La mort de Le Pen, vieillard sénile, a donné lieu à des réjouissances qu’on ne peut que comprendre, à la barbe des Retailleau, Ciotti and Co offusqués, jusqu’à Guejd, député PS de l’Essonne, qui appelait au nom de la « grandeur d’âme » à « ne pas se réjouir de la mort d’un homme quel qu’il soit »... Mais ces moments de légèreté ne doivent pas masquer que cette mort assure une continuité et participe de la « dédiabolisation » de l’extrême droite au moment où une large fraction des classes dominantes se rallie à elle, en France comme aux USA. Retailleau s’est d’ailleurs empressé de déclarer qu’« une page de l’histoire politique française se tourne », lui qui postule à en écrire une nouvelle.
Tortionnaire d’Algériens, antisémite et négationniste, raciste, homophobe, révisionniste, le milliardaire Le Pen héritier des ciments Lambert, une « grande figure de la vie politique française » selon Bayrou, avait fait ses classes dans les sales guerres coloniales en Indochine et en Algérie. Sa mort vient rappeler cette histoire de France et de cette extrême-droite nostalgique des colonies et de la gégène, ce Front national fondé en 1972 avec un ex Waffen-SS, d’ex miliciens de Vichy et des figures de l’OAS. Un héritage devenu encombrant pour Le Pen fille et le RN à la recherche de respectabilité, butant aux portes du pouvoir et qui cherchent depuis des années à « tourner la page » alors que la concurrence s’intensifie pour prendre la tête de l’alliance des droites et des populistes d’extrême-droite pour offrir leur service à la bourgeoisie et mener sans entrave l’offensive contre les travailleurs. Dans l’ensemble des vieilles puissances occidentales, la faillite du capitalisme sénile, sa crise de domination leur donnent des opportunités nouvelles.
L’arrivée au pouvoir des Trump-Musk et le ralliement accéléré des richissimes patrons des Gafam créent un appel d’air pour les populistes d’extrême-droite, révisionnistes et autres libertariens, en particulier en Europe. De la candidate de l’AFD à la chancellerie allemande, Weidel, badinant sur X avec Musk à propos d’Hitler, à Kickl appelé à composer un gouvernement en Autriche, Farage and Co en Angleterre, en passant par Meloni et bien d’autres.
Dans une tribune parue dans Le Figaro, Retailleau, Valls et Lecornu dénoncent d’une même voix « les conséquences désastreuses du chaos migratoire, qu’elles soient sécuritaires, sanitaires ou sociales » à Mayotte. Ils promettent un « durcissement », de « changer les règles », y restreindre encore le droit du sol, faire la chasse aux reconnaissances de paternité prétendument frauduleuses, et multiplier « les éloignements de clandestins », les retours « volontaires » des migrant·es africain·es… labourant le terrain pour Le Pen fille qui s’est empressée de faire le déplacement.
Association de malfaiteurs et de politiciens corrompus
Pendant ce temps Sarkozy, celui qui prétendait siphonner les voix de Le Pen et nettoyer les quartiers au karcher, définitivement condamné mi-décembre en cassation dans l’affaire des écoutes à trois ans de prison dont un an ferme sous bracelet électronique et trois ans d’inéligibilité, est de retour devant les tribunaux pour le financement libyen de la campagne de 2007. Il a entre les deux passé les fêtes aux Seychelles, faut bien se détendre en famille pour revenir en forme à la barre, bronzé, crier au scandale et à l’infamie ! Il est cette fois accusé de « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale », « association de malfaiteurs » et risque jusqu’à dix ans d’emprisonnement, 375 000 euros d’amende, la privation de droits civiques et civils. A ses côtés dans le box des accusés, treize autres personnes dont trois de ses anciens ministres, de l’Intérieur, de l’Immigration et du Budget, Guéant, Hortefeux et Woerth, véritable association de mafieux. L’affaire aux multiples tiroirs, sociétés écrans, intermédiaires, qui a été émaillée de « tentatives de manipulation » et « déstabilisation des magistrats » avec semble-t-il quelques morts dans les placards, plonge dans les profondeurs de ce petit monde de serviteurs de la bourgeoisie à l’image de leurs maîtres. « Personne n’y comprend rien » se réjouissait Sarkozy… titre du film de Mediapart consacré à l’affaire que le journal a révélée malgré de multiples pressions et menaces. Ce qui est limpide c’est leur crasse, leur culot et leur mépris de classe.
