Depuis une dizaine de jours, il est question d’un « plan de paix » de Trump pour l’Ukraine, tout aussi incapable de mettre fin à la guerre que le plan de paix pour Gaza alors que la population palestinienne subit quotidiennement les bombardements et les exactions de l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie et que celle-ci est intervenue à plusieurs reprises ces derniers jours au sud-Liban et en Syrie.

Le 20 novembre dernier, un plan en 28 points, négocié avec Poutine, était transmis à Zelensky et Trump sommait celui-ci d’y répondre avant le 27 novembre. Le plan prévoyait que l’Ukraine cède à la Russie des territoires au-delà des 19 % du pays que l’armée russe occupe, qu’elle accepte de réduire la taille de son armée et renonce à intégrer l’Otan tout en prévoyant qu’elle intègre l’UE. Le plan envisageait aussi la réintégration de la Russie au G8 et la levée progressive des sanctions.

Ce plan en forme d’ultimatum… à l’Ukraine, agréé par Poutine, avait été élaboré par Steve Witkoff, promoteur immobilier, ami personnel et partenaire de golf de Trump, son envoyé spécial, auteur avec le gendre de Trump, Jared Kushner, du plan pour Gaza et Kirill Dmitriev, un proche du dictateur russe, patron d’un fonds souverain russe, sanctionné pour cette raison par le trésor américain depuis mars 2022.

Il suscite dès sa publication dans la presse américaine le refus de Zelensky et l’indignation des dirigeants européens, et de nouvelles négociations ont eu lieu le dimanche 23 novembre à Genève en présence du chef de cabinet de Zelensky, Andriy Yermak, du ministre des Affaires étrangères américain Marco Rubio et des représentants allemand, britannique et français, avant des discussions plus larges entre Européens en marge du sommet du G20 à Johannesburg.  Trump agrée une nouvelle version du plan en 19 points qui limite les concessions territoriales aux territoires ukrainiens occupés par la Russie, abandonne la réduction des effectifs de l’armée ukrainienne et réintroduit la possibilité d’adhésion à l’Otan.

Poutine a déjà fait connaître son rejet de cette nouvelle version du plan, fort des « succès » de l’armée russe qui aurait repris deux villes ukrainiennes dans le Donbass et surtout de la faiblesse du pouvoir de Zelensky. En Ukraine, on estime que 300 000 soldats mobilisés ont déserté et les brigades de recrutement se heurtent de plus en plus souvent à la résistance de ceux qui veulent échapper à la conscription et aux gens qui les aident à le faire. Le patriotisme ne fait pas recette dans la population dont une partie croissante n’a plus d’illusions sur le fait que le gouvernement Zelensky serait moins corrompu que les précédents. Cet été, la jeunesse s’est mobilisée massivement contre le gouvernement lorsqu’il a voulu remettre en cause l’indépendance des institutions de lutte contre la corruption et l’a fait reculer. Début novembre, a éclaté un énorme scandale dans lequel sont impliqués des proches de Zelensky au plus haut niveau et huit de ses ministres. Il est question de 100 millions de dollars de pots-de-vin au total extorqués par le trust Energoatom et d’autres entreprises publiques de l’énergie à des sous-traitants et d’un réseau de blanchiment d’argent provenant d’affaires criminelles dirigé par Timour Minditch, un vieil ami et associé de Zelensky, lequel a quitté le territoire ukrainien peu de temps avant les perquisitions ordonnées contre lui. Cette semaine, Yermak lui-même, le bras droit de Zelensky, mis en cause, vient d’être démissionné.

Le régime de Zelensky est en train de s’effondrer, corrompu matériellement, politiquement et moralement, financé, armé, dirigé pour manipuler son propre peuple enrôlé dans la guerre par procuration des USA et de l’Otan contre leur rival capitaliste Poutine. Zelensky pourrait bien être sacrifié à un accord avec Poutine, ce qui est, depuis qu’il l’avait humilié publiquement dans le bureau ovale de la Maison Blanche, dans les intentions de Trump. Macron le recevra lundi, dans l’espoir de conforter la position de celui qui représente sa dernière carte pour trouver une place dans les sinistres marchandages en cours.

Des indignations hypocrites au service des intérêts des puissances européennes pour tirer leurs bénéfices de la guerre

La divulgation du plan américain en 28 points a suscité une vague d’indignations dans les capitales européennes. La « trahison » de Trump servirait les plans de guerre contre l’Europe que la propagande occidentale prête à Poutine pour tenter de faire accepter non seulement le réarmement mais aussi comme l’a exprimé en France le chef d’état-major des armées, le sacrifice de ses enfants.

