Nos échanges autour de la présidentielle et de ce que nous voulons y porter se tiennent alors que vient d’être publié un nouveau rapport du GIEC qui, à lui seul, donne la mesure des défis auxquels l’humanité, le monde du travail, la jeunesse doivent faire face. Il ne s’agit pas de demain, de perspectives lointaines, d’un supplément d’âme révolutionnaire. C’est aujourd’hui.

L’accélération, l’imminence de la faillite capitaliste a des conséquences très concrètes pour l’immense majorité de la population à travers le monde, des conséquences sociales, économiques, écologiques et démocratiques.

L’offensive des classes dominantes pour tenter de maintenir les profits d’une ultra minorité condamne des milliards de personnes à la misère, au dénuement, aux guerres, aux catastrophes climatiques et sanitaires. La pandémie qui n’en finit pas en est une illustration qui en annonce malheureusement très probablement bien d’autres.

Et pour faire face aux explosions de révoltes, de colère qui ne peuvent qu’amplifier, pour tenter de maintenir leur « ordre » ou plutôt leur anarchie, les classes dominantes ont partout recours à la brutalité et aux forces réactionnaires. De Bolsonaro à Orban, Trump pas parti bien loin ou Le Pen et ses rivaux au gouvernement ou ailleurs en France, le danger de l’extrême-droite et de la droite extrême, la possibilité qu’elle soit demain au pouvoir dans des pays comme la France, parmi les plus épargnés de la planète, donne la mesure de la situation. Et ceux qui voudraient se rassurer du résultat des régionales risquent fort d’être bien vite ramenés à la réalité.

Mais il ne peut y avoir de lutte contre l’extrême-droite sans contestation de la domination capitaliste et de ses institutions.

La déroute globale du capitalisme ou la nécessité d’un autre mode de production

La guerre de classe s’intensifie. Des camarades, en particulier des plateformes 2 et 4, insistent dans les débats sur le rapport de forces dégradé. C’est vrai, mais ce qui l’est tout autant c’est que les conditions objectives de la révolution mûrissent de façon accélérée. La question n’est pas de dire que nous sommes en période révolutionnaire ou « prérévolutionnaire » mais des processusrévolutionnaires sont bel et bien inscrits dans les évolutions en cours. Ils ont déjà commencé.

C’est de cela qu’il nous faut d’urgence prendre la mesure pour définir notre orientation pour la présidentielle et bien au-delà, définir nos axes de campagne et décider du « casting » qui n’est pas une question de personne mais une question politique.

Et le débat est que voulons-nous porter, quelles sont nos perspectives, nos orientations politiques ?

A l’heure où les élections régionales ont démontré une nouvelle fois la décomposition politique qui touche de plein fouet tous les partis institutionnels, toutes les forces qui aspirent à gérer les affaires de la bourgeoisie, à l’heure où la gauche dans ses différentes compositions-recompositions-décompositions n’en finit pas de se défaire, d’exploser, de se répandre, où le candidat PCF choisit la sécurité et le « maintien de l’ordre » comme axe de campagne et participe au défilé de soutien à la police à côté des Zemmour, Le Pen ou Darmanin, où Mélenchon nous fait manger de la République matin, midi et soir, encadré de ses lieutenants Guetté et Bompard chargés de son programme ou Quatennens… A l’heure où certains ne pensent qu’à essayer de se survivre alors que de nombreux autres ne pensent qu’à l’après, en particulier l’après-Mélenchon… où nous situons nous, quelles sont nos perspectives, à quoi voulons-nous participer, une « refondation anticapitaliste » avec une partie de LFI, à la reconstruction d’une « représentation politique des exploités et opprimés » comme nous y appellent la P2 et la P4 ? Ou bien au regroupement des anticapitalistes révolutionnaires dans la perspective de la construction d’un parti révolutionnaire pour appeler les travailleurs et la jeunesse non pas à se faire représenter mais à postuler eux-mêmes au contrôle de la société, de l’économie, à poser la question de l’urgence de changer de mode de production et d’échanges. Pas pour un autre siècle, aujourd’hui.

Les économistes de la bourgeoisie eux-mêmes posent la question, tel Artus, de la fin ou pas du capitalisme.

Au cœur de la présidentielle, la question du pouvoir

Nous ne pouvons continuer à contourner la question du programme, qui ne peut être seulement la réactualisation du programme de transition. Il nous faut nous en approprier la méthode pour prendre la mesure ensemble des données profondément bouleversées de la période et en dégager des axes pour aujourd’hui.

