Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, Trump et l’administration américaine ont organisé par un coup de force militaire impliquant 150 avions de combat qui ont mené des frappes sur plusieurs sites du pays et tué des dizaines de personnes, l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de sa compagne Cilia Flores. Le dictateur a été incarcéré dans une prison de New-York, sous le coup de l’accusation d’un tribunal américain d’avoir orchestré un trafic de cocaïne de grande ampleur destiné à en inonder les États-Unis, une affabulation -alors même que Trump venait de gracier l’ancien président du Honduras réellement à la tête, lui, d’un réseau de narcotrafic. Sous prétexte de lutte contre le « narco-terrorisme », les États-Unis ont préparé cette attaque depuis début septembre en déployant une énorme armada -un porte-avion, 7 autres navires de guerre et 15 000 soldats- au large des côtes du Venezuela et en ordonnant au moins 35 frappes contre des bateaux qui ont tué 115 personnes.
Lors de la conférence de presse qu’il a tenue quelques heures après l’opération militaire, Trump a annoncé que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse ». Et il a fait état de leur intérêt pour les réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes du monde, nationalisées par le régime de Chavez en 2007, précisant que les compagnies pétrolières états-uniennes y investiraient massivement, soi-disant dans l’intérêt du peuple vénézuélien.
« Nous n’avons pas besoin du pétrole vénézuélien, a corrigé le conseiller de Trump et secrétaire d’État aux Affaires étrangères Marco Rubio. Nous avons suffisamment de pétrole aux États-Unis. Ce que nous ne tolérerons pas, c’est que l’industrie pétrolière vénézuélienne soit contrôlée par des adversaires des États-Unis. Il faut comprendre pourquoi la Chine a besoin du pétrole vénézuélien. Pourquoi la Russie en a-t-elle besoin ? Pourquoi l’Iran en a-t-il besoin ? Ces pays ne font même pas partie de ce continent ».
Il dit ainsi sans ambiguïté que ce coup de force contre le Venezuela représente un nouveau pas franchi dans l’escalade guerrière des États-Unis pour sauvegarder leur domination déclinante face à leurs puissances rivales, en particulier la Chine et ses alliés ou alliés potentiels. Ce n’est pas comme beaucoup le prétendent le retour ou la simple continuité de la longue série d’interventions militaires et de complots des États-Unis contre les peuples d’Amérique latine, dans ce qu’ils considèrent comme leur arrière-cour, mais bien une étape supplémentaire dans leur escalade guerrière qui menace l’ensemble de la planète.
Après l’Ukraine et le Moyen-Orient, un nouveau pas dans l’escalade guerrière occidentale
Depuis l’enlèvement de Maduro, Trump a multiplié les déclarations belliqueuses et envisagé d’autres interventions militaires en Amérique latine contre la Colombie, Cuba, le Mexique et le Venezuela une nouvelle fois, menaçant la nouvelle vice-présidente Delcy Rodriguez d’un sort pire que celui de Maduro et il a réaffirmé sa volonté de posséder, en usant au besoin de la force militaire, le Groenland dont il convoite les richesses minières et la position géostratégique. Il a aussi renouvelé ses menaces de « frapper très durement » le régime de Khamenei et des mollahs si des manifestants étaient tués en Iran, sûr de pouvoir compter sur Israël et le Mossad pour cela. Lors de sa récente visite à Washington, Netanyahou et Trump ont élaboré leur plan.
Auparavant, l’armée américaine avait bombardé le 19 décembre des sites de l’État islamique en Syrie, puis symboliquement le jour de Noël, des positions attribuées à des groupes islamistes au Nigeria, qui feraient peser selon les mots mêmes de Trump une « menace existentielle » sur les chrétiens dans ce pays.
Trump, Wall Street et le Pentagone se moquent éperdument du sort des peuples, ils l’ont démontré tout au long de leur histoire. Leurs interventions actuelles s’inscrivent dans une offensive de long terme qu’ils mènent depuis l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide pour assurer leur nouvelle hégémonie alors incontestée, dans un contexte et des rapports de force complètement bouleversés aujourd’hui. La guerre contre l’Irak de Saddam Hussein en 1990-91, que l’administration de Bush père avait menée à la tête d’une coalition de 35 pays, adoubée par l’ONU y compris par l’URSS finissante de Gorbatchev, loin d’apporter la démocratie et la paix promises, a marqué le début d’une longue série de catastrophes et de guerres pour les peuples de cette région du monde. Les États-Unis ont dû au final se retirer d’Irak en 2011 -après l’avoir occupé militairement à la suite d’une nouvelle guerre menée en 2003 par Bush fils- et d’Afghanistan en 2021.