Plan blanc dans les hôpitaux, pillage des fonds publics et incurie des classes dominantes
Une fraction de plus en plus grande de la population subit au quotidien la violence de ce mépris, de l’exploitation, des bas salaires, du chômage, de la misère, l’effondrement des services publics. La situation des hôpitaux dit à elle seule le marasme. Submergés par une épidémie de grippe, incapables de faire face à une affection saisonnière, 87 hôpitaux ont dû déclencher le plan blanc prévu pour la gestion de situations extraordinaires et qui permet de déroger au code du travail pour rappeler les personnels, d’annuler des hospitalisations et des interventions. Dans les urgences saturées, des personnes âgées ont passé jusqu’à 92 heures avant qu’on ne leur trouve un lit comme au CHU de Nantes où, le week-end dernier, deux personnes sont mortes après 33 et 22 heures d’attente. Mercredi, à l’hôpital de Longjumeau, une jeune femme de 20 ans qui avait besoin d’une prise en charge immédiate est décédée après des heures d’attente. Des drames directement liés au manque de lits dit « d’aval » permettant d’hospitaliser les malades et de désengorger les services d’urgences, au manque d’infirmier·es, de médecins.
Il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux, pour les travailleur·ses, la jeunesse, les services sociaux mais les profits des spéculateurs de la finance atteignent des sommets, alimentés par la dette. Lors de ses vœux, le gouverneur de la Banque de France prévenait cette semaine « La charge d’intérêt [de la dette publique] pèsera bientôt plus lourd que le budget de l’Education nationale ».
La farce Bayrou, du NFP et des syndicats
C’est cette dette que le gouvernement Bayrou a mission de faire payer au monde du travail. Lombard, ministre des finances, a reçu tour à tour les partis parlementaires dont le RN pour discuter « des contours des projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale » et des 50 milliards de coupes « nécessaires » dans la dépense publique. LFI a refusé d’y aller en tant que groupe… mais Coquerel s’est rendu à l’invitation comme président de la commission des finances de l’Assemblée et, surprise, il a « compris que Lombard était là pour essayer de faire passer à peu près le même budget que Mr Barnier en pire » !
Le PS, les Ecologistes et le PCF se sont pliés à l’exercice avec empressement, Faure se félicitant d’une « vraie négociation » et évoquant un accord de non censure. Une « forfaiture » pour Mélenchon qui a dénoncé sur X la « servilité » des représentants PS, Verts et PCF et les « reniements » vis-à-vis du programme du NFP...
Quant aux directions syndicales, elles se bousculent dans les ministères et se sont rendues sans barguigner, les unes après les autres, à la « consultation » de Bayrou cette semaine. « Nous avons été écoutés. Maintenant, nous allons suivre le discours de politique générale pour voir si nous avons été compris. Les exigences sociales doivent être prises en compte » a déclaré sans rire Nathalie Bazire pour la délégation CGT à sa sortie de Matignon… tandis que le Medef liste ses exigences. Une vaste farce !
Unir nos forces pour nous donner notre propre outil politique pour leur contester la direction de la société
Aucune issue institutionnelle ne peut être favorable aux travailleur·ses. La dictature du capital et des profits ne peut se maintenir qu’à travers des régimes de plus en plus autoritaires cherchant à masquer la réalité de la lutte de classe par des mythes et préjugés, des populismes d’extrême-droite nationalistes, révisionnistes.
Face à cette offensive, ces menaces, les travailleur·ses, les militant·es, les révolutionnaires avons devant nous la tâche d’unir nos forces pour nous donner notre propre instrument d’émancipation. Une organisation, un parti pour penser collectivement la société telle qu’elle est, la réalité de l’affrontement de classe pour disputer le pouvoir à la minorité parasite, rétrograde, qui plonge l’humanité dans une crise sans précédent, économique, sociale, guerrière, mais aussi intellectuelle et morale, mettant les moyens matériels, scientifiques les plus avancés au service de sa fuite en avant. La tâche d’œuvrer au rassemblement de tou·tes celles et ceux qui veulent agir pour la transformation de la société.
La seule perspective pour les exploité·es, c’est la démocratie ouvrière et populaire, l’union et l’action commune de celles et ceux qui font tourner l’économie et la société pour contester la propriété capitaliste, la domination d’une poignée de financiers et construire une société basée sur la coopération, au service des intérêts de la collectivité.
Isabelle Ufferte



