Le 3 janvier dernier, Trump et les USA se livraient à une opération de piraterie militaire internationale contre l’État vénézuélien profitant de l’affaiblissement de la dictature de Maduro pour mettre la main sur ses immenses richesses pétrolières et empêcher la Chine de s’y approvisionner tout en affirmant leur volonté d’assurer leur contrôle sur l’ensemble de l’Amérique du Sud en menaçant la Colombie mais aussi Cuba épuisée par les sanctions économiques. Ils proclamaient à nouveau leur projet prédateur, « d’une manière ou d’une autre », sur le Groenland ce qui lui vaut en retour une expédition militaire « Arctic Endurance » à laquelle participent 15 soldats français ! Cette mise en garde adressée à Trump viserait au final à « assurer la sécurité face aux menaces russes et chinoises dans l’Arctique » selon le ministère de la défense allemand… De quoi rassurer Trump !

Ce dernier, après avoir averti les dirigeants de la République islamique d’Iran que les Etats-Unis se préparaient, avec Israël, à intervenir une nouvelle fois militairement invoquant les massacres auxquels se livre le régime des Mollahs contre le soulèvement populaire, a ensuite, jeudi, renié sa parole, « les tueries ont pris fin ».

Cynique et sans scrupule, Trump, qui n’hésite pas à faire assassiner ses opposants et menace d’envoyer l’armée contre ceux qui protestent, ne se soucie en rien du sort des peuples pas plus au Venezuela qu’en Iran ou ailleurs. Il poursuit méthodiquement et accentue la guerre que mènent les USA depuis des décennies pour dominer le monde tant par l’embargo et les pressions économiques que par la guerre. Il entend profiter de l’affaiblissement des dictatures nationalistes et dites anti-impérialistes que ses guerres ont engendrées pour renforcer ses pressions, se soumettre voire abattre ces régimes qui gênent les USA pour regagner du terrain dans sa féroce guerre commerciale contre la Chine et l’ensemble des anciens pays coloniaux qui ont conquis leur indépendance et participent au marché capitaliste mondial.

La question n’est nullement une question de liberté ou de démocratie ! C’est avec une impudence méprisante que Trump s’adresse aux « Patriotes iraniens, continuez à manifester - prenez le contrôle de vos institutions!!! » et leur promet que « l’aide est en route ».

Nombreux sont ceux qui s’indignent de la violation du droit international qui serait remplacé par le droit du plus fort comme si dans cette société de classe, de domination et d’oppression il pouvait exister autre chose que la loi du plus fort ! Le droit international, l’ONU n’ont pour fonction que de gérer cette loi pour lui donner une justification acceptable pour tromper les peuples. Aujourd’hui les tensions internationales exacerbées par la concurrence mondialisée ne permettent plus aux institutions internationales qui se prétendent garantes de ce droit de fonctionner ou ne serait-ce que donner le change.

La crise globale du capitalisme met à nu son visage hideux, sénile, fou et criminel.

Il n’y a pas de retour en arrière possible. Le soulèvement des masses iraniennes bravant la répression sanglante porte l’avenir contre la dictature des Mollahs et celle du capital et de ses armées. Et il est probable que, bien malgré lui, Trump se fasse l’accoucheur de l’histoire en œuvrant à l’isolement, l’effondrement, l’affaiblissement politique et économique de la première puissance mondiale tout en encourageant, malgré lui, le soulèvement des travailleur·es et des peuples pour décider de leur destin.

« La France humiliée à Bruxelles mais aussi à Washington »

C’est ce « bilan désastreux » de Macron que prétend dénoncer la motion de censure soumise au vote de l’Assemblée nationale par les députés LFI mercredi. Elle accuse Macron d’avoir « laissé ouverte la porte de la capitulation de notre pays face à la Commission européenne » au sujet de la signature de l’accord de Mercosur. A cette capitulation s’ajoute celle devant Trump dont Macron, veule, a soutenu le coup de force contre le Venezuela. « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir » avait-il déclaré sans émettre la moindre critique ne serait-ce que sur la violation du droit international.

Cette motion de défense de l’honneur de la France bafouée, indignation vertueuse du point de vue de l’opinion nationaliste bourgeoise, ne défend ni les intérêts du peuple vénézuélien ni ceux du monde du travail de ce pays. Elle se situe entièrement sur le terrain du nationalisme et du mythe du droit international bourgeois censé régir les rapports de forces entre les nations et les classes.

