La rencontre des syndicats de la Fonction publique avec leur ministre Stanislas Guérini ce jeudi, pour un « diagnostic de l’évolution des rémunérations » a tourné à la farce, les syndicats se retirant tant le ministre affiche son mépris pour les revendications salariales des 5,7 millions agents publics, fonctionnaires, contractuels et précaires qui ont subi une dégradation considérable de leur pouvoir d’achat après cinq années de gel du point d’indice et de maigres augmentations en 2022 et 2023.

Les 8 syndicats, pour répondre à la colère, n’ont pas pu faire moins que d’appeler à une journée d’action et de grève pour les salaires, le 19 mars, alors que le gouvernement annonce un plan d’économies budgétaires drastique et qu’il n’est pas question pour lui d’augmenter le point d’indice, qu’il considère « déjà bien soutenu depuis 7 ans ». 

Pas grand monde n’a d’illusion sur cette journée du 19 et les personnels de l’Education n’ont pas attendu pour se mobiliser. Dans le 93 en particulier et en Ile de France, ils ont ouvert la voie par leur lutte qui se renforce depuis le 26 février, quand nombre d’entre eux ont suivi l’appel de l’intersyndicale Education du 93 « Pas de moyens, pas de rentrée », et ont refusé de reprendre le travail après les vacances. Le mouvement de grève se poursuit.

Les directions syndicales, enfermées dans le dialogue social se refusent à engager l’affrontement nécessaire du monde du travail avec le gouvernement et les patrons. Il nous faut le préparer en ne comptant que sur nous-mêmes, sur notre capacité à organiser et diriger notre mobilisation, à discuter et décider de notre politique pour donner un coup d’arrêt à la logique dévastatrice du capital qui soumet les intérêts de la majorité aux profits de quelques-uns.

L’Etat-patron contre les salaires et l’emploi

Comme pour l’ensemble des salariés, le pouvoir d’achat des agents publics est rongé par l’inflation qui perdure. Pour faire face à la flambée des prix qui a atteint plus de 10 % en deux ans, le gouvernement n’a concédé que 3,5 % d’augmentation en juillet 2022 et 1,5 % en juillet 2023. Le message de Bruno Le Maire est clair : restrictions budgétaires et austérité. Il ne sera pas question de nouvelles augmentations pour les agents publics de l’Etat, des collectivités territoriales et des hôpitaux cette année.

« Augmenter le point d’indice, cela coûte deux milliards. On peut s’interroger sur la pertinence de ce mécanisme, alors qu’il existe d’autres leviers pour agir sur la rémunération », répond le ministère aux salarié·es. Tout le monde connaît ces leviers pour tenter de désamorcer la colère, des primes qui ne bénéficient pas à toutes et tous, au mérite, qui ne comptent que peu ou pas pour le calcul des retraites, comme celles annoncées par Guérini de 500 à 1500 et jusqu’à 1900 € pour les forces de sécurité pour les agents publics « mobilisés » pendant les Jeux Olympiques de Paris cet été, « en fonction de leur degré d’implication… » Il y aurait même 10 000 chèques emploi-service universels (CESU) qui leur seraient distribués à hauteur de 200 euros par enfant et 350 euros pour les familles monoparentales. Un milliard d’euros, selon le ministère… loin de répondre aux besoins des agent·es.

Les milliards d’économies budgétaires, le pillage des caisses publiques au profit du capital privé

Bruno Le Maire, qui vient d’annoncer 10 milliards d’économies sur le budget 2024, « une première étape » et jusqu’à 20 à 25 milliards en 2025, a étalé tout son cynisme et son mépris envers les classes populaires en déclarant : « Je vous rassure, on est très loin de l’austérité quand on est à 58 % de dépenses publiques dans le PIB ! Il y a 496 milliards d’euros de dépenses de l’État par an, nous faisons une économie de 10 milliards : on va s’en remettre. » Le « refroidissement » de la politique du gouvernement, c’est des milliards en moins pour les services publics et les budgets sociaux, pour l’école, les hôpitaux, la santé, pour les salaires des agents publics et les revenus sociaux. La baisse des « crédits de masse salariale », de 781 millions, pourrait représenter cette année entre 15 000 et 20 000 postes supprimés dans la fonction publique d’État, dont 8000 dans l’Education, 7500 dans la Recherche.

