La comédie parlementaire se poursuit à la recherche d’un improbable vote du budget 2026, après l’échec de Lecornu, le rejet par l’Assemblée de son volet recettes, à la quasi-unanimité.

Le Sénat a pris le relai jeudi, après avoir voté la veille un budget de la Sécu réactionnaire qui a bloqué la suspension de la réforme des retraites et rétabli partiellement le gel des pensions. Ce sera une terrible régression pour les malades et les plus pauvres. Les « allers-retours » parlementaires et les faux- semblants devraient durer jusqu’au 23 décembre, délai fixé par la constitution, une comédie où tous les partis font mine de s’affronter, au gré de leurs rivalités et intérêts électoralistes, alors que, du PS au RN, tous discutent de comment imposer l’austérité aux travailleur·es, faire payer les classes populaires et sur le fond tous d’accord pour que les milliardaires et le grand patronat continuent d’alimenter leurs profits à l’aide des finances publiques et des budgets militaires, pour mener leurs guerres économiques et militaires.

Lecornu dispose encore du PS, son meilleur allié, comme ultime espoir d’obtenir une majorité, ce dernier, responsable devant le CAC40, prêt à un accord « négocié » avec le bloc gouvernemental pour lequel il pourrait même accepter… un 49-3 ! Il n’est même plus question de taxer les ultra-riches mais juste de les soumettre à un emprunt forcé qui pourrait être remboursable au bout de quatre ans.  Une blague !... que le Sénat n’a pas prise au sérieux.

Anticipant son échec, et pour s’assurer de faire passer les nouvelles attaques, Lecornu a réuni les partis parlementaires en vue de votes thématiques séparés, sur les priorités qu’il juge « absolues », comme le « renforcement des armées », la sécurité intérieure et extérieure et le narcotrafic qui seraient discutés les 10 et 17 décembre.

Ce budget de guerre contre les travailleur·es sera d’une façon ou d’une autre imposé au monde du travail dans le cadre des institutions de la République bourgeoise façonnées pour imposer sa domination et ses guerres. C’est sur son propre terrain de classe que le monde du travail, avec la jeunesse, refusera de se sacrifier, de marcher au pas et de sacrifier ses enfants. 

Leur budget... un plan d’attaque pour mener la guerre sociale, économique et militaire

Ce sont les prochaines attaques contre le monde du travail que Lecornu doit absolument faire passer, qu’il trouve une majorité au Parlement ou par recours aux ordonnances. 

Son budget est une saignée destinée à résorber le déficit creusé par le siphonnage des finances publiques par les milliardaires et le grand patronat, et à financer l’augmentation des budgets militaires.

Le Projet de loi de finances et le projet de financement de la Sécu constituent un même plan d’attaque global contre l’ensemble du monde du travail, salarié·es, chômeur·ses, malades et handicapé·es, étranger·es et migrant·es. Près de 30 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de l’Etat sont prévus au PLF, 5,5 milliards au PLFSS, c’est-à-dire sur les services publics et les budgets sociaux, alors qu’il n’est pas question de toucher aux revenus des ultra-riches et du grand patronat.

Le budget prévoit des milliers de suppressions supplémentaires de postes de fonctionnaires. Les collectivités, communes, départements et régions sont ponctionnés de 5,3 milliards. Leurs prévisions budgétaires pour 2026 les contraignent entre autres à aggraver les coupes dans les subventions aux associations en particulier sociales et de santé, sur lesquelles l’Etat se décharge de ses missions. Beaucoup annoncent de nouveaux licenciements, le recul de leurs services, voire de nouvelles fermetures de structures qui laisseront les plus fragiles sans aides, sans soins, sans hébergements.

Les faillites d’entreprises qui se multiplient, - 69 000 estimées dans les PME en 2025 - les plans de licenciements vont aggraver la détresse économique et sociale.  

Mais « la véritable austérité viendra après le budget 2026, l’heure des vrais sacrifices approche », promet le réactionnaire think tank Montaigne, la voix du grand patronat qui chiffre des sacrifices nécessaires comme diminuer de 60 % les aides personnelles au logement, de 18,5 % les aides aux chômeurs, ou encore supprimer 200 000 postes dans la fonction publique. Il s’appuie sur un rapport de l’OFCE (office français des conjonctures économiques) qui indique que pour « stabiliser » la dette publique, il faudrait amplifier les efforts dans les prochaines années pour économiser environ 120 milliards d’euros, soit quatre fois les économies prévues dans le PLF 2026. Leur plan de bataille est écrit, les travailleur·es ont besoin d’écrire le leur.

Nous ne sacrifierons pas nos vies et celles de nos enfants au capital ni à leur patrie

Il n’y a que les budgets militaires qui sont en augmentation. Le « réarmement » les a fait exploser de + 77 % entre 2017 et 2025.  Le gouvernement a rajouté 3,5 milliards cette année aux 476 milliards de la loi de programmation militaire 2024-2030.

Macron, rejeté, discrédité, qui ne peut plus jouer que sur son titre de chef des armées pour rester dans la course, dans son intervention devant des militaires à Varces en Isère, a parlé d’un « monde incertain » où « la force prime sur le droit » et où « la guerre se conjugue au présent ». « La seule façon d’éviter le danger, c’est de s’y préparer », a-t-il affirmé.

Menaces de guerre, conflits « de haute intensité » sont des réalités auxquelles se préparent tous les gouvernements et états- majors. Mardi 25 novembre, le Parlement européen a adopté un programme pour l'industrie européenne de la défense (EDIP) qui va accélérer la production commune d’armements et renforcer l’aide militaire à l’Ukraine. Cette escalade ne relève pas de la folie de dirigeants bellicistes ou du moins leur folie est celle de la logique du capitalisme pourrissant qui engendre le militarisme et les guerres indissociables des guerres économiques et commerciales.

