« Il n’y a pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumée et endossée des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu », déclarait Macron lundi dernier, à l’issue de la conférence européenne qu’il présidait à Paris au sujet de l’aide à l’Ukraine. Une surenchère belliciste pour occuper le devant de la scène européenne ? Sans doute mais pas seulement, il se faisait en fait l’écho d’une discussion qui a réellement eu lieu parmi la vingtaine de chefs d’État ou de gouvernement réunis à Paris.

De nombreux dirigeants -USA, Otan, Allemagne, Royaume-Uni- se sont récriés devant ces déclarations, non sans hypocrisie, un vrai concert de menteurs même pour tout dire, quand on apprend qu’une fuite a révélé que l’état-major allemand discute des possibilités de l’armée ukrainienne d’attaquer la Crimée grâce à des missiles Taurus de très longue portée, alors que le chancelier Scholz se disait encore il y a peu opposé à leur livraison. C’est ce qui permet à Macron de prendre argument des étapes précédentes de l’escalade militariste de l’Otan, quand il répond : « beaucoup de gens qui disent ‘’jamais, jamais’’ aujourd’hui étaient les mêmes qui disaient ‘’Jamais des tanks, jamais des avions, jamais des missiles à longue portée’’ il y a deux ans ». « Nous ferons tout ce qu’il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre », a-t-il insisté alors que l’armée ukrainienne manque non seulement de munitions du fait de l’interruption des livraisons américaines mais aussi et surtout de soldats, décimés sur le front, et tant sont nombreux ceux qui cherchent à échapper à la réquisition, au sacrifice de leur vie pour les intérêts d’un pouvoir et d’oligarques corrompus.

L’envoi de troupes au sol est certes exclu à court terme mais il ne faut pas fermer les yeux hypocritement sur la présence directe de militaires de l’Otan aux côtés de l’armée ukrainienne depuis des années et tout particulièrement depuis 2022. Et, aujourd’hui, la logique même de la guerre, une guerre des puissances occidentales contre la Russie par peuple ukrainien interposé, pourrait y conduire, accélérant l’escalade guerrière et la rendant incontrôlable, jusque, y compris, à l’utilisation d’armes nucléaires comme Poutine en a brandi la menace en réponse à Macron. Le tyran russe est d’autant plus imprévisible que son pouvoir et sa sale guerre se heurtent à une opposition qui s’est encore manifestée vendredi aux funérailles de Navalny suivies par des milliers de personnes malgré les risques de répression.

Les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, soutiennent aussi l’État d’Israël dont la guerre génocidaire a déjà fait plus de 30 000 morts parmi la population palestinienne. Dans Gaza réduite à la famine par le blocus israélien, un véritable carnage s’est produit dans la nuit de mercredi à jeudi, lors de l’arrivée des quelques camions d’aide alimentaire autorisés à entrer dans la ville. Les tirs des soldats israéliens ont fait plus de 115 morts et des centaines de blessés. Biden, Macron et d’autres ont fait entendre quelques paroles hypocrites de réprobation tandis que Darmanin s’engage dans la guerre comme il peut en annonçant un renforcement de la sécurité contre « la menace terroriste ». Leur soutien à Israël est inconditionnel parce que cet Etat est le gendarme des puissances occidentales contre les peuples du Moyen-Orient. Et ils s’inclinent quand l’État et l’armée sionistes rejettent toute proposition de cessez-le feu ou même de pause humanitaire.

Ils ont déployé une armada en Méditerranée, dans le Golfe persique et l’Océan indien pour faire face aux conséquences de l’offensive meurtrière d’Israël, intervenir contre les Houthis et le Hezbollah, et anticiper l’extension possible de la guerre à d’autres pays du Moyen-Orient dont l’Iran.

Leur guerre n’est pas la nôtre ! Non à la guerre de Biden et Macron

Les dirigeants du capitalisme occidental préparent leurs Etats et leurs opinions publiques au retour de la guerre sinon sur leur propre territoire, du moins avec la chair à canon de leurs populations. C’est leur politique pour imposer la mainmise de leurs multinationales face à leurs rivaux que sont les nouvelles puissances capitalistes émergentes.

La guerre est déjà là, la propagande orchestrée par le pouvoir et les médias aux ordres des Bolloré and Co le ressasse tous les jours, elle est là sous la forme d’une « économie de guerre » au nom de « l’aide à l’Ukraine » et pour « empêcher une victoire russe qui serait la fin de la sécurité européenne » comme Macron l’a déclaré dans ses vœux aux forces armées le 19 janvier dernier. C’est l’industrie de la défense qui doit acquérir « une capacité de production plus rapide et plus forte ». C’est un budget de l’armée qui aura doublé en 10 ans grâce aux 413 milliards d’euros attribués pour la loi de programmation militaire 2024-2030. C’est l’instauration du SNU obligatoire en classe de seconde. Dans le même temps, le gouvernement réduit les budgets des services publics et de la protection sociale tout en continuant à subventionner les groupes capitalistes avec l’argent public. « L’économie de guerre », c’est la guerre de classe contre les travailleurs et la préparation de l’armée pour des guerres de « haute intensité » comme le disent le gouvernement et les états-majors.