Elle a convergé sur ce terrain du nationalisme avec la motion de censure déposée par Bardella et le RN portant sur l’accord de libre-échange du Mercosur, auquel Macron, marionnette, a finalement dit s’opposer.

Les deux motions, rejetées, soulignent des convergences réactionnaires qui participent de la même idéologie bourgeoise du nationalisme, arme des classes dominantes pour se soumettre les exploité.es.

Non à l’union nationale de LFI au RN en passant par Macron et le PS

Ce jeu de motions de censure du RN et de LFI est un nouvel épisode de la comédie parlementaire faite d’effets d’annonce, de faux-semblants qui se conclut par la clôture des débats et l’annulation du vote par le gouvernement qui, à l’heure où nous écrivons, hésite entre un 49.3 et les ordonnances, surtout éviter la chute !

Les députés socialistes n’ont pas voté avec LFI et pourraient ne pas s’opposer à un 49.3 et ne pas voter de motion de censure. Espérant encore avoir un avenir électoral, ils protègent le gouvernement tandis que LFI défend la nation et les institutions de la Vème République en n’ayant d’autre perspective qu’électorale pour faire élire Mélenchon au risque, au final, de laisser la porte ouverte à l’élection de Le Pen ou Bardella.

La bataille des motions de censure n’est nullement une bataille visant à regrouper les exploité·es et les victimes du gouvernement. Elle fait diversion au profit du RN soucieux d’occuper le terrain politique au moment où la justice prépare le début de la fin du clan Le Pen à la tête du RN, transition probable vers l’union des extrêmes droites.

Cette confusion de LFI, entièrement prisonnière du jeu parlementaire, participe, de fait, d’une union nationale au nom du souverainisme, de la défense de la France, c’est à dire du CAC 40 même si les uns et les autres s’opposent sur la manière de le faire. Elle est le support politique et idéologique du réarmement et du militarisme dont Macron s’est une nouvelle fois fait le champion lors de ses vœux aux armées. « L’histoire ne pardonne ni l’impréparation ni la faiblesse. Nos armées sont notre assurance-vie, et la dissuasion nucléaire en est la clé de voûte ». Combattre cet aventurisme militaire qui reprend à son compte l’idéologie trumpiste, « Pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant », c’est combattre ce nationalisme réactionnaire.

Contre le souverainisme et le nationalisme, la solidarité internationale des producteurs

L’opposition à l’accord du Mercosur au nom d’une politique protectionniste prétendant défendre les producteurs est une imposture qui relève de la politique dont Trump se fait le champion. L’alternative protectionnisme/libre-échange est un leurre, c’est bien d’ailleurs aux deux en même temps que sont confronté·es les travailleur·es de la terre.

Les intérêts des petits producteurs sont sacrifiés aux intérêts de l’agrobusiness, tant au niveau de la production que de la grande distribution dont la FNSEA, alliée au gouvernement, défend les intérêts. Le protectionnisme se combine nécessairement au libre-échange dans le cadre du marché capitaliste en fonction des intérêts des gros céréaliers et des gros éleveurs qui, en accord avec la grande distribution, décident des prix.

La colère paysanne est une des multiples manifestations de la crise globale de la société capitaliste qui entraîne une régression sociale pour l’ensemble du monde du travail, une régression des conditions de travail et de vie, dont sont aussi victimes les petits producteurs, les travailleurs indépendants, la petite bourgeoise.

La grève nationale des médecins libéraux et des cliniques privées entamée le 5 janvier pour protester contre le budget de la Sécurité sociale adopté en décembre 2025 en est une autre illustration.

La politique de l’État au service du CAC 40 entraîne une régression globale de la société qui dresse l’ensemble du monde du travail contre eux. Il appartient à la classe ouvrière de prendre la direction du mécontentement généralisé pour lui offrir une perspective politique et sociale en rupture avec les démagogues de droite ou de gauche qui n’ont d’autre objectif que de venir au gouvernement pour servir les mêmes intérêts de la classe capitaliste.

