Il a fallu attendre près d’une semaine d’une canicule inédite à cette période de l’année -de 10 à 15 degrés de plus que les normales saisonnières- pour que le gouvernement décide… d’organiser, jeudi, une réunion interministérielle. « Une réunion pour dire on va mettre en place un plan d’urgence, quand on sait que cette urgence existe depuis des années et des années, c’est irresponsable », a dénoncé la directrice d’Oxfam France Cécile Duflot. La vague de chaleur sans précédent qui s’est abattue sur l’Europe ces derniers jours atteste de l’accélération du réchauffement climatique et de la dégradation des conditions de vie qu’elle entraîne, une expression de la faillite du système capitaliste incapable d’organiser la production et les échanges de façon planifiée dans le respect de la nature.
La guerre en est une autre expression. Celle déclenchée par les Etats-Unis le 28 février contre l’Iran pour tenter de sauver la domination du capital américain en assurant sa mainmise sur le Moyen-Orient, tandis que leur allié Israël, dans le prolongement de sa guerre génocidaire contre les Palestiniens, lançait une nouvelle offensive au Liban, n’en finit pas de provoquer ses ravages. Entre prétendus cessez-le-feu et frappes bien réelles qui sèment la mort et la destruction, entre déplacements forcés et pénuries, la vie des populations de la région est devenue un enfer.
Et c’est dans le monde entier que le chaos économique aggravé par l’offensive US et le blocage du détroit d’Ormuz a des conséquences dramatiques qui s’ajoutent à celles d’autres guerres comme au Soudan où une famine terrible menace 20 millions de personnes ou encore en République démocratique du Congo où sévit une nouvelle épidémie d’Ebola, plus meurtrière que les précédentes. La hausse du prix des carburants, du transport maritime, les difficultés d’approvisionnement en engrais, en intrants indispensables à certaines productions industrielles telles que celle de médicaments ont des conséquences aiguës dont personne ne peut mesurer encore l’étendue.
D’ores et déjà, selon une analyse de Reuters, 279 multinationales ont pris des mesures pour faire payer à leurs salarié·es et aux consommateurs une partie de leurs pertes à venir, par l’augmentation de leurs prix et la réduction de leur production. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 38 millions d’emplois à temps plein seraient menacés d’ici à 2027.
De la même façon que la guerre et la crise qu’elle accentue ne tombent pas du ciel mais sont la conséquence des choix politiques des classes dirigeantes, en premier lieu états-uniennes et occidentales, pour tenter de sauvegarder leur domination mondiale et les profits de leurs multinationales, les solutions qu’elles prétendent mettre en œuvre dans l’intérêt de l’ensemble de la population ne sont que des expédients pour servir les intérêts de leurs groupes capitalistes. Loin d’apporter des réponses, leur fuite en avant dont Trump et les USA donnent la mesure conduit à la catastrophe.
Lecornu et le FMI, austérité pour les travailleurs, jackpot pour les multinationales
« D’une manière ou d’une autre, cette guerre, sous une forme ou une autre, va durer. On n’a pas fini de subir ». Le 21 mai, Lecornu tenait une conférence de presse pour faire connaître les mesures gouvernementales face à la crise créée par la guerre -dont il a rendu au passage l’Iran seul responsable-, en particulier la hausse du prix des carburants. Alors que celle-ci, qui s’ajoute à l’inflation déjà existante, provoque une perte de pouvoir d’achat qui oblige les travailleur·es à réduire toutes leurs autres dépenses, le gouvernement a exclu et la réduction des taxes sur les carburants et de toucher au moindre cheveu de TotalEnergies qui a réalisé rien qu’au premier trimestre 2026, grâce à la hausse des cours du pétrole, 5,8 milliards d’euros de bénéfices.
Le gouvernement prévoit un montant total de 1,2 milliard d’euros d’aides ciblées pour certaines professions. Et surtout, Lecornu a annoncé que les 6 milliards supplémentaires de réductions budgétaires prévues en avril devraient être réévaluées. « La hausse des taux d’intérêt et l’activité de nos forces armées en opérations extérieures dans la région créent inévitablement des dépenses et ont des conséquences sur nos finances publiques qui n’étaient pas prévues lors du vote du budget », a-t-il précisé. Cette annonce vient après le vote il y a 10 jours d’une rallonge de 36 milliards d’euros de la Loi de programmation militaire, dont 6,6 milliards en 2026 et qui portera le budget de l’armée à 2,5 % du PIB en 2030.
