Sans prendre la mesure de la brutale accélération de la lutte de classe à l’échelle internationale et de la crise politique qui mine les USA et les vieilles puissances impérialistes dont la France, du mûrissement de la crise globale du capitalisme où convergent stagflation et menace de krach, guerres, extrême droite et menace fasciste, catastrophe écologique, pandémie, le mouvement révolutionnaire, enfermé sur lui-même, affiche, une nouvelle fois, ses divisions pour la campagne présidentielle. Que ce soit Révolution permanente, Lutte ouvrière, le NPA-A, le Parti des travailleurs, alors que le NPA-R faisait le choix de ne s’adresser qu’à LO, chaque fraction raisonne en fonction de ses propres intérêts et objectifs, en fonction de sa propre construction plutôt que de l’ensemble du mouvement.
L’affaire n’est pas nouvelle, elle se pose de façon plus aiguë aujourd’hui et ne peut être perçue et comprise, au regard des enjeux, que comme une irresponsabilité qui ne répond pas aux intérêts des travailleur·es et exprime, quant au fond, une impuissance politique qu’il nous faut comprendre et analyser pour contribuer à la surmonter.
En faisant passer leurs intérêts fractionnels avant ceux de l’ensemble du mouvement, les différentes fractions révolutionnaires restent prisonnières du système, du jeu électoral qu’elles surestiment, complément de la surestimation, chacune, de leur propre rôle. Il y a là une façon de s’intégrer au système, à la marge certes mais néanmoins, élections d’un côté et travail syndical de l’autre, le tout combiné à une absence de stratégie préjudiciable au travail d’organisation démocratique des travailleur·es et de la jeunesse.
Une telle attitude est contraire aux intérêts du mouvement révolutionnaire. Non qu’il s’agisse de prétendre créer une dynamique électorale, mais bien de donner du crédit à nos idées pour aider à l’organisation démocratique du monde du travail et de la jeunesse dans la perspective d’un parti révolutionnaire.
Au sein du NPA-R, Démocratie révolutionnaire a défendu une tout autre politique dans une motion soumise au vote du Conseil politique national d’avril et dont l’intitulé résume le contenu, « Engager des discussions pour avancer vers un pôle démocratique des révolutionnaires contre la guerre, les profiteurs de guerre et la vie chère et pour une campagne commune pour l’élection présidentielle »[1]. Elle est restée sans réponse, ignorée par les deux fractions qui dirigent le NPA-R, qui décident et tranchent sans la moindre discussion publique entre elles au profit de compromis bureaucratiques.
Cette direction, qui fait cependant de la construction d’un pôle des révolutionnaires l’axe de sa politique, s’est contentée d’une démarche purement formelle vis à vis de Lutte ouvrière à qui elle a adressé un courrier publié sur le site du NPA-R[2]. Sans surprise, LO a repoussé la proposition de campagne commune pour inviter le NPA à faire campagne pour Nathalie Arthaud que le NPA-R avait, dans son courrier, acceptée comme candidate commune.
Mis en position de demandeurs vis-à-vis de LO, nos camarades tentent de convaincre de leur démarche en invoquant leurs appels au vote pour LO aux municipales écrivant : « Ce qui peut nous diviser, sur le terrain politique ou celui des modalités d’organisation ou d’intervention, n’a pas été à nos yeux un obstacle ». Mais rien n’est dit sur ces divergences - dont il n’est pas question de discuter - question pourtant essentielle dans la recherche d’un accord honnête même électoral.
Idem quand le NPA-R écrit « Certaines de nos divergences justifient encore la construction d’organisations révolutionnaires distinctes », là encore, le style elliptique consiste à éviter de dire la nature de ces divergences pour trouver un accord d’appareil.
Et le côté sectaire de cette démarche unitaire s’affirme sans ambages : « Notre proposition de candidature commune ne vise que votre organisation. Nous vous transmettons le texte adopté par notre dernier CPN qui explicite nos positions sur l’extrême-gauche suite à ces élections municipales. Mais nous pouvons affirmer sans problèmes partager votre point de vue sur la campagne des municipales de Révolution Permanente dans le dernier Lutte de classe, ce qui explique principalement notre refus de leur faire cette même proposition. » Cette phrase vise à définir les bases d’un accord sectaire avec LO contre le reste de l’extrême gauche.
