte contre « le communisme », la guerre de Corée de 1950 à 53 puis la guerre du Vietnam, prenant le relais en Indochine de l’État colonial français qui avait subi une défaite cuisante à Dien-Bien-Phu en 1954. En 1975, l’armée américaine dut à son tour se retirer du Vietnam, incapable de l’emporter face au courage et à la ténacité de la population vietnamienne et, aux Etats-Unis même, à l’opposition grandissante de la jeunesse à la guerre dont une partie fit cause commune avec la révolte de la population afro-américaine -le pendant des luttes de libération nationale- qui se battait depuis les années 50 pour mettre fin à la ségrégation dans le sud et faire reconnaître ses droits dans tout le pays.

La défaite des Etats-Unis au Vietnam marquait la fin des grands empires coloniaux, conquise de haute lutte par leurs populations. Elle marquait la première étape du lent déclin de la première puissance mondiale. Les énormes dépenses militaires que l’État américain avait engagées aboutirent à la dépréciation du dollar et à la fin de la convertibilité de celui-ci en or en 1971. Le dollar restait la monnaie internationale de référence pour le monde entier et un instrument essentiel du pouvoir des Etats-Unis mais c’était le début de leur déclin d’autant que l’économie mondiale entrait en crise.

De l'offensive libérale et impérialiste et l'effondrement de l'URSS au capitalisme financiarisé et mondialisé

Après la guerre, les énormes marchés de la reconstruction avaient permis une forte croissance des économies occidentales et le besoin important de main d’œuvre avait créé les conditions d’un rapport de forces plus favorable aux travailleurs. La pression et les luttes de la classe ouvrière, l’augmentation de la productivité du travail, une production de masse pour la consommation, en même temps que les surprofits venant de l’exploitation du « Tiers-Monde » permirent une amélioration du niveau de vie des couches populaires dans les pays riches sans que les capitalistes voient leurs profits réellement menacés.

Les contradictions du capitalisme qui sont à l’origine des crises loin de disparaître en furent renforcées, en particulier la contradiction entre la nécessité de moderniser et d’augmenter sans arrêt la production pour faire face à la concurrence et les limites du marché, du nombre de consommateurs solvables. A la fin des années 60, des crises de surproduction se manifestèrent dans toutes les branches et aboutirent à une crise de rentabilité du capital dans toute l’industrie.

Pour rétablir le taux de profit, les trusts et leurs Etats engagèrent une vaste offensive, emmenée d’abord par les Etats-Unis de Reagan, la Grande Bretagne de Thatcher mais aussi la France de Mitterrand, contre la classe ouvrière, contre les salaires et les emplois, et plus généralement contre tout ce qui faisait obstacle à la libre circulation et à la valorisation de leurs capitaux dont une partie croissante fut investie dans la spéculation.

L’intégration des anciens pays coloniaux au marché mondial, puis l’effondrement de l’URSS au début des années 90, ouvrirent de nouveaux champs d’investissement au capital financiarisé mondialisé. Désormais, des masses énormes de capitaux pouvaient circuler 24 heures sur 24 sur l’ensemble de la planète et dans tous les secteurs de la vie sociale à la recherche des meilleures possibilités de profits. Les trusts des pays occidentaux devenus des multinationales à la faveur de ces transformations et des nouvelles technologies réorganisèrent la production industrielle à travers des « chaînes de valeur » en recherchant pour chaque segment de celle-ci les pays où les coûts de production étaient les plus faibles.

Moyen-Orient, Ukraine, Asie, Afrique… concurrence mondialisée et mondialisation de la guerre

Ce règne du capital financier mondialisé, la soif de profits nécessaires à la valorisation des masses énormes de capitaux spéculatifs, exacerba la concurrence économique mondiale, d’autant que d’ateliers de sous-traitance des multinationales occidentales qu’ils étaient, des pays d’Asie et d’Amérique latine devinrent de nouvelles puissances économiques. Après, entre autres, le Japon, la Corée du sud ou le Brésil, ce fut surtout la Chine, que la révolution paysanne et nationale de 1945-49 avait débarrassée de ses vieilles structures moyenâgeuses, qui émergea dans les 15 dernières années comme la deuxième puissance économique mondiale.

La grande dépression des années 2007-2009 et suivantes a porté la concurrence à des degrés inédits jusque-là. Matières premières, sources d’énergie, ressources agricoles et forestières, accès à la mer, réserves d’eau douce, tout est devenu objet d’âpres rivalités économiques… qui, associées à d’anciens conflits nationaux, débouchent sur des conflits militaires, la guerre.

