Alors que la situation sanitaire ne cesse d’empirer avec la diffusion rapide de nouveaux variants, le gouvernement est incapable de maîtriser l’épidémie. Il ne sait que multiplier les mesures contraignantes contre les populations des régions les plus touchées. Au couvre-feu à 18 heures appliqué dans tout le pays, aux confinements locaux comme à Nice, Castex a annoncé jeudi dernier une nouvelle série de mesures concernant une liste de « départements à risque » qui ne cesse de s’allonger… confinements les week-ends comme dans le département du Pas-de-Calais, extension du port du masque, fermeture de magasins mais aussi possibilité pour les préfets d’interdire toute manifestation au nom du risque sanitaire…

Il semble que le plus important soit donc de rester enfermé pendant les heures de repos ou de loisirs… pour que leur « monde d’avant », c’est-à-dire la machine à profit puisse continuer à tourner, même si tout est bousculé !

Parce que le gouvernement ne veut ni s’opposer au patronat, ni dégager des moyens supplémentaires ne serait-ce qu’en embauchant des personnels suffisants dans les écoles, les hôpitaux et les Ehpad, il ne sait qu’utiliser la contrainte contre les populations, multiplier les interdits contradictoires, les contrôles policiers et les sanctions et culpabiliser tout le monde… jusqu’aux soignants accusés de ne pas donner l’exemple pour la vaccination, leçon de morale particulièrement indécente et insupportable.

Le fiasco de la campagne de vaccination… l’avidité de Big pharma

Castex, comme Macron et le gouvernement depuis la rentrée, multiplient les annonces en prenant des poses de grands stratèges, jusqu’à la ministre des armées qui a annoncé l’ouverture de centres de vaccination dans 4 hôpitaux militaires. Tous les enseignants vaccinés au plus tard en mars, avait promis Blanquer en janvier ; 10 millions d’ici la mi-avril, 20 millions d’ici la mi-mai, 30 millions cet été, a promis Castex jeudi ! Les annonces gouvernementales n’engagent que ceux qui y croient. En réalité la campagne de vaccination se révèle de plus en plus comme un fiasco… et certainement pas à cause de l’hostilité aux vaccins car, tout au contraire, ceux qui voudraient se faire vacciner, bien souvent, ne le peuvent pas.

En France à peine 2 % de la population a pu être pleinement vaccinée (4 % avec ceux qui attendent encore leur deuxième dose). Même ceux qui devraient être prioritaires, n’ont pas toujours accès aux vaccins à cause de la pénurie. A Bordeaux, fin février, une cinquantaine d’habitants d’une résidence pour personnes âgées ont manifesté pour réclamer les doses qui leur avaient été promises en décembre : « On veut des vaccins ! ».

Les firmes pharmaceutiques se sont précipitées pour rafler les marchés publics sans se soucier d’investir pour satisfaire les commandes. Alors que l’Union Européenne avait commandé 180 millions de doses à AstraZeneca pour le 2ème trimestre 2021, seules 90 millions devraient être livrées. Les firmes se mènent une concurrence féroce, protégeant jalousement leurs brevets, leurs secrets de fabrication. Et les retards s’accumulent, un mois de retard pour les doses de vaccin Johnson & Johnson prévues pour avril ; 10 millions de doses de moins que prévu pour le vaccin de Pfizer….

C’est toute l’absurdité de la situation. Des vaccins ont été mis au point grâce aux extraordinaires progrès des sciences et des techniques et c’est à ce jour le seul espoir d’en finir rapidement avec cette pandémie. Mais ces vaccins ne sont finalement que de simples marchandises avec lesquelles les multinationales pharmaceutiques prévoient surtout d’engranger des milliards de bénéfices.

C’est ce que dénonce à juste titre l’appel-pétition « Brevets sur les vaccins anti-covid, Stop. Requisitions ! » soutenu par une cinquantaine d’organisations associatives, syndicales, politiques dont le NPA [1]. Cet appel exige la suspension des brevets sur les vaccins, la réquisition et le contrôle de leur production et appelle à faire du jeudi 11 mars, date anniversaire de la déclaration de la pandémie mondiale par l’OMS, une journée d’action.

