« La Russie est une menace non seulement pour l’Ukraine, mais aussi directement pour nous, pour l’Europe, pour la France, pour le peuple français ». « Le message du président de la République a été très clair. Nous n’abandonnerons pas l’Ukraine et nous n’excluons par principe aucune option. […] Nous ne nous fixons pas de limites face à une Russie qui, elle, n’en fixe aucune. » 

C’est par ces propos martiaux -et Macron n’a pas dit autre chose à la télévision jeudi- qu’Attal a introduit la discussion à l’Assemblée et au Sénat mardi et mercredi, les députés puis les sénateurs étant convoqués pour débattre et voter sur « l’accord de sécurité franco-ukrainien et la situation en Ukraine ». Ce traité, valable 10 ans, prévoit, comme les autres traités bilatéraux signés par Zelensky avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays Bas et l’Italie, une assistance financière et militaire à l’Ukraine tant que durera l’invasion russe à l’intérieur des frontières ukrainiennes de 1991, et dans l’immédiat une aide de la France de 3 milliards d’euros cette année.

Simulacre de démocratie parlementaire que ce débat, puisque cet accord a déjà été signé par Macron et Zelensky le 16 février et qu’il est effectif sans attendre le résultat de ce vote dit non contraignant. Petite ruse politicienne de Macron qui a imposé cette mascarade en faisant usage d’un article de la Constitution pour, sinon mettre au pas derrière lui l’ensemble des partis politiques, du moins affaiblir son principal adversaire aux élections européennes, le RN, en traitant tous ceux qui ne voteraient pas pour d’agents de l’étranger, d’alliés de Poutine. Le très-va-t-en-guerre Gluksmann, tête de liste du PS aux élections européennes, a été le seul en dehors du parti macroniste, à s’en féliciter, jugeant le « débat utile » et de nature à « clarifier les positions des uns et des autres ». Tous les autres, même ceux qui ont voté pour, comme LR, le PS et les écologistes, ont exprimé des réserves et des critiques sur la méthode.

Ainsi Macron a-t-il fait avaliser l’accord conclu avec l’Ukraine qui prévoit entre autres choses l’intégration à terme de celle-ci dans l’UE et dans l’Otan et il a lancé un de ses thèmes de campagne contre le RN, « parti pro-Poutine ».

S’il n’a pas formellement réalisé l’unité nationale puisqu’à l’Assemblée nationale, 372 députés ont voté pour, 99 contre dont LFI et le PCF et 101 se sont abstenus, dont le RN, dans les faits et sur le fond politique, il a obtenu l’essentiel pour lui et surtout du point de vue des puissances de l’Otan engagées dans la guerre, une unanimité sur la solidarité avec l’Ukraine contre la Russie, une unanimité favorable à la guerre et à l’aide militaire à l’Ukraine au nom de la prétendue menace que la Russie ferait courir à l’ensemble de l’Europe.

Macron-Attal n’excluent aucune option contre Poutine, ennemi public n°1

Macron a fait entériner, en outre, ses propos va-t-en-guerre du 26 février laissant entendre que les chefs d’État européens réunis ce jour-là à Paris avaient envisagé d’envoyer « des troupes au sol » en Ukraine. Propos dont il s’était justifié peu après en parlant « d’ambiguïté stratégique », ce n’aurait été en somme qu’une menace agitée à l’encontre de la Russie, une hypothèse possible, sans conséquence. Or si la plupart des dirigeants européens s’étaient récriés à la suite du chancelier allemand Scholtz et de Biden, d’autres comme ceux des Etats baltes, de la Pologne, voire du Royaume-Uni n’ont pas exclu un envoi de troupes en Ukraine plus massif que celui existant déjà.

Le Pen, au nom du RN, dans le souci de ménager les sentiments chauvins, anti-européens et anti-atlantistes d’une partie de ses troupes, s’est dite opposée à l’intégration de l’Ukraine dans l’Otan et l’UE. Elle a aussi critiqué la posture guerrière de Macron, affirmant que « la meilleure ambiguïté stratégique, c’est le silence ». Une façon d’endosser les habits de chef d’État responsable qu’elle se voit déjà être, gérant les affaires de la bourgeoisie et ses intérêts qui exigent la diplomatie secrète. Dans le même souci, elle n’a pas été jusqu’à voter contre, elle a justifié l’abstention du RN par son soutien à la « nation ukrainienne agressée ».

