La journée du 24 aurait rassemblé un peu plus de 100 000 gilets jaunes, loin de « l'essoufflement » que prétend constater une presse quasi unanime. Et ce n'est pas le choix du gouvernement de faire intervenir dès le matin les CRS sur les Champs Elysées, réprimant les manifestants à travers de violents affrontements, qui a pu atténuer leur détermination. Ainsi que l’exprimait une aide-soignante venue manifester à la sortie de son travail, « On a le droit d’être vus et entendus ! C’est les CRS qui nous cherchent ! Ça ne va pas nous faire baisser les bras au contraire. On est de plus en plus motivés et ça va nous mettre de plus en plus en colère » (Le Monde).

Macron, lui, a remercié « les forces de l'ordre pour leur courage et leur professionnalisme », prétendant faire « honte à ceux qui les ont agressées » et concluant par un pathétique « Pas de place pour ces violences dans la République ».

Comme si la première des violences de cette république dont il se gargarise n’était pas celle des profondes injustices sociales contre lesquelles s’insurgent les gilets jaunes, ici, comme à la Réunion ! Comme si ce n’était pas contre cette république de casse sociale, de salaires de misère et de discriminations que se sont mis en grève la semaine passée les infirmières et infirmiers, les travailleurs des raffineries à l’appel de la fédération chimie de la CGT ; que luttent depuis des mois les postiers du 92 ; que se sont rassemblées samedi 24, dans plusieurs villes, 80 000 personnes contre les violences faites aux femmes !

De multiples « analystes » tentent de découvrir à ce mouvement « inédit » des spécificités sociologiques, géographiques ou autres... tout plutôt que reconnaître son caractère de classe, à savoir la révolte contre la guerre de classe menée par Macron au profit d’une poignée de parasites. Les mésaventures du « premier de cordée » Carlos Ghosn, pris la main dans le sac, viennent à point nommé donner une raison supplémentaire, s’il en fallait, à cette révolte. C’est un coup de plus contre l’autorité de Macron, déjà bien chancelante. Son bluff permanent, écologique ou pas, le mépris social qui l’accompagne, de plus en plus insupportables, alimentent la colère.

Le fait que les mécontentements aient trouvé comme dénominateur commun le scandale des taxes et se focalisent contre Macron sans clairement désigner ses véritables donneurs d’ordre, grands actionnaires des banques et des multinationales, peut laisser le terrain aux ennemis des travailleurs, la droite extrême et l’extrême droite, au-delà même des manifestations les plus réactionnaires que l’on a pu voir sur certains barrages avec des agressions anti-migrants, racistes, xénophobes. Le mécontentement global qui s’exprime à travers les gilets jaunes et leur popularité a de profondes racines de classe, mais il a besoin d’une perspective politique que seul le mouvement ouvrier peut lui apporter.

La politique des directions des grandes organisations syndicales est proprement scandaleuse, une désertion. Martinez, pour la CGT, a pris prétexte de ce qu’il y aurait des « éléments d’extrême droite parmi les gilets jaunes » pour taper en touche, appelant à se joindre, samedi 1er décembre, aux manifestations contre le chômage et la précarité. Quant au patron de la CFDT, Berger, il s’est empressé dès le début du mouvement de proposer au gouvernement de réunir exécutif, partenaires sociaux et associations pour travailler à un « pacte social de la conversion écologique »… projet qui, selon la presse, « séduit la majorité »…

Rompant avec cette désertion, dans bien des endroits, des sections syndicales voire une fédération comme FO transport, des regroupements de militants syndicaux manifestent leur solidarité, relaient la conscience qu’ont bien des travailleurs que leur combat et celui des gilets jaunes ne sont qu’un seul et même combat, contre le même ennemi de classe. On a pu le voir lors de la grève des raffineries où grévistes et gilets jaunes se sont retrouvés côte à côte sur les blocages, avec les cheminots présents sur les Champs Elysées.

Le mouvement tout comme ces initiatives, les nombreuses discussions qui ont lieu sur les barrages, dans les organisations syndicales, sur les lieux de travail ou d’habitation, illustrent la possibilité pour les travailleurs de prendre leurs affaires en main afin d’organiser la rencontre des colères et des aspirations, autour d’exigences communes à l’ensemble du monde du travail. En premier lieu, l’augmentation des salaires, des retraites et des allocations.

L’acte III est en route, il pourrait bien être un nouveau pas vers le rassemblement du monde du travail.

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