« Je veux me battre partout où il y a de la vie » expliquait la militante féministe allemande, socialiste et communiste, Clara Zetkin [1] qui avait appelé à une journée internationale pour les droits des femmes lors de la Conférence internationale des femmes socialistes, en 1910 à Copenhague. Une journée de lutte que le gouvernement issu de la révolution russe sera le premier à officialiser le 8 mars 1921, il y a exactement 100 ans, en l’honneur des ouvrières de Petrograd qui s’étaient soulevées le 8 mars 1917, premier jour de la révolution russe.

Clara Zetkin a contribué, aux côtés de Rosa Luxembourg et d’Alexandra Kollontaï, à faire de la lutte pour ces droits un combat international et universel, de classe, partie intégrante de la lutte pour l’émancipation humaine, pour le renversement du capitalisme.

« Les travailleuses sont absolument convaincues que l’émancipation des femmes n’est pas un problème isolé, qu’il fait partie de la question sociale. Elles savent pertinemment qu’il ne pourra être résolu tant que la société actuelle n’aura pas été fondamentalement transformée. La question de l’émancipation des femmes est née avec les temps modernes et c’est la machine qui l’a engendrée. […] La grande industrie a vidé de son sens la production à domicile de biens destinés à la famille. Mais elle a créé simultanément les bases de l’activité des femmes dans la société […] Or, si les femmes ne sont plus dépendantes des hommes sur le plan économique, il n’y a aucune raison pour qu’elles le restent sur le plan social. Toutefois, pour le moment, cette indépendance profite moins aux femmes qu’au capitaliste » expliquait Clara Zetkin en juillet 1889 au congrès de fondation de la seconde Internationale.

130 ans plus tard, les femmes du monde entier ont une place centrale dans l’économie mais restent les premières de corvée, occupant les emplois parmi les plus pénibles et mal payés, aux horaires « atypiques » et décalés, sur des temps incomplets et interrompus. 80 % des temps partiel en France sont occupés par des femmes et 30 % des femmes travaillent à temps partiel. La différence entre les salaires des hommes et des femmes est de plus de 25 % ! « C’est comme si chaque jour à partir de 15h40, les femmes travaillaient gratuitement » explique le texte unitaire qui appelle les femmes et les hommes à participer lundi aux manifestations et à la grève féministe internationale : « ce 8 mars, arrêtons le travail […] parce que si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête ». « Nous serons en grève avec les femmes du monde entier pour refuser toutes et tous ensemble de payer le prix de la crise avec notre travail, notre salaire, notre corps ».

Les luttes des femmes pour leurs droits fondamentaux, un élément central de la lutte de classe

Ce 8 mars 2021, l’exigence d’une réelle égalité entre les sexes prend un sens particulier alors que les femmes sont parmi les premières victimes de la pandémie et de l’accélération de la crise économique et sociale. Les métiers du soin, du ménage, de l’accueil, de l’enfance, du commerce et des secteurs les plus exposés restent très majoritairement féminins, « femmes » de ménage, aides-soignantes, infirmières, travailleuses en Ehpad ou en crèches, institutrices, mais aussi caissières et bien d’autres… A cela s’ajoutent l’enfermement, l’enchaînement supplémentaire que représentent le confinement et le couvre-feu au sein du foyer, et une hausse considérable des violences subies.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » disait Simone de Beauvoir. Oui, tant que perdurera une société de classe, le pouvoir d’une minorité qui ne peut se survivre qu’en écrasant les plus faibles, en divisant les exploité.e.s entre elles/eux, en instrumentalisant les préjugés pour mieux tenter d’assurer leur domination, nous ne pourrons mettre durablement fin aux oppressions, injustices et violences sexistes. La division du travail imposée aux sexes et surtout sa hiérarchisation n’ont rien de « naturel », elles sont le fruit d’une longue histoire d’exploitation et d’oppressions.

Dans cette période de capitalisme pourrissant, les réactionnaires de tous poils, de toutes nationalités et religions sont à l’offensive. De la « manif pour tous » et des militants anti-IVG sortis de leurs placards nauséabonds en passant par les hommes de pouvoir accusés et/ou reconnus de viols jusqu’aux régimes interdisant l’avortement, les relations sexuelles hors mariage, hypersexualisant la femme tout en lui interdisant de montrer son corps, ses seins et jusqu’à ses cheveux… coupables de tenter les hommes (!), légitimant les mariages forcés et jusqu’à la violence inouïe de l’excision, un même rouleau compresseur écrase les droits fondamentaux de la moitié de l’humanité.

