Dès l’ouverture de la COP30, la conférence sur le climat de l’ONU qui se déroule à Belém, au Brésil, aux portes de l’Amazonie, ravagée par la surchauffe planétaire et la déforestation, ville choisie par Lula dans l’intention de faire de cette conférence « la meilleure COP en termes de participation indigène », des affrontements ont eu lieu entre les services de sécurité et des communautés indigènes et de descendants d’esclaves qui manifestaient pour leurs droits, le climat et la santé contre les multinationales. Samedi, ils étaient des milliers dans les rues de Belém. Tout un symbole du décalage entre les discours et les actes qui ruine les prétentions affichées par Lula pour cette trentième conférence internationale pour le climat, la dixième après l’accord de Paris. Deux semaines auparavant, le 20 octobre, le Brésil, huitième producteur mondial de pétrole, avait donné à son géant énergétique national Petrobras un permis de forer en mer, à l’embouchure de l’Amazonie alors que Lula se targue d’être un leader en matière environnementale ! Plus de 1600 lobbyistes représentant le secteur des énergies fossiles sont présents à Belém.
Cette COP confirme l’échec de ce qui est une foire commerciale où les multinationales vendent leurs services et signent des contrats financiers, l’écologie n’échappe pas à la financiarisation du monde !
Macron, soucieux d’entretenir sa renommée de visionnaire du progrès a fustigé les « prophètes de désordre » pour appeler à « convoquer de nouveau l’esprit qui a présidé à l’adoption de l’Accord de Paris » oubliant que se trouvaient dans la délégation française le lobby du CAC40 avec Pouyanné, PDG de TotalEnergies, ainsi que des dirigeants d’Engie, EDF ou encore Vinci venus faire des affaires...
Le discours d’ouverture d’António Guterres, secrétaire général des Nations unies, illustre cette vanité des phrases creuses en faisant le constat de l’échec à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, « ce n’est plus le moment de négocier [...] chaque fraction de degré signifie plus de faim, de déplacements et de pertes, surtout pour ceux qui en sont le moins responsables ».
Selon les dernières évaluations du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publiées le 4 novembre, « les projections de réchauffement planétaire au cours de ce siècle, fondées sur la mise en œuvre intégrale des Contributions déterminées au niveau national (CDN), sont désormais de 2,3 à 2,5°C ». L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée et la première à franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement et le réchauffement des mers continue, élément moteur de la hausse de la température de la planète.
L’aveu d’un échec depuis la première COP, trente ans que les scientifiques alertent et proposent, trente ans que les gouvernants donnent le change sans agir, aussi impuissants face au réchauffement climatique qu’ils le sont face à l’ensemble des drames et menaces auxquels l’humanité doit faire face. Et cela pour les mêmes raisons, leur soumission à la fuite en avant du capitalisme qui engendre une régression généralisée.
Les réponses à la crise climatique supposeraient une volonté politique, une coopération internationale qui soumettent les États comme le capital aux intérêts collectifs, à l’avenir de la planète et de l’humanité. Or ce sont les intérêts privés d’une minorité qui gouvernent le monde, s’imposent aux États et engendrent un désordre géopolitique avivé par les conflits armés et l’exacerbation de la concurrence mondialisée. Au point que certains ne cherchent même plus à donner le change sous la pression des USA. Trump clamait le 29 octobre avoir gagné « la guerre contre le canular du changement climatique », guerre contre la science et le progrès, la démocratie au nom de l’obscurantisme de la religion du profit et de la concurrence, né de la soif de pouvoir et de domination des prédateurs capitalistes et de leur peur des travailleur·es et des peuples.
Le réchauffement climatique vers la catastrophe annoncée
Au même moment, l’ouragan Melissa, d’une force jamais mesurée jusqu’alors, se déchaînait sur les îles des Caraïbes, provoquant des dizaines de morts en Jamaïque, à Haïti et Cuba et des destructions indescriptibles. De l’autre côté du monde, le centre du Vietnam affrontait des crues historiques, amenant là aussi le déplacement de dizaines de milliers d’habitants, des destructions massives et des morts.
