La farce du conclave s’est terminée lundi soir, après une ultime provocation des syndicats patronaux Medef et CPME, organisant leur propre conférence de presse pour mettre en scène leurs « propositions », juste avant l’ouverture de cette ultime réunion. Hors de question pour eux d’apparaître en position de reculer sur quoi que ce soit !

Tout un symbole, qui montre à quel point le Medef impose ses volontés à l’issue de ces 4 mois de comédie de « dialogue social », où les syndicats n’ont cessé de faire reculades sur reculades, obsédés par leur position de « partenaires sociaux », pour, au final, prendre une nouvelle gifle attendue...

Une capitulation librement consentie des directions syndicales

Quel ridicule de voir le dernier carré de ce conclave (CFDT, CFTC et CFE-CGC) découvrir que le Medef « n’a pas joué le jeu » ! La CFDT en rajoute même en soulignant que les organisations syndicales salariées ont « pris des risques » en acceptant bien des reculs... C’était justement le but de la manœuvre à laquelle elles se sont prêtées complaisamment !

Le « compromis » qui devait être présenté lundi et sur lequel le Medef s’est assis ouvertement, prévoyait près de 6,5 milliards d’économies d’ici 2030, essentiellement sur le dos des retraités avec l’augmentation de la CSG et la sous-indexation des pensions sur l’inflation en 2026 et 2027. Quant à l’abrogation de la réforme des retraites, que le PS et l’ensemble des directions syndicales avaient présentée comme l’objectif de ce conclave, elle passe sous la table. Elles capitulent totalement devant le patronat avec le maintien de l’âge légal à 64 ans en échange de quelques mesurettes sur le calcul de la retraite des femmes ou le passage à 66 ans et demi au lieu de 67 ans pour la retraite sans décote.

Même sur la pénibilité, cheval de bataille de la CFDT servant sur le fond à faire accepter les 64 ans comme la norme, le Medef s’est montré inflexible en acceptant d’élargir les critères, mais en refusant tout dispositif de départ anticipé… Le Medef est à l’offensive, répétant qu’il faut « travailler plus », même usé par le travail et l’exploitation !

La mise en scène politique de l’offensive du CAC 40 contre le monde du travail

Ce conclave est une campagne du pouvoir et du patronat pour faire accepter les économies, les reculs et la dégradation sociale au nom de la dette. Marette, ex patron de l’Agirc-Arrco et président de ces « concertations », en a même profité pour ouvrir la voie à une négociation en 2026 pour instaurer un étage de capitalisation dans le système de retraite pour le secteur privé. Une aubaine pour la finance dont l’objectif est de mettre la main sur l’argent des retraites !

Sans surprise, la farce du conclave se révèle comme une duperie derrière le baratin de Bayrou sur la « démocratie sociale ». Dès le mardi, il démarchait les « partenaires sociaux » dans son rôle de bon apôtre hypocrite et menteur en vue d’obtenir un « accord », alors qu’il se trouve particulièrement isolé et déconsidéré. Une vaine démarche et un service ultime rendu au patronat.

Jeudi, Bayrou a présenté la liste « impressionnante » des « accords » entre les « partenaires sociaux » à l’issue du conclave, en prenant acte des reculades des syndicats qui « sont aussi tombés d’accord sur deux constats : l’impossibilité de revenir sur la mesure phare de la réforme, à savoir le passage de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans, et le fait que tout alourdissement du coût du travail, comme une augmentation des cotisations patronales, serait une menace directe sur l’emploi et sur les chances de nos entreprises dans la compétition mondiale » Des points politiques marqués par le patronat et le gouvernement contre l’ensemble du monde du travail.

Dans cette farce, la CGT n’a pas été en reste, elle qui avait dû quitter le conclave suite aux critiques au sein de la confédération. Au lieu de tirer publiquement le bilan du conclave en accusant le gouvernement, le Medef et ceux qui se sont complaisamment prêtés à leurs manœuvres, Sophie Binet s’est empressée de déclarer que « la CGT et Force ouvrière doivent être invitées » par François Bayrou. Elle se pose même en conseilleur de Macron en l’appelant à faire un référendum sur la réforme des retraites, « seule décision qui peut permettre de sortir par le haut et de rassembler le pays » ! On est loin d’une politique pour construire l’affrontement, face à une classe dominante et un pouvoir qui eux, n’hésitent pas à mener leur guerre contre le monde du travail.