Il est à noter que dans l’historique des relations entre LO, la LCR et le NPA, la période de 1995 n’est pas évoquée ni la politique de LO après l’appel au parti d’Arlette Laguiller au lendemain de son score de 5,3 % à l’élection présidentielle, ni celle de la Ligue, la réponse positive de Krivine à l’appel et le « Chiche ! » de la tendance Révolution ! de la LCR. Cet oubli, si l’on peut dire, est tout à fait significatif de cet état d’esprit qui ménage LO et lui exprime sa solidarité quand elle s’est dérobée à ses responsabilités et a exclu les camarades à l’origine de notre courant qui voulaient faire de cet appel une politique de rassemblement de la LCR et de LO et au-delà vers la construction d’un parti des travailleur·es, exclusion suivie dix ans plus tard par celle des camarades de L’Etincelle.
La démarche unilatérale vis-à-vis de LO n’a fait que renforcer les comportements sectaires réciproques et fait de la politique pour un pôle des révolutionnaires une posture.
A l’opposé aurait dû s’imposer une démarche vis-à-vis de l’ensemble du mouvement révolutionnaire en vue d’une orientation commune pour les élections et la construction d’un parti révolutionnaire des travailleur·es sur la base d’une stratégie fondée sur la lutte contre la marche à la guerre et à la faillite du capitalisme, la nécessité du pouvoir des travailleur·es et du socialisme, ce dont « le programme » du NPA-R résumé dans la lettre à LO ne parle pas. Et, si une telle politique avait échoué, faire campagne pour populariser cette perspective en défendant le programme révolutionnaire, pour nos idées et « le vote révolutionnaire » en rompant avec les rivalités et concurrences entre fractions à partir du moment où nous n’avons pas la force d’impulser une autre dynamique. Ce que pour notre part nous ferons.
Cet épisode pré-électoral souligne la nécessité de combiner la démarche pour un pôle des révolutionnaires à la discussion sur la compréhension globale de la période, du basculement du monde auquel le prolétariat est confronté pour formuler, proposer et discuter une orientation dans la perspective d’une campagne commune et au-delà.
La campagne présidentielle des révolutionnaires devrait se mettre au service du monde du travail, de la jeunesse, des femmes des migrant·es pour contribuer à leur organisation en toute indépendance des partis institutionnels de la bourgeoisie autour d’un programme internationaliste pour la conquête du pouvoir afin d’exproprier la minorité capitaliste dans la perspective d’en finir avec un capitalisme financiarisé mondialisé en voie de faillite et construire un autre mode de production et d’échange fondé sur la coopération des travailleurs et des peuples, la planification, le socialisme.
