Nous voudrions revenir dans cette dernière lettre de DR de la période de vacances sur les discussions suscitées par le mouvement des gilets jaunes et les mobilisations qui agitent le pays depuis plus de 8 mois et les effets qu’ils peuvent avoir sur la situation sociale et politique, son évolution et la politique du mouvement révolutionnaire.

Inédit et convergence sont les deux mots qui reviennent le plus souvent à leur propos. Deux mots qui appellent le mouvement révolutionnaire à faire preuve d’imagination pour tenter de sortir de ses ornières, de ses habitudes de pensées, de ses divisions pour relever le défi d’une période nouvelle, inédite, et du besoin de celles et ceux qui ont engagé la lutte de se regrouper, de s’unir pour préparer l’affrontement avec la classe capitaliste, son État et ses serviteurs politiques.

Cette discussion concerne notre organisation, le NPA et plus généralement l’ensemble de l’extrême gauche, Lutte ouvrière et l’ensemble des militant.e.s du monde du travail. Il ne s’agit pas de raisonner du point de vue de telle ou telle tendance mais bien des intérêts, des besoins de l’ensemble de la classe ouvrière.

Elle se concentre en fait sur un point, comment avancer dans l’organisation d’une fraction de la classe ouvrière sur les bases politiques de l’indépendance de classe dans la perspective d’une transformation révolutionnaire de la société pour le socialisme et le communisme.

Le plus souvent, la discussion se concentre sur les mobilisations, leurs possibles convergences, la rentrée, le calendrier nécessaire en ignorant ou sans faire le lien avec le niveau de conscience de leurs acteurs. Le parti serait un plus, des succès immédiats dans les luttes étant le plus souvent invoqués comme l’étape indispensable pour aller de l’avant sur le plan politique alors que le développement des idées de la lutte de classe est indispensable au développement des luttes elles-mêmes. Et il n’est pas spontané.

Les révolutionnaires ne sont pas une avant-garde appelée à diriger les mobilisations parce qu’ils sauraient « comment gagner » mais ils interviennent dans les résistances et mobilisations de la classe ouvrière pour aider aux prises de conscience nécessaires à la prise en main démocratique de leurs luttes par les travailleurs eux-mêmes comme de leur convergence, de leur généralisation, c’est-à-dire la prise de conscience de la nécessité de l’affrontement avec la classe capitaliste et son État.

Force est de constater que le mouvement révolutionnaire n’a pas été en mesure de répondre à la faillite des partis issus de l’histoire du mouvement ouvrier, le PS et le PC, et des illusions qu’ils généraient pour jeter les bases d’un nouveau parti, instrument des luttes des travailleurs, de leur émancipation. Il est resté trop prisonnier du passé se considérant plus comme une opposition à cette gauche sans réussir à s’affirmer comme parti osant défendre son propre programme de transformation révolutionnaire, capable d’exister par lui-même, de se donner les moyens de s’enraciner au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Ces attitudes ne répondent ni aux besoins d’aujourd’hui, ni à ceux de demain. Par contre, les évolutions dont témoignent le mouvement des gilets jaunes et les mobilisations comme les coordonnées de la nouvelle époque historique que nous connaissons nous ouvrent de nouvelles perspectives à condition de nous armer d’une vision claire, d’une compréhension politique du capitalisme aujourd’hui, des évolutions en cours, des possibilités révolutionnaires nouvelles qu’elles ouvrent.

C’est le contenu même de la discussion. Nos tâches de construction ne peuvent se résumer à une incantation sur la nécessité de construire un parti communiste révolutionnaire ou une nouvelle représentation du monde du travail en restant dans le flou, ou pire, un appel à « une coordination de la gauche qui lutte ». Elles ne répondent pas à une idéologie ou à un modèle mais à la nécessité dans une période, un moment donnés pour le prolétariat de s’organiser en parti, instrument de sa représentation, de ses luttes, de son émancipation par lui-même. Une nécessité dont le contenu est défini par la période même, ses coordonnées, les perspectives qu’elle porte, les possibilités de dépassement des limites antérieures ou des erreurs et faiblesses.

Retour sur une occasion manquée, il y a trente ans le stalinisme s’effondrait…

La période actuelle qui s’est ouverte à travers la décennie qui a suivi la crise de 2007-2009 plonge ses racines dans le basculement du monde qui s’est produit au lendemain de la chute du mur, il y a trente ans, en 1989, puis de l’effondrement de l’URSS. La fin de la bureaucratie issue de la contre-révolution stalinienne, ouvrait une nouvelle étape de l’offensive libérale et impérialiste pour développer l’économie de marché d’un capitalisme qui semblait alors triompher.

