Coup de théâtre, lundi dernier, Bayrou annonce en conférence de presse qu’il va solliciter un vote de confiance de l’Assemblée Nationale convoquée en session extraordinaire le 8 septembre. Ce vote qu’il présente comme un vote pour ou contre un budget d’austérité, vote qu’il est sûr de perdre, l’obligera à démissionner. La chute du gouvernement réjouit le monde du travail, elle affaiblit le pouvoir même si Macron affiche sa confiance en Bayrou et en lui-même pour s’accrocher à l’Élysée. Elle affaiblit le pouvoir et aggrave la crise parlementaire mais elle ne changera rien pour nous si nous ne prenons pas les affaires en main pour faire échouer le plan du gouvernement présent ou… à venir.

A une mort banale début octobre par motion de censure, comme celle de son prédécesseur Barnier, Bayrou a préféré mettre en scène un suicide, prenant la pose du sacrifié volontaire qui regarde la réalité en face pour le « bien du pays » qui serait en danger, menacé par les déficits et la dette que lui seul a le courage de vouloir réduire en imposant de vrais sacrifices, ceux-là, à la population.

En vieux briscard qui ne désespère pas de concourir une fois encore à la présidentielle même s’il est au plus bas dans l’opinion, il cherche à se construire l’image d’un chef de gouvernement qui ne craint pas d’affronter l’impopularité, menant jusqu’au bout la bataille perdue d’avance du vote de confiance sur une déclaration de politique générale centrée sur le prétendu impératif de réduire les déficits de 44 milliards. « La responsabilité ou le chaos », comme il l’a résumé de façon tragicomique, lors de l’Université d’été du Medef.

« On a le talent singulier dans notre pays de surajouter des difficultés à d’autres », s’est exclamé en réponse Patrick Martin, le patron des patrons. Si celui-ci n’a aucun doute sur le fait que le futur gouvernement n’égratignera en rien les intérêts des patrons et qu’il continuera au contraire de perfuser les capitalistes d’argent public, il s’inquiète que la crise politique surjouée par Bayrou ne renforce les risques d’explosion sociale qui ont pris corps autour de l’appel Bloquons tout le 10 septembre. Il sait bien que tous les gouvernements se plieront aux plans d’austérité, à la politique anti-ouvrière qu’il a comme projet d’imposer, mais il craint que la mascarade parlementaire et le débat sur la dette qui s’ouvre ne contribuent à attiser les mécontentements, à mettre à nu la propagande mensongère et cynique du pouvoir et ne provoquent un véritable soulèvement.

Le Medef prétend dicter sa loi !

Suppression de deux jours fériés, gel des prestations sociales, des salaires et des pensions de retraites de la Fonction publique, suppression de 4000 à 4500 postes de fonctionnaires et d’agents de l’État, 5 milliards d’économies sur le budget de la Santé, sans compter les nouvelles attaques programmées contre les chômeurs, contre le budget des hôpitaux et même les aides aux personnes âgées ou en situation de handicap… Tels sont les reculs que Bayrou entend imposer à la population pour trouver 43,8 milliards d’économies. Tout cela au nom de la nécessité de réduire la dette !

Celle-ci qui atteint aujourd’hui 3345 milliards d’euros constitue depuis des années une véritable rente pour les financiers et les riches, prélevée par l’État dans les poches du monde du travail.

On voudrait nous faire croire, mensonge éhonté, que c’est nous qui en sommes responsables parce que soi-disant « biberonnés » à l’argent public, mais ce sont les capitalistes et les grandes fortunes qui sont « accros » à l’argent de l’Etat. Pour eux, la dette est une manne. On connaît bien maintenant le chiffre des 211 milliards d’euros versés sous diverses formes au patronat. Mais il y a aussi la charge de la dette, c’est-à-dire les intérêts payés aux créanciers, aux financiers qui ont prêté à l’État. Elle se monte à 55 milliards d’euros, le plus gros poste de dépenses de l’État. Le budget militaire atteint, lui, 50,5 milliards et il est prévu qu’il augmente de 6,7 milliards en 2026 et de 6 milliards chaque année suivante.