La discussion est, sur le fond, une discussion stratégique et programmatique
« Les grandes lignes de notre programme aujourd’hui, celui que nous menons dans notre intervention au jour le jour, et qui est décliné avec d’autres moyens lors des campagnes électorales » ainsi que les définissent les camarades de L’Etincelle et d’AetR dans leur lettre à LO, illustrent la discussion par leur faiblesse. Ce programme est résumé ainsi : « une candidature issue du monde des exploités - en conformité avec notre conviction marxiste révolutionnaire que c’est aux « producteurs » de « se sauver eux-mêmes » - Nous prendrons position contre l’impérialisme dominant et ses guerres, contre toutes les guerres menées aujourd’hui par les grandes puissances impérialistes, contre le basculement guerrier de leurs concurrences économiques, pour le pétrole et autres richesses, menées de fait contre les travailleurs et les peuples qu’elles exploitent et envoient sur les fronts ou massacrent sous les bombes. Notre internationalisme prolétarien cible l’ennemi principal dans notre propre pays. Nous assumons comme pleinement actuelle la perspective du communisme. - Nous prendrons position contre le protectionnisme et le nationalisme, qui sont des politiques et des armes du patronat... - Nous dénoncerons l’enrichissement exorbitant de la classe capitaliste, qui ne tombe pas du ciel mais est le fruit d’une exploitation forcenée... - Nous accuserons toutes les oppressions, toutes les formes de racisme et sexisme, et toutes les divisions qui, au sein du monde du travail, font le jeu des exploiteurs… - Notre candidature offrira aux classes populaires une perspective de lutte contre les politiques d’extrême droite, tout autre que la perspective illusoire que lui offre la gauche d’un « barrage dans et par les urnes »... »
Pour conclure sur un programme revendicatif qui ignore la question du contrôle ouvrier et de la conquête du pouvoir après avoir précisé « sans attendre 2027 et en affirmant qu’il n’y a rien à attendre de cette échéance électorale... »
Pourquoi se présenter s’il « n’y a rien à attendre de cette échéance électorale », formule qui flatte l’apolitisme en écho d’un programme dont les grandes lignes restent dans le cadre du système puisqu’il se garde bien de définir une politique pour la transformation révolutionnaire de la société sans laquelle toute exigence, toute revendication, toute prétention à lutter contre l’extrême droite sont vaines et illusoires. Tout au plus « Nous assumons comme pleinement actuelle la perspective du communisme », une phrase sans contenu qui évite de répondre à la question qu’est-ce donc qu’une politique communiste « pleinement actuelle », c’est-à-dire la question du pouvoir ?
C’est bien là l’enjeu de cette échéance électorale, le seul du point de vue de la classe ouvrière, utiliser ce que la bourgeoisie nous concède encore comme droit démocratique pour œuvrer à sa prise de conscience des enjeux de la période historique que nous vivons, de son propre rôle, des contradictions insurmontables du capitalisme qui conduisent à la transformation révolutionnaire de la société, une campagne pour discuter de l’avenir du prolétariat, de la société, de la civilisation que Trump et le capital menacent d’anéantir, sur la nécessité de la révolution et du socialisme et de s’organiser.
A défaut, la démarche du NPA-R reste dans les limites d’un anticapitalisme sans stratégie ni programme et la discussion avec le reste du mouvement révolutionnaire se limite aux reproches d’être trop dépendants vis-à-vis de la gauche radicale.
Les limites et les insuffisances de la campagne des révolutionnaires contre la guerre illustrent sur le terrain des mobilisations la même logique où se combinent l’incapacité à formuler une politique révolutionnaire et l’incapacité à agir ensemble. Chaque courant défend sa spécificité sans qu’aucun ne cherche à développer une stratégie dépassant les limites et rivalités.
Ainsi, la lutte contre la guerre se limite à une dénonciation, au mieux une proclamation sans perspectives ancrées dans le développement et l’exacerbation des contradictions du capitalisme, une campagne anti-militariste et anti-impérialiste qui ne rompt pas avec les limites du pacifisme anti-capitaliste.
Aile critique et sectaire de la gauche radicale ou courant révolutionnaire en rupture stratégique et programmatique avec le populisme parlementaire de LFI
Au-delà de la décision arbitraire du ministre de l’Intérieur de classer LFI comme parti d’extrême gauche, au-delà de sa vision policière, il y a un fait politique qui entrave le mouvement révolutionnaire, son intégration dans un mouvement politico-syndical dit de la gauche radicale, de « l’extrême-gauche » qui inclut LFI, la CGT et Sud, les mouvements antifascistes ou antiracistes, anti-impérialistes, féministes, écologistes...
Ce mouvement de la gauche radicale occupe l’espace politique à gauche dans une grande confusion sans que le mouvement révolutionnaire réussisse à s’affirmer en tant que parti sur la base d’une indépendance de classe militante autour d’une stratégie qui poserait la question du pouvoir des travailleur·es et du renversement de l’État bourgeois, de l’expropriation de la propriété capitaliste pour lui substituer une planification démocratique.
