Mardi dernier, sur RMC et BFM, Bayrou a décliné les grandes lignes d’un plan d’austérité renforcée contre les travailleurs et la population au nom de la réduction des déficits et de la dette, un « Himalaya » a-t-il dit. Alors que des coupes de 40 milliards dans les dépenses publiques sur le budget 2026 ont déjà été envisagées, il proposera début juillet un « plan de retour à l’équilibre des finances publiques sur trois ou quatre années ». Sans doute espère-t-il en posant à l’homme d’Etat responsable qui ose affronter l’impopularité au nom de l’« intérêt national », c’est-à-dire celui du capital, sauver sa place et survivre à une motion de censure annoncée. Qu’importent ses calculs, toujours est-il que la politique qu’il prétend mettre en place répond aux demandes de la bourgeoisie. Quelques jours avant son annonce, le FMI, protecteur de la finance internationale, avait publié ses recommandations à l’État français lui préconisant des « efforts cruciaux » et des « réformes structurelles » -dans la Fonction publique, sur les retraites et la protection sociale.

« Mon but, a indiqué Bayrou, c’est que chacun des Français qui nous écoute […] se dise “On ne peut pas faire autrement”. » Il prépare les esprits à accepter de nouveaux sacrifices nécessaires, selon lui, avec entre autres le projet formulé depuis près de 20 ans d’une « TVA sociale », plusieurs fois mis en échec mais toujours réclamé par le Medef.

Macron lors de son intervention fleuve à la télé le 13 mai, la Cour des comptes, le FMI, Bayrou, les dirigeants du Medef et à leur suite tous les commentateurs à leurs ordres nous rabâchent la même rengaine sur la nécessité de réduire l’endettement de la France sous peine que l’État ne puisse trouver de nouveaux financements, de nouveaux emprunts sur les marchés financiers, qu’il ne puisse plus fonctionner ni... mener à bien le « réarmement » de la France face à la « menace russe ».

Par leur politique austéritaire destructrice de tous les progrès sociaux conquis par la pression et la lutte des exploités, ils anticipent la faillite en prétendant l’éviter !

La « TVA sociale », mensonge et cynisme du « faire payer tous les Français »

« L’idée de faire payer davantage sur la consommation que sur le travail », autrement dit une augmentation de la TVA, baptisée cyniquement « TVA sociale » parce qu’elle servirait à financer la protection sociale, refait son apparition.

La TVA déjà existante est l’impôt le plus injuste qui soit, un impôt indirect que « tous les Français » paient -pour reprendre l’expression de Bayrou- au même pourcentage sur les produits qu’ils achètent, indépendamment de leurs revenus ou de l’existence ou non de leur fortune. Elle procure 200 milliards de recettes à l’État, sur les 550 milliards qu’il perçoit au total, bien plus que l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés réunis.

Quant à l’idée de faire payer moins « sur le travail », avec cet art consommé du mensonge, c’est le capital, et non les travailleurs, qu’il s’agit d’épargner. Il s’agirait d’un nouveau moyen d’abaisser encore les cotisations sociales du patronat pour diminuer ce qu’ils appellent le « coût » du travail, le salaire brut. Et de faire miroiter le leurre d’une hausse du salaire net.

Or les cotisations sociales sont une partie du salaire qu’elles soient patronales (les « charges » comme ils les appellent) ou salariales. A l’origine, elles finançaient intégralement la protection sociale mais au fil des différents gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, qui en ont allégé la part patronale, les cotisations sociales ne financent plus que 50 % de la protection sociale, le reste étant financé par la CSG, par différents impôts et, déjà, par une partie -30 %- de la TVA.

Une augmentation de 1 % de la TVA permettrait à l’État d’empocher sur le dos de la population jusqu’à 13 milliards d’euros supplémentaires.

Encore et à nouveau l’argument de la dette… et de la guerre

L’argument massue pour se livrer à un tel racket, c’est le montant faramineux du déficit de l’État et des dettes publiques dont tous les gouvernements rendent les travailleurs responsables. Une inversion totale de la réalité !

Les déficits et la dette (3300 milliards d’euros, 112 % du PIB) ont été créés par le transfert croissant de richesses du travail vers le capital par l’État lui-même, une perfusion de plus en plus massive dont profitent les grands groupes capitalistes qui reçoivent des subventions (200 milliards d’euros par an) sous toutes les formes. C’est aussi le prix payé à « l’attractivité de la France », leitmotiv de Macron pour attirer les capitaux, offerts aux fonds financiers, dont ceux des multinationales françaises elles-mêmes, qui s’introduisent au capital des entreprises de tous les secteurs pour pomper la moindre possibilité de profits existante au prix de la surexploitation des salariés.