La classe ouvrière, tout en défendant ses propres intérêts, porte une perspective sociale et politique qui défend les intérêts de l’ensemble du monde du travail en libérant l’économie et le travail de la mainmise parasitaire du capital ainsi que de la concurrence et ses corollaires, le nationalisme et le militarisme, pour construire une société démocratique fondée sur le pouvoir des producteurs eux-mêmes planifiant leur propre activité dans le but de construire une société socialiste au-delà des frontières.

Au Venezuela, en Iran, ici comme aux USA, en Russie ou en Chine, une même lutte pour que le prolétariat conquière son indépendance politique

Les rapports entre les classes et entre les nations sont soumis à la même logique de la prédation capitaliste mondialisée. Les tensions commerciales, la montée du militarisme, des protectionnismes et du nationalisme, la régression sociale, le renforcement de l’exploitation, la prolétarisation, « le déclassement » de la petite et moyenne bourgeoise, obéissent à cette course au profit, la crise écologique et climatique aussi.

La financiarisation de toute activité humaine dans le seul but de maintenir ou d’accroître la rentabilité du capital qui, dans le même temps, se concentre toujours plus en un nombre de mains de plus en plus restreint de capitalistes milliardaires se traduit par une paupérisation et une prolétarisation croissantes du monde du travail ainsi que par une lutte acharnée au niveau international pour le partage des richesses produites. Au regard de l’augmentation constante du capital et de l’envolée des bourses, les profits dégagés de la production ne suffisent pas à maintenir cette folle croissance sans laquelle le capital court au krach, à l’effondrement, à la faillite. D’où la concurrence féroce, le militarisme et les guerres, la folie prédatrice de Trump, d’où aussi la succession à travers le monde, depuis la grande crise de 2008-2009, de soulèvements, de révoltes, de révolutions.

Ces processus révolutionnaires ont démontré que la chute des régimes en place, des dictateurs ne débouchait pas sur de nouveaux régimes démocratiques mais que les classes dominantes gardaient les moyens de reprendre la main tant que la classe ouvrière, les opprimé·es, la jeunesse ne construisaient pas de nouvelles organisations de pouvoir démocratique sur les lieux de travail et de vie.

La vague de protestation actuelle en Iran a débuté au sein du bazar, c'est-à-dire parmi les commerçants et les marchands issus de certaines couches de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie iraniennes. La classe ouvrière, les pauvres, la jeunesse sans travail participent aux manifestations sans cependant intervenir en tant que force indépendante défendant ses propres revendications avec ses propres armes, son propre programme. Washington et Israël cherchent à instrumentaliser l’influence de forces réactionnaires. Ils négocieront peut-être avec des dirigeants de la République islamique disposés à collaborer et à composer ou peut-être pourront-ils utiliser un homme de paille corrompu comme Reza Pahlavi, le fils du Shah, le tyran pro-occidental chassé en 1979 par la révolution confisquée et réprimée par les mollahs. Ils ne souhaitent pas l’effondrement du régime mais à en prendre le contrôle tout en maintenant l’ordre social contre l’ensemble des travailleur·es dont l’intérêt en Iran et au-delà est le renversement du régime des mollahs. « Mort à tous les tyrans ! Qu'il s'agisse du Shah ou du Guide suprême ! » scande la jeunesse étudiante.

De même au Venezuela, les USA souhaitent le maintien du régime avec la collaboration de Delcy Rodriguez que soutient Trump qui écarte son admiratrice Machado, qui, invitée à Washington, lui a offert son prix Nobel de la Paix sans rien en retour...

Leur préoccupation est de s’assurer le contrôle du pays et du pétrole.

Pour construire un régime démocratique, mettre en place une planification de l’économie pour assurer le bien-être de la population, engager une coopération avec les autres pays, avancer vers une fédération d’États socialistes, il n’y a pas d’autre voie que la construction d’un pouvoir des travailleur·es, une œuvre qui est, dès ses premier pas, inscrite dans une perspective internationaliste en rupture avec le nationalisme.

Se préparer ici à cette perspective, prendre notre place dans cette lutte, implique une politique en rupture avec les politiques nationalistes des partis parlementaires bourgeois de droite ou de gauche.

Il n’y a pas de réelle victoire possible en un seul endroit du monde. Le capitalisme ayant conquis toute la planète, ce n’est qu’en l’affrontant partout que nous pouvons imaginer participer à sa chute. C’est ce qui fonde la dimension universelle du combat révolutionnaire.

Yvan Lemaitre

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