Chacun se différencie plus ou moins radicalement, certains en étant partie prenante de LFI, d’autres en proclamant leur indépendance organisationnelle, en critiquant la voie institutionnelle, la révolution par les urnes mais sans formuler clairement vis-à-vis de l’ensemble des travailleur·es une stratégie et un programme révolutionnaires qu’ensemble nous pourrions porter aussi sur le terrain électoral.
Notre préoccupation n’est pas de dénoncer ou combattre le vote LFI mais d’exposer en positif les grandes lignes d’une stratégie pour le socialisme, les axes qui distinguent une politique révolutionnaire de celle d’un parti populiste intégré à l’ordre existant. En particulier dans la lutte contre la guerre, le défaitisme révolutionnaire face à la bourgeoisie française et ses alliés, ou en réponse aux proclamations sans contenu de l’antifascisme ou de l’antiracisme qui servent de point d’union autour d’un anticapitalisme nouvelle mouture d’un réformisme failli et englouti avec la ruine du PS et du PC, qui enferme le mouvement dans la dénonciation et la protestation sans tracer la perspective de la prise du pouvoir par les travailleur·es, la construction d’organes de pouvoir ouvrier, le démantèlement de l’État bourgeois.
Les syndicats sont le cadre de ce front unique, la CGT et Solidaires sont le terrain où se retrouvent au quotidien les militant·es de LFI, de LO, du NPA-A, de RP, du NPA-R et où s’estompent, dans la pratique, les divergences. La politique de front unique devient la justification de cette confusion alors que, nécessairement, elle ne peut pas avoir le même contenu que durant la période qui a vu, il y a un siècle, la scission entre la social-démocratie et le communisme où elle prenait le sens du rassemblement de la classe ouvrière dans le but de la conquête du pouvoir.
Sortir de cette situation de confusion paralysante, dont bien des camarades ont conscience, ne se résume pas à dénoncer la politique de LFI ou d’afficher sa rupture avec elle et les directions syndicales mais exige de développer une politique pour le rassemblement démocratique des travailleur·es et de la jeunesse, des courants révolutionnaires dans un parti internationaliste instrument de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes pour en finir avec la domination du capital et construire le socialisme dans une opposition franche, ouverte et démocratique avec la gauche dite radicale parlementaire ou intégrée au dialogue social.
L’attitude face à la présidentielle, symptôme d’un échec global du mouvement trotskyste à répondre aux besoins de la période
La démarche du NPA-R vis-à-vis de LO a eu le mérite d’exister alors que toutes les autres organisations n’envisageaient même pas d’engager la moindre discussion.
Il y a là une démonstration de faiblesse des directions autoproclamées qui se sont constituées, d’exclusion en scission, qui fait de la crise même des directions révolutionnaires une question politique centrale. Le mouvement trotskyste né du combat pour apporter une solution, une réponse à la crise de direction du prolétariat provoquée par la dégénérescence stalinienne de la Troisième Internationale se trouve lui-même confronté à sa propre crise de direction, éclaté et impuissant.
De la crise de la direction du prolétariat, nous sommes passés à l’échec de celles et ceux qui prétendaient y apporter une réponse.
Cet échec est un fait historique au sens où il renvoie à une période marquée par le recul du mouvement ouvrier depuis la Révolution russe jusqu’à l’effondrement de l’URSS dans le même temps que le capitalisme trouvait les moyens d’un nouvel essor.
Le renouveau du mouvement révolutionnaire passe par la prise de conscience des effets de cette longue période de recul, de l’évolution historique du mouvement révolutionnaire façonné par les rapports de forces dans la lutte de classes pour comprendre à quel point la destinée du mouvement trotskyste a été déterminée par la défaite de la révolution. Avoir une lucide conscience de nous-mêmes tels que l’histoire nous a produits est le point de départ d’une renaissance, le point de départ aussi de la compréhension du contenu de la période actuelle qui en crée les conditions.
