Vendredi 25 avril au matin, Aboubakar Cissé, un jeune Malien de 22 ans, venu faire sa prière à la mosquée Khadidja à La Grand-Combe dans le Gard, a été lâchement assassiné d’une quarantaine de coups de couteau. Son meurtrier le filme au sol, l’insulte et profère des propos islamophobes : « Ton Allah de merde, ton Allah de merde. »  Après avoir fui en Italie, il s’est rendu à la police trois jours après son crime.

Quel que soit l’état psychiatrique du meurtrier qui aurait dit vouloir « devenir un tueur en série », il s’agit bien d’un crime raciste, islamophobe, haineux, un acte terroriste barbare. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) ne s’est pas saisi de l’affaire, ce que demandaient les avocat·es de la famille d’Aboubakar Cissé. Les faits de meurtre en raison de la race ou de la religion aggravé par la préméditation ont été retenus pour son inculpation. Un choix qui s’inscrit dans la volonté du pouvoir et de Retailleau de minimiser le drame et sa signification, un drame dont ils portent la responsabilité politique et morale.

L’indignation feinte et cynique, masque de la propagande raciste du pouvoir

Il a fallu deux jours à l’exécutif pour réagir. Le dimanche dans l’après-midi, Macron s’est exprimé de façon pour le moins générale : « Le racisme et la haine en raison de la religion n’auront jamais leur place en France. La liberté de culte est intangible. » Bayrou, tard dans la soirée de samedi, a parlé de « l’ignominie islamophobe […] exhibée sur une vidéo ». Retailleau a fini par exprimer « sa solidarité à la communauté musulmane » sans pour autant participer à la marche blanche organisée dimanche à La Grand-Combe. Aucun représentant de l’État n’y était présent pas plus d’ailleurs que la maire PCF de la commune par peur de « l’instrumentalisation » ! Le même Retailleau, un mois plus tôt, ne scandait-il pas, dans un meeting intitulé « La France contre l’islamisme », « à bas le voile » pour affirmer vouloir « mettre en avant nos héros de l’histoire millénaire française, Charles Martel, Saint-Louis », héros nationaux de la guerre contre les musulmans. Le même Retailleau avait déclaré en janvier : « Il faut avoir le courage de se confronter à l’ensemble des causes qui alimentent l’islamisme, à commencer par l’immigration incontrôlée » qui « menace nos institutions et la cohésion nationale ». En février le Sénat adoptait la proposition de Darmanin d’interdire le port du voile dans le sport pour s’opposer au soi-disant « entrisme islamiste » dans le sport. Et cette semaine, il vient d’annoncer, mercredi, qu’il engageait une procédure de dissolution du groupe Urgence Palestine au nom du fait qu’il fallait « taper sur les islamistes ». Et cela après avoir lancé, mardi, celle du groupe antifasciste la Jeune Garde qu’il associe et amalgame à celle de Lyon populaire, groupuscule fasciste.

Au final, mardi en début d’après-midi, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet annonçait que « Face à l’émotion légitime et compte tenu de l’ignoble instrumentalisation faite par certains de sa mort, j’ai souhaité que nous puissions saluer tout à l’heure sa mémoire. Sobrement et dignement ». Alors que le Sénat s’y est refusé, le pouvoir et l’extrême droite ont dû céder sur le minimum, pour ne pas montrer leur volonté délibérée de banaliser un crime raciste et islamophobe et éviter d’affronter trop brutalement une large fraction de l’opinion écœurée. Puis Retailleau s’est résigné à proposer à la famille d'Aboubakar Cissé de la recevoir lundi, geste aussi tardif que méprisant.

Ils sont contraints de feindre l’indignation, eux qui orchestrent une véritable campagne politique raciste pas tant du fait des rivalités politiciennes entre eux mais bien parce que les politiciens de la bourgeoise considèrent que la xénophobie sous couvert de lutte contre l’islamisme est au centre de leur politique pour mener tant leur guerre sociale que militaire. L’axe de cette politique a été et demeure le soutien, la soumission à la guerre génocidaire d’Israël et des USA contre le peuple palestinien, contre les peuples du Moyen-Orient. Toute dénonciation de cette guerre barbare est assimilée à de l’antisémitisme et à un ralliement au Hamas, à l’islamisme. Leur acharnement contre le voile au nom de la liberté des femmes est à l’image de la défense de la laïcité au nom de la défense de... « nos origines chrétiennes ».