Mais dans le monde entier, les luttes des femmes et la place qu’elles occupent dans la contestation et les révoltes sociales, ne cessent de grandir. Elles sont un élément fondamental de la période et donnent une nouvelle vigueur à la lutte de classe, renforcent son contenu émancipateur.

Des paysannes indiennes aux ouvrières des usines textiles d’Ethiopie ou du Bangladesh, des femmes de ménage des hôtels parisiens aux manifestantes du Hirak algérien ; des luttes pour le droit à l’IVG au Chili, en Pologne ou au Brésil aux femmes iraniennes qui bravent le pouvoir, les religieux et leur police en ôtant publiquement leur voile ; des mères noires américaines à l’origine de Black Lives Matter aux mères célibataires sur les ronds-points des Gilets jaunes ; des étudiantes de Science Po à la parole libérée par le livre de Camille Kouchner contre Olivier Duhamel, ancien directeur de Science Po Paris, à la vague internationale MeToo ou à la démission du patron japonais des JO après des propos sexistes, des colleuses qui placardent les rues contre les féminicides aux Rosies en bleus de travail et gants mappa dans les manifestations syndicales… c’est un mouvement de contestation international, multiforme, puissant, qui secoue la planète et encourage les femmes et à travers elles une grande partie des 99 % à exiger le respect, la justice, l’égalité, et à contester toute forme de domination.

Un cataclysme pour tous les réacs, pétrifiés face au courage des victimes qui dénoncent et témoignent des viols, de l’inceste, cette conséquence directe de la domination sur les femmes, de l’appropriation des corps des jeunes filles et garçons.

La peur que fait naître la révolte des femmes, la confiance retrouvée qui permet de relever la tête et libère la parole est un des moteurs profonds de l’offensive réactionnaire cherchant à faire taire. Les cris d’orfraie, les litres d’encre répandus par certains pour « argumenter » contre l’écriture inclusive en dit long.  

Mais chaque lutte est un point marqué, un encouragement pour toutes celles et ceux qui se battent pour une société émancipée, débarrassée du machisme et de toute oppression.

La victoire des femmes en Argentine après une lutte longue et massive pour le droit à l’IVG a résonné dans le monde entier. En particulier en Pologne où l’interdiction quasi-totale de l’avortement votée le 27 janvier provoque depuis l’automne une profonde contestation. De larges couches du monde du travail et de la jeunesse se mobilisent, aux côtés de collectifs féministes tels que Strajk Kobiet (Grève des Femmes) pour exiger le respect du droit à l’IVG et, au-delà, de l’ensemble des droits démocratiques et sociaux qu’écrase le gouvernement ultra-réactionnaire.

« L’émancipation sera le genre humain ! »

En 2020, en France, près de 100 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints ou ex. Chaque jour, 250 femmes sont victimes de viol ou de tentatives de viol, 32 % ont subi du harcèlement sexuel au travail et 16 % de la population a été victime de maltraitance sexuelle dans l’enfance selon les chiffres collationnés par #NousToutes. Sans parler de la vie faite à ces femmes, de plus en plus nombreuses, de plus en plus jeunes, d’origine immigrée ou non, contraintes de vivre dans la rue ou dans des squats et campements sordides seules ou avec leurs enfants, dans un des pays les plus riches de la planète.

La grande majorité des femmes et des jeunes filles subissent des agressions et pressions quotidiennes plus ou moins violentes au travail ou à l’école et à l’université, dans la rue ou au sein du foyer. Mais elles sont de plus en plus nombreuses à résister, à refuser de se conformer au rôle et aux normes que tente de leur imposer la société. Comme cette « réputation » qu’il leur faudrait défendre, ces exigences et interdits auxquels elles sont censées se conformer et qui brisent des vies.

C’est contre ce gâchis monumental, révoltant qui enferme tout autant les hommes que les femmes et pervertit les relations entre les individus que se lèvent de nombreuses et nombreux jeunes et moins jeunes. Ce mouvement pour l’émancipation est universel, international et est partie intégrante de la lutte contre l’exploitation, contre la société de classe qui légitime, nourrit le machisme et les oppressions.

C’est un combat révolutionnaire, démocratique qui porte la perspective socialiste et communiste, une société débarrassée de la logique du profit, de la propriété privée des moyens de production et des individus, permettant le plein épanouissement et le libre choix de chacun.e à travers l’action collective, tous sexes et genres confondus.

Isabelle Ufferte

[1] Les éditions Hors d’atteinte viennent de publier fort à propos un recueil de textes sur et de Clara Zetkin, Je veux me battre partout où il y a de la vieClara Zetkin, La femme qui inventa le 8 mars

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