L’augmentation faramineuse des dépenses militaires y contribue maintenant au nom de la « menace russe » et elle dépasse les chiffres officiels du budget militaire, sous forme de restes à charge (8 milliards d’euros en 2024 qui devront être payés en 2025) et d’« autorisations d’engagement » -en clair des commandes aux industriels non encore financées. Comme quoi l’État sait trouver pour les industriels de l’armement l’argent qu’il serait impossible de verser dans des activités utiles à la population, comme les hôpitaux et les autres services publics ou la protection sociale.

Cette politique est une rente pour le capital auquel l’État paye les intérêts de la dette et dope les cours en bourse, les spéculations et les dividendes des actionnaires.

Saignée des licenciements et surexploitation au travail

La course à la rentabilité et à la compétitivité se traduit par la liquidation d’entreprises, le plus souvent de l’industrie, jugées non rentables et dont se dégagent les capitalistes et des conditions de travail de plus en plus insupportables pour les salarié·es qui ont encore un emploi. Ainsi la CGT a-t-elle dénombré 381 PSE (« plans de sauvegarde de l’emploi », de licenciements en fait) et 300 000 licenciements, sans même qu’y soient comptés les fermetures de PME difficiles à chiffrer et des dizaines de milliers de licenciements à bas bruit, faillites de petits artisans et commerçants qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts du fait entre autres de la baisse de la consommation et de l’augmentation du coût des matières premières et de l’énergie.

A cette catastrophe sociale qui frappe les travailleurs du privé, il faut ajouter les conséquences de la réduction des budgets des fonctions publiques, des collectivités territoriales et de la protection sociale, hausse de la précarité, non remplacement des départs en retraite, fins de contrat. Le tout se traduit par une dégradation accélérée des conditions de travail et de vie de l’ensemble des classes populaires. Une récession est en route.

Désarmer la colère sociale…

Bien conscients du mécontentement général et de l’exaspération sociale que suscite cette offensive parmi les travailleurs et la population, gouvernement et patronat sont à la manœuvre pour tenter de désamorcer la révolte qui couve.

D’un côté la démagogie d’extrême droite, xénophobe et raciste des Retailleau pour assommer, semer le trouble et tenter de dresser les travailleurs les uns contre les autres, de l’autre la farce de la concertation entre « partenaires » sociaux, du dialogue social auquel se prêtent les directions syndicales. Alors que le conclave sur les retraites, dans son format aujourd’hui réduit après le départ de FO et de la CGT continue de discuter des retraites, sont avancés des projets de conférences sur le financement de la protection sociale et sur les conditions de travail.

Les directions syndicales se disent partantes pour y participer alors que ces conférences ne sont que des mises en scène pour faire accepter de nouveaux coups contre les travailleurs. La CGT et la CFDT ne font qu’avancer des solutions sous forme de « propositions » dont se fichent éperdument les dirigeants du patronat et du gouvernement. Ce syndicalisme de proposition et de dialogue est impuissant et paralyse les mobilisations. Prétendre négocier, dans le cadre du système, une politique capitaliste moins injuste, plus sociale, est une blague alors que les travailleurs et la population sont confrontés à une offensive brutale et inédite du capital qui lui est dictée par la concurrence, la guerre commerciale mondialisée. La défense des intérêts immédiats des travailleurs implique d’être prêts à mener la lutte contre le système lui-même, l’exploitation, le profit.

… ou contribuer au regroupement des forces contre la dictature du CAC40 et de Wall Street

Et de fait, la colère et le mécontentement s’expriment à travers une multitude de grèves, isolées les unes des autres certes mais prises en main par les salariés eux-mêmes, travailleurs du social qui, patiemment, organisent leur mobilisation et son extension, les personnels des Ehpads, qui sont parmi les plus exploités dans le secteur de la santé, les déchetteries, des luttes contre les licenciements, contre le management dictatorial, pour la hausse des salaires et souvent pour tout cela à la fois.

Chaque lutte, chaque mobilisation participent à la préparation d’un mouvement d’ensemble qui mûrit, d’une explosion sociale et politique inévitable. Loin de les redouter, les travailleur·ses ont besoin de les préparer démocratiquement pour les diriger eux-mêmes sans craindre l’affrontement avec l’Etat et les patrons, leurs politiciens aux ordres ni de les inscrire dans la perspective de la prise en main par le monde du travail, les femmes, la jeunesse des rênes de l’économie et de la société vandalisées par la violence du Capital.

L’appel de la CGT et de la FSU à la mobilisation du 5 juin pour les retraites, les salaires, contre les licenciements, bien que sans lendemain et dans l’objectif illusoire du vote à l’Assemblée d’un projet de loi abrogeant la réforme des retraites présenté par le PCF lors de sa niche parlementaire, sera l’occasion de dire notre colère dans la rue, de nous réunir aussi pour discuter de nos revendications, en particulier l’interdiction des licenciements, pour discuter des moyens de faire plier le pouvoir, de tisser des liens pour aller vers un mouvement d’ensemble du monde du travail.

Galia Trépère

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