La guerre par procuration d’Ukraine puis la guerre génocidaire d’Israël contre le peuple palestinien ont été une nouvelle étape dans l’offensive militaire des États-Unis et de leurs alliés occidentaux. Déclenchée formellement par l’agression barbare de Poutine en février 2022, la guerre d’Ukraine est le résultat de la pression exercée sur la Russie par l’Otan dès les années 1990 et depuis 2008 de façon plus décisive quand l’Alliance Atlantique a annoncé vouloir intégrer l’Ukraine et la Géorgie.
Ce sont des guerres par procuration, par peuple interposé, ukrainien et israélien, mais financées, armées et y compris dirigées par les États-Unis. Les « plans de paix » de Trump, aussi bien en Palestine qu’en Ukraine ne sont que de sinistres négociations pour la poursuite de la guerre, enregistrant les rapports de forces obtenus par les armes.
Face à leur déclin irréversible, les USA et leurs vassaux occidentaux menacent de la mondialisation des guerres
L’offensive militaire américaine tous azimuts de ces dernières semaines, en Syrie, au Nigeria, au Venezuela, les nombreuses menaces guerrières de ses dirigeants, c’est un nouveau pas dans l’escalade guerrière de l’État américain vers la mondialisation de la guerre.
Que ce soit en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, il n’est pas question pour les États-Unis d’abandonner le terrain à leurs puissances rivales et concurrentes, la Russie, mais surtout la Chine, première puissance industrielle mondiale dont les activités commerciales sont en pleine croissance partout dans le monde et dont la marine militaire s’est dotée il y a peu d’un porte-avion -premier d’une série- capable de rivaliser avec les porte-avions américains.
La domination des puissances occidentales, construite depuis des siècles sur le pillage et la mise en esclavage des deux tiers de la planète, connaît aujourd’hui un déclin irréversible. L’émergence de nouvelles puissances capitalistes comme la Chine, autrefois « colonie de toutes les nations » puis « atelier du monde » c’est-à-dire des multinationales occidentales ou de l’ancienne colonie anglaise qu’était l’Inde compromet d’autant plus leur position privilégiée que le capitalisme mondialisé est à bout de souffle, dans l’impossibilité de trouver des terrains d’investissements vierges, étouffe sous l’énorme masse de ses capitaux spéculatifs, incapable d’assurer des conditions de vie acceptables au prolétariat y compris dans les vieilles puissances impérialistes.
Comme pris de panique face à cette situation, les dirigeants américains font assaut de leur puissance militaire mais rien ne dit qu’ils puissent imposer leur ordre y compris au Venezuela. Réussir des frappes aériennes ou un coup de force ponctuel comme celui du 3 janvier est une chose, gouverner ou dicter sa loi à un pays de près de 30 millions d’habitants comme le Venezuela en est une autre.
« Nous n’avons pas peur d’envoyer des troupes sur le terrain si besoin, a tenu à dire Trump lors de sa conférence de presse. En fait, nous avions des troupes au sol à un très haut niveau la nuit dernière ». Trump dévoile ce que sont les objectifs de l’oligarchie américaine et de son État, être en mesure de mobiliser pour leurs guerres des dizaines, voire de centaines de milliers de soldats. Les traumatismes causés par le fiasco des guerres d’Irak et d’Afghanistan dans la population américaine l’avaient poussé à promettre qu’il n’y aurait plus de soldats US, plus d’argent dépensé pour des guerres à l’extérieur des USA. Pure démagogie électorale, Trump et ses sbires sont déterminés à imposer à la population américaine, y compris leur propre base électorale, la dictature nécessaire pour satisfaire les exigences des multinationales US, le maintien de leurs profits par la surexploitation des travailleurs et le pillage des fonds publics, ainsi que l’embrigadement de la jeunesse pour la guerre.
