Vendredi 30 janvier, le ministère américain de la Justice a rendu public, contraint par le Congrès, un nouveau lot de documents du dossier Epstein, plus de 3 millions de pages supplémentaires, comprenant plus de 2 000 vidéos et environ 180 000 images. Ces documents, la plupart caviardés, censurés, révèlent des dizaines de nouveaux noms liés au milliardaire prédateur sexuel, pédophile et organisateur d’un réseau mondial de traite de femmes mineures, de prostitution, impliquant les sommets de la bourgeoisie à l’échelle internationale, principalement aux USA et en Europe.

Epstein concentre en une personne la perversion criminelle du parasitisme de la finance et la perversion criminelle du patriarcat masculiniste et son corollaire, la prostitution, la traite des femmes et des mineures. Elle concentre les tares de cette société malade et leurs ravages mondialisés.

Entre 1996 et 2005, Epstein a bâti un empire financier en tant que « gestionnaire de fortunes », parasite des parasites. Comme Trump, Epstein est le pur produit de l’offensive libérale des années 1980-90 durant lesquelles la financiarisation de l’économie et le big bang boursier ont créé toutes sortes d’opportunités de spéculations et d’opérations financières ou immobilières. Escroc cynique et sans scrupule, il a su exploiter les pratiques et les mœurs du milieu des milliardaires dont, là encore, Trump est l’illustration arrogante, pour construire, en lien avec ses réseaux d’affaires, un réseau d’exploitation sexuelle de mineures d’une ampleur inédite, sous les yeux et avec la complicité active ou passive des grands de ce monde.

En 2008, il est inculpé pour racolage de mineures et plaide coupable afin de négocier, sans procès, une peine de prison de dix-huit mois dont il ne purgera que 13 avec liberté de sortie, une prison de luxe pour milliardaires, ainsi que l’immunité judiciaire pour ses complices. Un accord scandaleux négocié grâce au procureur général de Floride, Alex Acosta, couvert par le ministre de la Justice, accord qui blanchit ses complices dont Ghislaine Maxwell, héritière du magnat britannique de la presse, Robert Maxwell, lui-même escroc.

Libéré, il poursuivra ses activités et les étendra jusqu’en 2019 où il est inculpé pour trafic sexuel de mineures. Acosta, devenu ministre du travail de Trump, sera obligé de démissionner pour sa complaisance à l’égard d’Epstein. Ce dernier meurt quelques semaines plus tard dans sa cellule de prison, dans des circonstances non éclaircies, officiellement de suicide.

Son procès n’a jamais eu lieu, mais le dossier d’enquête du FBI est conservé dans les archives du ministère de la Justice. Le Congrès a, en décembre dernier, voté une loi obligeant ce dernier à publier la totalité des éléments rassemblés par les enquêteurs. Un premier volet de documents a ainsi été rendu public en décembre, et un second fin janvier.

Ces documents montrent l’ampleur des liens entre le milliardaire et des personnalités financières, politiques, intellectuelles du monde entier.

Au centre de ce réseau, Trump, qui a tout fait pour s’opposer à la publication des documents liés au scandale ; des magnats de la Big Tech Elon Musk, Peter Thiel, Bill Gates, Jeff Bezos qui aujourd’hui licencie 300 postes de journalistes sur 800 au Washington Post et vire son directeur pour soumettre « son » journal à Trump ; Steve Bannon, stratège de la galaxie MAGA de l’extrême droite internationale ; Bill Clinton ; Ariane de Rothschild ; la monarchie britannique compromise ainsi que le gouvernement de Keir Starmer ; celle de Norvège aussi ; l’actuel président du Forum économique mondial de Davos… La liste est longue et n’est pas close puisque les documents sont maintenant mis à la disposition du Congrès, non caviardés.

Tous ces multiples « amis » du milliardaire proxénète ne pouvaient ignorer ses activités après sa condamnation en 2008 à l’image de Jack Lang, ex-ministre de Mitterrand, et de sa fille qui étaient de ses proches dans le même temps que leur ami Strauss Kahn.

Réseau de trafic sexuel et réseau d’affaires ne faisaient qu’un. C’est le fonctionnement normal du capitalisme, où l’accumulation de richesses par une minorité lui permet d’acheter son impunité et d’organiser ou de jouir des pires trafics, sexuels ou autres.

Ces pratiques et ces mœurs ne sont pas une nouveauté, elles se confondent avec l’histoire de la bourgeoisie. « L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du lumpenprolétariat dans les sommets de la société bourgeoise. » écrivait Marx en 1850 dans Les luttes de classes en France.[1]

Ce qui est nouveau dans l’affaire Epstein est non seulement son ampleur mondialisée mais surtout qu’elle s’inscrit dans un contexte de crise sociale et politique dont elle constitue un élément aux effets différés destructeurs pour ses acteurs, le pouvoir des milliardaires qui sont à l’offensive contre le monde du travail, les migrant·es, les femmes et les droits démocratiques.

Crise politique mondialisée dont l’épicentre est la crise du capitalisme US

Après des mois passés à tenter d’étouffer toute initiative visant à dévoiler les archives fédérales, Trump qui qualifiait encore en novembre 2024 l’affaire de « canular », de complot des démocrates contre lui, a été obligé devant l’indignation croissante, jusque dans son propre camp, de demander publiquement aux élus républicains de voter pour la publication des fichiers. Il se retrouve au centre de l’affaire pris au piège de ses propres mensonges et volte-faces.

