« Nous n’abandonnons pas nos alliés, nous les soutenons. Nous ne laissons pas les tyrans gagner, nous nous opposons à eux. Nous n’assistons pas en spectateurs aux évolutions du monde, nous les façonnons. […] Voilà ce que cela signifie d’être une superpuissance mondiale », a déclaré Biden le soir du 24 avril après avoir signé l’accord voté la veille par le Congrès américain.

Celui-ci a adopté, à l’issue d’une longue période de blocage d’une partie des élus Républicains, une enveloppe de 95,3 milliards de dollars destinés à l’Ukraine -pour 61 milliards-, Israël et Taïwan. Le fait d’avoir réuni ces trois pays dans un même paquet d’aides montre que ces conflits ne sont pas des conflits séparés, isolés, mais font partie d’une même offensive militaire des Etats-Unis et de l’Otan pour imposer partout dans le monde un rapport de forces en leur faveur.

Indépendamment des rivalités électorales et des manœuvres parlementaires et politiciennes, Démocrates et Républicains -America is back et America great again- sont pleinement d’accord pour que les USA se donnent les moyens, en finançant et en armant l’Ukraine, Israël et Taïwan, de poursuivre leur offensive contre la Russie et la Chine et de s’assurer le contrôle du Moyen-Orient pour perpétuer leur hégémonie mondiale. « Pour le dire franchement, je préfère envoyer des munitions à l’Ukraine qu’envoyer nos garçons se battre », a déclaré crûment Mike Johnson, président républicain du Congrès.

La guerre d’Ukraine, une guerre sans fin

Dans l’enveloppe votée au Congrès, 61 milliards de dollars sont consacrés à l’aide économique et militaire à l’Ukraine. Le Pentagone en utilisera 14 milliards pour acheter de nouveaux systèmes d’armes auprès des industriels américains et environ 23 milliards pour reconstituer les stocks militaires américains. Rien de gratuit bien sûr, sauf pour les industriels de l’armement, d’autant que l’aide est fournie sous forme de prêts, même s’ils ne seront probablement jamais remboursés. Une enveloppe de 11 milliards servira à financer les opérations militaires américaines dans la région, notamment en matière de renseignement dont le personnel doit être augmenté. Les Etats-Unis vont livrer des missiles longue portée de type ATACMS qu’ils ont déjà commencé à envoyer ces dernières semaines. Des missiles que l’État américain disait jusqu’ici ne pas vouloir livrer, comme des avions F16 qui le seront probablement dans un proche avenir.

L’armée russe avait ces dernières semaines, profitant du manque de munitions de l’Ukraine, notamment en matière de défense anti-aérienne, lancé des attaques contre des centrales énergétiques et tout dernièrement contre le réseau de chemin de fer. Zélensky, Biden, Macron et autres dirigeants occidentaux espèrent pouvoir contenir la pression russe alors que Poutine espère des succès militaires à annoncer lors de la commémoration de la capitulation allemande le 9 mai prochain. Mais aucune issue à la boucherie barbare n’est en perspective.

Des deux côtés, des pouvoirs étrangers à la population qui représentent des classes possédantes parasitaires, corrompues jusqu’à la moelle, envoient à la boucherie des centaines de milliers d’hommes, pour conserver ou gagner de nouvelles zones d’influence pour les groupes capitalistes russes, ukrainiens ou occidentaux. Tous, et en premier lieu Poutine, comme la bourgeoisie américaine et l’Otan, n’ont d’autre politique qu’une guerre sans fin à travers laquelle se négocient les rapports de force dans le cadre d’un affrontement mondialisé entre les USA, leurs alliés et leurs rivaux et concurrents, en premier lieu la Chine.

Les USA renforcent leurs alliances contre la Chine en Asie du Sud-Est tout en négociant...

Quelque 8 milliards de dollars, dans l’enveloppe votée par le Congrès, sont destinés au renforcement militaire de Taïwan dont la Chine revendique la possession sans aucune considération de ce que veut la population qui ne compte pas davantage aux yeux des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux, sinon pour faire de son « indépendance » et de sa « liberté » la raison mensongère d’une possible et probable prochaine guerre par procuration.

La visite ces jours derniers en Chine du secrétaire d’État aux Affaires étrangères des Etats-Unis, Blinken, voudrait afficher une volonté de dialogue pour régler les différents américains avec le régime chinois. La rivalité n’empêche pas la poursuite des liens économiques vitaux ni que les Etats-Unis déploient leur offensive dans toute la région Indo-Pacifique pour conclure et renforcer leurs alliances militaires contre la Chine avec une dizaine d’Etats dont l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Indonésie...

Sous le règne du capitalisme le cynisme le plus absolu régit les relations internationales.

Le Japon où sont déjà installés 54 000 soldats américains, des bases navales et des aéroports militaires, a augmenté son propre budget militaire de 47 % par rapport à 2022 au mépris des sentiments pacifistes de sa population. Il négocie, en outre, son intégration à l’alliance militaire Aukus que les USA ont conclue en 2021 avec l’Australie et le Royaume Uni.

D’importantes manœuvres militaires sont organisées régulièrement par les Etats-Unis avec ces pays. « Toute attaque contre un avion, un navire ou les forces armées philippines en mer de Chine méridionale déclenchera la mise en œuvre du traité de défense mutuelle » qui lie les Etats-Unis et les Philippines, a déclaré récemment Biden au président philippin Marcos Jr, le fils du sinistre dictateur du même nom. La circulation de navires militaires chinois en Mer de Chine, alors que Pékin ne cache pas ses ambitions territoriales au détriment des Etats voisins, soulève l’indignation des Etats-Unis et des grandes puissances occidentales dont les troupes et les vaisseaux militaires sont comme chez eux… à quelques milliers de kilomètres de leur territoire.