« 1938-2026 : l’histoire ne balbutie pas. Elle se répète. Avec la même inexorable conclusion : la guerre qui vient. Munich hier, Kiev aujourd’hui. », écrivait lundi dernier Dominique Moïsi dans sa chronique hebdomadaire des Echos. Le désormais ennemi public n°1 Poutine est ainsi comparé à Hitler comme l’avaient été Saddam Hussein en 1990 au moment de la première guerre contre l’Irak, puis le dictateur Milosevic avant la guerre menée par l’OTAN en 1999 contre la Serbie… Poutine serait le nouvel Hitler avec lequel les USA concluraient un pacte comme le firent la Grande-Bretagne de Chamberlain et la France de Daladier à Munich avec Hitler.

Poutine n’a ni l’intention ni la force d’attaquer un autre pays d’Europe. Et surtout, les États-Unis, en soutenant Zelensky et l’État ukrainien, n’ont jamais défendu les intérêts de la population ukrainienne comme voulait le faire croire la propagande occidentale. Ils ont seulement utilisé celle-ci comme chair à canon dans la guerre par procuration qu’ils mènent contre la Russie. Avec sa brutalité coutumière, Trump a révélé les buts de cette guerre lorsqu’il a conclu le 30 avril dernier avec Zelensky un accord de partenariat pour exploiter les richesses minières d’Ukraine : disputer à la Russie ces richesses ou les négocier avec Poutine sur la base des nouveaux rapports de force créés par la guerre. De la même façon aujourd’hui, le plan de paix américain promet-il de consacrer une partie -100 milliards de dollars- des avoirs russes gelés dans des banques européennes à des investissements contrôlés par des entreprises américaines.

Quant aux dirigeants européens, leur versatilité à l’égard de Trump est dictée par leur volonté d’avoir quelques miettes du festin ukrainien. Une « vassalité heureuse » qui a pour cause l’impuissance des bourgeoisies européennes du fait de leur concurrence réciproque, de leur volonté de s’accrocher à leurs frontières et à leur État national, les garants de leurs privilèges.

Plans de paix, plans de business, les USA mènent leur guerre

« C’est un véritable business plan qui se cache derrière la paix que Trump tente d’imposer en Ukraine. Comme en Azerbaïdjan, au Congo, à Gaza — et aujourd’hui à Kiev — le schéma est toujours le même : Trump conditionne ses plans de paix à un accès privilégié aux ressources économiques locales pour les milieux d’affaires américains. » Tel était le sujet, lundi dernier, de la chronique internationale « Derrière la paix, le business », sur BFM Business, qui mettait en évidence les ressorts de l’agitation diplomatique de Trump. L’accord conclu fin avril entre Trump et Zelensky garantit aux États-Unis un accès prioritaire à l’exploitation des ressources ukrainiennes. Celles-ci, estimées 26 000 milliards de dollars, comprendraient des minerais essentiels à la fabrication de batteries pour lesquels les États-Unis sont à l’heure actuelle extrêmement dépendants de la Chine.

Même scénario pour des accords de paix que Trump a initiés entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en échange de l’aménagement d’une voie commerciale, au Congo contre l’accès à des mines de cobalt et de lithium, à Gaza… Et l’article de conclure : « Ainsi va la paix selon Trump : derrière chaque initiative diplomatique, il sécurise les ressources, et renforce la sphère d’influence américaine — tout en ouvrant la porte des marchés locaux aux géants technologiques et miniers américains. »

Par tous les moyens en leur pouvoir, guerre économique, commerciale, présence militaire et intervention guerrière comme dans le Golfe persique, contre l’Iran ou aujourd’hui le Venezuela, l’oligarchie capitaliste américaine et ses représentants, comme Trump aujourd’hui -mais cette politique a commencé avec Obama et Biden- mènent une véritable guerre, mondiale, pour sauvegarder leur domination face à la Chine et préparer la guerre avec celle-ci. 

Face à la crise de rentabilité du capital, face à la concurrence des puissances émergentes, les gouvernements de Biden et de Trump ont subventionné massivement les grandes entreprises et les grandes fortunes -l’Inflation Reduction Act de Biden-, ils se sont attaqués aux droits sociaux et démocratiques des travailleurs. Trump travaille à la mise en place de sa dictature pour poursuivre en l’accentuant cette politique dans le même but, museler la classe ouvrière pour lui imposer surexploitation et misère et enrégimenter la population pour la préparer à la guerre.

Si des oppositions s’expriment au sein même du Parti républicain contre Trump, elles ne portent pas sur le fond mais sur les effets retour de cette politique au niveau de la population pour des résultats peu probants. La Russie obtiendrait la reconnaissance qu’elle recherchait au lendemain de l’effondrement de l’URSS alors que la Chine s’impose dans la concurrence internationale. Le fond des discussions au sein des classes dirigeantes porte sur la façon d’enrayer le déclin de la première puissance mondiale dans le capitalisme mondialisé en pleines mutation et crise. Elles n’ont pas de réponse, leur échec est celui d’un capitalisme en décomposition.

Les droits des peuples comme la démocratie sont foulés au pied par les puissances capitalistes, seule une révolution socialiste mondialisée contre leur pouvoir corrompu leur donnera vie.

Galia Trépère

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