Samedi dernier, des millions de manifestants se sont rassemblés dans 2700 grandes et petites villes des États-Unis, en continuité du mouvement « No Kings » qui avait regroupé en juin entre 5 et 11 millions de personnes. Le slogan « No Kings », « Pas de rois », fait référence à la Révolution américaine, fin XVIIIè siècle, contre la tyrannie de la monarchie anglaise, pour défendre la constitution vue comme un rempart contre la politique de Trump pour imposer sa dictature.
Au-delà de ces illusions, conséquences de la politique du Parti démocrate cherchant à contrôler la mobilisation, ces manifestations reflètent l’opposition populaire grandissante aux atteintes portées par Trump aux droits démocratiques. Elles expriment l’indignation face au génocide en cours à Gaza ; la colère suscitée par les expulsions de masse de migrant·es ; la résistance aux licenciements collectifs de fonctionnaires fédéraux et à la destruction d’emplois et de programmes sociaux, notamment la sécurité sociale, Medicare et Medicaid.
Ces manifestations joyeuses et colorées, dynamiques profondément enracinées dans la jeunesse et le monde du travail répondaient aux caricatures calomnieuses véhiculées par l’administration Trump et les médias républicains dénonçant des complots violents manipulés par le « Hamas », des « terroristes antifa », des « étrangers en situation irrégulière » et des « criminels ». La participation populaire fait échec aux intimidations des rafles policières, des discours réactionnaires et agressifs, des déploiements militaires comme à Chicago. Elle témoigne d’une politisation, de l’émergence d’un mouvement social de masse aux États-Unis, de plus en plus conscient du lien entre le régime autoritaire, l’exploitation capitaliste et les attaques contre les droits démocratiques et l’offensive militariste. Elle porte la perspective d’une nouvelle révolution contre la nouvelle aristocratie financière, les rois capitalistes qui pillent les richesses et ruinent la société et la planète.
« La guerre intérieure » de Trump, une politique de guerre civile combinée à l’offensive militariste et guerrière
Le jour même des manifestations, Trump a partagé sur ses réseaux sociaux une vidéo le mettant lui-même en scène coiffé d’une couronne et pilotant un avion frappé de l’inscription « King Trump », déversant des excréments sur les manifestants. Le bouffon grotesque et cynique affiche son mépris du peuple, le symptôme de sa propre sénilité au sein d’une classe dominante corrompue qui combat toute idée progressiste réduite au wokisme au nom de théories complotistes, religieuses, libertariennes, masculinistes, suprémacistes et racistes.
Trump n’est pas un malade mental isolé, mais bien le représentant politique de l’oligarchie capitaliste américaine, accepté et reconnu comme tel. Il est la personnification d’une classe dominante qui s’est enrichie pendant des décennies grâce à la spéculation financière, au parasitisme et à l’appauvrissement incessant de la classe ouvrière, au pillage de la planète.
En ce moment, le gouvernement américain est paralysé par le « shutdown », l’incapacité du congrès de se mettre d’accord sur le budget. Il profite de cette paralysie pour licencier davantage de fonctionnaires fédéraux et tenter de faire fonctionner l’État avec moins de personnel. Ils ont déjà sabré de nombreux programmes sociaux, et ils cherchent encore à licencier davantage de travailleur·es et à supprimer davantage de programmes qui bénéficient directement à la classe ouvrière, alors que les riches continuent de s’enrichir.
Comme ici, il donne l’argent aux riches par le biais d’allégements fiscaux et d’autres procédés capitalistes en le prenant dans les poches des travailleur·es et des classes populaires.
Sous les effets de leurs agressions les liens sociaux se délitent, le désespoir ronge les milieux les plus déshérités.
Le gouvernement américain, sous les deux partis, Démocrate ou Républicain, n’a cessé d’augmenter le budget militaire, année après année. Il dépasse désormais mille milliards de dollars par an, soit plus que les neuf pays suivants réunis. Les capitalistes et les politiciens qui travaillent pour eux planifient la guerre. Le gouvernement américain a des troupes stationnées partout dans le monde. Il possède des bases militaires (armée de terre, marine et armée de l’air) dans 170 pays.
Trump se prétend faiseur de paix, ce qu’il appelle la paix par la force, c’est-à-dire négocier contre les peuples le rapport de force imposé par les armes économiques, monétaires et militaires pour drainer à Wall Street une part croissante des richesses produites par le prolétariat mondial.
Trump produit et acteur de la marche à la faillite d’un capitalisme à son stade final
Tant sur le plan social et économique, écologique que sur le plan international et militaire, la politique « Make America Great Again », MAGA, désorganise la société, engendre l’instabilité, accentue les tensions entre les classes et les nations. Trump est bien l’expression de la sénilité de ce capitalisme de plus en plus parasitaire et prédateur, dictatorial dont les guerres qui font rage dans le monde témoignent de la barbarie sans issue. Les capitalistes de tous les pays rivalisent pour les profits, cherchant à conquérir de nouveaux marchés, à accéder à davantage de ressources naturelles et à exploiter davantage de travailleurs à bas salaires dans le monde. Les droits de douane sont le signe d’une crise économique qu’ils accentuent par la montée des protectionnismes et du militarisme.
Cette politique s’impose parce que la classe ouvrière a trop longtemps laissé son sort entre les mains de ses ennemis, les Républicains et les Démocrates qui représentent tous deux Wall Street. Sous ces deux partis, sa voix a été réduite au silence et muselée.
Les appareils syndicaux n’ont fait aucun effort pour mobiliser pour les manifestations « No Kings », même les syndicats qui les appuyaient officiellement. Le syndicat de l’automobile United Auto Workers (UAW) n’a pas soutenu la manifestation ni mobilisé ses membres à Detroit, centre historique de l’industrie automobile américaine. Son appareil de l’UAW, sous la direction de Shawn Fain, s’est ouvertement aligné sur le programme de nationalisme économique et de guerre commerciale de Trump.
Le mouvement anti-Trump débouche sur l’affrontement avec la tyrannie de Wall Street, l’État et la constitution qui la servent
Les manifestations « No Kings » montrent qu’une large fraction de la population, du monde du travail, de la jeunesse ne se résigne pas, un renouveau de la lutte des classes est en cours. Les manifestations s’inscrivent dans une dynamique : la prochaine étape est la marche sur Washington, le 22 novembre. « No Kings » vise à rassembler largement en entretenant bien des préjugés respectueux de l’ordre institutionnel mais il exprime de façon radicale le rejet populaire de la nouvelle aristocratie, des oligarques de la tech, des dictateurs policiers et de la chasse aux migrant·es, du militarisme et des guerres, du racisme et du masculinisme.
Ce rejet a besoin de prendre conscience de sa force et de ce dont il est porteur. Les manifestants anti-Trump sont des centaines de fois plus nombreux que les défilés MAGA. 60 000 à la cérémonie Charlie Kirk, plus de 7 millions dans la rue contre eux. Et surtout, les slogans et les pancartes portent l’exigence d’une autre société que la société capitaliste de violence dominatrice, d’exploitation dont la constitution américaine est le masque démocratique mensonger.
La mobilisation « No Kings » est un espoir et un encouragement pour toutes celles et ceux qui dans le monde se révoltent et luttent pour changer le monde et s’émancipent de la domination des partis bourgeois de gauche ou de droite, Démocrate ou Républicain qui représentent les intérêts de la classe capitaliste.
Aux USA comme ici, l’avenir dépend de la capacité du monde du travail, de la jeunesse à s’organiser démocratiquement de manière indépendante et autonome, consciente et avec son propre programme, le socialisme.
Yvan Lemaitre