« La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. » Trotsky[3]
Dès 1927, alors que Staline impose sa dictature au parti bolchévik et que se constitue l’opposition de gauche, Trotsky décrit le lien entre le recul de la révolution et la dégénérescence du parti lui-même, le lien entre conditions subjectives et objectives. La suite de l’histoire sera déterminée par cette logique du recul, la crise de la direction devenant elle-même facteur objectif amplifiant le recul après la défaite de la révolution chinoise de 1925-1927, la défaite face au fascisme en Allemagne puis les défaites de 1936 avant que la folie de la Deuxième guerre mondiale ne voit le triomphe de la réaction et de la barbarie capitaliste.
La Quatrième internationale, le combat de Trotsky et de ses camarades contre le stalinisme, le fascisme, le réformisme, pour le socialisme, était fondée sur la conviction stratégique que la guerre déboucherait sur des mouvements révolutionnaires qui poursuivraient l’œuvre d’Octobre 1917. Mais son histoire est marquée par la défaite, le profond recul du mouvement ouvrier sous les coups des trahisons de la social-démocratie et du stalinisme, ainsi que de la réaction fasciste, l’élimination physique des meilleurs dirigeant·es et militant·es révolutionnaires, l’élimination de la section la plus importante, celle de Russie, mais aussi celle des pays d’Europe de l’Est et d’Allemagne.
Il est indispensable de saisir la spécificité de cette période dans sa dimension politique et dramatique dont le point culminant sera marqué par l’assassinat de Trotsky le 23 août 1940.
Ce n’est pas seulement la mort de Trotsky qui marque la rupture mais aussi l’échec de la révolution prolétarienne à la suite de la deuxième guerre mondiale. Une nouvelle étape du développement impérialiste commençait avec l’instauration du leadership américain, première puissance mondiale, s’appuyant sur la terreur nucléaire dans le cadre de la coexistence pacifique avec l’URSS alors que s’annonçait le soulèvement international des peuples coloniaux.
Les militant·es et les organisations qui, malgré les assassinats, la mort et le découragement relèvent le drapeau pour refonder la Quatrième Internationale vont subir une pression sociale et politique à la fois de par la force du stalinisme, sa domination sur le mouvement ouvrier mais aussi par le nouvel essor que va connaître le capitalisme sous la direction des USA devenus la première puissance impérialiste mondiale, et aussi par les succès du nationalisme des anciens pays coloniaux.
Les analyses fondamentales de Trotsky sur les perspectives historiques du prolétariat, sa nécessaire indépendance politique et sociale et la nécessité des organisations politiques de masse indépendantes du prolétariat que sont les comités, les conseils, les assemblées ouvrières ainsi que le caractère indispensable de l’intervention politique révolutionnaire des travailleur·es et de la prise du pouvoir seront abandonnées au profit d’une caricature de la théorie de la révolution permanente parant les luttes de libération nationale des vertus du socialisme.
La plupart de ces groupes à l’exception du courant de Lutte Ouvrière, l’UCI, vont soutenir l’établissement des régimes de l’Est présentés comme des Etats ouvriers, alors qu’ils ont été construits par l’armée de la bureaucratie contre le prolétariat, soutenir et idéaliser les dirigeants nationalistes Mao, Ho Chi Minh, Castro et Che Guevara ou encore Mandela, Lech Walesa, Lula ou Chavez…
Et ils deviennent une opposition de gauche à la gauche parlementaire et syndicale.
Si la vague de contestation de la fin des années 60 et mai 68 a donné une puissante impulsion au mouvement celui-ci est resté, pour l’essentiel, prisonnier de l’idéologie façonnée par l’après-guerre. Tout pas en avant est conditionné par la capacité du mouvement révolutionnaire de faire un bilan critique de son histoire pour se dégager de ses propres dogmes et routines, de ses échecs. Un bilan aussi des occasions manquées pour avancer vers un parti en particulier après l’effondrement de l’URSS et, ici, de la gauche de gouvernement, au tournant du siècle de 1995-2009, de l’appel d’Arlette Laguiller à un parti des travailleur·es à la fondation du NPA.
La nouvelle phase du développement capitaliste, nouvelle période de guerres et de révolutions, ouvre la possibilité d’une renaissance du mouvement révolutionnaire
L’effondrement de l’URSS clôt cette longue période de l’histoire du mouvement ouvrier, de victoires en reculs et défaites dans le même temps que le capitalisme trouve un nouveau souffle à l’échelle mondiale.
