Lettre ouverte du MST à la direction du PTS

22 avril 2026

La raison de cette lettre est d’ouvrir un échange avec vous sur tout ce qui se passe dans le pays et sur les possibilités qui, par conséquent, s’ouvrent pour la gauche anticapitaliste et socialiste ainsi que pour notre Front de Gauche des Travailleurs-Unité, notre Front de Gauche.

D’une part, il est évident que ces derniers temps, après avoir réussi à faire voter son projet réactionnaire de réforme du travail, le gouvernement de Milei s’est de plus en plus impliqué dans une série de problèmes économiques, politiques et sociaux qui l’affectent sérieusement. L’inflation constante, la baisse de la production, de la consommation, ainsi que le retard salarial et la précarité de millions de personnes ont entraîné une forte augmentation des mouvements sociaux et du mécontentement, ainsi qu’une baisse considérable du soutien au gouvernement. Ce qui est encore aggravé par les actes évidents de corruption, l’affaire Adorni étant l’exemple le plus emblématique de la caste dirigeante qui est également affectée par les négociations présidentielles dans l’affaire $LIBRA. La combinaison de ces questions entraîne en même temps un bond dans les actions de lutte et de confrontation avec le gouvernement, en particulier dans un grand nombre de provinces de l’intérieur du pays. Un aspect qui dans les mois à suivre se reflétera encore davantage dans l’AMBA, ce qui permettrait un saut qualitatif dans les niveaux de confrontation avec le gouvernement et dans son processus d’affaiblissement.

En même temps, si quelque chose n’a pas changé, ce sont les actions complices et passives des directions bureaucratiques au niveau syndical qui ont permis au gouvernement d’avancer dans son plan d’ajustement et ses réformes structurelles. Ce n’est même pas maintenant qu’il est plus faible qu’ils décident d’appeler à des actions pour vaincre tout le projet d’extrême droite de Milei. Ils poursuivent la voie des négociations et quelques initiatives judiciaires limitées. Raison de plus de continuer à promouvoir et à coordonner depuis les bas les luttes en cours et celles à venir.

Parallèlement, sur le plan politique, le péronisme au Parlement a collaboré à plusieurs reprises avec certains sénateurs ou députés qui, pour répondre à leurs gouverneurs, ont accordé le quorum ou soutenu directement des lois gouvernementales. Mais désormais, elle prend note de l’affaiblissement de Milei et les références de sa structure centrale sont en tournée nationale, cherchant à relancer le Parti Justicialiste (PJ, péroniste) comme option crédible en 2027, derrière des accords entre différentes factions et un projet modéré et conservateur qui le soutient. Cela implique que même ses ailes les plus critiques, comme celle de Grabois, n’envisagent qu’une primaire, mais acceptent toujours l’unité finale avec la structure hiérarchique du PJ et ses conceptions et candidats.

Face à tout cela, et au cœur d’un pays qui reflète une forte polarisation sociale et politique, nous ne considérons pas comme une coïncidence que la gauche et notre Front de gauche en particulier apparaissent en hausse et soient plus visibles comme option devant l’opinion publique dans tous les sondages réalisés. Cela reflète un échantillon de la crise et de la polarisation existantes, ainsi que l’acquis qu’il existe un front situé à gauche de toutes les autres forces du régime et du système capitaliste. Dans le travail de différents cabinets de conseil et dans les analyses de nombreux médias et journalistes de divers horizons politiques, il est reconnu que la gauche est un acteur politique croissant. Par exemple, le Front de gauche a récemment été crédité de 9 % des voix dans un sondage national. Et la camarade Myriam Bregman est celle qui parvient le plus à tirer parti de ces progrès grâce à de bons taux de soutien électoral et une image positive, qui se manifestent dans différentes enquêtes et études d’opinion. C’est une réussite politique que tout notre front doit comprendre, analyser et essayer de nous proposer des politiques et initiatives communes afin que, ensemble, notre force d’unité de gauche se développe et avance beaucoup plus, ainsi que la croissance de ses figures et de ses principales références. Nous pensons que le problème est posé. Parce que des sondages qui nous placent autour de 10 % sont l’expression d’un changement, d’une recherche qui pourrait même être développée davantage si nous agissons de manière décisive et en unité. C’est pourquoi il est nécessaire de discuter en profondeur de toute la situation et de ce qu’il faut faire désormais.

