Mardi dernier, la motion de censure déposée par le PS et votée par tous les députés de gauche et quelques-uns du groupe LIOT, 189 voix au total, a été rejetée. Après le vote, Bayrou s’est vanté d’avoir échappé à sa « huitième » motion de censure… grâce à l’abstention du Rassemblement National, aurait-il dû ajouter. Il obtient ainsi un sursis de trois mois jusqu’à l’examen du budget à l’automne. 

« Le 16 janvier dernier, disait le PS en introduction de sa motion de censure, dans un courrier adressé aux parlementaires socialistes et apparentés, et suite à la demande de ces derniers, le Premier ministre s’était engagé à lancer une concertation sur les retraites "sans totem ni tabou, pas même l’âge légal d’ouverture des droits", avec comme condition "unique mais fondamentale… celle de l’équilibre financier". Il avait conclu, qu’il y ait accord ou non à l’issue de la concertation, que le "Parlement aura, en tout état de cause, le dernier mot" ».

Et le PS de crier à la « trahison », reprochant au gouvernement de ne pas faire examiner par l’Assemblée un nouveau texte sur la réforme des retraites. Quelle farce !

En janvier dernier, il avait conclu un accord de « non-censure » avec le gouvernement contre l’ouverture du « conclave » entre partenaires sociaux, patronat et syndicats, soi-disant pour aménager la réforme des retraites de 2023. Les dirigeants du PS, rompant avec LFI et les écologistes, avaient ainsi assuré le maintien de Bayrou à son poste et que soit voté un budget qui actait une réduction des dépenses de l’État de 35 milliards d’euros. 

La baudruche de l’opération « conclave » s’étant comme attendu dégonflée, le PS tente de se refaire une figure d’opposant au gouvernement, alors qu’approchent les échéances électorales des municipales et présidentielle, sans parler de possibles législatives anticipées. Hollande a remporté le pompon de la finasserie parlementaire, affirmant qu’il voterait cette motion de censure parce que le RN ne la votait pas, sans risquer autrement dit de faire chuter le gouvernement.

Le RN quant à lui tenait à soutenir Bayrou comme la corde soutient le pendu. Il ne souhaitait nullement accélérer la crise politique et faire tomber le gouvernement, tenant à se montrer responsable à l’égard du patronat et éviter de se mélanger avec la gauche sur la question de la réforme des retraites, question sur laquelle ses convictions sont fragiles ! Il préfère laisser mûrir la crise politique et attendre son heure à l’automne. Qui plus est, Le Pen et les autres dirigeants du RN ne veulent pas prendre le risque de nouvelles élections alors que plusieurs affaires ont montré que ses porte-parole locaux sont loin d’être présentables, certains affichant ouvertement leur haine raciste et leur nostalgie de l’OAS et de l’Algérie française.

La réforme des retraites entérinée, le RN laisse ainsi Bayrou s’effondrer, le gouvernement exploser et se ridiculiser sous la pression des rivalités et de la concurrence avec lui, tout en étant « responsable » laissant à ce pouvoir en sursis les mains libres pour mener une offensive démultipliée contre les travailleurs et l’ensemble des couches populaires.

Vagues de licenciements, mesures anti-ouvrières, récession, dette

Bayrou suspendu à la non-censure du RN, la crise politique rebondira d’autant plus violemment à la rentrée que le gouvernement est chargé par ses commanditaires capitalistes de la mission « d’assainir les finances publiques » alors que l’économie française est sinon en récession, du moins en stagnation et que la dette de l’État bat des records.

De nouveaux plans de licenciements sont annoncés chaque semaine, les groupes capitalistes se débarrassant d’usines qui ne sont plus assez rentables, comme Sanofi à Maisons-Alfort. La croissance ne dépasse pas les 1 %...