Rompre avec le nationalisme, aucune complicité avec la politique des puissances occidentales, aucune confusion avec leur propagande mensongère

A l’occasion du deuxième anniversaire de l’agression de Poutine contre l’Ukraine, les différentes forces du mouvement syndical et du mouvement révolutionnaire ont rappelé leurs positions sur la guerre.

Huit syndicats (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires, CFE-CGC, UNSA, CFTC) ont signé un appel commun à manifester intitulé « Pour une paix juste et durable : Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs ukrainiens ! ». Il y est question du « choix tragique de Poutine de réinviter la guerre à grande échelle sur le sol européen » comme si Poutine était le seul responsable de la guerre.

Ce refrain mensonger martelé par la propagande occidentale, on le retrouve dans le mouvement révolutionnaire lui-même. C’est ainsi que le NPA de Besancenot et Poutou réclamait des armes pour l’Ukraine et invitait à participer à la manifestation syndicale du 24 février. De même que le NPA-Révolutionnaires maintient son mot d’ordre « Troupes russes hors d’Ukraine » dont la réalisation ne peut être aujourd’hui que le résultat d’une victoire de l’armée ukrainienne et de ses alliés de l’Otan, quand bien même il est précisé en sous-titre « La défense de l’Ukraine par les travailleurs et leurs propres armes ».

Une enquête du New-York Times a révélé récemment comment la CIA, présente depuis 2014 en Ukraine, a préparé sur le terrain militaire la guerre actuelle. Macron lundi dernier a clairement laissé entendre -et cela a été confirmé par un responsable d’un ministère de la Défense d’un pays européen- que des militaires des forces spéciales, européens et américains, étaient déjà en Ukraine (officiers de renseignement guidant les opérations sur le terrain, personnel servant les missiles de longue portée livrés par la France et la Grande-Bretagne…). Autant d’éléments qui viennent ouvrir les yeux de celles et ceux qui ne voulaient ni voir ni entendre que la guerre d’Ukraine s’inscrit dans une offensive stratégique et militaire mondiale des puissances occidentales. Tout comme la guerre d’Israël contre les Palestiniens et les peuples du Moyen-Orient.

En réponse à cette offensive qui porte en elle la menace d’une mondialisation de la guerre, le mouvement ouvrier a besoin d’une politique. Il ne peut subir l’offensive sociale, idéologique, militariste sans réagir sous peine du pire. Contre le nationalisme et les défenseurs du camp occidental, les bellicistes de tous bords, nous avons besoin de constituer un front internationaliste qui se donne les moyens de lutter contre la guerre, révolutionnaire, capable de mener la lutte contre la propagande militariste qui ose se revendiquer du droit des peuples ou de la lutte contre l’antisémitisme pour justifier leur guerre par procuration contre la Russie et leur soutien inconditionnel au sionisme génocidaire.

Non au réarmement ! L’ennemi est dans notre propre pays

Notre solidarité avec les populations ukrainiennes et russes, avec la population palestinienne, c’est dénoncer les fauteurs de guerre que sont non seulement Poutine ou Netanyahou mais aussi les Biden, Macron and Co dont Zelensky est le pantin. C’est notre totale indépendance politique par rapport à notre Etat, notre gouvernement qui sont partie prenante de ces deux guerres, et leur politique militariste qui est indissociable de leur offensive contre les travailleurs, de même que leur politique raciste et xénophobe. Au nationalisme, à l’idéologie réactionnaire, d’extrême-droite, des classes dirigeantes, nous opposons la solidarité internationaliste entre tous les travailleurs quels que soient leur pays d’origine, leur couleur de peau, leur religion.

Leur guerre n’est pas la nôtre ! N’en payons pas le prix de quelque façon que ce soit ! L’État est prêt à engloutir des dizaines de milliards d’euros d’argent public pour stimuler l’industrie militaire, produire des avions, des blindés, des obus alors que des malades meurent dans des couloirs d’hôpitaux, que les établissements scolaires manquent de personnel, que les transports urbains sont invivables.

Nous disons « pas un euro, pas un homme pour la guerre ».

Le combat contre la guerre est indissolublement lié au combat contre le capitalisme lui-même dont la crise de sénilité génère une concurrence économique exacerbée pour l’accaparement des ressources naturelles et des richesses extorquées aux travailleurs.

Voilà la raison fondamentale de la multiplication des guerres et de la menace d’une généralisation de celles-ci, c’est la contradiction insupportable entre les capacités de production des richesses, les formidables progrès technologiques, la socialisation et l’internationalisation de la production et la propriété privée capitaliste, la concentration des richesses dans un nombre de mains de plus en plus réduit, le parasitisme des classes possédantes.

Pour la paix, pour la coopération entre les peuples, pour une économie socialiste destinée à satisfaire les besoins des populations et de la nature, il n’y a qu’une voie, la fraternisation par-delà les frontières contre la tyrannie du capital.

Galia Trépère

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