Ces dépenses militaires font partie des dépenses jugées « prioritaires » par le Fonds monétaire international (FMI) qui a préconisé le 21 mai un véritable « ajustement structurel » pour la France. Rabaissant les prévisions de croissance du PIB de 0,9 % en 2025 à 0,7 % en 2026, il recommande au gouvernement de « réorienter les dépenses courantes et sociales » qualifiées d’« inefficientes » citant les frais de santé, les allocations chômage et les pensions de retraite, vers « les dépenses prioritaires ». L’austérité pour les couches populaires pour continuer à perfuser en argent public les groupes capitalistes dont ceux de l’armement, les détenteurs de la dette publique.
S’organiser pour défendre nos droits, contre la guerre, préparer l’affrontement avec les milliardaires pour changer le monde
Ce programme, cette feuille de route des prochains gouvernements, les classes dirigeantes savent qu’elles ne pourront l’imposer que par la force et elles s’y préparent. Dans le cadre de la révision de la Loi de programmation militaire, tous les partis allant du RN au PS ont voté le 19 mai à l’Assemblée un « état d’alerte de sécurité nationale », un régime d’exception qui pourra être activé par décret « en cas de menace grave et actuelle pesant sur la sécurité nationale ».
Déjà la répression s’abat sur nombre de militants, de travailleurs ou de jeunes qui dénoncent le génocide en Palestine, contestent l’arbitraire patronal, gouvernemental ou policier. Jusqu’à la dirigeante de la CGT Sophie Binet mise en examen pour la deuxième fois suite à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal dont elle dénonçait la « répression violente ». Le 20 juin prochain, à l’initiative de nos camarades postiers de Sud 92, Brahim, Dalila, Gaël, Mohamed et Yann, qui font appel de leur condamnation scandaleuse par La Poste, aura lieu à Paris une manifestation contre toutes les répressions à l’appel de nombreux secteurs militants visés.
Faire taire, intimider, museler toute contestation, c’est la raison du soutien affiché d’une partie du grand patronat à l’extrême droite et on voit bien, dans la campagne présidentielle qui s’ouvre, à quel point la plupart des candidats déclarés rivalisent de surenchères réactionnaires en particulier sur l’immigration.
Il ne manque pas et ne manquera pas de réactions des travailleur·es, de la jeunesse face à la guerre, face à la politique destructrice et réactionnaire du capital. Nos luttes ont besoin d’un programme indépendant des jeux parlementaires et des rivalités présidentielles qui vont marquer les semaines à venir. La mascarade électorale n’a qu’une fonction, appeler les travailleur·es et les classes populaires à choisir qui défendra les intérêts du capital, ce qu’ils appellent « la France » contre eux. Quant aux directions syndicales, elles se refusent à sortir du piège du dialogue social.
Nous avons besoin de notre propre programme social et politique pour défendre nos droits et mettre fin à la dictature du CAC40, des amis de TotalEnergies. Contre la vie chère, les licenciements, la dégradation des services publics, contre la guerre et pour faire payer le capital, il n’y a pas d’autres moyens que de nous préparer à transformer la société. Pour cela, nous avons besoin de construire un pouvoir démocratique des travailleurs et de la population, pour exproprier le capital et prendre en main l’économie et la société que notre travail fait déjà fonctionner.
Nous avons besoin de nous unir autour de nos propres intérêts communs à travers nos luttes tant sociales que politiques. Les unes et les autres sont indissociables.
Toutes celles et ceux qui sont soucieux des intérêts des travailleur·es et des classes populaires pas seulement en paroles mais dans les actes ont pour première préoccupation d’œuvrer à ce rassemblement y compris pour la présidentielle à venir en toute indépendance des partis parlementaires qui servent la bourgeoisie.
Les travailleur·es, la jeunesse ont leur propre campagne politique à mener, une campagne internationaliste et solidaire, une campagne pour s’organiser dans la perspective de défendre leurs intérêts vitaux et changer le monde.
Galia Trépère