Entre le 15 et le 17 juillet, Bayrou s’est engagé à annoncer un plan de réduction des dépenses publiques d’au moins 40 milliards d’euros. Divers scénarios sont à l’étude, dont celui, outre de nouvelles coupes budgétaires, d’une « année blanche », à savoir soumettre toutes les prestations sociales, les salaires des fonctionnaires, les retraites ainsi que les barèmes de l’impôt sur le revenu, à la désindexation par rapport à l’inflation… Sous les apparences trompeuses d’une mesure égalitaire, ne seraient frappés que les revenus des travailleurs.

Et il y a bien d’autres scénarios pour abaisser les prestations sociales, comme celles déjà mises en œuvre par les réformes de l’assurance-chômage. Le 29 juin, la ministre en charge du Travail et de l’Emploi, Astrid Panosyan-Bouvet annonçait à la suite de Macron le 13 mai à la télé que le gouvernement préparait « une grande conférence sociale rassemblant responsables politiques, économistes et partenaires sociaux, pour tracer collectivement l’avenir de notre modèle ».

Il n’y aura aucun tabou, ni l’instauration d’une part de capitalisation pour la retraite, ni l’introduction de nouveaux moyens autres que les cotisations pour financer la protection sociale, ni une discussion sur ce qui doit ressortir de la « solidarité sociale » et de la « responsabilité individuelle ».

Et tous les candidats pressentis à la présidentielle rivalisent d’idées anti-ouvrières pour baisser les dépenses utiles à la population. Dans la presse à quelques exceptions près, rien n’est dit des dépenses faramineuses qui creusent la dette depuis des années, subventions sous toutes les formes au patronat dont celles nouvelles mais non encore chiffrées du plan « Osez l’IA », budget militaire dont l’État s’est engagé au dernier sommet de l’Otan à ce qu’il atteigne 5 % du PIB d’ici 10 ans et enfin les intérêts de la dette elle-même.

Préparons notre réponse, l’intérêt collectif contre le parasitisme d’une minorité richissime

La crise politique rebondira en octobre, se conjuguant avec les conséquences de l’offensive gouvernementale contre la protection sociale et les budgets des services publics. Elle est la conséquence du discrédit des politiciens de droite et de gauche englués dans le double langage, l’hypocrisie et les mensonges sans oublier les affaires... Le CAC 40 a besoin d’un pouvoir fort, autoritaire pour imposer sa politique réactionnaire, antisociale, le réarmement et le militarisme comme son impuissance à faire face à la crise écologique. Et toutes celles et ceux qui aspirent à le servir sont en concurrence sur le terrain de la droite extrême et de l’extrême droite à l’exemple de Retailleau qui pose au Trump à la Française, façon le Puy du Fou !

Le ridicule n’empêche ni la menace ni le danger que nourrit la faillite de la minorité capitaliste qui conduit la société à la catastrophe et est prête à tout pour sauver ses privilèges, son pouvoir, sa domination.

La crise mûrit, le moment approche où il nous faudra engager la bataille pour les mettre en échec.

Il y a déjà eu des réactions aux attaques menées dernièrement, la grève des chaînes publiques contre le projet de holding France Media de l’arriviste Rachida Dati, la grève des aiguilleurs du ciel contre l’installation de pointeuses, une véritable provocation, des rassemblements contre l’ouverture à la concurrence des TER au profit de Transdev en région PACA. Ce sont les premières escarmouches d’une bataille que nous ne pourrons éviter et qu’il nous faut préparer.

Patronat et politiciens prennent leur temps, la faiblesse du gouvernement les freine mais c’est bien une offensive d’ensemble contre le monde du travail qu’ils préparent même s’ils n’ont aucune confiance en Bayrou pour la mener. Ce dernier prépare le terrain en jouant à l’homme d’État responsable qui assume l’impopularité ! Il n’a guère le choix mais il nous invite à préparer le nôtre, à discuter nos réponses à leurs attaques, nos revendications, à organiser dans tous nos syndicats, nos collectifs et AG, sur les lieux de travail et dans les quartiers, des initiatives pour avertir, préparer, nous coordonner autour des revendications et exigences qui nous rassemblent, les intérêts de classe du monde du travail sans rien attendre du dialogue avec nos ennemi et autres duperies.

Galia Trépère

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