Après avoir déclaré vouloir ramener l’Iran « à l’âge de pierre » - « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais réapparaître » -, mardi, Trump a annoncé un « cessez-le-feu » de deux semaines, « une victoire totale et complète » a-t-il ajouté. Contrairement à ce qui aurait été dit, le cessez-le feu « ne concerne pas le Liban » a immédiatement précisé Israël. L’armée israélienne pilonne Beyrouth, un odieux massacre, véritable carnage, auquel Trump a donné son aval tout en faisant pression sur Netanyahou qui annonçait jeudi : « A la lumière des demandes répétées du Liban d'ouvrir des négociations directes avec Israël, j'ai donné hier au gouvernement instruction d'ouvrir dès que possible des négociations directes avec le Liban ».
Trump propose un cessez-le feu et Netanyahou poursuit sa guerre génocidaire en proposant des négociations, un cessez-le-feu pour poursuivre la guerre, cynique double jeu dans une fuite en avant belliciste dans laquelle les USA montrent à la face du monde que « la paix par la force » se résume à une offensive de domination militaire destructrice au mépris des peuples et de ses propres alliés, la stratégie du fou dépassé par une situation dont il a perdu toute maîtrise.
Ce cessez-le feu est censé ouvrir, dès ce samedi à Islamabad au Pakistan, des négociations qui ressemblent à une partie de poker menteur. Il ne repose sur aucun accord écrit. L’Iran accepterait de rouvrir le détroit d’Ormuz, du moins si le cessez-le feu devient effectif, ce qui n’est pas le cas au regard de la furie guerrière de Netanyahou qui compromet ainsi l’ouverture des négociations. Les États-Unis acceptent de parler « en personne » avec une délégation iranienne mais les bases des discussions restent dans le vague Trump laissant croire qu’il n’écarterait pas par avance le « plan en 10 points » iranien dont la poursuite de son programme nucléaire, le maintien du contrôle iranien sur Ormuz, la levée de toutes les sanctions. Confusion désavouée par Vance qui dirigera la délégation américaine. Cette confusion signe, de fait, « une débâcle » écrit Le Monde, un recul, résultat de pressions diplomatiques mais aussi des mobilisations de Minneapolis, de No Kings, du rejet par les travailleur·es et les classes populaires américains de la guerre et de la crise politique qu’elle provoque au sommet de l’État dont Trump, le bouffon sénile, est le point de convergence. De plus en plus nombreux, y compris au sein des Républicains, sont ceux qui craignent que son discrédit ne laisse aux Démocrates la possibilité d’engager une procédure de destitution. Et surtout que ce discrédit ne soit encore plus grand dans les rapports internationaux, une véritable défaite politique pour les USA, symptôme de l’impasse du Make America Great Again.
Ceci dit, ce « cessez-le feu » ni n’efface les terribles destructions provoquées par l’agression américano-israélienne ni n’écarte les menaces de Trump et du Pentagone. Il n’est qu’un semblant de trêve dans le déferlement de violences destructrices dans la guerre sans fin qui frappe le Moyen-Orient victime des convoitises et des besoins des grandes puissances occidentales de contrôler le pétrole et, aujourd’hui, de reconquérir leurs positions perdues pour faire face à la concurrence mondialisée.
La folle et criminelle aventure militaire de Trump-Netanyahou n’est pas le seul produit d’un président dément et sénile et des ambitions sionistes illimitées de Netanyahou mais bien le produit de la fuite en avant d’une classe dominante emportée par la même folie sénile et les mêmes ambitions de domination que les deux dictateurs. Ni le congrès américain, ni le Pentagone, ni Wall Street ni la Knesset en Israël ne s’opposent au projet de Trump et Netanyahou qui sont bien ceux de l’oligarchie financière des milliardaires et des sommets de l’administration américaine. Le Parti démocrate attend les élections de novembre en espérant capitaliser le discrédit de Trump sans s’opposer à la guerre commencée, de fait, sous Biden. Et ici en France, Macron s’aligne en essayant de faire entendre sa propre voix alors qu’un consensus militariste domine les partis parlementaires tous empressés de stigmatiser LFI qui, tout en restant dans le cadre national du capitalisme français, condamne la guerre contre l’Iran.
Le militarisme est une composante de la politique économique des Etats et des classes dominantes, de la concurrence capitaliste. Guerre pour le partage du monde comme lors de la Première puis de la Deuxième guerre mondiale, guerre pour perpétuer une domination coloniale condamnée face aux soulèvements des peuples pour leur indépendance comme au Vietnam ou en Algérie et pour les soumettre au marché capitaliste. Guerre aujourd’hui, à l’heure du capitalisme financiarisé mondialisé, pour le partage de la plus-value produite par le prolétariat mondial, le contrôle des marchés, des matières premières et de l’énergie, guerre mondialisée dans laquelle toutes les nations sont entraînées.