En ce sens, puisque Myriam est celle qui semble la mieux placée, il est logique que nous partions de ce fait de la réalité, dans notre cas nous reconnaissons ce progrès et nous voulons collaborer pour le renforcer, c’est pourquoi nous nous rendons disponibles pour échanger des idées qui renforcent ce processus et aussi l’avancement de la gauche anticapitaliste et socialiste en général. Et dans votre cas, nous considérons que cela vous place devant la responsabilité de penser et de proposer des initiatives à l’ensemble du FIT-U, puisque nous devons tous être conscients que, avec le bond d’influence politique d’une figure éminente de la gauche, il est nécessaire d’encourager l’organisation politique de milliers de personnes et leur insertion dans tous les domaines de la lutte ouvrière, populaire et de la jeunesse si nous voulons progresser qualitativement à travers les changements fondamentaux qui définissent notre stratégie socialiste.

Face à cette situation ouverte qui pose de nouveaux défis, il est public que nous avons eu quelques différences face à deux initiatives, comme le 24 mars dernier et ce 1er mai. À notre avis, vous avez mal réagi, divisant inutilement les deux appels, alors qu’il était plus nécessaire de les unifier pour que notre front paraisse plus fort et politiquement opérationnel.

Mais nous n’avons pas l’intention de rouvrir ici ce bilan sur lequel chacun a son avis. Nous voulons partir des accords que nous avons aussi – comme le soutien à la Flottille mondiale de Sumud où notre camarade Cele Fierro voyage à nouveau, aux côtés de médecins et de référents des forces du FIT-U – et aussi faire l’effort de discuter de nouveaux accords que nous pouvons avoir à partir de maintenant, ce qui est essentiel en ce moment en raison de la responsabilité que nous devons assumer devant toute la base sociale et électorale du Front de la gauche et de milliers et milliers d’autres qui nous écoutent, nous suivent et espèrent que nous relèverons les défis posés.

Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il serait très positif que Myriam Bregman dirige certaines propositions et appels qui feraient avancer notre front dans son ensemble et bien au-delà d’un simple accord électoral, que nous savons tous être très limité. Vous savez que le MST, nous avons proposé de transformer le FIT-U en un grand parti unifié de gauche, avec liberté de tendances, afin que chacun conserve son identité et ses positions, ouvert à l’intégration d’intellectuels, de références sociales et anti-bureaucratiques. Et ouvert à ceux qui, sur la base d’un accord programmatique profond, souhaitent faire partie d’une organisation commune qui a sa coordination nationale, son fonctionnement permanent, la recherche d’accords sur toutes les questions politiques, la lutte et le débat libre d’idées et de propositions. Essayant de canaliser en une organisation politique et militante du FIT-U, une part importante du soutien qui existe déjà en dehors de notre front. Et en même temps, rassembler des milliers de personnes déçues par le péronisme qui cherchent une nouvelle alternative.

Bien sûr, nous n’avons pas l’intention de faire avancer et débattre uniquement autour de notre proposition, nous la considérons comme une contribution au service d’un échange collectif. Et, en même temps, nous sommes ouverts à d’autres idées et propositions, à échanger sur différentes variantes possibles qui garantissent le progrès politique pour atteindre des synthèses de dépassement. Ce dont nous sommes convaincus, c’est qu’au vu de la position politique qui a été atteinte, nous ne pouvons pas continuer à faire comme avant ni rester limités à un accord électoral.

C’est là que vous avez la plus grande responsabilité de faire des propositions qui tentent un saut qualitatif et collectif. Par exemple, concernant les mesures à prendre, vous dites qu’il est nécessaire de construire un Parti des travailleurs, ce qui pourrait en soi être positif. Si notre proposition n’est pas partagée, nous n’avons aucun problème à explorer cette variante, car il faut agir pour nous améliorer. Mais à ce jour, vous ne dites pas quelles étapes passer pour atteindre cet objectif, quelles actions communes tenter, ni comment faire en sorte que tout le FIT-U et ceux qui souhaitent rejoindre puissent le faire. Jusqu’à présent, la proposition est générale et sans proposition qui favorise sa concrétisation possible.

C’est pourquoi nous vous demandons aussi de les développer et de revenir sur terre, si vous souhaitez que ce soit une tâche collective que nous évaluions tous en profondeur et promouvions s’il y avait accord. Pour que nous puissions tous travailler afin que notre front ne soit pas réduit à des possibilités électorales, mais qu’il soit un facteur d’organisation de milliers de militants derrière une stratégie commune.