L’effondrement du bloc dit soviétique entraînait aussi une crise dans l’ensemble du mouvement stalinien international en particulier en France où il se conjuguait avec l’échec de l’Union de la gauche et l’intégration du Parti socialiste à la gestion de l’offensive libérale de la bourgeoisie.

Les perspectives du mouvement ouvrier se posèrent alors dans un contexte radicalement différent. Les partis issus de l’histoire du mouvement ouvrier entraient dans une lente agonie, la propagande anticommuniste battait son plein, un profond désarroi, voire une démoralisation, s’emparait de bien des militant.e.s. Donner à ces derniers de nouvelles perspectives en défendant les idées du socialisme et du communisme sans céder à l’air du temps tout en s’engageant pleinement dans le combat contre l’offensive sociale, les attaques contre les travailleurs et la population de la bourgeoisie et de son État devait être la préoccupation essentielle des révolutionnaires.

C’est alors que la IVième internationale élabora la théorie dite des partis larges. Il s’agissait, en laissant ouvertes les questions de stratégie révolutionnaire, de créer les conditions politiques permettant d’éventuelles alliances avec des forces nées de la crise du stalinisme ou de ses conséquences. Erreur d’optique effet de l’habitude de raisonner par rapport aux partis staliniens alors qu’il s’agissait d’affirmer l’actualité du socialisme et du communisme, de la perspective révolutionnaire face au capitalisme triomphant en rupture avec les politiques faillies de la gauche.

Si, au lendemain de l’élection présidentielle de 1995, LO avait lancé un appel à la construction d’un parti des travailleurs, cet appel resta sans suite malgré le mouvement de novembre-décembre. LO se dérobait à ses responsabilités excluant les camarades qui voulaient faire vivre cet appel à l’origine de Voix des travailleurs puis, plus tard, de Démocratie révolutionnaire. Les camarades de la Fraction l’Etincelle opposés à cette exclusion ne partageaient cependant pas notre orientation visant à faire de cet appel une politique.

Nous défendîmes ensuite une politique d’unité des révolutionnaires alors que la LCR et LO n’ont pas voulu ni su utiliser l’élection, grâce à une liste commune, de 5 députés révolutionnaires au Parlement européen pour avancer vers un nouveau parti. C’est dans ce contexte que Voix des travailleurs fusionna avec la LCR en juin 2000, mena en 2002 la campagne pour Olivier Besancenot puis participa en 2007 à la majorité qui lança le projet du NPA. Celui-ci était en quelque sorte un compromis entre une politique pour un parti des travailleurs et celle des partis larges. Le rapport de force était néanmoins en faveur de cette dernière.

Le développement de la contradiction aboutit à la rupture de la composante essentielle du noyau fondateur, membre de la IV, après la présidentielle de 2012 qui a vu Philippe Poutou, camarade issu de notre courant, être le candidat du NPA.

Il était alors possible de relancer la dynamique du NPA en se rassemblant autour des clarifications politiques nécessaires. Force est de constater que cela ne s’est pas fait et, dix ans après sa fondation, le NPA a pris aujourd’hui, pour l’essentiel, la forme d’un front de fractions révolutionnaires avec une majorité construite autour de la majorité de la IV qui a pour boussole une synthèse entre suivisme et gauchisme.

La poursuite des chimères des partis larges a été prise à contre-pied par la crise de 2007-2009 et par la formation du Front de gauche. L’impasse de la financiarisation dans laquelle s’engageait le capitalisme demandait une grande clarté stratégique à l’opposé des confusions qui régnaient au Front de gauche et autour.

Comprendre les logiques politiques qui ont abouti à cet échec a pour fonction de nous mettre à la hauteur des possibilités et perspectives nouvelles pour l’ensemble du mouvement révolutionnaire. Si le NPA n’a pas pu, jusqu’alors, engager une telle discussion sur le fond, dépasser cette situation renvoie à notre capacité collective à saisir les coordonnées de la nouvelle période pour tenter d’anticiper la suite, élaborer une stratégie pour l’ensemble du mouvement révolutionnaire, capable de le rassembler pour œuvre à la convergence des mille et une résistances du monde du travail.