Toute leur propagande nationaliste et guerrière vise à préparer l’opinion, à façonner les esprits, les dominer. La dramatisation outrancière et sans fondement d’une attaque de la Russie contre l’Europe voudrait soumettre les travailleur·es et la jeunesse au patriotisme économique et militaire, faire « accepter de perdre ses enfants et souffrir économiquement » comme le déclarait le Chef d’état-major des armées au congrès de l’association des maires de France. Des propos qui n’avaient rien d’improvisé mais s’inscrivaient dans l’objectif d’inciter à « la coopération étroite entre les forces militaires et la société civile », de préparer le pays à la guerre. Ce n’est pas la Russie qui menace l’Europe, mais les principales puissances européennes dont la France et l’Allemagne qui veulent se donner les moyens de participer à l’offensive des USA et de l’Otan.

Macron a annoncé la création d’un service national militaire volontaire, où la jeunesse apprendra, outre le maniement des armes, « l’esprit de discipline, la marche au pas, l’ensemble des chants et rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées ». « Notre jeunesse a soif d’engagement » a-t-il proclamé tout en ayant jugé bon de lui verser une solde de 1000 euros… au cas où les vocations manqueraient. Mais la jeunesse n’a soif que d’engagement pour la justice, la paix, la sauvegarde de la planète, de même que les travailleur·es, et elle n’est pas prête à mourir pour les multinationales et les financiers, à constituer les troupes du « réarmement moral de la nation ».

Pour l’embrigader, pour museler la colère et la révolte du monde du travail, faire accepter le pire, les serviteurs zélés des classes dominantes suscitent et surfent sur la peur que leur système engendre, la peur de la guerre, des conséquences de la guerre commerciale, d’un krach financier. Au Parlement, les plus va-t-en guerre se gonflent d’autant plus de postures patriotiques que ce sont les enfants des classes populaires qu’ils enverront se faire trouer la peau pour les milliardaires et le grand capital.

Ces derniers ont besoin d’un pouvoir fort capable d’imposer l’ordre dont les patrons ont besoin pour leurs affaires et pour nous faire travailler plus, imposer l’ordre des casernes à l’usine, ce à quoi postule l’union des droites et l’extrême-droite, en cherchant à imposer à la société leurs politiques et leurs idéologies xénophobes, sécuritaires et patriotiques.

La gauche politique et syndicale tout aussi responsable vis-à-vis du grand patronat et intégrée à l’ordre social participe du consensus militariste, pour « l’intérêt national », celui des classes dominantes. Si les député·es LFI ont voté contre les crédits militaires et la Loi de Programmation Militaire en 2023, ce n’était pas en opposition au militarisme mais parce qu’ils pensaient que le gouvernement n’allait pas assez vite dans le réarmement. Ils lui ont opposé leur propre programmation militaire.

Notre drapeau est rouge

Combattre les politiques et la propagande austéritaires et va-t-en guerre nécessite de lutter pour nos intérêts de classe, pour la solidarité internationale des travailleur·es et en finir avec la domination d’une classe minoritaire, parasite et réactionnaire, cela ne se joue pas au Parlement.

Ce jeudi à l’Assemblée, LFI a fait passer sa proposition de loi sur la nationalisation des sites français d’ArcelorMittal au gouvernement et à la droite avec l’abstention du RN, un vote symbolique lors de sa niche parlementaire qui, plus qu’une réponse aux salarié·es de l’entreprise entendait avant tout défendre la « souveraineté industrielle de la France et sa capacité à produire de l’acier » en particulier pour « la défense nationale », tout en « dédommageant » les patrons à hauteur de 3 milliards d'euros. Mais si ce vote peut être perçu comme positif par les salarié·es, ces derniers ne pourront pas faire l’économie de la lutte pour le maintien des sites et de leurs emplois.

Le sort des travailleur·es ne dépend pas des petits jeux politiciens parlementaires, mais de leurs luttes, de leur capacité à mener leur propre guerre de classe.

Nous avons besoin de nous préparer à l’affrontement inévitable avec le pouvoir, de faire vivre la démocratie « par en bas » en toute indépendance des appareils et des institutions, dans nos AGs de lutte, interpros, nos syndicats… d’y discuter d’un programme pour annuler la dette, exproprier les banques et les grandes entreprises, soustraire l’ensemble des richesses produites à la loi du profit pour les mettre au service des besoins collectifs.

Le 2 décembre, l’intersyndicale CGT-Solidaires-FSU appelle à une journée de grève contre le budget, nouvelle journée sans lendemain pour « faire pression sur le Parlement », sans perspectives et sans plan de lutte pour préparer l’affrontement avec le gouvernement et le patronat. Les travailleur·es, les jeunes qui veulent s’en saisir pour dire leur colère, n’ont aucune raison de subir la passivité des directions syndicales. Ce que nous avons réussi à faire le 10 septembre avec Bloquons-tout, a ouvert de nouvelles possibilités que tous les appareils veulent étouffer. Les grèves et manifestations de cette journée du 2 pourront réellement être utiles si nous en faisons une nouvelle étape de notre organisation afin de prendre nous-mêmes nos luttes en main, les diriger, préparer l’affrontement avec la réaction pour renvoyer dans les cordes tous ceux qui veulent nous faire marcher au pas, renverser la table.

Christine Héraud

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