Après des semaines de comédie parlementaire au cours de laquelle le NFP annonçait la victoire d’un budget « NFP-compatible », le vote de l’Assemblée nationale a eu lieu cette semaine : 192 voix pour et 362 contre… Quoi d’étonnant que ce consensus de l’ensemble du bloc réactionnaire, de Renaissance, de LR, du RN, pour subventionner les patrons et dénoncer les impôts quand il s’agit de faire payer les plus riches !

C’est le sens même de ce budget, une politique d’austérité brutale pour continuer d’arroser le patronat d’argent public. Les entreprises ont récupéré 175 milliards de subventions et d’exonérations en 2022, contre 9,4 milliards en 1979. En prenant en compte les « dépenses fiscales déclassées », c’est-à-dire les cadeaux fiscaux de ces dernières années, on atteint même les 228 milliards !

Ce détournement d’argent public s’intensifie alors que les plans de licenciements explosent. Le 5 novembre, Michelin a annoncé 1 254 licenciements avec la fermeture des sites de Cholet et de Vannes. Le même jour, Auchan présentait un plan de 2 389 suppressions d’emplois et la fermeture d’une dizaine de magasins. A cela s’ajoutent les 1 120 salariés menacés à Valéo, 450 à Vencorex, 120 à Arkéma,… Dans l’automobile, les travailleurs de la sous-traitance et des équipementiers sont frappés de plein fouet : Walor, Dumarey, MA France, GMD,… La liste s’allonge de jour en jour et les grèves se multiplient dans les usines menacées de fermeture.

Depuis le début de l’année, 66 000 entreprises ont été placées en « défaillance », frappant près de 150 000 salarié.es dans toute une série de petites entreprises. C’est le chiffre le plus haut depuis 15 ans !

La fuite en avant du gouvernement, au service du CAC40 et des actionnaires

Face à cette vague destructrice, le baratin du gouvernement ne fait qu’attiser la colère. Le ministre délégué à l’industrie, Ferracci, a dû partir sous les huées des grévistes de Michelin à Cholet, après avoir déclaré qu’il allait tout faire pour accompagner les salariés vers… France Travail !

Le gouvernement ne sait que répéter qu’il faut maintenir « la politique de l’offre », c’est-à-dire continuer d’alimenter la finance par crainte qu’elle ne s’écroule. Une politique qui approfondit la régression sociale et qui n’empêchera en rien le krach annoncé.

Les ministres, les médias, les patrons expliquent aux travailleurs que c’est la faute à la Chine ou à l’Inde, à l’énergie ou aux matières premières trop chères, pour exiger « plus de compétitivité » et imposer une exploitation accrue.

Mais la raison de fond de la vague de licenciements, c’est la course effrénée à la rentabilité financière qui étouffe toute la société. Après avoir empoché 55 millions de CIR (Crédit impôt recherche) et des millions de CICE, Michelin vient de verser 1,4 milliard à ses actionnaires de dividendes et de rachats d’actions, un record !

Investir pour satisfaire les besoins élémentaires de la population, pour « créer des emplois », n’est pas le problème des capitalistes qui ne visent que le profit. D’autant plus aujourd’hui, alors qu’ils lorgnent vers les Etats-Unis pour spéculer encore davantage. Quant à l’Etat, à leur service exclusif, il ne cherche qu’à attirer les capitaux avec toujours plus de subventions, tout en alimentant les banques et la finance par le remboursement de la dette.

Haro contre le secteur public !

Cette logique financière conduit à un vaste plan de suppressions d’emplois dans le secteur public : 4 000 dans l’éducation, 500 à France Travail, 500 à la filiale Fret SNCF qui doit être démantelée au 1er janvier.

Mais cela ne suffit pas. Kasbarian vient d’annoncer le gel du point d’indice des fonctionnaires pour 2024 et même l’arrêt de la prime Gipa (Garantie du pouvoir d’achat) censée compenser l’inflation. Il veut même imposer 3 jours de carence sur les arrêts maladie à l’ensemble des agents publics, au nom de « l’inégalité » avec le privé… Toujours la même démagogie visant à s’en prendre à l’ensemble des salarié·es au bout du compte !