La solidarité avec le peuple vénézuélien ne peut se limiter à la lutte anti-impérialiste, en finir avec la guerre c’est lutter pour la révolution socialiste
Après avoir légitimé sur X, en bon larbin de Trump, le coup de force américain écrivant que le peuple vénézuélien « ne [pouvait] que s’en réjouir », Macron a annoncé mardi dernier à Paris, lors de la réunion de la Coalition des Volontaires, les 35 pays de l’Otan et de l’UE qui soutiennent l’Ukraine, que la France était prête à envoyer « des milliers de soldats » en Ukraine après la signature d’un cessez-le-feu dans le cadre d’une « force multinationale » placée sous « leadership américain ».
Les États européens qui sont incapables de s’unir, tant leurs classes possédantes sont accrochées à leurs intérêts particuliers et concurrents protégés par leurs frontières et leurs États nationaux, se plient aux volontés de Trump, vassalisés volontaires dans l’espoir de participer au butin du dépeçage et de la reconstruction de l’Ukraine. Ils se réarment à tout va, se préparent à mener des guerres ou y participer, cherchent à conditionner l’opinion par un matraquage incessant de la propagande militariste et guerrière contre la Russie aujourd’hui, la Chine demain.
Les protestations invoquant le respect du « droit international », les appels à « l’honneur de la France », sont des mots creux et mensongers qui masquent la réalité, la guerre de classe menée contre les travailleur·es et les exploité·es dont le débouché est la guerre tout court aussi bien en France que dans l’ensemble du monde.
Pour Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, « Nous vivons dans un monde régi par la force, par la puissance. Ce sont les lois d’airain du monde qui existent depuis la nuit des temps ». Il considère le droit international comme étant des « politesses internationales ».
Trump se revendique de « la loi d’airain » selon laquelle la force fait la loi et ne peut plus se permettre d’invoquer les prétextes démocratiques qui accompagnaient autrefois les agressions américaines. Ladite loi d’airain qu’invoquait dans un sinistre passé Hitler est mise à nu, c’est la loi fondamentale du capitalisme qui a atteint un tel degré de violence qu’il ne peut plus faire semblant. Il y a un tournant qualitatif. L’oligarchie criminelle des milliardaires a amassé ses richesses par la spéculation et le pillage et a besoin d’élargir son champ d’activités pour perpétuer sa domination. Le terrorisme nu et sans fard s’impose à elle pour soumettre les travailleur·es et les peuples, Trump mafieux et gangster sans scrupule est son homme de main.
Les classes dirigeantes d’Amérique latine se soumettent comme celles d’Europe mais les travailleur.es et les peuples se dressent et se révoltent. Dans le monde entier des manifestations ont eu lieu malgré le coup de massue. La frénésie guerrière alors que s’approfondissent les conséquences destructrices de l’accaparement des richesses par une minorité parasitaire transforme les consciences de manière accélérée, révèle à quel point la lutte contre la guerre est indissociable de la lutte pour une autre société, débarrassée de la propriété privée capitaliste et de l’exploitation, le socialisme, conduit les travailleur·es, les jeunes, à se réapproprier la riche expérience passée du mouvement ouvrier européen, de ses combats pour le socialisme et contre la guerre.
Cette lutte ne saurait se limiter à l’anti-impérialisme ou à demander aux criminels qui sont au pouvoir de changer, de faire des concessions. Elle a pour objectif de mettre les criminels hors d’état de nuire en leur enlevant le pouvoir politique, économique et financier. C’est une lutte sans concession.
La solidarité avec le peuple vénézuélien, c’est la lutte contre notre bourgeoisie et son État. Les prolétaires de France et d’Europe ont une responsabilité toute particulière dans cette lutte pour mettre fin à la guerre de par leur propre histoire et de par la faillite de leurs propres bourgeoisies.
A l’Europe de la Défense, l’Europe de la réaction capitaliste, ils opposent une Europe des travailleur·es, les États-Unis socialistes d’Europe fondés sur le pouvoir démocratique des travailleur·es et la coopération entre les peuples capable d’ouvrir une perspective révolutionnaire mondiale de coopération, de fraternisation, de paix entre les peuples, le socialisme.
Galia Trépère



