Débat avec le PTS et le FITU : Pour un 1er mai unitaire des militants de la lutte et de la gauche

Le 1er mai prochain est une excellente occasion de regrouper toute l’avant-garde et la classe ouvrière, mais la politique du PTS ou de l’ensemble du FIT-U ne favorise pas cet objectif.

Par Renzo Fabb (OST) le 15 avril 2026

Un nouveau 1er mai, journée internationale des travailleurs, nous trouve dans un monde à nouveau plongé dans l’agression impérialiste, après l’ingérence des Yankees en Amérique latine, la guerre contre l’Iran au Moyen-Orient et l’horreur du génocide à Gaza. Face à ces injustices, la lutte internationale des travailleurs prend de l’ampleur dans les grèves générales pour Gaza, les mobilisations de masse contre Trump et contre la guerre impérialiste, ainsi que la lutte contre les coups de l’extrême droite à travers le monde.

En Argentine, le gouvernement réactionnaire de Milei avance dans son plan contre les travailleurs alors que la popularité de son gouvernement chute en même temps que les indicateurs de l’économie : pauvreté, licenciements, baisse des salaires et une dégradation générale des conditions de vie des grandes masses donnent le ton de la situation sociale.

Mais l’impopularité du gouvernement coexiste avec la crise du péronisme, enlisée dans sa lutte interne et dans le rejet qu’il génère dans de larges couches de la classe ouvrière après l’échec du gouvernement précédent. Dans ce contexte où, malgré toutes les attaques de Milei, l’avant-garde et la classe ouvrière dans son ensemble n’ont pas été vaincues, la question se pose : comment combattre et comment vaincre l’extrême droite de Milei ?  

Le 1er mai prochain est une excellente occasion de regrouper toute l’avant-garde et la classe ouvrière qui lutte contre le gouvernement autour d’une proposition de lutte et d’un programme politique de la classe ouvrière comme issue à la crise.  

Il nous semble que le FIT-U en général et le PTS en particulier promeuvent une politique qui va à l’encontre de ces besoins actuels. Alors que le PO/IS/MST prévoient un événement FIT-U, le PTS a annoncé un meeting totalement solitaire dans le microstade Ferro. 

Les deux alternatives souffrent du même problème : ne pas promouvoir un appel plus large de la gauche à rassembler toute l’avant-garde et les secteurs en lutte, dépassant le caractère électoral qu’un simple meeting du FIT-U (ou du PTS seul) aurait eu.

Nous insistons sur cette critique du PTS car c’est le parti qui dirige le FIT-U et qui réunit la principale référence politico-électorale de la gauche au niveau national, comme Myriam Bregman, mais nous pensons que tant la politique isolationniste du PTS que l’alternative limitée à un meeting du FIT-U promu par les autres partis du front nous semblent une erreur qui ne contribue pas à constituer la gauche révolutionnaire dans une véritable alternative la politique. 

L’opportunité pour la gauche

Nous venons d’un 24 mars historique unitaire où, grâce au combat mené par le Comité Mémoire, Vérité et Justice (en faveur des prisonniers, torturés et assassinés politiques durant la dictature), une immense place a reçu un programme de lutte contre le gouvernement. Comme nous l’avons souligné le reste de cette journée, l’expérience du 24 dernier montre la voie de la politique à suivre par la gauche face à l’immense espace qui s’ouvre à nous devant une large avant-garde de travailleurs qui veulent affronter le gouvernement tandis que le péronisme et la CGT trahissent.

À cette occasion, nous avions déjà évoqué l’erreur grave qui nous semblait, de la part du PTS et aussi du PO, de jouer un rôle clivant au lieu de miser sur une journée massive d’unité d’action contre le gouvernement. Nous, l’OST, critiquons la politique du PTS dans le sens où elle ne comprend pas les besoins du moment où des millions de personnes veulent aller affronter le gouvernement, mais n’ont pas encore rompu avec leurs dirigeants traîtres, ce qui nécessite des scénarios d’unité d’action pour pouvoir déclencher de véritables événements de luttes de masse contre Milei. Au contraire, le PTS a choisi la voie de l’autoaffirmation sectaire, se réfugiant dans la critique de « tous les gouvernements ». 

L’étroitesse d’esprit avec laquelle le FIT-U fait face le lendemain de la Journée des travailleurs, se limitant à proposer la réalisation d’un meeting de son front électoral, nous semble symptomatique des limites dont ce front souffre depuis sa création. Comme nous l’avons répété à d’autres occasions, malgré le mérite d’avoir constitué un pôle d’indépendance de classe dans le contexte électoral, le FIT-U n’a pas pu ni voulu surmonter cette étape au cours de toutes ces années. Ce caractère de simple « coopérative électorale » l’empêche de devenir un outil servant à regrouper l’avant-garde et tous les secteurs en lutte, politique que nous pensons devoir promouvoir pour ce 1er mai. 

