Le congrès du NPA s’est déroulé le week-end dernier à Saint-Denis. Nous y avons défendu les axes politiques définis dans le texte de la plateforme que nous avions initiée avec nos camarades de la Fraction l’Étincelle, « Une orientation pour relancer la construction du NPA dans la classe ouvrière et la jeunesse ». Nous nous sommes adressés à tous les délégués, comme dans les AG préparatoires nous nous étions adressés à l’ensemble des militants, en soumettant à la discussion une déclaration de fin de congrès. Il s’agissait de nous rassembler sur des points que tous sont censés partager : contre l’offensive des classes dominantes et de Macron, avoir une politique pour aider aux mobilisations ; amplifier le frémissement social que nous connaissons en agissant pour que les travailleurs prennent en main leurs affaires face à la politique de collaboration des grandes confédérations syndicales ; combiner construction des mobilisations et construction du NPA pour préparer l’inévitable affrontement.

Parmi les autres délégués, les uns voulaient à tout prix souligner la nécessité de l’unité… des appareils et les autres préféraient une démarche proclamatoire sur le parti ouvrier et révolutionnaire. Notre texte a été mis en minorité, d’ailleurs comme les autres textes. Aucune majorité ne s’est dégagée.

Nous avons proposé, sans succès, de dégager des éléments et axes rassemblant l’ensemble ou l’essentiel du NPA. Nous continuerons dans nos comités afin de mettre en œuvre une orientation qui se refuse à entretenir des illusions sur « l’unité » sans pour autant se contenter de proclamations.

Cette incapacité à dépasser le parlementarisme de tendances, y compris et en particulier de la part de ceux qui combattent… les tendances sauf la leur, renvoie à la faiblesse de ce congrès et du NPA : l’incapacité à élaborer une compréhension globale et commune de la période, des bouleversements en cours dans le monde aujourd'hui du point de vue d’une stratégie révolutionnaire.

L’ensemble du NPA est prisonnier de cette faiblesse. Y apporter une réponse ne pourra se faire qu’à travers une discussion sur le programme et la stratégie, discussion que nous souhaitions et que nous essayons de porter. Malheureusement ce travail indispensable est resté en friche. D’où les limites politiques de ce congrès.

Les dépasser suppose en préalable que nous refusions les rivalités et concurrences qui aveuglent et stérilisent le débat démocratique pour, à l’opposé, avoir le constant souci de trouver ce qui nous rassemble pour penser, agir et construire ensemble. Sans nier pour autant les divergences et les spécificités de chacun.

Un congrès de transition ?

Malgré ses faiblesses, des faiblesses collectives, ce congrès peut représenter un pas en avant. Il pourrait être un congrès de transition qui tourne la page de la longue crise provoquée par la scission en 2012 de la Gauche Anticapitaliste (GA), qui s’est liquidée elle-même en allant jusqu’au bout de la logique de la politique dite des partis larges pour intégrer d’abord le Front de gauche, puis la France Insoumise. Cette politique se perpétue à travers l’idée de la nécessité d’une « représentation politique des exploité-e-s ». Sans conviction ni perspective ni partenaire, elle a bien peu de crédibilité mais entretient la confusion.

Le NPA est aujourd’hui un front de groupes et de tendances révolutionnaires. C'est, à ce stade, la forme qu'a prise la politique de rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires. C'est un fait politique et un pas en avant, quelles qu’en soient les limites.

La démagogie hostile aux tendances et fractions qu’a développée durant le congrès la plate-forme U, la tendance représentant la majorité de la Quatrième Internationale, est préjudiciable à tous. Elle remet en cause le projet qui nous réunit. Il nous faut, au contraire, accepter le NPA tel qu’il est, regroupement de différentes tendances depuis la majorité de la IV jusqu’à la Fraction l’Étincelle et à Démocratie révolutionnaire, les initiateurs de la plateforme W.

Les difficultés du NPA ne nous conduisent pas à remettre en cause son projet mais à militer pour donner aux principes fondateurs un contenu qui réponde aux besoins de la période, c’est à dire qui en affirme plus clairement le caractère de classe et révolutionnaire.

Une vitalité et des acquis à condition que…

Pour se dégager de la crise, il faut s’attaquer aux racines des problèmes : la perpétuelle confusion entre politique unitaire, front unique et construction d’un parti, confusion qui perpétue les raisonnements autour de la notion de parti large. Tâche que le congrès n’a pu mener à terme.

Pour poursuivre le travail, nous pouvons nous appuyer sur les acquis de la campagne présidentielle, malgré ses limites, et l'évolution de la situation sociale et politique au niveau national et international, les mobilisations en cours qui prennent le relais du mouvement du printemps 2016.

