Il s’agit « bien plus qu’une question de Russie-Ukraine », déclarait lundi dernier, 19 février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Il s’agit de savoir si les démocraties prévaudront à l’échelle mondiale et si nous sommes capables de défendre et de protéger nos valeurs. Et la réponse doit être oui ». Candidate à sa réélection à la tête de la Commission, von der Leyen a donné le ton, lors de la conférence sur la sécurité de Munich, le Davos militaire, se mettant à l’unisson des déclarations guerrières de la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernements européens ces dernières semaines. « Poutine et ses généraux à Moscou doivent comprendre que nous, l’alliance militaire la plus puissante du monde, pouvons défendre chaque mètre carré de notre territoire », avait dit deux jours auparavant le chancelier allemand Scholz.

Le 19 janvier dernier, les trois Etats baltes ont signé un accord pour établir une ligne de défense militaire le long de leurs frontières avec la Russie et la Biélorussie. Le 30 janvier, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas se sont engagés mutuellement à établir un « Schengen militaire », un corridor de transport afin de pouvoir acheminer plus rapidement matériels et troupes des ports de la Baltique aux frontières orientales de l’Europe.

Les 15 et 16 février, Zélensky s’est rendu à Berlin puis en France pour signer des accords bilatéraux promettant une aide militaire pluriannuelle à l’État ukrainien, 3 milliards de la France, plus d’un milliard de l’Allemagne pour 2024. Des accords du même type avaient déjà été signés avec la Grande Bretagne le 12 janvier.

Les Etats européens qui avaient adapté depuis la fin de la guerre froide leur budget militaire, leurs productions d’armements et le format de leurs armées à des « opérations extérieures » le plus souvent dans leurs anciennes colonies ou ailleurs aux côtés des USA, préparent aujourd’hui leurs armées, leur industrie militaire et leurs opinions publiques à des guerres « de haute intensité », une extension de la guerre contre la Russie ou au Moyen-Orient.

Les déclarations de Trump lors d’un meeting électoral le 12 février, laissant entendre que lui élu, les Européens devraient se défendre sans les Etats-Unis, ont été mises au service de cette campagne pour le réarmement de l’Europe. De la part de Trump, c’est pure démagogie électorale, il se vante d’avoir réussi à pousser les Etats membres de l’Otan à augmenter leurs budgets militaires pour atteindre les 2 % ou plus de leur PIB. On peut croire le secrétaire général de l’Otan, Stoltenberg, quand il dit :« Quelle que soit l’issue des élections présidentielles, les Etats-Unis resteront un allié fort et engagé au sein de l’Otan », Trump président fera ce que lui dictera son administration dans l’intérêt de la sauvegarde de l’hégémonie des Etats-Unis. Les slogans de Biden, « America first » ou « America is back » n’ont pas d’autre sens que son slogan, « America great again ».

Depuis l’agression russe du 24 février 22, la catastrophe pour les peuples ukrainien et russe qu’est la guerre d’Ukraine, a été invariablement présentée par les gouvernements et les media occidentaux comme le résultat de la seule ambition impérialiste de Poutine, de sa seule folie de fanatique grand russe. Aujourd’hui une intense propagande belliciste désigne la Russie comme une menace non seulement contre les pays qui en sont limitrophes, mais contre l’Europe entière, voire le monde occidental dit « civilisé » et « démocratique ». Cette campagne est dans la continuité de celle qu’avaient déclenchée les Etats-Unis et leurs alliés au début de ce siècle contre les « pays de l’Axe du mal », Afghanistan et Irak entre autres, à la veille des guerres qui ont ensanglanté et ravagé les pays du Moyen-Orient.

Ce sont ces mêmes puissances occidentales qui sont les véritables fauteurs de guerre et mènent en Ukraine une guerre par procuration contre la Russie en se servant du peuple ukrainien comme chair à canon pour la défense de leurs intérêts. Pendant ces deux années écoulées, la guerre d’Ukraine aura déjà fait au total plus de 500 000 victimes, morts ou blessés dans les deux camps.