L’agression terroriste contre l’Iran le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël, avec en retour la fermeture du détroit d’Ormuz, a provoqué un choc économique mondial avec la flambée des prix du pétrole, une spéculation, qui se sont traduites par une hausse des prix de l’essence sur toute la planète, y compris aux USA, dont les travailleur·es et les classes populaires sont les principales et premières victimes.
Guerre pour les profits et profits de guerre sont une même politique de la minorité capitaliste. Les majors pétrolières prospèrent dans la guerre sans même parler des délits d’initiés de Trump et de ses amis pour spéculer à Wall Street.
Le pétrole est coté sur un marché mondial spéculatif. Quand Ormuz est bloqué, le prix mondial s’envole même si 80 % du pétrole qui transite par Ormuz va en Asie. Les principaux gagnants de la guerre sont les exportateurs étasuniens de gaz naturel.
Dans la foulée, tous les prix vont exploser et le cessez-le feu tout au plus calmera le jeu d’autant que la poussée inflationniste pourrait provoquer une récession accompagnée d’un krach financier.
Quoi qu’il en soit, ce sont les prolétaires du monde entier qui paieront la facture. Trump a annoncé la couleur aux USA et aucun pays n’aura d’autres choix que la même fuite en avant.
Il réclame 200 milliards de dollars pour la guerre menée actuellement contre l’Iran, propose également un budget de la défense de 1500 milliards de dollars pour l’exercice 2027, contre environ 1000 milliards l’an dernier, soit 50 % de hausse.
« Nous sommes en guerre, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons pas nous occuper des crèches ». Les cinq premières semaines de la guerre auraient coûté un peu plus de 31,5 milliards de dollars qui auraient pu servir à financer les programmes sociaux au lieu d’être pris sur eux et de servir à alimenter les profits de l’industrie d’armement.
Superprofits, hausse des prix, austérité, licenciements constituent la deuxième dimension de la guerre, la guerre sociale.
Les vautours profiteurs de guerre
Les compagnies pétrolières européennes ont réalisé 81,4 millions d’euros de surprofits par jour depuis le début de la guerre. En France, cette somme atteint 11,6 millions d’euros.
Dans les deux premières semaines, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et TotalEnergies - ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars. Les marchés financiers anticipent les « superprofits » à venir...
« L’indice des 120 plus grandes compagnies pétrolières et gazières mondiales, qui, pour moitié sont américaines, a bondi de 30 % depuis le début de l’année 2026, soit une augmentation de capitalisation boursière de plus de 1 000 milliards de dollars en trois mois », selon Zucman qui précise qu’environ la moitié de la hausse a été réalisée depuis le 28 février.
TotalEnergies a engrangé 60 milliards d’euros de bénéfices nets entre 2022 et 2025.
Aujourd’hui, il se permet de bloquer le prix de l’essence et du gazole parce qu’en spéculant sur la hausse du cours du pétrole dès le début de la guerre contre l’Iran, il a encaissé un milliard de dollars de profits exceptionnels durant le seul mois de mars.
Les raffineurs ont multiplié leur marge par quatre en un mois. Ils achètent le pétrole brut plus cher, mais ils en profitent pour augmenter les prix de l’essence, du gazole et du fioul dans des proportions bien plus grandes.
Après le semblant de cessez-le-feu annoncé par Trump, l’optimisme serait de mise. Il n’en est rien, en réalité le « choc énergétique », c’est-à-dire les spéculations des profiteurs de guerre contre les populations au risque d’une crise économique majeure, poursuivront leur œuvre destructrice.
L’ennemi principal est dans notre propre pays
Contrairement à ce que Macron prétend, la France est bien engagée directement dans la guerre contre l’Iran, engagement dont profite directement et indirectement TotalEnergies qui jouit de concessions pétrolières ou qui exploite en Irak le gaz et le pétrole dans le sud du pays, contrats garantis par la présence militaire française. Quatre des cinq principaux clients de l’armement français, deuxième vendeur mondial, sont des États du Moyen-Orient.
Mercredi, le conseil des ministres a discuté une actualisation de la loi de programmation militaire qui prévoit une hausse de 36 milliards d’euros de budget de l’armée d’ici à 2030 sur le total déjà prévu de 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030.
