La mort de Chirac nous vaut un tsunami d’hommages tous plus flagorneurs et complaisants les uns que les autres, d’analyses sur sa « personnalité complexe »... Ainsi, Le Monde se penche sur « la vie de cet animal politique » : « Avec lui, c’est toute une époque qui s’efface : cette France de la guerre et de l’après-guerre, du gaullisme triomphant et finissant, de la décolonisation et des «trente glorieuses», de l’alternance et des cohabitations, du chômage de masse et de la mondialisation, de l’aventure européenne et de son enlisement. »

Cette « époque» n’a pas attendu la mort de Chirac pour... s’effacer. Ce dernier, comme tous les politiciens, a soumis ses ambitions et sa carrière politique à servir les intérêts de la grande bourgeoisie pour faire face aux bouleversements profonds provoqués par la crise du capitalisme des années 1970. Ses seuls mérites sont un carriérisme sans limites associé à une souplesse et un opportunisme tout aussi sans limites, des talents qui lui ont permis d’être au centre des politiques mises en œuvre par la bourgeoisie contre les travailleurs et les classes populaires, avec Mitterrand, le principal acteur de la cohabitation droite-gauche.

Après 10 ans de participation à tous les gouvernements, de 1966 à 1976 où il démissionnait de son poste de Premier ministre de Giscard d’Estaing, puis dix autres comme maire de Paris, Chirac devenait en 1986 Premier ministre de Mitterrand. C’était la première cohabitation, où Chirac prenait pendant deux ans le relais de la politique initiée dès 1983 par le gouvernement Mauroy (qui comprenait des ministres PC) : faire payer aux travailleurs la restauration des profits de la bourgeoisie.

Elu à la présidence en 1995, Chirac reprenait le flambeau. Après le flop du « plan Juppé » qui avait provoqué le mouvement de décembre 1995, il dissolvait le Parlement en 1997. Avec la victoire de l’Union de la Gauche commençait une nouvelle période de cohabitation, cinq ans au cours desquels Jospin et ses deux gouvernements successifs ont poursuivi l’offensive, main dans la main avec Chirac. Ces gouvernements comptaient des ministres communistes, dont Gayssot, ministre des transports, qui s’est chargé, entre autres, d’« ouvrir » le capital d’Air France. Quant à Mélenchon (qui s’est félicité que Chirac ait « aimé la France mieux que d'autres depuis »…), il était ministre délégué à l’enseignement professionnel du second gouvernement Jospin.

En 2002, Chirac, l’homme du « bruit et des odeurs », était élu au second tour de la présidentielle face à Le Pen, plébiscité par la droite et la gauche y compris le PC et une partie de l’extrême-gauche. Depuis la fin de son second mandat en 2007, Sarkosy puis Hollande ont poursuivi la même politique de régression sociale, aggravée au lendemain de la crise de 2007-2008 dans une folle fuite en avant financière ruinant les dernières illusions dans l’alternance.

Cette politique où la gauche menait des politiques ouvertement au service de la bourgeoisie la main dans la main avec la droite a laissé un goût amer dans le monde du travail. Ni le PS ni le PC ne s’en sont remis, ils ont semé la démoralisation tout en achevant de disqualifier aux yeux du plus grand nombre les idées qu’ils prétendaient représenter.

Macron est l’enfant direct de ces politiques, candidat des classes dominantes, « ni de droite ni de gauche », élu face à Marine Le Pen, la fille du candidat anti-UMPS. Il se rêve comme un nouveau Bonaparte populiste, le De Gaulle de la guerre de classe des multinationales et poursuit ainsi, dans les pas de ses prédécesseurs, la mission qui lui incombe : assurer la continuité de l’État, au service du capital.

La gauche ne se remettra pas de sa cohabitation avec l’ordre bourgeois, de son intégration à la politique de la bourgeoisie, de ses capitulations. Les travailleurs, eux, retrouvent le chemin des mobilisations et des luttes pour prendre eux-mêmes leur sort en main et redonner vie aux idées du socialisme et du communisme.

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