Offensive réactionnaire et renouveau de la contestation

Les huit derniers mois sont un concentré des données de la nouvelle période dans laquelle nous sommes engagés. Ces dernières s’y expriment de façon nette tant à travers le mouvement des gilets jaunes, les mobilisations qu’à travers les élections européennes. Les contradictions à l’œuvre y prennent un relief particulier.

Deux éléments principaux se dégagent. D’une part, dans la continuité des mobilisations engagées depuis 2016, la méfiance et les ruptures avec la politique des directions syndicales s’accentuent, les GJ, les enseignants, le mouvement des urgentistes… Et, d’autre part, dans le même processus, la gauche s’effondre et l’offensive réactionnaire s’accentue portant le RN en position dominante. Un jeu politicien pervers se poursuit dans la continuité de Sarkozy ou Hollande, la prétention à instrumentaliser le RN qui aujourd’hui fait des deux acteurs Macron et Le Pen des rivaux de plus en plus proches. Une logique qui profite mécaniquement à l’extrême droite.

Le mouvement révolutionnaire n’a pas réussi à surmonter ses divisions, il s’en affaiblit. Le NPA n’a pas pu se donner les moyens d’être présent dans la bataille des européennes, LO, malgré son dynamisme, ne sort pas d’une logique de repli sur soi. Ni les uns ni les autres n’ont été en mesure de formuler une politique d’ensemble pour le mouvement ouvrier, oscillant entre mouvementisme, proclamation, suivisme et sectarisme...

Il nous faut raisonner à partir de ces données et des expériences concrètes. Chercher à suppléer à nos faiblesses en privilégiant la politique dite de Front unique indépendamment de la réalité des rapports de force et de la construction du parti n’est qu’une façon de perpétuer le défaut du mouvement trotskyste, toujours agir en fonction de la gauche syndicale et politique plutôt que d’œuvrer à rassembler ses forces autour d’une perspective de classe, de se donner les moyens d’intervenir en tant que parti de classe en toute indépendance des forces institutionnelles.

Les mobilisations de ces derniers mois soulignent le manque d’une perspective générale pour le monde du travail qui aurait permis la jonction des gilets jaunes avec les secteurs mobilisés, voire l’ensemble des travailleurs. Cette jonction n’est pas simplement une question de coordination, de date de mobilisation, d’appel par en haut mais renvoie à un niveau de conscience ne serait-ce que de la fraction militante des mouvements, c’est-à-dire se penser et agir comme un mouvement de classe autour d’intérêts collectifs qui remettent en cause la domination capitaliste et son État.

La contradiction entre la vigueur du renouveau de la contestation, ses limites politiques et les pressions réactionnaires, populistes définissent le contenu de nos tâches, œuvrer au renouveau d’une conscience de classe socialiste et communiste.

Les coordonnées de la nouvelle époque et son caractère inédit

Cette combinaison d’éléments contradictoires telle qu’elle s’est développée en France est une des expressions des évolutions à l’œuvre dans le cadre de la nouvelle phase de développement du capitalisme que nous connaissons, le capitalisme financier mondialisé, pour paraphraser Lénine, le capitalisme au stade des multinationales.

Elle s’est formée à travers l’offensive libérale et impérialiste engagée au début des années 80 visant à lutter contre la baisse du taux de profit par les privatisations, la remise en cause des acquis sociaux, l’intégration au marché mondial et à la production internationale des nouveaux États nés des luttes de libération nationale, principalement les pays émergents.

La crise de 2007-2009 a été un tournant irréversible au sens où les réponses apportées à leur crise par les capitalistes et leurs États ont accentué tous les facteurs de crise, de parasitisme de la domination capitaliste. Elle a généralisé l’économie de l’endettement pour alimenter les profits.

La financiarisation de l’économie a été le moyen pour la classe capitaliste de se dégager des contraintes des États nationaux comme de la propriété privée capitaliste en transformant les moyens de production et d’échange en actifs financiers qui s’échangent en permanence sur les marchés financiers et les places boursières.

Le développement de la production et des échanges à l’échelle planétaire généralise la mise en concurrence des travailleurs et travailleuses dans le même temps qu’il développe le rapport d’exploitation capitaliste à un niveau jamais atteint et qu’il tend à ruiner les acquis du prolétariat des vieilles puissances impérialistes. La concentration de richesses immenses entre quelques mains provoque une accentuation inédite des inégalités.

Il globalise aussi la concurrence entre les États, grandes puissances, puissances régionales ou locales sans que même les USA puissent prétendre à maintenir un équilibre un tant soit peu stable dans les relations internationales.

Le capitalisme financier mondialisé est incapable de se réguler.

