Le feuilleton parlementaire ne connaît pas de trêve mettant en scène députés et sénateurs qui se délectent de leurs marchandages budgétaires contre les travailleur·ses et la population tout en multipliant les tractations et calculs politiciens en vue des prochaines élections dont la présidentielle à venir. Le PS et Faure ont enfin trouvé un rôle à leur hauteur avec l’appui des écologistes en permettant l’adoption du budget de la Sécurité sociale qui poursuit l’austérité contre la santé et l’hôpital public. Ils permettent ainsi au clan macroniste à l’agonie de durer, sa seule préoccupation… Et mercredi, dans la foulée, Lecornu a ouvert un débat sur la « stratégie de défense nationale » en profitant pour faire approuver le principe de la hausse prévue de 6,7 milliards d’euros du budget militaire en 2026, avec une majorité de 411 voix où se sont retrouvés PS et RN.

Cette large union nationale impromptue sur le budget de la guerre se veut une introduction au énième acte de la farce budgétaire en espérant ainsi faire pression pour l’adoption d’un budget de guerre contre les travailleur·ses et les classes populaires...

Chacun joue son rôle dans cette comédie en fonction de son électorat supposé et de ses ambitions et tractations politiciennes mais la partition est écrite d’avance pour servir les intérêts des multinationales et des riches tout en attaquant le monde du travail et les classes populaires au nom de la lutte contre les déficits, au nom du militarisme, du réarmement et de la guerre. C’est cette même politique qu’affrontent les travailleur·ses de l’ensemble des Etats européens qui défendent les intérêts et privilèges de leur bourgeoisie face à la concurrence mondiale sous la pression de leur rival et mentor américain.

Alors que le capitalisme s’enfonce dans une crise globale et mondialisée, une lutte acharnée ravage la planète dans une absurde course au profit à laquelle se plient les Etats, subventionnant par la dette le capital, tout en participant à la militarisation du monde. La première puissance mondiale, les USA, entraîne l’ensemble des nations dans sa folle aventure belliciste pour défendre son hégémonie dépassée par l’histoire.

La semaine dernière, la Maison Blanche publiait le document sur la stratégie de sécurité nationale qui définit les priorités, les fondements de la stratégie internationale des USA. « La politique étrangère a pour but la protection des intérêts nationaux fondamentaux ; tel est l’unique objectif de cette stratégie », résume le document. Elle vise à garantir que « l’Amérique demeure le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pour les décennies à venir ». À cette fin, les États-Unis veulent « recruter, former, équiper et déployer l’armée la plus puissante, la plus meurtrière et la plus avancée technologiquement au monde », construire « la force de dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde » et disposer de « l’économie la plus forte, la plus dynamique, la plus innovante et la plus avancée au monde ».

Cette offensive « America first » vise l’Amérique du Sud, la Russie, la Chine et l’Europe. La guerre, aussi bien vers le Venezuela et Cuba que vers le Canada et le Groenland, est inscrite dans ce programme. La région indo-pacifique « est déjà, et restera, l’un des principaux champs de bataille économiques et géopolitiques du siècle prochain. » Elle inclut le sinistre plan de Paix de Trump au Moyen-Orient, masque cynique de la continuation du génocide du peuple palestinien, terrorisme barbare qui trouve inévitablement sa réplique dans un terrorisme antisémite abject comme on le voit aujourd’hui en Australie qui sert la propagande sioniste, Netanyahou et ses soutiens.

Vassalisation de l’Europe des milliardaires, l’Europe forteresse de l’austérité et de la guerre

Cette offensive des USA pour l’appropriation des profits, des matières premières, des technologies, des marchés qui pousse au protectionnisme et à la guerre commerciale, bouleverse y compris le camp occidental, l’alliance entre les deux blocs des vieilles puissances impérialistes occidentales qui représentent encore 45 % de la production mondiale. Elle conduit à l’éclatement et à la vassalisation des pays de l’UE.

