Le nouveau gouvernement nommé, Macron et le patronat entendent se donner une majorité parlementaire pour mener les prochaines étapes de l’offensive au pas de charge. Tout laisse à penser qu’il obtiendra une majorité absolue tant l’empressement et la veulerie de ses prétendus opposants est grande.

Le calendrier se veut serré et la machine bien huilée, à voir les visages réjouis des représentants du patronat au sortir de leur rencontre à l’Élysée… comme celle des représentants CFDT, FO et CGT. « Patronat et syndicats plutôt rassurés après leurs entretiens à l’Élysée » titrait le journal Les Échos mercredi : « tous ressortis mardi, sinon satisfaits, du moins accommodants et prêts à discuter »…

Tout irait donc pour le mieux pour le nouveau Président, son gouvernement et le patronat… Il n’y a jamais eu autant de candidat-e-s se réclamant de la « majorité présidentielle ». Au point qu’ils doivent faire la circulation, séparer le vrai de la contrefaçon, les nominés des recalés. Difficile, semble-t-il, de faire respecter le brevet « République en marche » quand tout ce petit monde y court, non seulement les Touraine, Valls ou El Khomri mais une multitude d’autres, anciens et nouveaux, tous aussi décomplexés et mis en appétit par la distribution des places et l’espoir de faire le boulot pour les classes dominantes.

Le « nouveau » gouvernement est à l’image du programme : anciens ministres de Chirac, Sarkozy et Hollande, députés, maires, sénateurs, anciens membres des directions d’Areva, Danone, Dassault… C’est l’union nationale au service de la finance et des multinationales. Chacun est « à sa place » : la ministre du travail, ancienne DRH de grands groupes industriels, dont un des chefs de cabinet est ancien bras droit de Gattaz ; la ministre de la santé connue pour ses liens avec le laboratoire Novartis, ancienne présidente de la Haute Autorité de Santé et dont un directeur de cabinet vient d’un grand groupe privé d’assurance santé, et un autre a déjà été conseiller de Bachelot et Bertrand ; le ministre de l’Éducation nationale ancien directeur d’une grande école de commerce privée. Il y a également le ministre de « l’Action et des Comptes publics » qui appelait il y a peu à ne pas appliquer la loi du mariage pour tous, cette loi sur laquelle le nouveau premier ministre s’était abstenu, comme sur celle visant à la transparence de la vie politique. Mais c’est bien connu, la République et le pouvoir ont une capacité de résilience hors norme ! Quant à Bayrou, ministre de la justice, spécialiste de « la moralisation » et de « la tolérance zéro », il vient d’être renvoyé en correctionnelle pour diffamation… le jour même où le Canard enchaîné révélait que Ferrand, grand ordonnateur d’En Marche et ministre de la cohésion des territoires, a quelques gamelles…

Pendant ce temps, à l’Intérieur, l’ex-maire PS de Lyon Collomb, précurseur de l’armement de la police municipale et de la vidéosurveillance, spécialiste de la lutte contre les immigrés et les pauvres dans les quartiers populaires, surfe sur la menace terroriste. Et Macron vient sans surprise d’annoncer une nouvelle prolongation de l’état d’urgence et une nouvelle loi pour « renforcer la sécurité face à la menace terroriste », quelques jours après s’être affiché aux côtés des troupes françaises stationnées à Gao au Mali (1700 militaires) pour bien marquer, dès son installation, sa détermination à défendre les intérêts des multinationales françaises et à poursuivre la guerre faite aux peuples, terreau du terrorisme.

Vers un Parlement d’union nationale, « constructif » pour les classes dominantes…

Non seulement Macron est en passe d’obtenir la majorité absolue, mais ils sont déjà nombreux à LR ou au PS à se vouloir très « constructifs » si eux ou leurs poulains arrivent au Parlement !

Ainsi au PS, la « hamoniste » Martine Aubry qui appelle à voter pour « une opposition constructive… des députés de gauche qui ne soient pas une gauche contestataire »… Pas plus contestataire, Juppé a prévenu, en meeting de soutien à des candidats LR : « Notre groupe à l’Assemblée nationale devra s’engager, non pas dans une opposition partisane et une obstruction de tous les instants, mais dans un travail constructif. Si des textes vont dans le bon sens, je pense qu’il faut les voter ». Même registre pour Raffarin appelant lui aussi à être « constructifs » tout en précisant, au cas où, « il faut garder notre identité, nos valeurs, nous sommes Les Républicains, la droite et le centre… ». Jusqu’à Baroin, chef de file LR-UDI aux Législatives et ex-futur premier ministre de Fillon, déclarant lors d’un déplacement de campagne : « Nous ne sommes pas en opposition avec le Président, nous sommes dans la construction d’une majorité » pour répondre à Castaner, porte parole de Macron, qui venait de déclarer : « On veut une majorité qui dépasse les partis politiques et qui s’appuie sur des femmes et des hommes issus de la gauche, comme moi du Parti socialiste, mais qui puisse aussi s’appuyer sur les progressistes chez Les Républicains ».