Des milliards pour la prochaine étape de leur guerre au Moyen-Orient

Une aide conséquente à Israël, en plus de celle accordée chaque année, a également été votée dans l’enveloppe des 95,3 milliards de dollars alors que l’armée sioniste s’apprête à investir la ville de Rafah au sud de la bande de Gaza, continue ses bombardements, bloque l’aide alimentaire et a investi récemment, avec une violence terrible, le camp de Nour Sham en Cisjordanie.

Il serait question de 26 milliards dont une partie servira à remplacer les équipements militaires utilisés par l’État israélien et ses alliés dont les USA pour contrer l’attaque de l’Iran d’il y a quinze jours et une infime partie -un milliard ?- consacrée à l’aide humanitaire pour, à les en croire, les Palestiniens. Les États-Unis ont démarré la construction d’un port et d’une jetée qui seraient destinés, disent-ils, à acheminer de l’aide humanitaire mais qui pourraient tout aussi bien servir à débarquer des troupes ou évacuer des Palestiniens.

Biden comme Macron ont fait entendre leur opposition à l’intervention à Rafah de manière parfaitement hypocrite puisqu’ils soutiennent, comme tous les autres dirigeants des puissances occidentales le « droit de se défendre » de l’État d’Israël au nom duquel celui-ci mène son entreprise barbare de mort et de destruction contre la population palestinienne de la bande de Gaza.

Les prétendues préoccupations humanitaires des dirigeants américains et européens ne servent qu’à masquer d’un voile mensonger la guerre génocidaire de l’État sioniste et leur propre escalade guerrière au Moyen-Orient contre l’Iran.

Israël a lancé des attaques nombreuses au Sud-Liban contre le Hezbollah et prépare probablement de nouvelles frappes contre l’Iran. Sa riposte à l’attaque iranienne de la nuit du 13 au 14 avril était mesurée mais très calculée. Outre plusieurs drones, elle a consisté à envoyer deux ou trois missiles qui ont frappé le système de défense anti-aérien du site iranien où serait menée la préparation d’armes nucléaires par l’Iran.

Quoi que Biden en dise, les milliards d’aide à la guerre d’Israël constituent une approbation de l’intervention à Rafah voulue par Netanyahou. La condition mise que l’État israélien renonce à une frappe majeure contre l’Iran dans l’immédiat fait en réalité accord. Israël a besoin de régler et la question du Sud-Liban et celle de Rafah avant d’engager une nouvelle étape dans l’escalade guerrière contre l’Iran.

América is Back ou la folle escalade militaire des USA et de L’Otan

La folie militariste déclenchée par les USA gagne la planète. Les dépenses militaires mondiales ont atteint le niveau record de 2443 milliards de dollars en 2023, après 2240 milliards en 2022, d’après l’étude publiée le 22 avril de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Cette progression est due essentiellement tant à la guerre d’Ukraine qu’à la guerre d’Israël et à la montée des tensions dans l’Indo-Pacifique, mais elle touche aujourd’hui tous les continents. Les Etats-Unis, de très loin « champion » mondial des dépenses militaires, les ont accrues de 4,3 % l’an dernier, à 916 milliards de dollars.

La guerre est partie intégrante de la politique de toutes les classes dirigeantes à travers le monde, elle est le prolongement de l’offensive des groupes capitalistes contre les travailleurs de tous les pays pour accroître leurs profits et maintenir leur système à flot, de la concurrence exacerbée entre ces groupes eux-mêmes, entre les Etats. Mais ce sont les Etats-Unis et leurs alliés qui portent la responsabilité majeure de l’accentuation de cette montée des tensions guerrières. Celle-ci, quelles qu’en soient les raisons locales, s’inscrit dans le cadre de leur offensive pour maintenir leur leadership mondial contre la Russie, la Chine, les nouvelles puissances émergentes. Et ce ne sont évidemment pas ces dernières qui peuvent apporter la moindre solution progressiste à cette situation car elles participent du même système d’exploitation que les vieilles puissances impérialistes.

En Ukraine et en Russie, la guerre est de plus en plus impopulaire au point que les dirigeants des deux camps ont du mal à trouver des combattants. La guerre génocidaire d’Israël contre les Palestiniens suscite la révolte dans la jeunesse étudiante aux Etats-Unis, en France et dans le monde.

Partout les classes populaires sont invitées à serrer les rangs derrière leurs Etats et les classes exploiteuses qu’ils servent, pour protéger et accroître leurs droits au pillage et à l’exploitation. Partout grandit l’inquiétude parmi les travailleur·ses devant cette évolution, et la conscience des enjeux pour l’humanité toute entière.

La solidarité à l’égard des populations victimes de la guerre, palestinienne, ukrainienne et russe, africaines, ne peut pas se limiter à la dénonciation des Etats et des armées agresseurs.

La guerre est le fruit du pourrissement du système capitaliste, elle est sans fin et d’une façon ou d’une autre amenée à se généraliser.  Elle ne peut être stoppée que par un mouvement général, par-delà les frontières, des travailleur·ses, des jeunes, des femmes pour y mettre fin, une révolte contre la guerre, contre le système qui la nourrit et les pouvoirs qui n’offrent pas d’autre perspective pour l’humanité.

Galia Trépère

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