La panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian a éclairé avec particulièrement de cynisme l’imposture permanente de Macron… En prétendant honorer la mémoire des militants de « l’affiche rouge », il cherchait à se grandir, au-dessus des partis, au nom de la nation, s’appropriant la mémoire des ouvriers immigrés, militants, communistes, livrés aux nazis par la police française, fusillés. Il dénature ainsi le combat de ces migrants, arméniens, roumains, hongrois, polonais, espagnols, italiens, juifs, qui se battaient pour la liberté et l’émancipation. Cette opération indigne a reçu le soutien empressé de tous les partis parlementaires, du PCF et de l’Humanité au RN, pour enterrer leur mémoire.  Au nom de la patrie et de la nation, de la république des guerres coloniales, ils bafouent les derniers mots de Manouchian : « Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité… Bonheur à tous... ».

L’usurpation est d’autant plus cynique qu’au même moment Darmanin s’empresse de faire appliquer la loi immigration, raciste et xénophobe, que Macron a fait adopter avec l’appui du RN. 

Emporté par son délire et sa démagogie, face à la révolte des agriculteurs, il espérait recommencer la mascarade des grands débats, lors de la révolte des gilets jaunes, en profitant du Salon de l’agriculture. Bousculée par les manifestants, l’opération s’est transformée en déroute après qu’il a cru pouvoir débattre tranquillement avec « Les soulèvement de la terre » en même temps qu’avec les représentants de l’agrobusiness anti-écolo de la FNSEA !

Étrange manœuvre d’un pouvoir en panique et d’un président dupe de lui-même !

Le double jeu permanent du gouvernement, les discours, écran de fumée, d’Attal pour berner son monde en prenant les gens pour des imbéciles, attisent la colère des agriculteurs ainsi que celle des travailleurs, stigmatisés par la haine ouverte contre les grévistes et les cheminots, menacés d’une suppression du droit de grève à certains moments. Il révèle au plus grand nombre la vraie nature de ce pouvoir, le met à nu, concentre les colères contre lui et prépare l’extension de la grève pour des salaires décents.

Les manœuvres de l’agrobusiness, de la FNSEA et du pouvoir pour écarter la question des revenus

Cette colère, Macron protégé par des hordes de flics, a dû la subir samedi au Salon de l’agriculture, contraint de supporter les huées et les « Macron démission », malgré les appels au calme de la FNSEA. Lui qui, avec Darmanin, était plein de mansuétude pour les souffrances de ceux qui travaillent, les a provoqués en mobilisant les CRS pour assurer sa sécurité. Et il a dû s’en remettre à la FNSEA qui lui a prêté main forte pour tenter de reprendre la main en jouant la comédie d’une discussion qui a débouché… sur l’annonce d’une autre réunion dans trois semaines ! Profitant du fiasco présidentiel, Bardella n’avait plus qu’à parader le lendemain au Salon, « pour le patriotisme économique et sortir de nos accords de libre-échange », au nom d’une « souveraineté alimentaire » qui n’est que poudre aux yeux. La continuité de l’imposture...

Les manœuvres du pouvoir avec la complicité des représentants de l’agro-business deviennent provocation, tant ils s’entendent pour rejeter le vrai problème posé par la colère paysanne : les revenus tirés du travail. « Arrêtez de faire votre beurre sur la valeur de notre labeur » dénonçait une centaine d’agriculteurs, occupant mercredi le siège de Lactalis à l’appel de la Confédération paysanne : « C'est l'entreprise n°1 mondiale du lait et elle n'est pas capable de payer correctement ses producteurs »… avec plus de 28 milliards de chiffre d’affaires dans 150 pays !

Lactalis est une de ces centaines de multinationales qui ont globalisé la crise agricole, suscitant partout la révolte, de Grèce en Allemagne, Espagne, Inde… Banque, industrie, grande distribution, en amont et en aval, elles enserrent la production agricole et font leurs profits sur le dos des paysans, et pour les plus pauvres, la question devenue vitale est celle des revenus de leur travail face à la prédation du capital.

Petits paysans, ouvriers agricoles, saisonniers, la lutte pour leur survie rejoint la lutte pour les salaires, au moment où les revenus des classes populaires sont la cible de l’offensive du patronat et du gouvernement.

