La grève légitime des contrôleurs de la SNCF pour leurs salaires et ceux des cheminots a provoqué une indignation pour le moins « honteuse » de tous les trop payés de ce pays, les serviteurs zélés, politiciens ou journalistes aux ordres des patrons du CAC40 qui se votent, eux, régulièrement, de substantielles hausses pour des salaires mirobolants !

Attal, jeune promu empressé de faire ses preuves, reprend tous les lieux communs, les poncifs réactionnaires pour faire la leçon, « la grève est un droit, le travail un devoir » ! Et tous s’empressent pour remettre en cause le droit de grève… A commencer par les sénateurs qui veulent interdire les grèves dans les transports durant les vacances scolaires, les mêmes qui viennent de se voter une augmentation de 700 € net par mois de leurs frais de mandat !

Dimanche 11 février, Darmanin annonçait depuis l’archipel « une décision radicale : l’inscription de la fin du droit du sol à Mayotte », alors que son économie, son administration et ses services publics étaient bloqués depuis trois semaines par des manifestations et des blocages de routes organisés par un « collectif des forces vives » contre l’« insécurité, la délinquance et l’immigration ». Il répond aux revendications xénophobes de politiciens et notables locaux qui font des immigrés les responsables de tout ce dont souffre la population de ce département « français » que l’Etat maintient dans le plus grand dénuement, avec ses bidonvilles, ses services publics délabrés, sa pénurie récurrente d’eau potable.

« Du jamais vu à Wall Street » titrait Les Echos le 2 février, « la capitalisation de Meta [Facebook] bondit de 200 milliards en une journée », soit une augmentation de plus de 20 % de sa valeur pour atteindre 12 000 milliards de dollars. Cette hausse inédite s’inscrit dans celle de l’ensemble des entreprises des GAFAM (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft) auxquelles se sont ajoutées les sociétés d’Elon Musk (Tesla, SpaceX, X…) et Nvidia, productrice de cartes vidéo. On est passé des GAFAM aux « 7 magnifiques »…

Un mois à peine et le gouvernement Attal nommé par petit bouts est déjà largement discrédité alors qu’il fait face à une montée des colères. Les barrages des agriculteurs ont certes été levés après l’appel au calme des syndicats majoritaires suite aux reculs du gouvernement destinés à satisfaire l’agrobusiness, mais pour les petits producteurs pris à la gorge par les banques et les multinationales, dont les actions ciblaient les géants de la grande distribution et de l’agroalimentaire, rien n’est réglé. Et le mécontentement gagne dans le monde du travail avec nombre de luttes locales contre les licenciements, pour les salaires et, cette semaine, la poursuite des mobilisations dans l’Education nationale.

Mercredi 7 février, Macron présidait un hommage aux 42 Français morts le jour de l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre, un hommage très politique marqué à la fois par l’étroitesse nationaliste, le mépris du peuple palestinien, l’alignement sur le sionisme au nom de l’imposture de la lutte contre l’antisémitisme et le soutien à la guerre génocidaire d’Israël. Tous les partis parlementaires étaient conviés à ce moment d’union nationale en soutien au sionisme, du PS à l’extrême-droite dorénavant intégrée et reconnue comme championne de la lutte contre l’antisémitisme. Seule la présence des représentants de LFI a été condamnée, insultée malgré leurs gestes d’allégeance, convaincus qu’eux aussi « ils incarnent la France » selon les mots de Mélenchon. Cette France est celle des colonies et de l’impérialisme, de l’exploitation à laquelle nous opposons la solidarité internationaliste des travailleurs et des peuples contre tous les nationalismes et les racismes pour en finir avec la guerre.

« Produire et protéger », les deux mots d’ordre d’Attal aux agriculteurs cette semaine s’adressaient aux gros producteurs et à la FNSEA qui s’est empressée de le remercier « pour son écoute ». Avec les Jeunes Agriculteurs, elle a salué des « avancées tangibles » et appelé à « suspendre les blocages » et à « rentrer à la ferme ».

Les dernières mesures annoncées, « souveraineté alimentaire » inscrite dans la loi, saupoudrage de mesures pour alléger la charge financière et administrative, enfumage sur les normes phytosanitaires et environnementales, dans la continuité des premières annonces, ignorent et méprisent la revendication essentielle des petits agriculteurs avancée par la Confédération paysanne, la garantie d’un revenu digne, et servent la soupe aux plus gros.

Tout comme ce gouvernement ignore et méprise les revendications des enseignants et des personnels de l’éducation dont le revenu et les conditions de travail étaient au cœur de la journée de grève du 1er février, et dont la ministre symbolise la « caste » des privilégiés dont le parasitisme, les privilèges et l’incompétence sont la plaie de cette société. 