Le document sur la stratégie de sécurité défend une politique de redressement de l’Europe en « déclin économique » et menacée « d’un effacement civilisationnel. » « A long terme, il est plus que plausible qu’en quelques décennies au maximum, certains membres de l’OTAN seront à majorité non européenne », prétend le document qui reprend à son compte la théorie du grand remplacement !

Il salue avec « un grand optimisme » la montée en puissance des « partis européens patriotiques ». Il s’agit de « cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe », l’affirmation explicite d’un changement de pouvoir nécessaire pour restaurer la « liberté d’expression », relancer la fécondité, la « santé spirituelle » et « l’expansion des familles traditionnelles ».

Les dirigeants européens, en particulier l’Allemagne et la France, s’indignent des propos de Trump qui a enfoncé le clou, si besoin était, en fustigeant le « déclin » de l’Europe et la « faiblesse » de ses dirigeants.

Ils prétendent s’affranchir de l’hégémonie américaine pour retrouver leur statut de grandes puissances indépendantes. Ils intensifient aujourd’hui leurs efforts, investissent des centaines de milliards dans le réarmement et compensent les coûts exorbitants par des coupes budgétaires drastiques dans la protection sociale et des licenciements massifs. À l’instar de Trump, ils mettent en place un État policier et ont depuis longtemps adopté la politique migratoire brutale de l’extrême droite.

Les puissances européennes sont déjà engagées sur la voie politique que leur dictent les USA. Elles participent à la défense du camp occidental, de « nos valeurs » selon la formule consacrée par la propagande officielle, tout en défendant leurs propres intérêts. Les surenchères militaristes contre la Russie, désignée comme la menace principale, accompagnée de la défense de l’Ukraine et de Zelensky dans les négociations en cours, visent à défendre leur place dans les nouveaux rapports de forces. Même s’il faut prendre au sérieux les déclarations belliqueuses contre Moscou, il est peu probable que l’Allemagne et la France avec la coalition des volontaires tentent, à l’étape actuelle, une aventure militaire à l’Est. Elles se caleront sur la politique de Trump dans la défense de l’occident confronté à son déclin inexorable pour tenter de trouver leur place dans un probable compromis avec la Russie.

Au cours des 11 premiers mois de cette année, la Chine a enregistré un excédent commercial de 1080 milliards de dollars, battant le précédent record de 993 milliards de dollars établi en 2024, alors qu’il reste encore un mois avant la fin de l’année. Le Wall Street Journal a qualifié ce chiffre de « remarquable, jamais vu auparavant dans l’histoire économique ». La guerre commerciale contre la Chine est un échec, Trump incapable d’arrêter la marche de l’histoire accélère le déclin des vieilles puissances impérialistes et engendre une crise qui conduit à la mondialisation de la guerre tandis que le capitalisme chinois, prisonnier de sa politique de concurrence sur le marché mondial, fonce vers sa propre crise.

La France de Macron, Lecornu, Faure s’effondre dans les bras du RN

L’effondrement du clan Macron malgré le soutien du PS obsédé de trouver un rôle pour servir le capital, accélère la marche vers la mise en œuvre de la politique que Trump souhaite pour les États membres de l’UE.

Au moment où les États-Unis et l’Ukraine semblent commencer à s’accorder sur un plan de « paix » avec la Russie et que Zelensky, déstabilisé, est lui-même directement remis en cause, Macron, persiste et signe : il veut poursuivre le réarmement de la France, réintroduit le service militaire et prépare la jeunesse et l’opinion à une guerre donquichottesque contre la Russie pour défendre l’Ukraine.

La France n’a pas les moyens financiers et industriels de ses ambitions et de ses gesticulations guerrières !

Dans cette période de crise économique, le gouvernement Macron a besoin de créer un climat de guerre ou de peur de la guerre pour exiger des travailleur·ses de participer à « l’effort de guerre », leur imposer des sacrifices supplémentaires, l’austérité. La propagande militariste vise avant tout à plier l’opinion à la guerre sociale de l’État au service du capital en invoquant un danger imaginaire russe auquel une partie de la gauche voire de l’extrême gauche, aveuglée et égarée, contribue à donner du crédit.