Nous considérons décisif d’avancer dans le débat de différentes possibilités et propositions communes pour sortir de la situation actuelle qui limite le potentiel de notre front. Parce que nous comprenons que vous vouliez progresser dans le développement du PTS, tout comme nous continuerons aussi à progresser dans le développement du MST, mais nous croyons aussi que l’opportunité politique que nous avons devant nous à gauche ne peut être réduite à un saut ponctuel d’une seule organisation.

Car il n’y aura un changement d’ampleur, positif sinon qualitatif, que si nous avons une stratégie commune qui favorise un progrès global dans tous les domaines de la lutte politique et sociale ainsi que dans son expression électorale.

C’est pourquoi nous souhaitons également discuter avec vous comment vous voyez le développement du processus révolutionnaire en Argentine, car il n’est pas exclu que, dans cette perspective, il y ait de plus grandes crises politiques et sociales et des tournants profonds dans la situation qui nous placeront devant de grandes opportunités. Et notre vision est que, dans ces moments-là, au-delà des nuances ou de certaines différences, l’unité et la promotion de stratégies communes seront très nécessaires. Voyez-vous aussi la nécessité d’explorer cette unité ? Ou pensez-vous qu’une seule organisation peut répondre à un tel défi ? Nous croyons vraiment qu’il est très important d’échanger sur tout cela.

Le fait que, à gauche, nous semblions mieux placés et avec plus de possibilités sur la scène politique nationale signifie que nous ne parlons pas de questions mineures, ou que nous ne voulons pas simplement gagner quelques députés supplémentaires, ou gagner des syndicats ou une avancée spécifique dans un autre secteur populaire ou de jeunesse.

Nous parlons de la possibilité de franchir un très grand saut, en attirant plusieurs millions de travailleurs et de jeunes, et en franchissant un saut profond dans notre influence politique et sociale. Et qu’il devient évident que des pans de la population commencent à nous voir, pour la première fois, comme une véritable option politique qui conteste tous les partis du régime sur un pied d’égalité. Et face à cela, à notre avis, nous devons profiter de la place qui est visible dans les enquêtes actuelles ainsi que dans les lieux de travail, d’études et les quartiers populaires pour transmettre en commun et avec grande force notre intention et notre objectif de vouloir contester le pouvoir politique du pays, afin que les travailleurs gouvernent, encourageant cette possibilité en mobilisant des millions de travailleurs.  En appelant les jeunes et les secteurs intermédiaires punis par la crise à nous apporter du soutien et à nous rejoindre. Bien sûr, toujours soutenus par la mobilisation et l’impulsion des organisations démocratiques des travailleurs et du peuple. Sur cette question, lorsque plus de gens regardent à gauche et parlent de ses possibilités, nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont vous l’exprimez lorsque vous parlez de la question, car vous laissez pour centre l’idée que les difficultés prévalent, ce qui n’est plus possible aujourd’hui, au lieu d’encourager d’abord fortement la possibilité d’être une option pour le gouvernement et de pouvoir, et dans ce cadre expliquer que c’est une lutte fondamentale avec des obstacles, des défis à surmonter et la nécessité de développer une grande mobilisation et de véritables organisations. Mais qu’il s’agit d’un combat possible et essentiel à mener dans tous les domaines, ce qui exige qu’il soit mené avec force.

Sur la base de cette réalité, nous considérons que, en prenant comme référence la progression du positionnement politique de Myriam Bregman et du Front de gauche en général, nous pourrions convoquer des assemblées dans chaque ville pour organiser des milliers de personnes et renforcer le soutien à nos personnalités et à notre programme. Qu’on organise également des événements publics de débat et d’échange, des forums thématiques, des débats ouverts sur les propositions politiques et programmatiques du Front de gauche face à la crise du pays, ouvrant la possibilité que ce programme apporte plus de soutien et de rapprochements.

Et même, s’il y avait accord, nous pourrions convoquer un grand Congrès national ouvert du Front de gauche qui piloterait tout ce processus de progrès et entraînerait des milliers et des milliers à travers le pays, ouvrant la porte à un plus grand bond dans la construction de l’alternative politique nécessaire. À cette fin, vous pouvez permettre la possibilité de réaliser des expériences communes qui enrichissent tout ce processus, soit par l’impulsion de certaines de ces propositions que nous vous présentons ici, soit par d’autres idées ou initiatives que vous considérez et mettez en débat.

Pour toutes ces raisons, le MST, nous proposons que vous organisiez une réunion entre nos partis pour échanger en profondeur ces propositions ou d’autres que vous avez. Et aussi que l’ensemble du FIT-U se réunisse pour discuter de ces questions d’une telle importance.

Direction nationale du MST dans le Front de gauche –Unité - 22 avril 2026

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