La profondeur de l’offensive se mesure à la campagne haineuse des classes dominantes et de leur personnel. Les Echos titrent « revoilà l’égoïsme syndical gréviste » pour stigmatiser le refus des 3 jours de carence par les syndicats. Un bel exemple de « l’égoïsme » crasse des serviteurs du CAC40 ! Sarkozy s’en prend aux enseignants, en dénonçant « le statut de professeur des écoles, […] c’est vingt-quatre heures par semaine » et « six mois de l’année » ! Les élections américaines les encouragent à se lâcher pour la défense de leurs propres privilèges, à l’image de Kasbarian, félicitant Musk pour sa nomination : « J’ai hâte de partager avec vous les meilleures pratiques pour lutter contre l’excès de bureaucratie, réduire la paperasse, et repenser les organisations publiques pour améliorer l’efficacité des agents publics »… Tout un programme !

Face à cette offensive sociale et politique, les directions syndicales restent bien respectueuses des institutions et du dialogue social. Sans même citer la déclaration de guerre contre les fonctionnaires de Kasbarian, elles appellent le 5 décembre à une journée de grève, se vantant d’avoir contraint le ministre à « leur accorder une audience » !

C’est pas dans les salons que les travailleur·es imposeront une autre politique, c’est bien au contraire en rendant leur colère la plus contagieuse possible.

Rompre le « dialogue social » pour faire converger les colères

Jeudi dernier, sur le piquet de grève à Vencorex, Sophie Binet a annoncé « une grande journée de convergence pour l’emploi le 12 décembre prochain ». Il y a bien évidemment besoin d’une journée de grève interprofessionnelle pour construire une riposte d’ensemble. Mais cela signifie défendre des revendications qui soient des réponses de classe face à la situation et qui rompent avec le dialogue social et la routine institutionnelle.

Sophie Binet s’en tient à réclamer un « moratoire sur les licenciements », pour laisser le temps à « l’équipe syndicale et les pouvoirs publics » de trouver des repreneurs. Combien de grandes entreprises se sont servis de ces « repreneurs », parfois bidon, pour pouvoir fermer une usine comme bon leur semble ! Une politique qui rend les travailleurs dépendants des institutions, des pouvoirs publics et de leurs subventions, et qui renvoie chaque lutte à elle-même, sans perspective de convergence pour construire un véritable rapport de force.

Quant à la question des subventions, les directions syndicales sont tellement intégrées au système qu’elles se contentent de demander le contrôle sur les aides publiques au patronat, voire, comme le dit la CGT, « la conditionnalité sociale et environnementale des aides publiques aux entreprises » ! Il est grand temps d’en finir avec cette politique de subvention au capital, qui ruine les services publics et aggrave la situation des classes populaires.

Organisons-nous, discutons d’un programme pour nos luttes

Nous avons besoin d’une politique de classe, de revendications unifiantes pour donner une perspective à ces luttes qui éclatent dans les usines menacées de fermeture comme dans le public, à la SNCF, à France Travail ou le 5 décembre dans toute la Fonction publique.

Ces luttes se déroulent en ordre dispersé, sans plan d’ensemble pour faire converger les colères, du privé, du public, des précaires et des chômeurs qui vont subir de nouvelles baisses de leurs droits. Mais la cure d’austérité de Barnier et les plans de licenciements dans le privé procèdent de la même politique du capital.

Une politique de convergence des luttes signifie des revendications de classe, politiques, formulant les réponses du monde du travail face à l’offensive actuelle.

Face aux licenciements qui ruinent des régions entières, imposons l’interdiction des licenciements et le partage du travail entre toutes et tous, sans partage du salaire. Imposons aussi la fin des subventions et des exonérations de cotisations pour financer la santé, l’école, l’aide sociale, les services publics dans les communes, etc.

Il faut aussi en finir avec la dette, ce qui signifie à la fois l’annuler et mettre en place un monopole public bancaire, sous contrôle des salarié·es du secteur et de la population, pour assurer les prêts utiles au fonctionnement de la société.

Nous ne pouvons laisser les capitalistes décider comme bon leur semble, si une usine reste ouverte ou non. Les salarié·es sont les mieux placés pour contrôler les investissements, ce que l’on produit et organiser la réquisition des entreprises menacées. « C’est nous qui travaillons, c’est nous qui décidons » !

Ce 6ème anniversaire du mouvement des Gilets jaunes vient rappeler à quel point le pouvoir craint la colère contagieuse des masses quand elle sort des appareils et des institutions. Ce sont de tels mouvements de révolte qu’il s’agit de préparer sur notre terrain de classe.

Dans les équipes syndicales, les réunions avec les travailleur·ses, les collectifs militants, réunissons-nous, regroupons-nous pour formuler nos perspectives, populariser notre programme, préparer nos mobilisations en utilisant les journées de grève à venir pour préparer un mouvement d’ensemble.

Laurent Delage

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