Ces limites du FIT-U s’expriment dans le fait que ce front manque de tout espace pour la participation et le débat réel. Le FIT-U pourrait être un espace de regroupement qui rassemble toute la gauche et les militants, mais sa fermeture et son étroitesse électorale l’empêchent d’intervenir politiquement dans ce sens. C’est pourquoi, bien que les autres partis du front critiquent à juste titre la décision du PTS d’organiser son propre événement, la solution de proposer un « meeting FIT-U » comme alternative n’est pas non plus satisfaisante, car elle souffre du même problème : transformer la journée en meeting politique électoral et abandonner la lutte pour regrouper les secteurs plus larges confrontés au gouvernement.

Pour sa part, la décision du PTS de ne s’investir que dans un meeting de leur parti le 1er mai, sans même prendre la peine de proposer une action commune, signifie la regrettable réaffirmation de la ligne d’action qu’ils ont choisie de suivre le 24 mars, qui ne répond pas aux besoins du moment ni à l’énorme opportunité politique qui s’ouvre à la gauche.

Comment cette politique est-elle comprise ? Presque tous les acteurs politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur de la gauche elle-même, soulignent l’importante opportunité politique qui s’ouvre à la gauche révolutionnaire dans notre pays, qui se nourrit à la fois du discrédit croissant du gouvernement et, surtout, de la continuité de la crise du péronisme et de son virage à droite.

Par conséquent, l’initiative solipsiste du PTS doit être comprise comme une tentative de s’affirmer précisément au moment où cette opportunité politique pour la gauche s’exprime auprès d’un public bien plus large que celui auquel nous touchons habituellement. La politique du PTS ne profite pas de cette plus grande portée pour rallier plus de secteurs à une politique de lutte (par exemple en appelant à une grande journée unitaire), mais se referme sur elle-même, réduisant l’opportunité tant évoquée pour la gauche à l’opportunité de construire le PTS lui-même.

En aucun cas nous ne remettons en question l’utilisation d’une figure électorale pour l’agitation de nos idées socialistes : au contraire, c’est précisément le sens dans lequel les révolutionnaires interviennent dans les institutions de la démocratie bourgeoise : participant aux élections, remportant des sièges au parlement, etc.

Pour le PTS, essayer de profiter de la figure de Bregman pour intervenir dans le débat politique national au sens socialiste et de classe serait la bonne chose à faire. Mais s’isoler de sa propre initiative dans un meeting isolé à une date aussi emblématique que le 1er mai n’apporte rien dans cette direction : l’apport de la journée est limité à de l’auto- construction, ainsi détachée de la lutte politique la plus fondamentale qui touche toute notre classe. Un combat qui rallie des secteurs plus larges à adopter une politique de lutte et, sur cette voie, à faire vivre une expérience les démarquant de leurs dirigeants traîtres. 

Cet espace qui s’ouvre à la gauche pourrait être un point d’appui très précieux pour mettre en place ce que nous pensons être la politique que nous devrions mettre en œuvre le 1er mai, une grande journée unitaire de la gauche et des militants de la lutte, qui fonctionne comme un regroupement de toute l’avant-garde, réunissant sur une seule tribune tous les secteurs en lutte tels que les FATE (usine occupée après des licenciements massifs), les travailleurs de l’hôpital Garrahan, les enseignants, les retraités entre autres, pour appeler de là les centaines de milliers qui, comme ils l’ont exprimé le 24, sont prêts à répondre à l’appel à lutter contre le gouvernement s’ils sont convoqués, malgré le fait que les dirigeants politiques et syndicaux fassent tout leur possible pour les en empêcher. Bien sûr, c’est un combat de longue haleine que nous ne résoudrons pas en une seule journée, mais le 1er mai prochain pourrait être une occasion de franchir une nouvelle étape sur cette voie.