Il connaît une crise permanente conséquence de l’épuisement des gains de productivité. Au développement des techniques ne répond pas un développement de la production permettant de satisfaire les exigences de rentabilité financière de la masse énorme de capitaux en mal de plus-value.

Les capitalistes n’y font face qu’au prix d’une guerre permanente contre les salariés et les peuples en accentuant les rapports d’exploitation.

Dans le même temps, la mondialisation capitaliste épuise les ressources naturelles et engendre une crise climatique, écologique à laquelle le capital comme les États sont incapables de faire face.

L’instabilité économique et financière, les tensions internationales, les rivalités et luttes d’influence, les multiples conflits militaires locaux entraînent une montée des militarismes et un état de guerre permanent.

Si l’ensemble des transformations qui ont abouti à ce nouveau stade de développement du capitalisme montre ses limites ultimes, elles sont une étape vers un ordre économique nouveau pour reprendre la formule de Lénine au sujet du stade impérialiste.

L’évolution de la société crée les conditions objectives et subjectives de processus révolutionnaires tout aussi inédits que les conditions qui les engendrent et engendre aussi de nouvelles possibilités de construire les forces politiques nécessaires à l’émancipation du prolétariat et de toute la société de l’oppression et de la gabegie capitaliste.

L’actualité des perspectives révolutionnaires, convergence et parti des travailleurs

Cette situation inédite exige des révolutionnaires de rompre avec leur propre passé marqué voire dominé par l’opposition au réformisme social-démocrate ou stalinien pour se penser eux-mêmes collectivement comme les germes à partir desquels pourront se développer les nouvelles pousses d’un mouvement révolutionnaire pleinement engagé vers l’avenir. Loin de renier nos filiations politiques, il s’agit de leur donner la force de la jeunesse.

Le caractère contradictoire de la situation conduit souvent à une démoralisation, voire une abdication y compris dans nos propres rangs, autour de nous. Les cerveaux ont perdu leurs repères sans avoir la force d’imaginer d’où viendrait une autre perspective ou sans y croire. Inverser le cours des choses c’est d’abord et avant tout redonner confiance dans les possibilités de changer le monde, c’est-à-dire dans les perspectives révolutionnaires. L’offensive réactionnaire actuelle trouve un terrain d’autant plus favorable que la deuxième mondialisation qui bouleverse le monde est survenue à l’issue d’une longue période de défaites et de reculs du mouvement ouvrier. Le capitalisme a ainsi triomphé à l’échelle de toute la planète. En délitant les vieux cadres de domination des grandes puissances et des classes capitalistes, il n’apporte que crise, régression sociale et démocratique, guerres, catastrophe écologique. Cependant, la décomposition du vieux monde ouvre la possibilité de la renaissance du mouvement ouvrier révolutionnaire.

Loin de remettre en cause le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière nous voyons dans son puissant développement mondialisé, son internationalisation croissante, la confirmation de ce qu’écrivait Marx dans Le Manifeste communiste, « la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. » Ce sont eux qui sont en mesure d’apporter une réponse globale à la faillite du capitalisme.

Le point de convergence de l’ensemble des oppressions, la lutte contre la domination des classes capitalistes

Cette faillite s’exprime de mille et une façons à travers une crise de civilisation globale qui touche l’ensemble de l’humanité et son avenir. Le recul politique du mouvement ouvrier, l’intégration de ses appareils dans le moule bien-pensant de l’ordre établi, conduit bien des militant.e.s à insister sur le caractère spécifique de chaque oppression qui ne saurait être résumée ou ramenée, selon eux, à l’oppression fondamentale de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. Voire certains prétendent même que la défense des intérêts immédiats des salariés pourrait s’opposer aux luttes écologistes. En réalité, cette façon de voir est la conséquence de l’absence de perspective générale collective crédible. Elle est l’expression du discrédit qui frappe les idées du socialisme et du communisme.

Non seulement le caractère spécifique et particulier des oppressions ou agressions sociales, politiques, policières, militaires provoquées par le pouvoir capitaliste, les rapports d’exploitation, ne les oppose pas les unes aux autres mais elles trouvent dans leur origine fondamentale commune le terrain de leur convergence.