Au nom de la réduction d’un déficit public qui a été creusé par les énormes subventions de l’État aux grandes entreprises et la rente constituée par les intérêts de la dette versée aux banques, qui augmente de 10 milliards en 2024 pour atteindre 57 milliards d’euros, a déjà conduit à la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires sous Sarkozy, avant que le candidat Macron en 2017 en annonce 120 000 supplémentaires dans les fonctions publiques d’Etat et territoriale. La saignée continue au profit d’une précarisation massive dans les services publics, -20 %, soit 1 125 000 des agents publics sont des contractuels et précaires-, qui tirent les salaires vers le bas.

Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes a « prévenu » que « des efforts d’économies sans précédent dans l’histoire récente sont nécessaires. » Le gouvernement veut ramener le déficit public à 3 % du PIB, alors qu’il a atteint les 5 % en 2023, c’est-à-dire accentuer le pillage des caisses publiques, le gigantesque transfert des richesses du travail vers le capital. « Il n’y a pas de secteur totalement sanctuarisé. La sphère sociale représente la moitié de la dépense publique, elle doit contribuer à l’effort global. Cela vaut également pour les collectivités locales ». Un « effort » demandé avant tout aux travailleur·ses, aux classes populaires, aux chômeurs… au nom du « réarmement » de Macron, de sa politique belliciste et son « économie de guerre » pour la défense des intérêts des grands groupes capitalistes, en particulier des marchands de canons et de missiles comme MDBA et autres Dassault, Thalès, Nexter qui bénéficient de l’explosion des commandes d’Etat.

Boostés par la guerre, les largesses de l’Etat prises sur les budgets publics et les marges de monopole qu’ils imposent, les grands groupes du CAC40 affichent des profits mirobolants, 2023 étant une nouvelle année record à 153,6 milliards d’euros de profits, 9,7 % de plus qu’en 2022. Ils ont reversé près de 70 milliards à leurs actionnaires en 2023, en hausse de 15 % en moyenne.

Public, privé, les salaires… une question politique pour le monde du travail

L’inflation se maintient à un haut niveau alors que le gouvernement a imposé un budget 2024 de « fin du quoi qu’il en coûte ». Si l’augmentation des produits alimentaires ralentit, les prix de l’électricité ont fait un bond de 23,1 % sur un an, (+ 9,3 % par rapport à janvier), dû au rétablissement des taxes sur l’électricité.

En 2022 et 2023, les prix ont augmenté de 2,5 % de plus que les salaires moyens du privé. Publics ou privés, les revenus de l’ensemble des salarié·es reculent. Le patronat comme l’Etat sont bien décidés à mettre fin aux maigres augmentations qu’ils ont concédées l’an dernier. L’Etat instrumentalise la guerre pour façonner et dominer l’opinion pour imposer la baisse du coût du travail, que la machine à profits continue de tourner.

La question des salaires est un rapport de force entre le travail et le capital, qui nécessite une réponse globale du monde du travail, qui dépasse la lutte secteur par secteur, entreprise par entreprise à laquelle la limite la politique des directions syndicales.

De nombreuses grèves éclatent sur les salaires pour beaucoup à l’occasion des NAO dans le privé, alors que les enveloppes que les entreprises consacrent cette année aux salaires n’augmentent que de 3,5 % en moyenne, un recul par rapport aux 4,6 % de 2023. Dans l’Education, les enseignants, les personnels, soutenus par les parents et les élèves du 93, rejoints par ceux d’autres départements d’Ile de France et de Paris, ont engagé un mouvement de grève qui pourrait bien se généraliser contre le manque de postes, de moyens, la dégradation des conditions de travail et pour les salaires.

La riposte aux attaques globales, à l’offensive des classes dominantes et de l’Etat à leur service nécessite de préparer une réponse globale du monde du travail, de nous organiser et regrouper nos forces pour préparer une contre-offensive pour les salaires, les conditions de travail, pour nos droits, dans la perspective de prendre nous-mêmes en main les affaires de la société.

La journée du 19 est une occasion de nous regrouper sur les lieux de travail pour en discuter, de nous coordonner dans les collectifs, les interpros. La grève peut permettre de s’organiser pour s’adresser aux autres salarié·es de la Fonction publique et du privé à commencer, pour les enseignants qui ont engagé la lutte, à leurs collègues et aux parents d’élèves, salariés comme eux. Et au-delà, dans les collectifs et interpros, les équipes syndicales, démocratiquement et en toute indépendance des appareils syndicaux et politiques institutionnels, de construire une force politique du monde du travail et de la jeunesse pour opposer à la domination destructrice des classes parasitaires les intérêts collectifs du plus grand nombre.

Christine Héraud

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