De l’agression barbare de Poutine à la menace fantasmée de « l’impérialisme russe »

Le 24 février 2022, 190 000 soldats russes et des milliers de blindés dont 2000 tanks commençaient leur entrée en Ukraine. Ces troupes et ces matériels étaient déjà massés à la frontière depuis début novembre 2021, « au vu et au su de tous les services de renseignement raisonnablement compétents »[i]. En décembre 21, la Russie présenta sous forme d’ultimatum aux Etats-Unis et à l’Otan deux projets d’accords, l’un pour s’opposer à la mise en œuvre de l’article 5 de l’Otan en ce qui concerne les pays de l’ancien bloc soviétique, l’autre voulant interdire à tout nouveau pays de rejoindre l’Alliance atlantique. Cette clause concernait en particulier la Géorgie et l’Ukraine, deux pays limitrophes de la Russie dont l’intégration était envisagée par l’Otan depuis le sommet de Bucarest en avril 2008. Les USA et l’Otan ont délibérément ignoré l’ultimatum de Poutine, fermant toute possibilité de négociation, comme ce sera le cas ensuite dans le déroulement de la guerre. Le Pentagone et la Maison blanche loin d’être inactifs et spectateurs vis à vis de la Russie et des pays de l’ancien glacis de l’ex-URSS avaient une politique diplomatico-militaire visant à plier la Russie à ses leurs intérêts tout en l’intégrant au marché capitaliste mondialisé. Les USA et l’Otan n’ont laissé aucune porte de sortie à la folie grand russe de la dictature de Poutine en toute connaissance des conséquences de leur politique d’encerclement militaire et diplomatique de la Russie par le biais de leurs alliés de l’UE dans l’Otan.

La barbarie de la guerre, bombardements et destructions de villes comme Marioupol et d’infrastructures fournissant eau, électricité et chauffage, massacres de civils, violences sexuelles, la violence de l’armée russe, les menaces d’utiliser des armes nucléaires, viennent alimenter la propagande occidentale au nom de la défense de la démocratie et du droit des peuples. La mégalomanie propre au dictateur, sa soif de pouvoir, la mise au pas de la population par une répression féroce de toute contestation et le meurtre de figures populaires d’opposants, tels que Navalny qu’il vient de réduire au silence menaçant tout opposant du même sort, la dictature au service des clans de la bourgeoisie proches du pouvoir sont dénoncées dans le même but de justifier la guerre des USA et de L’Otan.

Mais toute l’histoire depuis l’effondrement de l’ex-URSS est là pour démontrer qu’il ne faut pas accorder le moindre crédit à la menace que ferait peser Poutine sur les pays limitrophes de la Russie et au-delà sur l’Europe toute entière, comme le ressasse depuis des mois la propagande occidentale, alors que l’armée russe n’est même pas arrivée à tenir les positions qu’elle avait occupées en Ukraine au printemps 2022. C’est une invention destinée à justifier auprès des opinions publiques la préparation d’une extension de la guerre au prétexte de se défendre. Certes rien n’exclut que Poutine ne soit acculé par les pressions belliqueuses des USA et de l’Otan, leurs surenchères militaristes à engager lui-même une nouvelle étape de la guerre.

La guerre d’Ukraine inscrite dans l’offensive des USA pour conserver l’hégémonie mondiale

Dès le début de la guerre du Donbass, en 2014, les Etats-Unis, le Canada et la Grande Bretagne ont entraîné et armé les milices puis l’armée ukrainienne pour faire face aux milices séparatistes soutenues en sous-main par la Russie. Lors de la tentative d’invasion déclenchée par Poutine il y a deux ans, c’est ce qui a permis à l’armée et à la résistance ukrainiennes de repousser une armée russe, mal approvisionnée et équipée, du fait en particulier de la corruption de ses chefs.

A partir de février 2022, l’Otan -en « état de mort cérébrale », disait Macron en 2019- est sur le pied de guerre. Les USA en sont la direction réelle ainsi que celle du « groupe de Ramstein », du nom de la base américaine en Allemagne où il s’est réuni pour la première fois le 27 avril 2022. Rassemblant une cinquantaine de pays, dont ceux de l’Otan, il se réunit depuis mensuellement pour coordonner l’aide militaire à l’armée ukrainienne.