Certes, la lutte pour un ordre social nouveau n’épuise ni ne règle en soi aucune question mais elle en est le point de départ, la possibilité en œuvrant au rassemblement de l’ensemble des exploités et des opprimés, à leur prise de conscience que leur avenir comme celui de l’ensemble de la société est entre leurs mains. Et c’est bien dans cette perspective que chaque lutte peut devenir un facteur de convergence, de politisation et de prise de conscience collective. Cela est vrai pour les questions sociales dans leurs diverses manifestations, pour les questions écologiques ou toutes les questions démocratiques.

Dans ce contexte la lutte des femmes pour l’égalité des sexes et leurs droits revêt une importance toute particulière. Comme la lutte pour la défense et la conquête des droits démocratiques indissociables de la lutte de classes comme de la lutte contre l’extrême droite ou contre les intégrismes religieux. Notre tâche collective est de formuler une politique pour la classe ouvrière et ses luttes en combinant revendications immédiates, questions démocratiques et la question du pouvoir. Cette politique s’écrit chaque jour en fonction du niveau de conscience, de notre propre niveau de conscience collectif, c’est-à-dire de nos liens réels avec les masses, de notre capacité à exprimer leurs aspirations, d’aider aux évolutions de conscience             

Le combat contre la montée des forces réactionnaires, d’extrême droite, fascistes ou intégristes religieuses est une lutte globale contre la décomposition sociale et politique engendrée par les politiques des classes capitalistes.

Une politique inédite pour une convergence démocratique et révolutionnaire, chiche !

L’offensive capitaliste réactionnaire à laquelle le recul du mouvement ouvrier a laissé le champ libre ne nous ferme pas toute perspective, loin s’en faut, du moins si nous ne l’intégrons pas dans nos raisonnements sans voir comment dans les bouleversements en cours peuvent se dégager les perspectives révolutionnaires. Personne n’a de réponse clé en main sur les voies et moyens pour avancer vers la construction d’un véritable parti de masse. Cela ne peut être qu’un processus à travers lequel nous devons combiner une politique de regroupement des forces révolutionnaires et anticapitalistes avec la formulation d’une stratégie pour implanter nos idées au sein du monde du travail.

De ce point de vue, nous aurions besoin de voir le NPA bien plus comme une possibilité qu’un échec. Une nouvelle page de son histoire peut s’ouvrir à condition que nous soyons capables de faire vivre une démocratie qui ne soit pas un parlementarisme de fractions, mais une démocratie révolutionnaire, dynamique tant au niveau du mouvement anticapitaliste qu’autour de nous dans les syndicats ou associations où nous militons sans craindre aucun débat ni aucune confrontation, loin de tout suivisme. Que nous prenions la mesure du caractère inédit de l’époque que nous vivons qui exige des révolutionnaires de faire du neuf plutôt que de s’enfermer dans les certitudes des fractions nées dans le passé en relation avec des débats et préoccupations bien différents de ceux d’aujourd’hui.

Pour notre part, nous nous inscrivons dans cette démarche. Nous nous considérons comme des militants du mouvement ouvrier, de l’ensemble du mouvement révolutionnaire, au-delà des appartenances organisationnelles. Nous voulons contribuer, à partir de notre propre histoire et expérience, avec nos moyens et possibilités, à l’élaboration et à la mise en œuvre, en rupture avec toute forme de sectarisme et d’auto-proclamation, d’une politique pour l’ensemble du mouvement ouvrier et donc des révolutionnaires. Une telle tâche ne peut être que collective et dépasse nécessairement les limites de chaque courant, tendance ou fraction. Elle devrait prendre en compte, chercher à intégrer dans ces raisonnements l’activité de l’ensemble du mouvement tant pratiques que politiques comme autant d’activités et d’expression de ce parti potentiel. Une révolution copernicienne ? Certes, mais comment sinon prendre au sérieux les discussions sur la convergence ou le caractère inédit du mouvement des gilets jaunes et de la période ?

Dix ans après la fondation du NPA, saurons-nous ensemble avoir l’audace de reprendre son projet épuré de ses confusions pour souligner son caractère de classe, socialiste et communiste, en s’adressant à l’ensemble du mouvement anticapitaliste et révolutionnaire, des militants du mouvement ouvrier, aux travailleur.e.s, aux gilets jaunes, à la jeunesse ?

A travers les luttes d’aujourd’hui et à venir, sociales et politiques, en particulier les élections municipales de 2020, il nous faut engager un processus de discussion, de regroupement, d’organisation dans un objectif qui dépasse le NPA, ses fractions, nous faire les instruments de la construction d’un parti des travailleurs. Pour paraphraser un slogan soixante-huitard, soyons raisonnables, réalisons l’impossible !

Yvan Lemaitre

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