En quelques semaines, Trump a fait voler en éclats la justification mensongère de la guerre d’Ukraine, une prétendue guerre pour la liberté du peuple ukrainien, en négociant avec Zelensky un accord de partenariat -qu’il vient de signer il y a quelques jours- pour l’exploitation de ses ressources en minerais, gaz et pétrole et dont il fait miroiter aux yeux des Etats de l’Union européenne la possibilité d’y être associés. Cette guerre, dirigée depuis le début par les états-majors américains et de l’OTAN, comme l’a souligné une enquête publiée fin mars par le New York Times, a déjà fait un million de morts et de blessés parmi les soldats et civils ukrainiens et russes dans le seul objectif de disputer à la rapacité de Poutine et de ses capitalistes, les richesses du pays.

Au Moyen-Orient, c’est sous la direction des Etats-Unis que l’État d’Israël, suréquipé et financé par eux, poursuit sa guerre effroyable contre le peuple palestinien dans l’objectif affirmé de le chasser de son pays et mène des frappes meurtrières au Liban et maintenant, sous le prétexte fallacieux de protéger les Druzes, en Syrie. Les Etats-Unis eux-mêmes ont bombardé à plusieurs reprises le Yemen, pour en finir avec les Houthis ou les soumettre. Dans la continuité de leurs guerres contre l’Irak qui ont ravagé la région, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux veulent asseoir leur domination sur le Moyen-Orient, sur ses richesses pétrolières et gazières, sur le canal de Suez, et mettre en chantier le projet -acté en septembre 2023 par huit chefs d'Etat (Inde, Emirats arabes unis, Arabie saoudite, France, Allemagne, Italie, Etats-Unis et Union européenne)- d’un corridor économique reliant l’Inde à l’Europe destiné à concurrencer les nouvelles routes de la soie chinoises.

En Afrique, les guerres en RDC sont menées par des bandes armées ou des Etats pour le compte de multinationales au service desquelles des travailleurs surexploités dont des enfants extraient les minerais indispensables aux nouvelles industries. Là comme aussi au Soudan, au Moyen-Orient ou en Asie, au Cachemire où l’Inde et le Pakistan sont au bord d’une nouvelle guerre, ce sont les conflits créés et entretenus par les vieilles puissances coloniales pour diviser et régner qui resurgissent avec toujours plus de violence barbare sous la pression de la concurrence mondialisée exacerbée et de la politique nationaliste flattant les préjugés xénophobes et religieux des démagogues à la Modi.

La folie du capitalisme conduit à nouveau à la faillite économique, au militarisme et à la guerre, une nouvelle ère de révolution s’ouvre

Le règne du capital financiarisé, la concurrence mondialisée conduisent à une mondialisation de la guerre, une multiplication des conflits militaires partout dans le monde, par peuples, Etats proxys, bandes armées interposés, mais toujours pour le compte de différentes fractions du Capital, de ses quelque 150 multinationales qui contrôlent l’économie mondiale…

Selon une étude publiée le 28 avril par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), les dépenses militaires mondiales ont augmenté en 2024 de 2700 milliards de dollars, un record depuis la fin de la guerre froide. Le budget militaire des Etats-Unis qui représente à lui seul 37 % des dépenses militaires mondiales s’est élevé l’an dernier à 997 milliards de dollars, plus que l’ensemble des budgets militaires européens, 544 milliards. La Chine a dépensé 314 milliards, la Russie 149 milliards, la France 67,4 milliards.

Il serait tout à fait vain de penser que le souvenir des horreurs de la Deuxième guerre mondiale pourrait empêcher les Etats de se servir de ces armes. La guerre n’est que le prolongement de la concurrence économique sur le terrain militaire, elle est inhérente au système capitaliste, expression de sa faillite, de son parasitisme croissant.

C’est bien pourquoi l’offensive commerciale et guerrière des Etats-Unis, leur tentative d’enrayer leur déclin, sont vaines tant elles expriment leur véritable faiblesse, l’incapacité à obtenir l’adhésion de leur population. C’est la même chose en Europe.

L’absurdité barbare de la guerre est l’expression du caractère révolu du système capitaliste, de la contradiction insupportable entre la mondialisation et la socialisation de la production des richesses à laquelle participent collectivement plusieurs milliards de travailleurs et la propriété privée capitaliste de quelques milliers de milliardaires. Selon Oxfam, le 1 % le plus riche de la population mondiale détient désormais 45,6 % de la richesse mondiale, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en possèdent que 0,75 %.

Une contradiction palpable dans tous les aspects de la vie sociale et dans les événements internationaux suivis en temps réel par toute l’humanité qui entraîne une transformation accélérée des consciences et prépare une nouvelle montée révolutionnaire à l’échelle mondiale pour en finir avec l’ancien régime.

Galia Trépère

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