Aboutissement de cette transformation, la grande récession de 2008-2009 marque un tournant vers la mondialisation de la guerre et la déroute financière et économique, écologique et politique du capitalisme, sa faillite.
Le stade suprême du capitalisme comme l’avait décrit et défini Lénine au début du XXème siècle et la défaite du prolétariat ont débouché sur un nouveau stade du développement capitaliste, stade ultime du capitalisme mondialisé financiarisé qui crée les bases objectives et subjectives d’un renouveau du mouvement ouvrier et redonne leurs forces aux idées du marxisme.
Le refus des courants issus du trotskysme de considérer que nous sommes entrés dans un nouveau stade du développement capitaliste est le symptôme d’un aveuglement de secte fondé sur ce qui est devenu un dogme, l’impérialisme stade suprême auquel est associé le programme de transition, dogme que les héritiers ne sauraient discuter.
Il y a là un mode pensée ahistorique en rupture avec le marxisme qui transforme l’analyse historique de Lénine, l’impérialisme, stade particulier du développement du capitalisme en une phase récurrente, une constante du capitalisme, une donnée abstraite réduite à son caractère expansionniste et oppressif des peuples.
Il n’y a aucune discussion sur les raisons pour lesquelles le stade suprême n’a pas débouché sur le socialisme, tout est ramené au facteur subjectif, les trahisons, et il suffirait de reconstruire le mouvement ouvrier indépendamment de l’évolution combinée des conditions objectives et subjectives, par un volontarisme militant qui est le moteur des petits groupes.
Et en conséquence, aucune analyse des transformations qui fondent aujourd’hui la perspective de la révolution mondiale et du socialisme n’est produite.
Pourquoi ce qui a échoué hier peut réussir demain ?
Nous sommes hors de l’histoire dont le récit est réduit à une continuité de la lutte du mal, l’impérialisme, contre le bien, le prolétariat et les peuples.
La formule magique, « rivalités inter-impérialistes », explique tout.
L’analyse historique et matérialiste a cédé le pas à la morale petite bourgeoise qui imprègne le mouvement révolutionnaire, ce qui engendre un conservatisme de micro-appareils qui ne peuvent plus exister sans s’opposer les uns aux autres, qui partagent pourtant le même dogme et les mêmes proclamations communistes révolutionnaires.
Toute discussion vise à justifier les divisions alors qu’elle devrait chercher à définir les bases d’accords pour formuler voire dépasser les désaccords et élaborer, en fonction de l’évolution concrète de la lutte de classe, une politique pour le prolétariat.
Le mouvement ouvrier révolutionnaire appelé à renaître des convulsions du capitalisme mondialisé prendra appui sur le capital du marxisme dont le trotskysme est un apport déterminant
Notre mouvement internationaliste qui se veut l’instrument de l’émancipation humaine ne peut être fondé sur le sectarisme, c’est-à-dire sur une forme d’uniformisation contrainte de ses membres même si elle est librement consentie. Le sectarisme réserve à une minorité « consciente » une forme de science qui lui confère une supériorité, la destine à diriger le prolétariat, à écrire l’histoire selon un schéma prédéfini, une philosophie qui rentre au service d’un pouvoir autoproclamé.
Toute réflexion stratégique, loin d’être abstraite, commence par nous rattacher au mouvement historique, individuellement et collectivement, conscient·es que l’émancipation de la société d’exploitation n’est pas une utopie mais un processus historique inscrit dans l’évolution des luttes de classes qui n’a rien de linéaire.
De même le parti qui s’en veut l’instrument ou les partis qui en seront les acteurs.
Cette réflexion ne peut être qu’internationale et internationaliste dans la continuité des programmes des quatre internationales et du programme de transition.
Loin du mythe stalinien, le parti bolchévik n’est pas né armé de pied en cap. Il est bien un produit historique qui s’est construit et forgé dans le feu de la lutte en s’appropriant la conception marxiste, en en faisant pratiquement la science de la révolution, en l’enrichissant.