Le rapport 2025 Lancet Countdown on Health and Climate Change, dirigé par l’University College London et produit en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé, révèle que l’inaction climatique et la dépendance continue aux combustibles fossiles a un coût humain immense, avec des millions de vies perdues chaque année en raison de la chaleur, de la pollution atmosphérique, de la propagation des maladies et de l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Cette intensification de l’ébullition climatique fait des ravages partout sur le globe, les mégafeux dès janvier en Californie, des inondations hivernales en Afrique du Sud, des canicules hors norme en Inde, des incendies monstres en France et sur la péninsule ibérique cet été ou des ouragans comme Melissa dans les Caraïbes…
Ce compte à rebours est celui qui conduit à la catastrophe de par les conséquences de la crise globale du capitalisme financiarisé mondialisé, exacerbation de la concurrence et tensions internationales qui dominent la COP 30. Son boycott par les USA, premier pays producteur de pétrole et de gaz au monde, qui ont annoncé leur retrait de l’accord de Paris pour janvier 2026 et confirmé le 1er novembre qu’ils n’enverraient pas de « représentants de haut niveau » à Belém, en est le signe.
La planète est emportée dans une concurrence effrénée pour que les bourses et les spéculations financières puissent continuer leur folle ascension.
Si un temps les multinationales ont vu dans le capitalisme vert un moyen d’investir et de relancer les profits, la guerre économique les contraint à rentabiliser au maximum le pillage des ressources naturelles. La financiarisation de l’écologie se poursuit mais le court terme l’emporte, vive le charbon et le pétrole, « Drill, baby, drill », et les nouvelles technologies, le miracle de l’intelligence artificielle vont permettre de tout résoudre…
Xi Jinping répondait lors du plénum du PCC, en septembre, « alors que certains pays agissent contre la transition, la communauté internationale doit rester engagée dans la bonne direction, inébranlable dans sa détermination, implacable dans ses actions. [...] La transition verte et décarbonée est la tendance de notre temps ». La Chine reste cependant le pays le plus pollueur en carbone de par ses énormes ressources en charbon tout en ayant acquis une position dominante sur le marché des énergies solaires, une arme dans la concurrence mondiale...
La transition écologique est un mythe illusoire. Les investissements verts, même avec les soutiens des États, rapportent beaucoup moins que les investissements traditionnels et une vraie transition écologique signifierait une dépréciation globale considérable du capital. Le capital et les États sont condamnés à la fuite en avant dont Trump se fait le champion en cessant les faux semblants pour assumer la guerre économique, sociale, écologique que le capital mène contre toute l’humanité. Ils travaillent ainsi à leur propre perte. Il n’y a pas d’issue sans une réorganisation mondiale de la production pour en finir avec les gaspillages, la concurrence, le militarisme et les guerres.
Shein, absurdité capitaliste, concurrence pour les profits et démagogie nationaliste
Le scandale Shein qui alimente les polémiques hexagonales illustre la question. L’arrivée des produits de la plateforme d’ultra-fast-fashion depuis le 5 novembre au BHV parisien, et, prochainement, dans les Galeries Lafayette de différentes villes, a provoqué une vague de protestations. Les politiciens et les médias se sont déchaînés contre la plateforme chinoise de commerce en ligne et ont découvert qu’elle vendait des poupées sexuelles d’apparence infantile et des armes à feu.
Le gouvernement en profite pour déployer une campagne protectionniste et antichinoise hypocrite et sélective.
Les pratiques de Shein sont celles des plateformes capitalistes à l’image de la barbarie de cette société. Mais derrière l’indignation médiatique et politicienne, il y a la concurrence chinoise que le patronat français cherche à endiguer. Depuis plusieurs mois, il mène une campagne contre Shein, Temu et quelques autres, dénonçant la qualité des produits, et même – pourquoi se gêner – l’exploitation subie par les ouvriers chinois.
Il y a un côté dérisoire dans cette envolée d’indignation démagogique et surtout d’une grande hypocrisie de la part de ceux qui assoient leur fortune sur la vente d’armes ou de produits importés à bas coût grâce à la surexploitation des travailleurs de Chine, du Vietnam ou du Bangladesh, bien souvent des adolescent·es voire des enfants ou qui, ici, surexploitent les migrant·es. Une indignation intéressée qui vise à justifier les mesures protectionnistes.
La montée des protectionnismes sous la pression de la guerre commerciale conduit à la faillite
Cette indignation bien hypocrite vise à flatter l’opinion pour tenter de défendre le capital national de la concurrence asiatique. En voulant pour cela instaurer une politique protectionniste plus agressive à l’image de celle menée par les USA, le gouvernement et l’Europe ont des prétentions au-dessus de leur force. Cette politique conduit à une régression généralisée dans une économie-monde où la production est désormais internationalisée et interdépendante. Le protectionnisme est une politique démagogique qui, si elle peut à court terme profiter aux plus puissants, se retourne inévitablement contre les travailleur·es.