La pandémie révèle l’absurdité d’un système où les capacités scientifiques de l’humanité entrent en contradiction avec la propriété privée capitaliste qui les détourne de leur utilité sociale pour les mettre avant tout au service de l’avidité des multinationales.

Une politique au service des 1 % contre les 99 %

Les États se détournent de l’intérêt collectif pour faire valoir ceux d’une minorité d’actionnaires. Ils sont incapables de suspendre les brevets, réquisitionner les usines de production, pour organiser, planifier la production et la distribution en masse des vaccins à l’échelle du monde. Au nom du respect de la propriété capitaliste, les industriels font ce qu’ils veulent en fonction de la seule recherche de profit.

La pandémie accélère la crise économique, la multiplication des plans de licenciements, des fermetures d’entreprises, entraîne déjà l’aggravation dramatique de la situation de millions de personnes.

Face à la catastrophe sociale qui se développe, alors que le chômage a bondi de près de 9% en un an, la seule urgence du gouvernement est de mettre en place sa réforme de l’assurance-chômage qui à partir du 1 juillet va entraîner une baisse des allocations pour au moins 800 000 personnes selon les propres estimations du ministère du travail. Et si la réforme des retraites vers un système à points semble être momentanément suspendue, l’augmentation de l’âge légal de départ est à nouveau en discussion, révélant le fond de la réforme… une nouvelle attaque contre le monde du travail.

Face au discrédit des classes dominantes et à la colère qui monte, le gouvernement ne fait qu’afficher son mépris, stigmatisant les travailleur·ses, les pauvres, les jeunes, les immigré.es dans un climat de surenchère réactionnaire et démagogique avec l’extrême-droite, et à grand renfort de déploiement de forces de l’ordre. C’est une offensive raciste et sécuritaire dans laquelle s’inscrivent la campagne contre « l’islamo-gauchisme », le vote de la loi « contre le séparatisme », comme la loi « sécurité globale » que la commission des lois du Sénat vient pour l’essentiel de valider et qui ne vise qu’à renforcer l’arsenal policier de surveillance et de répression des populations.

Cette fuite en avant des classes dominantes révèle leur totale incapacité à avoir d'autres préoccupations que la défense la plus étroite de leurs intérêts de classe, un aveuglement qui accentue la catastrophe sanitaire, environnementale, économique et sociale.

Mettre en place une politique d’urgence sanitaire supposerait, en premier lieu, réunir en un seul service public de santé l’ensemble des hôpitaux, des cliniques privées, la médecine de ville, comme la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique, ce serait la condition pour mobiliser l’ensemble des ressources humaines et scientifiques du pays.

Mais c’est bien à l’échelle du monde que se pose la lutte contre la pandémie. Elle devrait reposer sur une politique de santé mondiale commune, dépassant le cadre étroit des frontières comme des intérêts privés des firmes multinationales, pour permettre de mutualiser toutes les connaissances, les technologies, les ressources. Cela signifierait non seulement suspendre les brevets sur les vaccins et les médicaments mais aussi réquisitionner les usines pour coordonner, planifier la production de masse des vaccins pour permettre une campagne de vaccination gratuite à l’échelle de la planète.

Un tel plan d’urgence sanitaire est possible mais sa mise en place se heurte à la propriété capitaliste. Les politiques sanitaires actuelles ne font qu’imposer contraintes et répression aux populations, au monde du travail et à la jeunesse, entraînant une explosion de toutes les inégalités, accentuant la crise économique, sociale, démocratique, la crise globale du capitalisme.

L'incurie de la bourgeoisie et des Etats les disqualifie aux yeux des populations, les prises de conscience s'accélèrent, conduisent à la contestation radicale du pouvoir de la minorité capitaliste. L'occupation du théâtre de l'Odéon depuis le 4 mars par des intermittents qui dénoncent la précarité, donne des airs de 68, dans un climat de colère sociale qui monte au moment où les experts du FMI anticipent la multiplication des soulèvements sociaux dans les années à venir.

La pandémie en révélant et accentuant la faillite du capitalisme ouvre une période de luttes et de révolutions, qui dessinent de nouvelles perspectives pour construire une nouvelle organisation économique et sociale.

Bruno Bajou

 

[1] Lien vers l'appel-pétition : https://www.wesign.it/fr/sante/brevets-sur-les-vaccins-anti-covid-stop-requisition-

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