Un parti révolutionnaire se construit à travers les luttes et les mobilisations sur des bases programmatiques claires fondées sur une stratégie pour la prise du pouvoir. Nécessairement internationaliste, il s’inscrit dans la perspective de la révolution mondiale, il participe d’un mouvement pour un parti mondial de la révolution dont nous sommes, de fait, des militant·es.
Il ne s’agit pas de se bluffer mais de prendre au sérieux notre projet politique qui ne saurait se penser au niveau hexagonal ou européen mais au niveau international.
Sa politique internationaliste écarte tout sectarisme puisqu’elle inclut la diversité des situations, des traditions, des rapports de force dans une même stratégie qui vise à l’organisation démocratique du prolétariat dans ses propres organes de pouvoir ouvrier, comités d’usine, conseils, soviets, contre les appareils des directions syndicales comme agents de la collaboration de classe, sur la base d’un programme reliant les revendications immédiates à la question du pouvoir.
Ce dernier se définit à partir de l’analyse du capitalisme, de son évolution et du développement des luttes de classes qui en résultent.
Il ne s’agit pas d’un programme anticapitaliste mais bien du programme de la révolution socialiste mondiale. Notre critique du capitalisme est la défense d’un programme socialiste.
Quel rôle auraient pu avoir et pourraient encore avoir les différentes tendances rassemblées au sein du NPA-R ?
La scission-exclusion au sein du NPA est intervenue au début de ce moment charnière de l’évolution du mouvement révolutionnaire face au basculement du monde illustré par la guerre en Ukraine puis la guerre génocidaire d’Israël et l’accentuation de l’offensive de l’impérialisme américain qui a porté Trump au pouvoir et renforcé la guerre commerciale.
Une telle situation exigeait une révolution culturelle pour tirer les leçons de l’échec du NPA, de la scission, de la politique fractionnelle et de l’incapacité des deux fractions qui se sont constituées en majorité du NPA-R d’engager, avant la scission-exclusion, une politique de refondation du NPA et d’unité des révolutionnaires autour d’un débat stratégique et programmatique pour privilégier leur autoconstruction.
Un tel choix aurait supposé une rupture avec les pratiques sectaires pour engager un processus public et démocratique, en renouant avec les fondements même de notre courant historique, la démocratie.
Trotsky écrivait en 1935 lors des débats sur la fondation de la IV : « La IV° Internationale, bien entendu, ne souffrira pas dans ses rangs de « monolithisme » mécanique. Au contraire, une de ses plus importantes tâches est de régénérer à un niveau historique plus élevé la « démocratie révolutionnaire de l’avant-garde prolétarienne ». Les bolcheviks-léninistes se considèrent comme une fraction de l’Internationale qui se bâtit. Ils sont prêts à travailler la main dans la main avec les autres fractions vraiment révolutionnaires. Mais ils refusent catégoriquement d’adapter leur politique à la psychologie des cliques opportunistes et de renoncer à leur propre drapeau. »[4]
Prendre en compte sans illusion l’échec du mouvement trotskyste implique d’assumer la rupture politique et pratique avec les méthodes et habitudes des organisations existantes au sein desquelles nous militons pour participer, avec nos modestes moyens aux discussions qui s’imposent à toutes et tous pour définir une stratégie et un programme pour une nouvelle Internationale.
Cette discussion est, de fait, engagée dans le mouvement révolutionnaire, elle lui est imposée par la lutte de classes, l’offensive de la première puissance mondiale contre la classe ouvrière et les autres nations pour perpétuer sa domination qui entraîne la planète dans une folle fuite en avant.
Le mouvement insurrectionnel qui se développe en Bolivie en est la démonstration au même moment qu’en Argentine Milei affronte sa propre déroute face à la révolte du monde du travail qui s’exprime pour beaucoup sur la candidate du FIT-U alors que l’impuissance du péronisme illustre la faillite des populismes qui se prétendent progressistes.
Elle place le mouvement révolutionnaire devant des tâches immenses.