Depuis des années, la mondialisation capitaliste a conduit à l’inondation des marchés par des produits à bas coût, distribués par de grandes plateformes de commerce en ligne. Les patrons de Shein et du BHV ont eu beau jeu de le rappeler, en arguant de leur droit de participer à la concurrence généralisée avec les mêmes armes que les autres.
Il n’y a pas de retour en arrière possible, par contre il y a une fuite en avant dans l’exacerbation de la concurrence par une guerre commerciale mondialisée dont Trump a pris l’initiative qui conduit à une récession mondiale et à des tensions internationales incontrôlables. Le développement du protectionnisme vise aussi à relocaliser des activités économiques indispensables en vue d’une guerre.
Certains capitalistes, protégés par l’État, y trouveront les moyens d’accroître leurs profits et leur puissance au prix de la ruine des plus faibles, d’une surexploitation du prolétariat y compris des USA ou des pays les plus riches, au prix du pire, la mondialisation de la guerre, la menace nucléaire, une catastrophe sociale et écologique.
Déjà, l’inflation se combine avec la stagnation de l’économie et les mécanismes engagés par la guerre commerciale vont aggraver les choses, la guerre pour les métaux fait rage, les spéculations sur l’IA engloutissent des masses inimaginables de capitaux qui ne trouveront pas les profits qu’ils cherchent, les politiques d’austérité et antisociales qui visent à alimenter la machine à profit limitent la consommation et ruinent les services publics, les capitalistes mènent la société dans le mur.
« La production du capitalisme engendre, tel une loi de la nature inexorable, sa propre négation » Karl Marx, Le Capital - Livre premier
Les décideurs des COPs prétendent qu’ils travaillent au service de « la planète » et de l’humanité, mais en réalité leur action consiste en la défense du système économique capitaliste, et donc en la préservation des profits des possédants et des exploiteurs. Pas plus que l’ONU ou d’autres organismes supra-nationaux, les COPs ne constituent en aucune manière une sorte de « gouvernement mondial » sans lequel la transition écologique est un mirage, un slogan. Il ne peut y avoir d’autre transition écologique que socialiste.
De par sa position dans la société, seul le prolétariat aurait la possibilité de réorganiser la production et les échanges en fonction des besoins humains dans le respect des équilibres écologiques. Il est illusoire de penser que l’humanité va « s’adapter progressivement » à la catastrophe climatique en route et le mouvement ouvrier a à se convaincre qu’il a besoin de se donner les moyens d’enrayer cette course folle vers l’abîme, de définir les mesures transitoires pour en finir avec une économie dominée par les multinationales, la concurrence et le profit, la guerre économique, le protectionnisme et le nationalisme.
A travers la crise écologique et ses milles manifestations s’expriment les limites absolues atteintes par le capitalisme qui marche vers son propre effondrement à travers lequel le prolétariat sera conduit à prendre la direction de la société pour réorganiser la production et les échanges.
A l’heure des nouvelles technologies et de l’IA, un tel système fondé sur la propriété capitaliste et l’État national est absurde, ses dirigeants ne maîtrisent plus rien, aveuglés par leur panique devant une évolution sociale et technologique incompatible avec leur domination. Les bouleversements en cours exigent une révolution sociale pour construire un nouvel ordre économique rationnel sous le contrôle des producteurs. Alors, les nouvelles technologies, l’IA, au lieu de gaspiller des quantités considérables d’énergie et de travail humain pour administrer les hommes et l’exploitation du travail, nourrie de données s’appuyant sur le marxisme, l’écologie, la science en général pourraient devenir un instrument de socialisation mondialisée accélérée.
Cela ne sera possible que dans le cadre d’un plan de réorganisation de la production élaboré par la population elle-même, par celles et ceux qui en sont les acteurs et actrices détenant le pouvoir pour décider ce qu’il faut produire, comment et à quelles conditions pour en finir avec le productivisme destructeur de la propriété privée capitaliste, l’exploitation des femmes et des hommes pour les réconcilier avec la nature en reprenant la maîtrise de leur vie à travers une planification scientifique et démocratique.
Yvan Lemaitre