La présidentielle, moment où la question du pouvoir est posée à grande échelle, peut et doit être l’occasion pour les révolutionnaires de porter nos perspectives, un programme faisant le lien entre les exigences immédiates du monde du travail et des classes populaires (salaires, chômage, féminisme, écologie…) et la contestation de la propriété capitaliste, de l’exploitation. Un programme qui porte la perspective socialiste et communiste, un « plan des mesures transitoires du capitalisme au socialisme » disait Trotsky.

Ce débat a été laissé en friche depuis le début du NPA, et il a continué à être soigneusement évité malgré le vote très majoritaire d’une motion au CPN il y a exactement un an, que nous avions soumise pour impulser ce débat indispensable sur la période et l’élaboration d’un programme. Il nous rattrape aujourd’hui, dans l’urgence, la politique a horreur du vide.

Il ne nous suffit pas de dénoncer le capitalisme, comme il ne suffit pas de porter quelques « mesures emblématiques » censées nous différencier de la gauche de gouvernement, telle la question de l’immigration, pour faire face aux responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres, celles des révolutionnaires. Nos axes de campagne doivent intégrer les bouleversements que provoque la faillite capitaliste, faire une critique socialiste du capitalisme.

Face à la régression économique, sociale et politique, à la crise écologique majeure engendrées par la course au profit et la concurrence capitaliste mondialisée, nous voulons faire entendre une voix en rupture avec la gauche institutionnelle et ses différents morceaux dont les calculs et les contorsions, l’opportunisme désarment et écœurent une très grande majorité de notre classe, de la jeunesse.

Nous entendons porter la révolte contre cet ordre social insupportable. Cette révolte qui secoue la planète depuis en particulier les révolutions arabes. Une révolte dont les travailleurs, les classes populaires, la jeunesse, les femmes sont les forces motrices, mettant en cause les inégalités insupportables et exigeant une démocratie réelle et directe. Ces mouvements ouvrent des perspectives politiques nouvelles. Un nouveau monde est en train de naître en leur sein, qui prend conscience de lui-même à travers ces affrontements.

Le besoin d’égalité, de dignité, de coopération et d’entraide, d’en finir avec la misère, la pauvreté, la brutalité des classes dominantes et de leurs États, l’aspiration à prendre soi-même ses affaires en main impriment les luttes des exploités, toute la période, portant la nécessité d’en finir avec la dictature de la finance.

C’est cela que devrait exprimer une déclaration commune issue de cette CN, notre programme pour la Présidentielle, en déclinant les différents points, de la nécessité d’un service public national de la santé pour faire face à l’urgence sanitaire, d’un monopole public bancaire aux mesures immédiates nécessaires pour lutter contre la misère, le chômage et la précarité… jusqu’au combat contre les oppressions, la démagogie réactionnaire, pour l’émancipation.

L’ensemble de ces exigences posent la nécessité de réorganiser l’économie en fonction des besoins des travailleurs et de la population sous leur propre contrôle, la nécessité d’une planification démocratique pour enrayer tant la catastrophe économique et sociale qu’écologique.

Et elles portent en germe la perspective d’un gouvernement des travailleurs et des classes populaires, leur nécessaire coopération à l’échelle européenne et internationale.

Une politique pour l’unité des anticapitalistes et révolutionnaires

Populariser ce programme, faire le lien entre les exigences immédiates que portent les luttes des opprimés et des exploités, de la jeunesse et des travailleurs dans le monde entier et la perspective socialiste et communiste ne peut se faire sans avoir une politique pour l’unité des anticapitalistes et révolutionnaires, en France comme à l’échelle internationale. Et pour ce qui nous concerne plus directement et immédiatement, sans intégrer dans nos préoccupations, nos perspectives, notre politique Lutte Ouvrière dont, soit dit en passant, mais ce n’est pas un détail, les scores aux régionales (320 000 voix) sont un des symptômes, très modestes certes mais bien réels, des évolutions au sein du monde du travail. Surtout si on les compare à ceux de LFI, quels qu’aient été les configurations locales opportunistes que cette dernière ait choisies avant de se rallier, du moins partout où on a bien voulu d’elle… aux listes d’unions de la gauche.

Alors je le redis, la question n’est pas celle du casting, celui-ci découlera sans difficulté des orientations que nous voulons porter. La question est celle de notre compréhension de la période, de l’évolution du capitalisme, de notre compréhension de l’état de la lutte de classe, des dynamiques en cours et du rôle que peut jouer notre classe face à la catastrophe annoncée.

Il ne s’agit pas de faire ou pas des pronostics mais de nous mettre en situation de répondre à la seule hypothèse qui nous intéresse, celle de la contestation de la domination capitaliste par notre classe et de formuler un programme pour y répondre et porter la perspective de la transformation révolutionnaire de la société.

Isabelle Ufferte

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to Twitter

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn