On ne connaît pas les motivations qui ont pu conduire Thomas Matthew Crooks, un jeune de 20 ans, inscrit au Parti Républicain, proche des milieux pro-armes, à vouloir tuer Trump, samedi 13 juillet, à l’occasion d’un meeting organisé dans une petite commune rurale de la Pennsylvanie. Il aurait agi seul sans avoir donné la moindre indication sur ses motivations.

Quoi qu’il en soit, son acte s’inscrit dans le climat de violence qui règne dans la vie sociale et politique des USA, la folie des meurtres de masse commis par des individus malades mentaux socialement déséquilibrés.

Cette violence sociale et psychologique exacerbée par la violence raciste, les violences policières, s’accompagne d’une violence politique dans laquelle Trump a joué un rôle majeur par son soutien apporté aux groupes d’extrême droite fascisants, son éloge des néonazis et des fascistes qui ont organisé en 2017 une marche suprémaciste blanche à Charlottesville, en Virginie, ou le soutien en 2020, pendant l’épidémie de covid-19 à une série de manifestations armées contre le confinement dont l’intrusion de ces milices dans le capitole du Michigan. Le 6 janvier 2021 en est le point culminant lorsqu’une foule d’émeutiers convoquée à Washington par Trump a pris d’assaut le Capitole pour faire annuler l’élection de Biden.

Les assassinats politiques sont des marqueurs de l’histoire américaine dont les plus importants ont été ceux de Kennedy en 1963, de Malcolm X en 1965, de Martin Luther King ou du sénateur Robert F. Kennedy en 1968, quatre assassinats fruit de conspirations au sein même de l’État.

La violence est au cœur de l’histoire du capitalisme tout particulièrement de celle du capitalisme américain né de la conquête et du massacre des Indiens, de l’esclavage, et principal instigateur de la violence dans le monde depuis les guerres jusqu’aux assassinats politiques.

Les déclarations de solidarité, l’indignation contre la violence, les protestations des dirigeants principalement occidentaux n’en sont que plus hypocrites et cyniques, en premier lieu celles des Démocrates américains.

L’étrange paradoxe d’un des principaux acteurs de la violence converti en victime miraculée !

Quels que soient les ressorts personnels du tireur, cette tentative d’assassinat est en elle-même un fait politique qui trouve ses causes et explications dans les antagonismes profonds, la violence croissante des inégalités, du racisme, des licenciements et de la précarité, du déclassement et de la marginalisation qui déchirent les États-Unis. Une situation dont Trump est le produit et qu’il retourne en sa faveur dans un geste de défi vis-à-vis de la population américaine mais aussi à la face du monde. « Fight ! » s’est-il exclamé le visage ensanglanté, le poing levé alors que les agents du Secret Service l’évacuaient, une mise en scène sous les acclamations de ses partisans, geste symbolique de la réaction impérialiste.

« C’est Dieu seul qui a empêché l’impensable de se produire. […] En ce moment, il est plus important que jamais de se tenir unis, et de montrer notre véritable caractère en tant qu’Américains, de rester forts et déterminés, et de ne pas permettre au mal de triompher. » Posture de héros et de victime miraculée flattant le mysticisme des évangélistes et autres croyants, pour appeler à l’unité nationale derrière MAGA (Make America Great Again), la décomposition sociale, politique et morale engendrée par le capitalisme et instrumentalisée, manipulée par ses pires acteurs, responsables.

Conséquence et facteur d’une accentuation de l’offensive réactionnaire et militariste

Ce meeting de Pennsylvanie était le dernier avant la convention républicaine qui a eu lieu en début de semaine à Milwaukee (Wisconsin) et qui a investi officiellement Trump candidat du Parti républicain pour la mascarade électorale de novembre.

L’ouverture de la convention a été précédée par l’annonce par Trump, lundi après-midi, qu’il avait choisi le sénateur de l’Ohio J.D. Vance comme colistier à la vice-présidence. Ancien militaire, sénateur de 39 ans qui se veut le symbole et modèle de cette Amérique populaire frappée par la crise et la désindustrialisation, fils d’une mère toxicomane, dont l’histoire est complaisamment racontée, de façon élogieuse, dans le film Une ode américaine qui reprend le récit qu’il en a lui-même fait dans un livre autobiographique. Cet expert de sa propre promotion de petit blanc issu de milieu populaire qui, il y a peu, qualifiait Trump d’Hitler, a utilisé sa propre histoire pour jouer les démagogues dévoyant la colère et les frustrations des petits blancs pauvres et des travailleurs victimes des multinationales, en se posant en défenseur du protectionnisme économique et farouche opposant à l’immigration, pro-armes et climatosceptique.

« C’en est fini de s’occuper de Wall Street, nous allons nous engager en faveur des travailleurs », a-t-il déclaré avec un culot cynique en direction des classes populaires de Pennsylvanie, du Wisconsin et du Michigan, trois Etats de la Rust Belt en balance entre Démocrates et Républicains. « Importer de la main-d’œuvre étrangère, c’est fini. Nous allons nous battre pour les citoyens américains, leurs emplois et leurs salaires », a-t-il assuré. « Je serai un vice-président qui n’oubliera jamais d’où il vient » !

Il est une pièce maîtresse de la grande imposture de l’extrême droite populiste américaine, du milliardaire défenseur des pauvres et des exploités. « Nous nous élevons ensemble ou nous nous effondrons. Je serai le président de toute l’Amérique et non de la moitié de l’Amérique [...] Je suis celui qui sauve la démocratie dans ce pays. » s’est exclamé Trump pour conclure la convention républicaine !

Elon Musk, lui, n’est pas dupe. Il versera environ 45 millions de dollars par mois en soutien à la campagne de Trump.

La déroute de Biden et des Démocrates pris de panique

Immédiatement après la tentative d’assassinat, Biden a donné le ton de l’indignation et de la solidarité avec Trump manifestées ostensiblement par les Démocrates. « il n’y a pas de place en Amérique pour ce type de violence ou pour toute autre violence d’ailleurs », s’est-il indigné avec une hypocrisie convaincue. Accusé de créer un climat politique toxique qui a « conduit directement à la tentative d’assassinat du président Trump » pour avoir dit « Il est temps de cibler Trump », il se justifie « C'était une erreur d'utiliser ce mot » prenant au sérieux les accusations complotistes pour exprimer toute sa solidarité avec « Donald ».

Les Démocrates, au-delà des expressions de solidarité, d’éloge, voire d’affection pour Trump, cherchent à dédramatiser la situation, à minimiser la menace réactionnaire de peur de déclencher une explosion sociale, de voir l’ensemble de la situation sociale et politique aux États-Unis leur échapper.

C’est ce qui motive les appels répétés de Biden à « l’unité », dont Trump s’est lui-même fait le champion. Cette unité, c’est celle des classes dirigeantes, de Wall Street et du Pentagone, unité face à la classe ouvrière, aux pauvres, aux migrants et dans la guerre économique et militaire contre la Chine et le reste du monde.

Dans cette guerre sociale, économique, militaire, cette unité existe bel et bien, Trump la revendique sans fard et veut contraindre les alliés des USA, l’Union européenne et les pays d’Asie à assumer « leur part du fardeau » dans la défense de l’Occident, c’est-à-dire des USA et des vieilles puissances impérialistes.

Les USA et leurs alliés Israël et l’Ukraine entraînent le monde dans une militarisation croissante, une militarisation sociale et économique qui porte les forces réactionnaires, populistes d’extrême droite, voire fascisantes, au pouvoir.

L’effondrement de Biden, K.O., qui se prépare à quitter le ring, est l’effondrement des Démocrates qui, hormis les faux semblants hypocrites, n’ont pas d’autre politique que Trump. America great again et America is back ne sont qu’une même politique, celle du capitalisme américain. Le Miraculé de Pennsylvanie est en train de réaliser leur unité et il est peu probable que même Kamala Harris, si elle prenait le relais de Biden d’ici la convention démocrate dans un mois, puisse inverser le cours des événements. Seule la classe ouvrière pourra mettre un coup d’arrêt à l’aventure criminelle et destructrice dans laquelle la folle course à la faillite du capitalisme voudrait l’entraîner.

La classe ouvrière prisonnière d’un bipartisme en faillite ou le besoin d’un parti des travailleurs

Le contenu du tournant politique qui s’opère est celui de la construction d’un consensus au sein de la classe dirigeante autour d’une frénésie nationaliste, protectionniste agressive, xénophobe, raciste, sexiste, combiné à une montée du militarisme, parce que pour elle il n’y a pas d’autre réponse tant sur le terrain de la lutte de classe face à l’exacerbation des tensions et à la croissance extrême des inégalités sociales, que sur le terrain international face à la concurrence économique et son corollaire la mondialisation de la guerre.

D’où la crise du bipartisme qui ne peut contenir l’exacerbation des tensions sociales et internationales et la montée de l’idéologie populiste, nationaliste, xénophobe, violente alors que le monde du travail reste prisonnier des institutions et que ses organisations veulent préserver leur position en misant sur l’un ou l’autre.

Au milieu du sinistre carnaval réactionnaire de la Convention nationale républicaine de cette semaine, le discours prononcé par le président général du syndicat des « Teamsters », Sean O’Brien, est symptomatique à la fois parce qu’il constitue une première et par son contenu : « Nous ne sommes redevables à personne ni à aucun parti ». En réalité un soutien de l’appareil syndical qui se revendique de son indépendance vis-à-vis des partis pour mieux faire des affaires avec n’importe lequel dont... Trump.

Le syndicat de l’automobile UAW (United Auto Workers), lui aussi en toute indépendance, soutient Biden et bien d’autres syndicats ont la même politique corporatiste de négocier leur soutien, c’est-à-dire en réalité de s’intégrer à la politique de Wall Street.

La classe ouvrière se laisse ainsi diviser, entre les Démocrates flattant les illusions sur la vieille Amérique prospère et le nouveau Parti républicain soumis à Trump qui dévoie la colère contre les migrants, flatte les préjugés nationalistes, xénophobes et racistes, sexistes pour le compte de Wall Street.

Elle reste ainsi désarmée face à l’offensive réactionnaire des classes dominantes qui préparent l’affrontement contre elle pour poursuivre leur guerre économique et militaire parce que dominée par l’idéologie du capital, embrigadée par ses politiciens menteurs et démagogues comme par les appareils qui sont intégrés au système, corrompus. Elle est prisonnière physiquement, intellectuellement et moralement des rapports d’exploitation et de domination de la bourgeoisie, au point de ne pas réussir à rompre si ce n’est par l’abstention, avec les deux partis de la classe dominante, Biden ou Trump, la sénilité ou la face hystérique du capitalisme agressif et décadent.

En réponse à leur faillite, les multiples luttes et résistances des travailleur·es, des Afro-américains, des femmes comme de la jeunesse mobilisée pour le peuple palestinien ont besoin pour converger, inverser le rapport de force, d’une politique, d’un programme, d’une organisation totalement indépendante des deux partis de la bourgeoisie. Il ne peut y avoir d’aile gauche des Démocrates mais bien un parti des travailleurs, un parti pour le socialisme et le communisme si férocement combattus par la bourgeoise américaine depuis que les idées de la transformation révolutionnaire de la société ont pris racine sur le sol du nouveau monde.

Yvan Lemaitre

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