Cela étant, Macron aura doublé le budget militaire de la France. Ce sont 413 milliards d’euros qui seront dépensés jusqu’en 2030, dans le cadre d’une croissance continue du budget annuel de l’armée, qui va passer de 41 milliards d’euros en 2022 à quasiment 70 milliards en 2030.

Cette fuite en avant qui rêve de donner une nouvelle grandeur à la France ou à Macron l’image qu’il rêve de lui-même va finir dans une ridicule débandade, une débâcle que les petits jeux parlementaires de Lecornu ne peuvent rendre que plus pathétiques laissant au RN ou à la nouvelle union des droites la posture des sauveurs de la nation en danger.

Macron, qui prétendait faire barrage à Le Pen, y contribue lui-même directement en laissant à ladite première dame le soin de donner à ses derniers moments politiques la marque de la réaction la plus crasse, celle de la bourgeoise la plus bête traitant de « sales connes » les militantes féministes qui dénoncent et luttent contre les violences faites aux femmes.

Pantin dont la seule force est l’ambition et l’amour du pouvoir, il se renie lui-même continuant à ouvrir la voie aux préjugés réactionnaires les plus éculés, s’adaptant à ceux qu’ils disaient être ses adversaires sur lesquels il aligne sa politique.

Caméléon, il s’adapte à l’État d’esprit de sa classe ne voyant, comme l’essentiel du grand patronat, d’autre issue à la crise engendrée par leur politique que la fuite en avant à droite toute, à l’extrême droite pour maintenir l’ordre et sortir des postures anti-Trump et anti-Poutine dont le CAC 40 n’a que faire, plus soucieux de trouver sa place dans les marchandages en cours… Pas plus que Trump, ils ne veulent « perdre leur temps avec l’Ukraine ».

La montée de l’extrême droite enfant monstrueux de la faillite du capitalisme, il n’y a pas de retour en arrière possible

Cette évolution politique est inscrite dans la dégradation des rapports de classe, conséquence d’un capitalisme sans perspective de développement qui ne se perpétue que par le renforcement de l’exploitation des hommes et de la nature et à travers une concurrence féroce entre puissances capitalistes pour le partage de la plus-value produite par le prolétariat mondial. Cette concurrence, c’est aussi la mise en concurrence des prolétaires entre eux pour faire baisser le coût du travail. Cette logique entraîne un accroissement des inégalités avec une concentration des richesses sans limites entre les mains d’une poignée de milliardaires au détriment de la majorité de la population alors que la pauvreté s’accroît et que les inégalités se creusent.

Selon les données du rapport, publié mercredi 10 décembre, du Laboratoire sur les inégalités mondiales, institut de recherche établi à l’École d’économie de Paris, ils sont 56 000, les 0,001 % les plus riches de la planète, à posséder trois fois plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité. En 1995, les 0,001 % n’avaient « que » le double des plus pauvres.

Tout en haut, les 5600 premiers patrimoines, les multimilliardaires, les Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Warren Buffett and co ou, côté français, Bernard Arnault, la famille Bettencourt, la famille Hermès, ou encore la famille Wertheimer (Chanel) qui détiennent au minimum 4 milliards d’euros, ont connu une hausse de leur fortune de 8,4 % par an.

Les 10 pour cent les plus riches de la population mondiale possèdent près des trois quarts de la richesse mondiale, tandis que la moitié la plus pauvre en détient à peine 2 pour cent.

En France, les 10 % les plus nantis possèdent ainsi près de la moitié de la masse totale du patrimoine et les 5 % les plus fortunés un bon tiers (34 %).

A l’opposé, dans son rapport annuel, le service statistique du ministère du Travail pointe l’augmentation continue du nombre des bénéficiaires des aides sociales (RSA, minimum vieillesse, ou allocation adulte handicapé) : 4,25 millions en 2024 et 6,9 millions si on compte les conjoints et les enfants qui survivent grâce à ces aides.