Invoquant la souveraineté nationale, l’État s’adapte à la guerre économique et militaire de Trump pour y trouver sa place et justifie ainsi sa politique d’austérité au nom de laquelle il est resté passif devant les hausses spéculatives des prix du carburant.
Les travailleur·es n’ont aucune raison de se plier à une politique au service de Total, Dassault, Thalès et autres multinationales qui visent à leur imposer des sacrifices pour nourrir les profits.
Lutter contre la flambée des prix, c’est lutter contre la politique de l’État qui l’impose et contre la guerre qui la provoque et on ne peut pas lutter contre la guerre sans s’attaquer à l’État français, allié des USA, qui y participe.
L’État n’est pas neutre dans cette affaire, il est actionnaire indirect de TotalEnergies. Il signe les contrats d’armement avec les pétromonarchies. Il est acteur et complice de la politique des grands groupes capitalistes, leur fondé de pouvoir.
En appeler à l’État ou imposer le contrôle des travailleur·es
Contrairement à ce que font, impuissants, les partis de la gauche parlementaire ou les directions syndicales adeptes du dialogue social, il est vain de quémander auprès du gouvernement des mesures qui protégeraient notre niveau de vie.
La perte de revenus provoquée par la flambée des prix de l’essence et de tous les autres produits, nous ne pouvons la récupérer que là où elle se trouve, dans les milliards de profits qui s’accumulent chez Total et les multinationales.
Nous avons besoin d’une mobilisation collective pour imposer l’augmentation des salaires et leur indexation sur l’inflation. Contre les licenciements et le chômage, le partage du travail entre toutes et tous, l’échelle mobile des heures de travail.
L’ensemble de nos exigences s’inscrit dans une perspective plus large sans craindre « une incursion profonde dans le domaine de la propriété privée » selon la formule de Trotsky : imposer le contrôle des travailleur·es, exiger l’ouverture des livres de compte pour lever le secret commercial qui sert à camoufler les spéculations, le racket qu’opèrent les multinationales contre la population.
Cela suppose d’être en mesure d’instituer des comités composés de travailleur·es et d’usager·es capables de vérifier concrètement la formation des prix, les marges, les mécanismes de spéculation, les coûts de production, de contrôler, de décider aussi.
S’organiser dans l’objectif de mettre en œuvre une telle politique de classe, c’est poser la question du pouvoir politique, d’un gouvernement des travailleur·es, de l’ensemble des producteurs, salariés ou travailleurs indépendants, petit paysans et petits patrons pour prendre la direction de l’économie par l’expropriation des banques et des multinationales pour annuler la dette et construire un monopole public bancaire. Un gouvernement des travailleur·es romprait avec le militarisme et le nationalisme pour mettre en place une politique de coopération et de solidarité entre les nations, en particulier au Moyen-Orient, rompant avec la continuité de la politique coloniale et impérialiste de l’État Français.
Un front de classe internationaliste contre la guerre, l’austérité et la vie chère, pour le contrôle des travailleur·es
Une telle politique vitale pour la défense de nos conditions de vie, la défense de la civilisation que le capitalisme en faillite menace d’anéantir passe par l’unité du monde du travail et de ses organisations en rupture avec toutes les forces politiques et les directions syndicales qui restent soumises à l’idéologie nationaliste de la bourgeoisie, prisonnières des jeux parlementaires et du mythe trompeur du dialogue social.
La colère, la révolte sont légitimes, elles ne doivent pas se tromper d’ennemi mais trouver leurs ami·es et allié·es pour construire un front des producteurs contre TotalEnergies, la grande distribution et les actionnaires qui spéculent sur nos vies. Salarié·es et travailleur·es indépendant·es, petit·es producteur·trices des villes et des campagnes ont les mêmes intérêts, ici et par-delà les frontières. Ils ont besoin de construire des liens de solidarité et de coopération avec les travailleur·es d’Iran, le peuple palestinien, ceux du Moyen Orient et, en premier lieu, avec les travailleur·es d’Europe pour construire contre les Macron, Merz, Melloni et autres Orban une Europe de la paix, les Etats-Unis socialistes d’Europe.
Plus globalement, la déroute de la première puissance mondiale, la mondialisation en cours de la guerre économique et militaire, la marche à la faillite du capitalisme pose la nécessité de changer radicalement la façon dont sont produits et échangés les biens nécessaires au bien-être de toutes et tous, c’est-à-dire d’en finir avec la propriété capitaliste, la financiarisation de l’économie pour instaurer la propriété collective et la planification démocratique de la production et des échanges, le socialisme.
Yvan Lemaitre