Cependant, conformément à la politique de division qu’ils ont mise en œuvre le 24 mars, le PTS insiste sur une politique d’auto-promotion qui ne cherche pas à exploiter favorablement l’espace qui s’ouvre à la gauche pour constituer une alternative politique fondée sur le regroupement de l’avant-garde et des militants de la lutte, mais plutôt au détriment de ces derniers. Son appel à constituer « un parti unifié de toute la classe ouvrière » semble bien loin (moins d’un an plus tard). Leur isolement face au 1er mai prochain révèle la véritable signification que ces mots ont dans la bouche du PTS : le « parti de toute la classe » existe déjà et c’est le PTS lui-même. Dans Une lettre récente adressée aux directions des autres partis de la FIT-U, le PTS justifie sa décision d’un meeting solitaire en ratifiant précisément cette orientation : « Nous considérons essentiel de développer notre proposition pour une force politique des travailleurs qui l’emporte sur le péronisme ». La question inévitable qui se pose est de savoir comment le PTS compte « vaincre le péronisme » en se refermant entre quatre murs.

Un débat sur le parti et l’avant-garde

Nous pensons que ce débat conduit à un problème plus fondamental. Dans des conditions où dominent les directions conciliantes et traîtresses, les révolutionnaires sont obligés de promouvoir, évaluant chaque cas concret, toutes les tactiques qui favorisent le regroupement de l’avant-garde, qui unissent les forces de ceux qui luttent, qui poussent davantage de secteurs à exprimer leur volonté de combattre et à favoriser l’avancement de leur conscience et de leur organisation. L’unité d’action et le front uni sont deux tactiques privilégiées pour nous rapprocher de ces objectifs.

Mais pour le PTS, ces tactiques ne sont que des instruments pour sa propre construction unilatérale du parti : comme si elles étaient un détour « agaçant » mais nécessaire pour gagner des camarades pour le parti lui-même, un objectif essentiel, mais qui, selon la conception du PTS, est mené au détriment de tout ce qui est « en dehors », c’est-à-dire de toute l’avant-garde elle-même, sa conscience et son organisation. Cela signifie qu’à un moment où la portée de nos figures et notre influence politique grandissent, le PTS renforce ses tendances sectaires, aussi paradoxal que cela puisse paraître : « saisir l’opportunité » dans la logique du PTS signifie que, au lieu de redoubler d’efforts pour attirer davantage de secteurs vers notre politique – et dans ce processus construire le parti,  deux processus étroitement liés mais non identiques renforcent encore les tendances auto-constructives et isolationnistes par rapport à l’avant-garde elle-même. Le résultat est une politique certainement hostile envers toute expression politique de l’avant-garde qui ne peut être redirigée vers les initiatives organisationnelles du PTS, ce qui conduit à un sectarisme qui, au lieu de rallier davantage de secteurs au camp de la lutte, cherche à « délimiter » les « vrais » combattants de ceux qui ne le sont pas, ou essaie d’écraser tout ce qu’il ne peut pas diriger. C’est la logique derrière l’attitude clivante du 24 mars, par exemple, et c’est la même qui explique désormais la position du 1er mai. 

Enfin, en ce qui concerne la construction du parti révolutionnaire, le PTS perd de vue le fait que cette tâche ne peut être accomplie de manière distincte, et encore moins au détriment des besoins de la lutte des classes, de la classe ouvrière et de son avant-garde. Le résultat est un certain « instrumentalisme politique » où ce qui commande est toujours la meilleure opportunité pour se construire et non les besoins politiques du moment, qui sont subordonnés aux premiers : c’est précisément le cœur de notre critique concernant la prochaine Journée internationale du travail, mais il nous semble qu’elle se connecte à une conception plus fondamentale de ce courant.

Un appel à un 1er mai unitaire

Il est de la responsabilité du FIT-U, et en particulier du PTS, qu’il n’y ait pas de grand 1er mai qui serve à unifier et regrouper tous les militants de la lutte et la gauche. A l’OST, nous défendons la perspective de la mise en place d’un appel de nature plus large et non d’un « meeting FIT-U », mais qui inclut tous les secteurs en lutte, ouvriers, retraités et étudiants, ainsi que la création d’espaces d’organisation qui servent à promouvoir toutes ces luttes.

En ce sens, nous réitérons notre position selon laquelle il est nécessaire de promouvoir des assemblées ouvertes et des espaces de coordination pour surmonter le caractère purement électoral du FIT-U, la seule manière de vraiment profiter de l’opportunité politique qui s’ouvre à la gauche révolutionnaire.

C’est une tâche politique de premier ordre à cette époque où les conséquences désastreuses pour les travailleurs de la politique réactionnaire de Milei commencent à se faire sentir dans toute leur intensité et pour des secteurs de plus en plus larges.

La gauche a une opportunité énorme, mais il est nécessaire de la saisir en nous offrant une politique qui contribue à constituer une alternative pour ceux d’en bas, ce qui ne peut être fait sans la lutte la plus large possible contre le gouvernement dans le domaine de la lutte des classes, ni l’expérience politique que nous devons privilégier main dans la main avec ces combats.

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