Et c’est un cycle sans fin. Si nous n’y mettons pas un coup d’arrêt, il y aura d’autres plans de régression sociale pour satisfaire l’avidité sans limite du capital.

Déjà le Medef prévoit de nouveaux plans d’austérité après celui de Bayrou. Vendredi, lors de son Université d’été, il a dévoilé le projet du « Front économique » -un organisme formé de patrons et d’économistes- qu’il préconise pour un « sursaut de croissance ». Viser une réduction des dépenses publiques de 230 milliards d’euros, supprimer plus de 20 000 communes ou autres collectivités et environ 1,5 million de postes d’agents publics, ne garder comme fonctionnaires que ceux qui exercent des missions régaliennes, militaires et policiers essentiellement, telles sont les mesures qui permettraient de baisser massivement les impôts payés par les entreprises. Le Front économique veut aussi mettre en œuvre des mesures pour inciter à travailler au-delà de 64 ans, diminuer les pensions de retraite, en particulier des retraites progressives, et assouplir le recours aux heures supplémentaires.

Alors pour nous, c’est non ! Puisque Bayrou met sur la place publique son chantage à la dette, « la responsabilité ou le chaos », soyons responsables et lucides, soyons le plus nombreux possible le 10 septembre à dire par tous les moyens, grève, blocages, assemblées, manifestations, que la dette, le chaos, c’est eux !

Dérobades et double jeu des directions syndicales, prenons nos affaires en main

Alors que de nombreux appels à soutenir et rejoindre le 10 septembre ont été lancés par des fédérations syndicales de la CGT et de Solidaires, l’intersyndicale réunie vendredi a annoncé par un communiqué lu par Marylise Léon de la CFDT une journée de mobilisation… le 18 septembre, sans dire un seul mot du 10 septembre ! Rien d’étonnant de la part de la CFDT qui avait convié Bayrou à introduire un débat sur le travail il y a dix jours, lors de sa réunion de rentrée !

Mais quel double jeu des directions de la CGT et de Solidaires qui avaient appelé à construire la mobilisation, la grève le 10 septembre sous la pression de leurs bases militantes, que de s’aligner encore une fois sur la CFDT !  C’est cette même intersyndicale qui avait mené dans l’impasse le mouvement contre la réforme des retraites en 2023 en le contenant dans un agenda de journées d’action pour, au final, capituler devant le 49.3 de Macron.

La leçon de 2023 est encore dans les mémoires et bien des travailleur·ses ont l’intention de prendre leur revanche contre Macron pour faire reculer l’État et les patrons non seulement sur la question du budget mais aussi des retraites.

Bien des militant·es, tout en exerçant leur pression sur leurs directions syndicales, bien des travailleur·ses, des jeunes aussi, savent d’ores et déjà qu’ils ne peuvent compter que sur leurs forces, sur leur organisation démocratique pour faire sauter les freins à la lutte, faire du 10 septembre un succès en préparant le 18, une première étape d’un soulèvement général pour mettre un coup d’arrêt à la régression sociale.

Qu’importe le futur Premier ministre ou s’il y aura ou pas dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections, seule notre mobilisation peut changer le rapport de force, faire reculer pouvoir et patronat ainsi que le RN qui rêve de le servir.

Le seul gouvernement qui pourra défendre les intérêts du monde du travail sera un gouvernement démocratique des travailleurs eux-mêmes, émanant de leur lutte et sous leur contrôle, celui de la population, qui devra annuler la dette, exproprier les capitalistes, les financiers et mettre en place un monopole bancaire public capable de consacrer les centaines de milliards gaspillés dans les subventions énormes qui enrichissent les milliardaires et dans le budget militaire à la satisfaction des besoins de la population.

Il n’y a pas d’issue à la dette sans l’expropriation des capitalistes.

Galia Trépère

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