La campagne présidentielle, le Front social, la solidarité aux migrants, l’activité quotidienne des comités, attestent de la vitalité du NPA, mais ne peuvent porter leurs fruits que si ce dernier donne une cohérence politique à ses activités et interventions, s’il affirme sa propre voix sans s’adapter aux cadres unitaires ou aux « outils de front unique ».

Depuis le congrès précédent, sa politique n'a cessé d'osciller entre les illusions unitaires et un volontarisme radical sans tenir le cap d’une politique de classe fondée sur une stratégie révolutionnaire s’adressant à l’ensemble de la classe ouvrière en fonction de son niveau de conscience, de ses préoccupations et de ses possibilités.

Et aujourd'hui, le NPA est comme dépassé par l’écho qu'a rencontré sa campagne présidentielle, comme désarmé face à ses responsabilités nouvelles. Il a besoin d’une orientation et d’une volonté politiques qui découlent d’une politique de classe et d’une stratégie révolutionnaire, du choix d’œuvrer au regroupement des anticapitalistes et révolutionnaires en vue de la construction d’un parti des travailleurs.

Ce n’est que si nous sommes animés d’une commune volonté de construire le NPA, sur une base de classe indépendante des institutions, des réformistes et des appareils syndicaux, que nous pourrons rétablir un fonctionnement qui encourage l’émulation intellectuelle et militante, les initiatives, tout en aidant à agir collectivement en intégrant toutes les expériences sans craindre aucun débat pour donner sa pleine mesure à la démocratie comme méthode d’élaboration et d’intervention.

Le mythe du « front unique » et la recherche des « alliances »

Cela veut dire avoir une démarche démocratique et révolutionnaire permettant de travailler à l’unité du monde du travail tout en gardant le cap de l’indépendance de classe. Il n’est pas juste d’écrire comme cela est fait dans le dernier tract du NPA : « Nous avons besoin d’un grand mouvement de mobilisation, unitaire, construit par toutes les organisations syndicales, politiques, une grève et des manifestations massives qui bloquent le pays et imposent nos revendications ». On ne peut laisser croire que les directions des grandes confédérations syndicales ou les organisations politiques - sans autre précision, mais tout le monde pense à FI -, veulent préparer un affrontement social et politique avec le gouvernement. C’est un tout autre langage que nous devons tenir, celui de la lutte de classe pour entraîner les travailleurs les plus conscients à prendre leurs affaires en main, à faire de la politique pour défendre leurs intérêts de classe sans s’en remettre aux politiciens professionnels ou aux appareils plus soucieux de leurs propres intérêts.

Construire le mouvement et construire le NPA, participent d’une même politique. C’est, en particulier, à travers ce travail politique que se tissent les liens nécessaires à la convergence des luttes.

Définir le contenu et les bases d’une stratégie révolutionnaire

Avancer dans le réarmement du NPA exige que nous soyons capables d’engager le travail qui est resté en friche pour remettre à plat les points de désaccords et les divergences en privilégiant le fond.

Il s’agit de définir le stade actuel de développement du capitalisme, ses nouvelles contradictions nées de la mondialisation libérale et impérialiste, les enjeux inédits liés à la crise écologique et climatique ; de repenser comme une question actuelle la stratégie révolutionnaire tant du point de vue de la construction du parti que des chemins du pouvoir et des possibilités du socialisme.

Cette discussion ne connaît pas de frontière de parti, elle se mène au sein du NPA mais aussi avec nos camarades de Lutte ouvrière ou avec celles et ceux qui, militants de l’ex-Front de gauche, militants syndicalistes, libertaires, jeunes, travailleurs… cherchent des réponses aux questions que suscitent la régression engendrée par la politique des classes dominantes et de leur État comme les limites auxquelles se heurtent les mobilisations.

Intégrer notre volontarisme militant en direction de la classe ouvrière et de la jeunesse dans une compréhension globale de la période constitue la seule méthode pour dépasser l’inévitable conservatisme de chaque groupe et tendance, faire du neuf, donner toute sa place à la jeunesse.

Seule la mise en perspective des évolutions en cours permet d’échapper aux démoralisations et scepticisme qui touchent bien des milieux militants suite à l’effondrement de la gauche institutionnelle, de ne pas être dominé par le passé mais de préparer l’avenir.

Loin d’intégrer dans nos têtes l’idée toute faite de « la dégradation des rapports de forces », nous devons penser, analyser, comprendre et expliquer les mouvements de contestation qui participent de processus démocratiques et révolutionnaires en réponse à la montée des forces réactionnaires, instrument de l’offensive des classes dominantes.

Un retour de balancier se prépare et puisque cette année se place sous le signe de mai 68, ce vieux slogan, « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi !», trouve un nouvel écho !

Yvan Lemaitre

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