Les Etats-Unis ont ainsi conforté leurs alliances à travers non seulement l’Europe mais aussi l’Asie. L’Allemagne et le Japon, restés longtemps après la deuxième guerre mondiale dans une position de relative neutralité, sont aujourd’hui aux avant-postes de la militarisation du monde dont la Pologne, la Grèce, la Corée du sud sont aussi des fers de lance, leur budget de l’armement dépassant largement les 2 % du PIB enjoints par l’Otan. 

La guerre d’Ukraine constitue un tournant décisif dans la situation mondiale, accentué par la guerre génocidaire que mène aujourd’hui l’Etat d’Israël contre les Palestiniens, soutenue de façon indéfectible par les USA et les vieilles puissances impérialistes, les mêmes qui soutiennent le gouvernement Zelensky et l’armée ukrainienne. Les horreurs subies par les Palestiniens dont le massacre est organisé de manière délibérée et systématique montre la réalité de ce camp prétendument de la démocratie et de la liberté.

Guerre à la guerre ! Guerre à la barbarie du chaos capitaliste

Les travailleurs, les peuples, ukrainiens et russes n’ont aucun intérêt à cette boucherie qu’ont organisée leurs dirigeants et leurs alliés pour les intérêts de leurs classes possédantes. Ni Poutine ni Zelensky et l’Otan qui le soutient ! Cette guerre absurde ne pourra prendre fin que par le soulèvement des populations elles-mêmes contre les sacrifices qu’on leur impose, que par leur fraternisation contre leurs classes dirigeantes. Les résistances à la mobilisation forcée dans les deux pays, les protestations qui s’élèvent contre la guerre, en Ukraine malgré la loi martiale et en Russie malgré le talon de fer de la dictature, en sont peut-être les prémices. Personne ne peut le dire et nous n’avons guère les moyens d’agir sur le terrain même.

Cette guerre sans fin à travers laquelle se négocient les rapports de force entre grandes puissances sur le dos des populations ne pourra trouver d’issue démocratique que par la fraternisation entre Russes et Ukrainiens ce qui signifie la lutte non seulement pour en finir avec la dictature de Poutine mais aussi avec Zelenky instrument de la guerre des USA et de l’Otan.

Plus largement, en finir avec le militarisme et la guerre est la lutte des travailleurs par-delà les frontières pour en finir avec le capitalisme, le marché et la concurrence dont la guerre est une arme.

Les travailleurs doivent combattre les mensonges de la propagande guerrière et belliciste de notre Etat, de l’Union européenne, de l’Otan, en refusant que l’argent qui manque pour les besoins les plus élémentaires de la population soit englouti dans des dépenses militaires, la fabrication d’obus, de chars et autres engins de mort. 

Le militarisme et la guerre, le nationalisme, devenus les maîtres mots des dirigeants du capitalisme mondialisé, qu’il soit occidental ou d’ailleurs, ne sont pas une fatalité mais le produit d’un système de classe qui se nourrit de l’exploitation de la population et se joue des intérêts des peuples. L’ennemi est dans notre propre pays, nous n’avons aucun allié parmi les représentants des classes possédantes, quelles que soient leurs étiquettes politiques, et des millions d’alliés parmi les travailleurs du monde entier. Nous regrouper sur la base de telles idées, créer un courant internationaliste et révolutionnaire militant pour la coopération des peuples qui réponde aux aspirations des travailleurs, des jeunes, des femmes, est de notre ressort. Il s’agit d’aider à ce que s’organise une force capable de faire vivre la perspective d’un soulèvement mondialisé des travailleurs et des opprimés contre la guerre et le chaos capitaliste qui en est à l’origine, pour une réorganisation du monde sur des bases socialistes et démocratiques.

Galia Trépère

[i] Les Leçons d’une guerre, François Heisbourg, 2023, Odile Jacob

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