Il nous a semblé utile de republier un article écrit pour le n°78 (juillet 2016) de la revue L’Anticapitaliste à l’occasion du centenaire de la publication de la brochure « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme »[1] écrite par Lénine au printemps 1916 à Zurich dans la clandestinité alors que la première guerre mondiale, guerre impérialiste, dressait « les fous d’Europe », selon la formule de Trotsky, les uns contre les autres. En effet, cet article discute de l’évolution du capitalisme après son stade impérialiste bousculé par les luttes de libération nationale, l’effondrement de l’URSS - premier état ouvrier né précisément de l’exacerbation des contradictions du capitalisme -, sous la pression de l’offensive libérale et impérialiste des années Reagan-Thatcher, la phase de développement que le capitalisme a connue avec la mondialisation financière et le développement et l’intégration au marché mondial des anciens pays coloniaux. Cette discussion est décisive pour le mouvement ouvrier et n’a pas beaucoup évolué, voire se fige avec la guerre d’Ukraine. C’est à partir de la compréhension de cette phase de la mondialisation, de la formation du capitalisme financiarisé mondialisé et de sa crise permanente accélérée par la grande récession de 2008-2009 que l’on peut discuter d’une stratégie pour le mouvement révolutionnaire. Pour nous, cela veut dire deux choses, ne pas répéter mécaniquement les formules « impérialiste » et « anti-impérialisme » et se réapproprier la méthode matérialiste et historique de Lénine, le marxisme.

Texte de discussion dans le cadre du NPA

Dérive réactionnaire et offensive capitaliste contre les travailleurs et les classes populaires 

La décomposition politique et la dérive réactionnaire qui pavent le terrain à l’extrême-droite trouvent leur source dans l’explosion des contradictions de classe, le pourrissement du capitalisme. Les superprofits et les dividendes records exigent l’appauvrissement continu des classes populaires et des travailleur.es.

La dette publique a dépassé les 3 000 milliards € (111,7 % du PIB) assurant aux banques 51,7 milliards € d’intérêts en 2023, prélevés dans les caisses publiques alors que les hôpitaux eux-mêmes surendettés et l’ensemble des services publics manquent du minimum !

La révolte des agriculteurs a gagné tout le pays, dans la foulée des mouvements qui ont secoué l’Europe, de l’Allemagne aux Pays-Bas et à la Roumanie, en passant par la Pologne. Parti de la base, le mouvement a rapidement gagné toutes les régions, tracteurs et engins agricoles bloquant les autoroutes, envahissant des centres ville ou des parkings de grandes surfaces. Excédés, les agriculteurs revendiquent d’être payés pour leur travail et de pouvoir en vivre dignement. Ils dénoncent une politique qui sacrifie leur vie à la défense des industriels de l’agro-business et de la grande distribution, fondée sur la compétitivité et la rentabilité financière, donnant tout son sens au slogan des Jeunes agriculteurs qui ces dernières semaines ont retourné les panneaux à l’entrée des villages, « On marche sur la tête ».

Tous les agriculteurs ne subissent pas de la même façon la mainmise du capital, des banques et de l’agrobusiness qui se déploient depuis trente ans et ont ruiné de nombreuses petites exploitations mais la dégradation des conditions de vie, de travail, est générale. Sur 400 000 paysans, un quart gagne moins de 1000 € par mois et pour la moitié autour de 2000 €.

« Lénine n’est plus, mais nous avons le léninisme. Ce qu’il y avait d’immortel dans Lénine, son enseignement, son travail, sa méthode, son exemple vit en nous, dans ce Parti qu’il a créé, dans ce premier des Etats ouvriers, à la tête duquel il s’est trouvé et qu’il a dirigé.

Nos cœurs sont frappés, en ce moment, d’une si profonde affliction parce que, tous, nous sommes les contemporains de Lénine, nous avons travaillé à côté de lui, nous avons étudié à son école. Notre Parti, c’est le léninisme en action ; notre Parti, c’est le chef collectif des travailleurs. En chacun de nous vit une parcelle de Lénine, ce qui constitue le meilleur de chacun de nous. »[1].

Ces mots prononcés par Trotsky en Gare de Tiflis, le 22 janvier 1924, au lendemain de la mort de Lénine, loin de participer au culte de la personnalité qui étouffa et liquida la pensée du « chef collectif des travailleurs » sous la pression de la dictature de la bureaucratie, donnent une mesure du génie auquel Trotsky a consacré son Lénine dans lequel est reproduit ce discours et les conditions historiques dont Lénine s’est nourri.

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