Le pouvoir voudrait banaliser un acte terroriste réduit à un simple crime. Pour le monde du travail, c’est bien une agression contre toutes et tous, un avertissement.

L’instrumentalisation démagogique de la violence sociale contre les jeunes et les classes populaires

L’attitude du pouvoir s’inscrit dans sa campagne xénophobe et contre l’islam mais plus globalement dans sa politique de criminalisation de la jeunesse, des classes populaires pour justifier sa politique sécuritaire, répressive. Les faits divers sont instrumentalisés à cette fin. L’assassinat d’Aboubakar Cissé survient un jour seulement après qu’un jeune lycéen d’un établissement privé de Nantes « fasciné par les idéaux nazis » a poignardé mortellement une élève et en a blessé grièvement trois autres.

Retailleau n’y a vu que « l’ensauvagement » de la société et Bayrou, une illustration de « la violence endémique qui existe dans une partie de notre jeunesse ».  Il ne leur viendrait pas à l’idée de s’interroger sur leur société qui façonne des déséquilibrés mentaux admirateurs du nazisme ainsi que se définissait ce jeune, pas plus que sur leur responsabilité. Non, ils dénoncent la jeunesse, les classes populaires, les accusent pour justifier la seule réponse à la décomposition sociale dont les classes dominantes et les politiciens qui les servent sont responsables, la répression. Pour Retailleau, « nous sommes dans une société qui a encouragé le laxisme, qui a voulu déconstruire les interdits, l’autorité, l’ordre, les hiérarchies et qui a accouché de toute cette violence. » Pour lui et les siens, la réponse est de rétablir l’autorité par la répression, les sanctions, la politique sécuritaire à l’école comme dans toute la société, fermant les yeux sur les origines des violences sociales auxquelles l’école, le collège, le lycée n’échappent pas et qui déstabilisent aussi la jeunesse.

Unité contre la violence de l’exploitation, du nationalisme, de la xénophobie et de la guerre

Encore une fois cette politique n’est pas la simple conséquence des rivalités électorales entre démagogues de droite et d’extrême droite. Elle est inhérente au système, à la politique de classe de la bourgeoisie pour défendre son pouvoir, sa domination sociale, ses privilèges alors qu’ici comme dans le monde le capitalisme est ébranlé dans ses fondements mêmes. Elle est inhérente aussi, de façon organique, à la logique interne de l’économie fondée sur l’exploitation du travail humain, le marché, la concurrence et la guerre qui façonne l’idéologie et la morale que les classes dominantes veulent imposer à la population.

Si, durant les périodes d’expansion du capitalisme, le prolétariat a pu conquérir et imposer des droits démocratiques, dès que la machine se grippe ou dérape, les classes dominantes ont recours à l’autoritarisme, la dictature, voire au fascisme pour maintenir leur domination.

Aujourd’hui, la machine capitaliste est dépassée par l’évolution de la société, condamnée à céder la place, elle s’épuise sous la pression de la guerre commerciale, de la propriété capitaliste financière, de la concurrence et de la guerre. Le cadre capitaliste est dépassé, explosé par le développement des techniques, des moyens de production et d’échange mondialisé qui ébranle le cadre national des frontières. Incapable de surmonter sa maladie, il se bat férocement pour sauvegarder les privilèges d’une minorité quoi qu’il en coûte à l’humanité. D’où sa fuite en avant sécuritaire, répressive et militariste.

Les manifestations du Premier Mai, journée de lutte et de solidarité internationale des travailleurs, le combat pour unir la classe ouvrière, par-delà les appareils syndicaux et politiques, autour de la défense de ses intérêts indiquent la seule voie pour en finir avec le nationalisme, la xénophobie et le racisme.

La défense des droits démocratiques, la lutte contre le racisme, pour le respect du droit de chacun à adhérer à la religion de son choix ou de rompre avec toute croyance religieuse, les droits des femmes, la liberté sont un combat collectif international de tout·es les opprimé·es et exploité·es pour changer la société contre la trumpisation du monde au service d’une minorité parasite.

Yvan Lemaitre

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