Dans les appareils en décomposition du PS ou de LR, minés par les rivalités et totalement discrédités après plus de 30 ans à se partager le pouvoir, l’heure est aux angoisses, aux contorsions et à la débandade. Sur le marché engorgé, le politicien peut se dévaluer très vite.

Macron prétend s’inscrire dans le sillage de ceux qui ont dépassé l’opposition droite-gauche. Il y avait eu la mini tentative de Sarkozy en 2007, n’hésitant pas à citer Jaurès ou Blum, ramenant dans les filets du gouvernement Fillon des prises venues du PS : Kouchner, Hirsch, Bockel, Besson et même Fadela Amara de Ni putes ni soumises, nommée secrétaire d’État chargée de la politique de la ville sous l’autorité d’une certaine Christine Boutin, alors ministre du logement…

Macron prétend aujourd’hui mettre ses pas dans ceux de De Gaulle, prenant depuis des mois la pose inspirée d’un grand homme. Sauf qu’il n’y a pas grand-chose de commun entre l’opération de recyclage et de renouvellement d’un personnel politique en faillite qu’il est en train de tenter, doublée d’un discours évangéliste et managérial, et De Gaulle se plaçant au-dessus de forces politiques et sociales contradictoires et opposées à deux périodes cruciales pour la bourgeoisie française. Que ce soit au sortir de la seconde guerre mondiale, avec l’intégration du PCF au gouvernement pour faire le sale boulot contre la classe ouvrière et reconstruire l’appareil productif de la bourgeoisie ; ou en 1958 pendant la guerre d’Algérie, après le putsch d’Alger fomenté par Salan, en pleine faillite des institutions de la 4ème République. De Gaulle, exigeant les pleins pouvoirs, prenait alors la tête d’un gouvernement d’union nationale de Guy Mollet à Debré et jetait les bases d’une 5ème République afin d’assurer une stabilité politique grâce, en particulier, à l’élection au suffrage universel et uninominal à deux tours garantissant une majorité. Cette République que Macron utilise à plein, dont il revendique l’héritage à cors et à cris et dont il pourrait bien hâter la fin...

Le Front national voudrait préparer l’alternance

« A l’issue de cette élection législative, je prendrai l’initiative d’organiser des assises de l’opposition où j’inviterai tous ceux qui se considèrent comme étant dans l’opposition à la politique gouvernementale [...] Il y aura peut-être quelques Républicains. Peut-être, ce n’est même pas sûr, parce que pour l’instant ils ont l’air plutôt en soutien, en complicité avec Emmanuel Macron » a déclaré Le Pen à l’émission Questions d’info.

Confrontée à une crise au sein du FN -certains demandant l’exclusion de Philippot après ses propos sur une possible démission si la position sur l’euro évoluait-, après le départ « vers une nouvelle vie » de Maréchal-Le Pen, et alors qu’elle propose de changer le nom du parti, Le Pen entend reprendre la main et incarner l’opposition dans l’espoir d’engranger les fruits pourris de la politique de Macron et de ses alliés de tous bords.

Un danger bien réel si les travailleurs, la jeunesse, ne prennent pas eux-mêmes les choses en main, sur le seul terrain où peuvent s’inverser les rapports de forces, celui de la lutte de classe, imposant leurs exigences face à la dictature de la finance, des multinationales et des petits monarques à leur service.

Liquidation du PC et du PS, Mélenchon postule à prendre la tête de l’opposition

Pour Mélenchon, tout se joue dans les institutions. Sur RTL, mercredi dernier, il estimait que Macron a une légitimité pour « faire ce qu’il a dit qu’il allait faire » (!)… mais « il y a un régime parlementaire, il faut attendre que l’Assemblée soit élue… Macron ne peut rien faire avant ». Et s’il déclare qu’« on n’abrogera pas le Code du travail sur le perron de l’Élysée », la seule perspective qu’il fixe, c’est… les bancs du Parlement : « si nous sommes assez forts, nous sommes capables d’entraîner ce qu’il reste du PS et faire une majorité à l’Assemblée ». Il postule, dit-il, à devenir Premier ministre, et va jusqu’à vanter les charmes de feu la cohabitation…

Et surtout il tente d’asseoir sa domination sur les ruines du PS et du PCF qu’il entend finir de marginaliser.