Il se prétendait le champion de la transparence anti-élite, promettant notamment de faire toute la lumière sur Epstein. Une fois en fonction, son administration a fait exactement l’inverse de ce qu’il avait promis.

Maintenant, ce retour au premier plan de l’Affaire jette un éclairage brutal sur la corruption morale des milliardaires et des politiques qui les servent, leur cynisme, leur hypocrisie. Leur complicité dans les crimes sexuels rend encore plus insupportable leur mépris des travailleur·es, leur haine des migrants, leurs propos racistes et masculinistes, ceux de Trump tout particulièrement qui vient de publier une vidéo montrant le couple Obama transformé en singes !

Elle rend encore plus insupportable ce communiqué de l’ICE publié le jour où Renee Good a été assassinée à Minneapolis : « L’ICE arrête les ”pires des pires” parmi les étrangers illégaux criminels, y compris des pédophiles, des agresseurs violents et des trafiquants d’êtres humains ». Ces propos sont les mêmes que ceux de Trump, ceux de la classe dominante, de son Etat, qui accusent leurs victimes de crimes qu’ils n’ont pas commis mais dont bien d’entre eux ont été eux-mêmes complices voire acteurs.

Elle souligne à quel point les mensonges permanents de leur propagande réactionnaire sont abjects.

Leur propagande raciste, nationaliste, misogyne, haineuse de la démocratie comme de la science vise à justifier la barbarie de leur système, leur mépris des peuples, des travailleur·es, leur cynisme militariste et guerrier que vient encore d’illustrer la rencontre entre Trump et Netanyahou affichant leur alliance autosatisfaite pour poursuivre le génocide du peuple palestinien au nom de la paix tout en planifiant la guerre contre l’Iran.

Les crimes du masculinisme prédateur propagé par les libertariens et l’extrême droite trumpiste

Le mépris des femmes contre lesquelles les préjugés masculinistes sont une véritable déclaration de guerre, le retour du temps des sorcières, est au cœur du scandale.

Si les médias se concentrent sur les personnalités en vue désignées dans les fichiers, le sort des victimes retient peu l’attention, ni le courage, la détermination et la ténacité qu’il a fallu à celles qui ont porté l’affaire devant la justice pour qu’une part de la vérité soit révélée.

Les femmes, c’est « comme les crevettes, tu jettes la tête et tu gardes le corps », écrivait de façon infâme Epstein à Olivier Colom qui travaillait à l’époque pour la banque suisse Edmond de Rothschild, après avoir œuvré comme conseiller diplomatique de Sarkozy de 2007 à 2012.

Cette violence n’est pas une simple dérive perverse, elle gît au sein même des rapports d’exploitation et de domination, des rapports sociaux marchands qui font de tout une marchandise, en particulier du corps des femmes voire d’enfants. C’est elle qui engendre les violences faites aux femmes, c’est l’idéologie masculiniste dont Trump et toute l’extrême droite se font les champions qui les justifient et les encouragent afin de perpétuer l’inégalité, l’exploitation et la subordination des femmes.

Les crimes d’Epstein et de son réseau international de trafic de mineures est le produit de la marchandisation du monde poussée à ses extrêmes, ils participent de l’idéologie de l’offensive réactionnaire soutenue par les réseaux de propagande des milliardaires et de Trump, l’idéologie d’un capitalisme mis à nu, de l’exploitation et de la domination qui ne supportent plus aucun frein.

La marche à la dictature corollaire de la faillite de l’oligarchie financière

« Je pense qu’il est vraiment temps pour le pays de passer à autre chose. Maintenant qu’il n’est rien ressorti à mon sujet, si ce n’est qu’il s’agissait littéralement d’un complot contre moi, orchestré par Epstein et d’autres personnes. Mais je pense qu’il est temps maintenant que le pays passe à autre chose. » déclarait Trump le 3 février.

Pour lui et ses amis les milliardaires, il y a urgence à passer à autre chose et à faire taire celles et ceux qui se battent pour que toute la lumière soit faite, plus largement à faire taire la contestation globale qui, aujourd’hui, secoue les USA et gagne la planète.

L’affaire Epstein révèle aux yeux du monde entier à quel point la richesse et la puissance concentrées entre les mains d’une infime minorité censurent toute démocratie et corrompent la société. Elle symbolise la décadence d’une bourgeoisie protégée, l’impunité attachée à son statut, et la complicité silencieuse d’un État instrument d’oppression et de domination de cette bourgeoisie qui insulte et agresse le monde du travail, les femmes, la jeunesse, les migrant·es et les peuples.

Face au discrédit qui en résulte, à la crise politique permanente que cette situation insupportable nourrit, les classes dominantes et dirigeantes n’ont d’autre réponse que la fuite en avant, c’est-à-dire la marche à la dictature pour imposer leur politique criminelle et faire taire celles et ceux qui la contestent.

Cette fuite en avant ne peut qu’aggraver sa propre crise de domination et la condamne. La crise politique internationale dont l’affaire Epstein est un puissant révélateur et facteur aggravant n’a d’autre réponse que l’organisation et la mobilisation du prolétariat pour conquérir la démocratie, le droit de contrôler et de décider pour en finir avec la marchandisation des êtres humains, le pouvoir décadent d’une classe capitaliste faillie.

Yvan Lemaitre

[1] https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301b.htm

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