Des manœuvres parlementaires impuissantes tandis que le RN attend son heure

Quant à la gauche parlementaire, elle s’embourbe dans les manœuvres. Après avoir dealé sa non-opposition au budget de Bayrou en échange du conclave, le PS a déposé jeudi une motion de censure contre le gouvernement, cherchant à sauver la face.

Mélenchon s’est empressé de déclarer : « Enfin le PS revient à la raison, c’est-à-dire à l’opposition frontale avec Bayrou après l’échec du conclave », comme si le PS avait changé de politique, à l’image de Hollande qui, à la réunion du groupe PS à l’Assemblée, déclarait « Il ne faut pas censurer, il faut de la stabilité ».

Le théâtre d’ombre des manœuvres parlementaires se met en scène, à propos d’une motion de censure qui n’a aucune chance de passer puisque le RN a déclaré qu’il ne la voterait pas.

Celui-ci attend son heure, pour faire dégager Bayrou en menant sa propre politique. Sébastien Chenu, député du Nord, a résumé leur politique : « le rendez-vous de la censure, c’est à l’automne, c’est au moment du budget. François Bayrou, son tour viendra (…) Nous allons pouvoir demander de bouger des lignes, que ce soit sur l’énergie ou la politique migratoire ».

La gauche syndicale et politique se retrouve complètement impuissante à s’opposer à l’offensive en cours. Noyée dans le dialogue social ou le cadre parlementaire et institutionnel, son refus de l’affrontement la mène à une politique de « responsabilité » et de défense du système.

Une politique qui laisse le champ libre aux politiques les plus réactionnaires et brutales contre les travailleur·es, à l’image de Retailleau qui fait du Trump contre les migrant·es, avec l’organisation des rafles dans les transports et les gares les 18 et 19 juin, mobilisant 4 000 policiers, douaniers et militaires !

A l’image aussi du débat mercredi au Parlement sur la guerre d’Israël contre l’Iran, introduit par Bayrou réaffirmant le « soutien » de la France « au peuple israélien, à son droit à l’existence et à la sécurité ». Des macronistes jusqu’à l’extrême-droite, tous justifient la politique de Netanyahou, promu défenseur de l’occident. Quant à Le Pen, elle se positionne en dénonçant « l’inconsistance » de Macron tout en saluant « la manière dont le président Trump est intervenu dans cette crise géopolitique ».

De la trahison du mouvement pour les retraites à la farce du conclave, tirer les leçons d’une capitulation

Le conclave montre à quel point l’intersyndicale a trahi le mouvement contre la réforme des retraites, en prétendant vouloir « bloquer le pays » tout en l’enfermant dans l’impasse du calendrier parlementaire. Et aujourd’hui, le conclave auquel toutes les directions syndicales ont participé entérine les 64 ans et prépare le terrain politique à une nouvelle offensive.

Il n’y a aucune autre issue que l’affrontement. La politique de subvention permanente du capital comme l’explosion des budgets militaires ont fait progresser la dette de 40 milliards en 3 mois. Les classes dominantes n’ont pas d’autre politique qu’imposer la régression sociale, surexploiter les travailleur·es et la nature pour tenter de maintenir leur système et les records du CAC40 quoi qu’il en coûte.

D’ores et déjà, le gouvernement annonce 5 milliards de plus d’économies sur les dépenses d’Etat et la Sécurité Sociale, 40 milliards d’économies sur les dépenses publiques dans le prochain budget, une nouvelle offensive contre les chômeurs, alors que Darmanin annonce vouloir diminuer par deux l’indemnisation du chômage.

Il ne peut y avoir de lutte pour défendre les services publics, contre les licenciements, pour les salaires, la protection sociale, sans s’en prendre à la logique de rentabilité financière, sans s’en prendre à l’Etat, sans remettre en cause le pouvoir de l’oligarchie financière. Ce combat est indissociable de la lutte contre la guerre, pas un euro pour la guerre, non à l’union nationale !

Nous avons besoin de nous rassembler autour de ce qui nous est commun, la défense de nos intérêts en toute lucidité, nos intérêts de classe incompatibles avec ceux du capital et de ses serviteurs, besoin de prendre nous-mêmes nos affaires en main.

Laurent Delage

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