L’austérité pour les classes populaires

Le Maire a annoncé 10 milliards d’euros d’économies immédiates sur le budget 2024, justifiés par la réduction des prévisions de croissance de 1,4 % à 1 %. Le ministre chargé des Comptes publics Cazenave a d’abord promis « on ne demande pas d’effort aux français », avant que l’imposture ne soit vite levée : un vol de ce qui aurait dû revenir aux classes populaires.

Après l’augmentation déjà annoncée des frais de santé, c’est l’aide au logement qui sera amputée de 330 millions. Et 2,2 milliards en moins pour l’environnement, 1,1 milliard pour les « aides à l’emploi » et la formation professionnelle, 692 millions en moins pour l’éducation, 905 pour l’enseignement supérieur, 742 millions en moins pour l’aide au développement des pays pauvres, etc.

L’armée et les « Sécurités » seront à peine touchées, à hauteur de 105 et 230 millions, alors que leurs budgets sont en forte progression, « économie de guerre » oblige, pour « une France plus forte dans un moment où la guerre revient en Europe » dixit Macron.

L’offensive est brutale aussi pour financer la dette, assurer la rente du paiement des intérêts qui rapportera 52,2 milliards d’euros aux banques en 2024, et qui devrait s’élever à 84 milliards d’ici 2027.

Travail contre Capital : défendre nos droits, nos salaires, la lutte pour l'avenir de la société

Seul le patronat en est le bénéficiaire, mais le président du Medef prévient : « Remettre en cause les aides aux entreprises, c’est une ligne rouge »… que le gouvernement n’a pas l’intention de franchir, même si les profits explosent.

Les 20 plus grandes banques européennes viennent d’engranger 100 milliards de bénéfices en 2023 contre 78 en 2022. « Jackpot pour les actionnaires » se félicitent Les Echos. Total récolte 19,8 milliards de profits (+ 4 %), Stellantis 18,6 (+ 11 %), LVMH 15,2 (+ 8 %), etc. Le même journal évoque « une semaine de tous les records sur les Bourses mondiales ». Les spéculateurs se gavent sur le dos de l’inflation et de l’appauvrissement des classes populaires, et les économistes ne font que souligner ce parasitisme quand ils l’expliquent par la « greedflation », l’inflation de l’avidité, celle des « profiteurs de crise » qui augmentent leurs marges pour accroître leurs profits au moment où la consommation stagne ou régresse.

Avec la croissance au ralenti, ce parasitisme se double du durcissement de l’exploitation dans les entreprises, pour extorquer davantage de plus-value, par les cadences, les pressions, la mise en concurrence. Les licenciements repartent à la hausse, comme le chômage, et le président du Medef annonce une prévision de 100 000 suppressions d’emplois dans le bâtiment.

La question des salaires se pose dans tous les secteurs. Dans de nombreuses entreprises, les salariés débrayent, engagent la lutte. Les directions syndicales ont fait le choix d'appeler le 19 mars à une journée de grève pour les salaires dans la seule fonction publique, isolée et sans lendemain. Elles laissent les travailleur·se·s en ordre dispersé, sans mettre en œuvre, ou même en discussion, ni revendications collectives, ni perspective, ni plan de bataille pour une lutte d’ensemble, seule à même d’inverser le rapport de force et de porter un autre avenir.

La lutte pour les salaires porte une dimension politique dont ne veulent ni les directions syndicales, ni la gauche parlementaire, respectueuses des institutions : elle porte atteinte à la loi du profit, à la propriété privée des capitalistes qui leur donne le droit d’exploiter les travailleurs.

Avec elle, se dessine l’affrontement qui déterminera l’avenir de la société, soit entre les mains de la bourgeoisie et de ses politiciens qui la conduisent à la ruine, la guerre et la destruction de l’environnement, soit sous la direction des travailleur·se·s, des classes populaires, de la jeunesse, qui par leurs luttes pour leurs droits, les salaires, la paix, la défense de l’environnement, portent la perspective d’un autre pouvoir, démocratique, celui des producteurs. Dès maintenant, préparer cet affrontement passe par militer pour l’extension des grèves pour les salaires, construire des liens de solidarité entre les salarié·e·s en lutte, s’organiser dans des collectifs, des comités de grève, nous donner les moyens de diriger la lutte.

François Minvielle

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