Le PCF, entraîné dans la chute du PS allié historique, s’est finalement rallié à Mélenchon pour la présidentielle, espérant sauver des élus en surfant sur la vague. Pour les législatives, ses militants ont voulu croire possible jusqu’au bout l’« accord national large, équitable et représentatif, sous une bannière commune » que leur direction proposait à France Insoumise. Sauf que Mélenchon a exigé une allégeance totale : mêmes logo, programme, association de financement, appareil... ne laissant au PCF que le choix entre le suicide politique et une nouvelle déroute électorale avec la perte annoncée de nombre de ses élus. FI et PCF présentent donc quasiment partout des candidats rivaux, quelle que soit la configuration, à de rares exceptions près : Clémentine Autain (Ensemble !), Ruffin (France Insoumise), Caroline de Haas, Mélenchon et quelques autres bénéficient du désistement de l’un ou de l’autre, ainsi que 2 élus PCF sortants qui avaient parrainé Mélenchon.

Le PCF est renvoyé dans les cordes… accentuant sa crise et les questionnements de bien des militants qui cherchent des perspectives, une politique pour sortir de l’impasse. Alors que la lutte de classe se fait chaque jour plus violente et implacable, que plus de 10 millions d’électeurs ont voté Le Pen au second tour, nombre de militants ressentent l’urgence, mêlée de trouble.

Un trouble qui est aussi celui de bien des militants des différents syndicats où non seulement nombre de responsables sont liés à la FI ou au PC ou influencés par eux, mais où les militants sont au quotidien confrontés à la logique institutionnelle, aux cadres fixés par le patronat et le gouvernement, à la machine bien huilée des « négociations », du dialogue social… et à la violence destructrice de la politique patronale, du capitalisme.

Tracer la perspective d’un parti des travailleurs

La séquence électorale qui est en train de se conclure a soldé les comptes de la longue période où droite et gauche en alternance ou en cohabitation ont orchestré l’offensive de la bourgeoisie contre les travailleurs et les classes populaires. Le bilan est le triomphe, dans tous les aspects de la vie sociale et économique, de la loi du marché dépouillée de ses fioritures, du libéralisme qui génère violence, corruption, instabilité.

En 1847, dans le Manifeste du Parti Communiste,  Marx et Engels décrivaient la bourgeoisie ne laissant « subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant" […] elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. […] Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés ». Avec Macron, place au paiement au comptant, le capitalisme mis à nu...

La politique des classes dominantes porte comme jamais en elle la régression sociale et démocratique, les guerres, le terrorisme. Les gouvernements, conseils d’administration nationaux des banques et des multinationales, entraînent le monde entier dans leur fuite en avant. On a ainsi vu Macron serrer chaleureusement la main de Trump en marge du sommet de l’Otan, se disant « très heureux de pouvoir ensemble changer beaucoup de choses » à l’heure où les bruits de bottes résonnent d’un continent à l’autre, où les porte-avions sillonnent les mers au Moyen-Orient, en Asie…

Une seule force est capable d’enrayer la catastrophe annoncée, la classe ouvrière qui représente l’immense majorité de la population et sur qui repose l’ensemble de la production, tout ce qui fonctionne dans la société. Manuelle et intellectuelle, riche de plusieurs générations, d’expériences politiques multiples, elle n’a que peu conscience d’elle-même, de ce qu’elle représente et du rôle qu’elle peut jouer, de la perspective qu’elle porte d’une organisation sociale débarrassée des rapports de domination, d’exploitation et de concurrence.

C’est bien cela que nous voulons porter, au quotidien comme dans les élections législatives là où nous sommes présent-e-s, dans la continuité de la campagne présidentielle : faire entendre les intérêts de notre classe, faire de la politique, oser penser l’avenir, une autre société, et pour cela, tracer la perspective d’un parti des travailleurs pour contester le pouvoir à la bourgeoisie.

Nous voulons nous adresser à tous ceux qui se sont reconnus dans la campagne autour de Philippe Poutou, un ouvrier révolutionnaire parlant la voix de sa classe, exprimant sa révolte, ne se laissant pas intimider par le mépris de classe, par une société faite par et pour la bourgeoisie, les financiers, les classes dominantes dégoulinantes de fric et de mépris qui achètent tout ce qui passe, politiciens, organes de presse, qui entendent décider de ce chacun fait et dit, où et comment.

Notre révolte, c’est celle des ouvriers de la Souterraine, des vendeuses de chez Tati, des lycéens en lutte contre la loi travail… Nous voulons aider à créer des liens, à rassembler, en formulant un programme pour aider aux luttes et à leur convergence en posant la question politique, celle de la nécessité du regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires, étape vers un parti nouveau parti des travailleurs.

Dans ces législatives, le 11 juin prochain nous ferons entendre la voix des exploités, de la révolte, et la nécessité que le monde du travail prenne ses affaires en main en votant pour les candidat-e-s du NPA là où elles et ils sont présent-e-s et, partout ailleurs, pour les candidat-e-s de Lutte Ouvrière. Et aussi modestes soient les scores au vu du scrutin, chaque voix comptera et sera un encouragement pour tou-te-s celles et ceux qui veulent préparer la suite !

Isabelle Ufferte

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