En Algérie, en France et dans de nombreux pays, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes a eu ce 8 mars un écho particulier alors que nombre d’entre elles sont aux avant-postes des luttes sociales et démocratiques de ce printemps naissant.

Dans les manifestations gigantesques de l’acte III contre les classes dominantes algériennes et leur pantin Bouteflika, différentes générations de femmes étaient au coude à coude dont beaucoup de jeunes (45 % de la population y a moins de 25 ans). Elles étaient nombreuses pour dire leur révolte et leur exigence de démocratie, de liberté, de justice sociale dans un pays où le code de la famille fait de la femme une mineure à vie, dépendante de son « tuteur », qui ne peut prendre seule les décisions et qui, si elle hérite, ne peut toucher qu’une demi-part… On ne badine pas avec la propriété...

Dans le monde entier, ce 8 mars, des millions de femmes ont manifesté contre l’arriération et l’obscurantisme, les préjugés, les violences sexistes dans la rue, à la maison, l’absence d’égalité au travail ; contre cette société d’exploitation et d’oppressions qui fait qu’une femme, sur tous les continents, a non seulement moins de droits qu’un homme mais est victime de violences inouïes. En France, sur les deux derniers mois, trente femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Dans plusieurs pays, les organisations féministes, des syndicats appelaient à une journée de grève des femmes. Une grève particulièrement suivie en Espagne où 6 millions de personnes ont fait grève et des centaines de milliers sont descendues dans les rues de Madrid, Barcelone derrière le slogan « si nous arrêtons, le monde s’arrête » ou « excusez du dérangement, on nous assassine ! ». En France, les rassemblements étaient appelés à 15h40, heure à partir de laquelle les femmes travaillent gratuitement chaque jour, leurs salaires étant inférieurs de 24 % à ceux des hommes (et de 9 % à compétences et travail égaux !).

Alors samedi 9, pour l’acte XVII, les femmes qui jouent un rôle moteur dans le mouvement depuis près de quatre mois ouvraient nombre de cortèges Gilets jaunes, comme d’autres samedis déjà, mêlant revendications sociales et démocratiques, l’exigence de l’égalité des sexes, la question de l’emploi, de la précarité, des salaires, des retraites….

Comme le disait dans son appel à manifester le collectif Femmes plurielles de Béjaïa en Algérie, le combat des femmes « s’inscrit dans la lutte collective d’affranchissement de toutes les formes d’oppression, de domination et d’asservissement ».

Les femmes aux avant-postes des luttes pour changer la société

Le 8 mars 1917, une manifestation massive d’ouvrières avait donné son impulsion à la révolution des travailleur.se.s de Russie dans laquelle les femmes ont joué un rôle fondamental pour renverser le pouvoir tsariste et conquérir des droits démocratiques. La jeune République des travailleur.se.s à peine sortie de la féodalité fut la première à légaliser l’avortement. Dans ce pays jusqu’alors sous la coupe des popes et du tsar, hommes et femmes devinrent égaux dans le mariage devenu civil comme dans l’union libre ; la vie des femmes, des travailleuses, fut profondément transformée.

De la révolution française et de la Commune de Paris jusqu’aux révolutions du printemps arabe et aux luttes actuelles, les femmes ont toujours pris une place déterminante dans les combats sociaux, y trouvant la force de surmonter les pressions, les préjugés véhiculés par une société qui les relègue le plus souvent au rôle d’exécutantes.

Les luttes libèrent, donnent aux opprimé.e.s la confiance nécessaire pour oser faire entendre leurs aspirations, prendre part à la construction et l’organisation du mouvement. La place des femmes dans la société les rend sensibles aux injustices, soucieuses de l’intérêt collectif, à l’écoute, elles à qui la société confie non seulement le soin de la famille mais les cantonne souvent dans des métiers tournés vers l’aide à la personne, aux seniors, aux malades, à l’éducation des enfants… emplois dont beaucoup sont parmi les plus précaires, les moins qualifiés et payés.

La lutte pour l’émancipation, un combat de classe

La situation faite aux femmes dans le monde illustre l’arriération de la société. Elles sont les premières victimes des obscurantismes religieux de tout poil, des droites ou extrêmes-droites au pouvoir ou y aspirant, des classes dominantes.

Les mobilisations de femmes se multiplient, participant d’une contestation globale de la société. Luttes pour le droit à l’IVG en Argentine, en Irlande, en Pologne… ; contre les viols et agressions sexuelles avec le mouvement MeToo ; contre les féminicides en Amérique latine avec le collectif Ni una menos ; contre le port du voile comme en Iran où de jeunes femmes bravent pouvoir et religieux en se découvrant en public ; contre les mutilations génitales dont sont victimes des centaines de millions de femmes sur tous les continents ; les luttes des ouvrières des usines textiles pour ne plus mourir dans les décombres des ateliers au Bangladesh ; pour l’égalité des salaires ; ou encore celles des mères noires américaines du mouvement Black Lives Matter refusant que leurs enfants meurent sous les balles de la police… Dans le monde entier, des centaines de millions de femmes se mobilisent pour leurs droits fondamentaux, ceux de leurs proches, contre de multiples oppressions, contestant l’ordre établi.

C’est un combat de classe contre l’oppression capitaliste qui, pour maintenir l’exploitation du travail des prolétaires, cultive l’ignorance, les préjugés, l’obscurantisme et glorifie le machisme chez les opprimés, la bêtise des hommes qui participent à l’oppression des femmes. « L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est la prolétaire du prolétaire » écrivait Flora Tristan en 1843. Elle est aussi celle qui en luttant contre son oppression, en prenant part au combat social, en contestant la société patriarcale, la propriété capitaliste complètement dépassées, ouvre la voie à l’émancipation collective.

En luttant pour leur propre émancipation, leurs droits fondamentaux sociaux et démocratiques, pour des relations libérées de toute relation de propriété, de domination, les femmes, les travailleuses sont les forces motrices de l’émancipation des hommes eux-mêmes, de l’ensemble des prolétaires, de la société toute entière de la domination capitaliste.

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