LFI et le PCF ayant voté contre, en raison de leur opposition à l’intégration de l’Ukraine à l’UE et à l’Otan, ainsi qu’aux déclarations va-t-en-guerre de Macron, le ministre des Affaires étrangères, Séjourné, a twitté dès l’annonce du résultat du vote : « C’est aussi un moment de clarification : il y a ceux qui sont avec les Ukrainiens et les extrémistes qui sont avec le Kremlin ».

L’ennemi est dans notre propre pays

Attal, dans son discours à l’Assemblée mardi, a égrené sous forme d’anaphore, sans craindre le ridicule, répétant huit fois « Une victoire de la Russie, c’est... », les dangers que ferait courir la Russie à la population française et européenne, de la « fin de l’histoire des démocraties libérales » à « un cataclysme pour le pouvoir d’achat des Français » en passant par « la plus grande vague migratoire de l’histoire... ».

Il n’a pas grande difficulté pour trouver l’oreille d’une large fraction de l’opinion qui rejette la haïssable tyrannie de Poutine, lequel vient d’organiser un simulacre d’élection dont tous les opposants ont été éliminés pour assurer son maintien au pouvoir. Mais la farce sanglante du régime de Poutine ne saurait masquer la responsabilité directe des USA, de l’Otan dont la France, dans l’explosion guerrière qui sacrifie la vie des Ukrainiens et des Russes aux intérêts d’une minorité de financiers et de marchands d’armes.

Les vieilles puissances impérialistes et coloniales de l’Occident ont intégré la Russie au marché capitaliste et à sa logique destructrice tout au service des intérêts des multinationales.

Cette logique aujourd’hui mondialisée exacerbe la concurrence sous la pression de ces vieilles puissances qui voudraient maintenir leur hégémonie sur la planète. Elle pousse à la guerre pour étendre ou défendre les zones d’influence dans le but de l’appropriation des richesses.

L’État et les capitalistes français se battent pour occuper leur place dans cette folie des rivalités nationales, de la concurrence et de la guerre sous la protection des USA et dans le cadre de l’UE.

C’est dans ce but que le gouvernement fait feu de tout bois et que Macron devient un zélé va-t-en-guerre avec l’accord plus ou moins franc ou hypocrite de tous les partis parlementaires qui veulent accéder au pouvoir pour servir à l’enrichissement des grandes fortunes et des groupes capitalistes dont les industriels de l’armement qui viennent de se hisser au deuxième rang mondial des exportateurs d’armes.

Ce sont bien ces vieux impérialismes qui sont les premiers responsables du chaos capitaliste mondialisé, de la guerre et de la course au militarisme et aux surenchères guerrières pour perpétuer leur suprématie. Ce sont ces mêmes puissances occidentales dont notre propre gouvernement qui soutiennent la guerre génocidaire d’Israël contre la population palestinienne en refusant tout cessez-le-feu et qui aujourd’hui cherchent à embrigader la population dans une préparation à des « guerres de haute intensité » comme on ne cesse de nous le rabâcher dans les médias.

Pas d’autre solidarité avec les peuples d’Ukraine et de Russie que l’intervention, la fraternisation des travailleurs pour en finir avec la guerre

LFI et le PCF ont voté contre le traité de participation à la guerre d’Ukraine, ils affichent une volonté pacifiste mais ils ne remettent en cause ni l’assistance militaire à l’Ukraine ni le nationalisme et son corollaire le militarisme. Ils ne conçoivent pas d’autre organisation de l’économie et de la société que le capitalisme dont la logique de profit et de concurrence sur le dos des peuples et des travailleurs ne peut que conduire à une multiplication des guerres et à leur extension. Tout au plus voudraient-ils mettre l’humain d’abord.

Au-delà de l’aspect vaudevillesque des petites ruses politiciennes de Macron, le combat contre la guerre, pour la paix et la coopération entre les peuples, indissociable du combat contre le capitalisme, est à l’ordre du jour. Très consciemment, les classes dirigeantes veulent nous préparer à la guerre économique et à son corollaire la guerre militaire qu’ils disent inéluctable. Au-delà de la facétie et des discours parlementaires, de leurs bluff et mensonges, ils ont raison. La concurrence capitaliste ne reste à aucun moment une simple concurrence économique ou commerciale, elle s’accompagne en permanence de l’intervention des armées. Aujourd’hui, le capitalisme menacé de faillite entraîne les peuples dans une guerre mondialisée. Et seule la révolte, le soulèvement des travailleurs et des peuples peut faire échec à cet avenir de barbarie.

Galia Trépère

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