Pour la majorité des salarié·es,  la précarité, le chômage progressent, les conditions de travail et de vie se dégradent ainsi que les conditions de survie de la petite paysannerie, toutes et tous victimes du même mépris, de la violence étatique et policière.

La CGT a publié ce mardi sa liste noire des plans sociaux, 483 plans de licenciements sont en route, un nombre sous-estimé. La liquidation brutale de Brandt et la mise sur le carreau de 700 travailleur·ses illustrent l’offensive capitaliste pour satisfaire l’impératif de la rentabilité financière.

Sous la pression de l’offensive du capital, de l’État, de la concurrence mondialisée, les rapports de classes deviennent de plus en plus tendus, violents. Les bases matérielles de la démocratie bourgeoise qui permettaient une relative stabilité, un certain consensus ou compromis social, bases du parlementarisme et du dialogue social, se délitent cédant la place à un affrontement latent permanent, créant les conditions d’explosions sociales. La politique au service du capital des partis parlementaires est mise à nu, discréditée, la gauche n’a plus la moindre consistance, l’antiparlementarisme se développe. La crise de la démocratie que se plaisent à regretter les médias cède la place à l’autoritarisme et ouvre la porte à l’extrême droite.

Il n’y a pas de retour possible, pas de « nouvel âge d’or » possible contrairement à ce que prétend Trump, pas plus aux USA qu’ici. Le capitalisme conduit à la dictature aussi sûrement qu’il conduit à la crise financière et économique, écologique, au militarisme et à la guerre.

Nous rassembler contre la bourgeoisie réactionnaire peut empêcher la catastrophe annoncée

La politique des vieilles puissances impérialistes est non seulement condamnée à l’échec mais leur folie entraîne l’ensemble des puissances capitalistes enchaînées à la logique du profit et du marché, l’humanité dans une catastrophe.

Cette logique de classe implacable n’est pas pour autant une fatalité.

Nous n’avons pas à nous résigner, la faillite du capitalisme ouvre une autre voie, démocratique et progressiste, révolutionnaire.

Les classes dominantes et leurs serviteurs intellectuels voudraient nous convaincre qu’il n’y a rien à faire si ce n’est se plier à la logique destructrice de leur système, se préparer au pire, à la guerre, à la catastrophe sociale, climatique. C’est l’idéologie de l’extrême droite, des libertariens, la guerre de tous contre tous dont ils pensent tirer profit.

C’est l’idéologie d’une classe faillie.

Notre classe, le prolétariat, porte l’avenir de l’humanité pour construire un nouvel ordre social en liquidant la domination parasitaire d’une minorité capitaliste pour y substituer un ordre fondé sur la solidarité, la démocratie, la planification pour satisfaire les besoins de la population dans le respect des équilibres écologiques.

La crise sociale et démocratique dans laquelle s’enfonce le pays pose la question du pouvoir sans attendre l’élection présidentielle de 2027 que la bourgeoisie et les médias aux ordres des milliardaires mettent en scène pour imposer le RN et l’union des droites contre le monde du travail et la population.

La démocratie bourgeoise est un jeu de dupes, dont les classes dominantes détiennent les règles.

Résister à la pression réactionnaire, rompre les rapports de domination idéologiques et politiques imposés par le pouvoir, préparer notre contre-attaque dans cette guerre de classe, c’est construire des liens de solidarité de classe et d’idées. La défense de nos conditions de travail et de vie s’accompagne de la construction de liens de classe cimentés par la compréhension que la défense de nos intérêts immédiats se combine avec la lutte pour la conquête du droit de décider et de contrôler la marche de la société dans la perspective d’une Europe des travailleur·ses et des peuples, les Etats-Unis socialistes d’Europe, qui puissent être un levier pour une fédération socialiste mondiale.

Yvan Lemaitre

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