Ainsi que l’écrivent nos camarades de RP, « En France, la dynamique en cours en Argentine devrait être une source de réflexion, sans décalque ni imitation, mais pour penser nos différences, nos accords ainsi que les tâches qui devraient nous unir pour renverser le pouvoir du patronat. »[5]
La question du décalque ne se pose peut-être pas dans le sens qu’évoquent nos camarades mais peut être dans le sens de la reproduction de ce qui est advenu en France en 1995 quand LO, en position d’impulser un mouvement pour un parti des travailleur·es s’est dérobée, abandonnant la politique unitaire qui avait été la sienne jusqu’alors vis-à-vis de la LCR.
Nous ne pouvons que souhaiter que les organisations regroupées au sein du FIT-U réussissent à combiner front électoral et front pour un parti révolutionnaires des travailleur·es, ce qui jusqu’alors n’a pas été possible. Ce serait alors un point d’appui pour le mouvement révolutionnaire.
Cela ne pourra pas se faire sans engager sérieusement le débat stratégique afin de dépasser les désaccords, de les délimiter, sérieusement, en fixant à ce débat l’objectif du rassemblement des révolutionnaires, plus largement de définir les bases d’un parti révolutionnaire des travailleur·es et de nos activités internationales. Sérieusement veut dire aussi abandonner le mirage de la reconstruction de la IV, quelles que soient les organisations qui ont voulu la maintenir en vie ou la faire revivre, une telle entreprise reste prisonnière d’un mythe et d’un passé révolu. Sérieusement veut dire penser la construction d’un parti révolutionnaire des travailleur·es comme partie intégrante de la tâche de construire un parti mondial de la révolution en lien avec les autres courants internationaux.
Dans ce débat, le NPA-R aurait un rôle déterminant à jouer à condition de réussir, en son sein, à ouvrir une discussion publique et ouverte pour dépasser les clivages fractionnels.
Aucun manuel n’enseigne les moyens de surmonter les ravages occasionnés au sein du mouvement révolutionnaire par le terrible recul provoqué par la contre-révolution fasciste et stalinienne et l’offensive capitaliste, il nous faut chercher la méthode en partant de la situation réelle à partir d’une orientation combinant le travail au sein du mouvement révolutionnaire et des organisations de la classe ouvrière et une discussion large et ouverte sur l’orientation programmatique.
Il n’y a pas d’autre méthode qu’une politique unitaire de rassemblement démocratique et révolutionnaire au cœur même de nos activités au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse, des différents mouvements, combinant les luttes, les mobilisations et les discussions stratégiques et programmatiques pour définir notre politique et nos objectifs en fonction de la situation.
Cette orientation sera l’œuvre des militant·es elles et eux-mêmes confronté·es au débat de la campagne présidentielle et des luttes, à nos faiblesses au regard des tâches, qui auront à cœur de prendre pleinement leurs responsabilités en se donnant les moyens d’être, chacune et chacun selon ses possibilités, les actrices et acteurs de la renaissance démocratique du mouvement révolutionnaire.
Démocratie révolutionnaire
[1] https://npa-dr.org/index.php/archive-de-la-lettre/9-article-lettre/1328-engager-des-discussions-pour-avancer-vers-un-pole-democratique-des-revolutionnaires-contre-la-guerre-les-profiteurs-de-guerre-et-la-vie-chere-et-pour-une-campagne-commune-pour-l-election-presidentielle
[2] https://npa-revolutionnaires.org/le-cpn-du-npa-revolutionnaires-propose-une-campagne-commune-a-lutte-ouvriere-pour-la-presidentielle-de-2027-et-sans-attendre-la-reponse-de-lo-decide-de-se-donner-les-moyens-que-le-npa-r-soit-present/
[3] Nouvelle étape, décembre 1927 , https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1927/12/nlleetape.htm
[4] « Étiquettes » et « Numéros », La Vérité, 25 août 1935, https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/08/lt19350807.htm
[5] https://www.revolutionpermanente.fr/Myriam-Bregman-et-les-nouveaux-defis-de-l-extreme-gauche-en-Argentine



