« Sécurité globale, dictature totale », « les flous du roi », « vous vous floutez de notre gueule », les slogans n’ont pas manqué samedi pour dénoncer la loi de sécurité globale. Des centaines de milliers de manifestants dans tout le pays, jeunes pour la plupart, ont exprimé la joie de se retrouver dans la rue en criant « On est là » ! Le gouvernement pensait confiner la contestation par sa surenchère sécuritaire et en instrumentalisant la pandémie, son opération se retourne contre lui. Le mécontentement, la colère, la révolte explosent.

A Paris, le préfet de police Lallement a bien tenté d’interdire la manifestation au nom de la crise sanitaire, avant de se voir retoqué par le tribunal administratif devant la détermination du collectif #StopLoiSecuriteGlobale. Un désaveu supplémentaire de la politique du gouvernement après le désaveu de Castex par… sa propre majorité.

La situation leur échappe. Le cynisme et le mépris de classe de ces députés LREM, LR, RN votant la loi mardi, « pour protéger ceux qui nous protègent » comme l’a déclaré le rapporteur de la loi, ont de quoi révolter. Surtout quand le jour-même, les images montrant l’évacuation à coups de matraques et de coups de pieds de migrants et de leurs soutiens place de la République à Paris font le tour des réseaux sociaux !

Jeudi, ce sont les images du tabassage de Michel Zecler, producteur de musique roué de coups par des policiers le traitant de « sale nègre » qui ont paniqué le gouvernement. Une caméra de vidéo-surveillance a révélé au grand jour les exactions de ces policiers racistes qui ignoraient qu’ils étaient filmés, ainsi que les mensonges de leurs déclarations accusant leur victime d’outrage, de rébellion et même de violences ! Une preuve par la négative de l’objectif de cette loi, destinée à étouffer les affaires de violences policières, à les soustraire de la place publique et à garantir l’impunité réclamée par les syndicats de policiers proches de l’extrême-droite.

Le gouvernement panique et sa loi prend l’eau de toutes parts. Mardi, Castex la présentait comme un « excellent texte »… Jeudi, il annonce qu’il veut recourir à une « commission indépendante » pour rédiger l’article 24… Avant de reculer vendredi suite au désaveu des députés LREM et de Ferrand, proche de Macron et patron de l’Assemblée.

L’intervention de Macron, au-dessus de la mêlée, interpellant son gouvernement et expliquant « La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme » ne fait pas illusion sur ses propres responsabilités, lui qui cherche depuis des mois à attirer l’électorat le plus réactionnaire par sa politique raciste contre les « séparatismes », destinée soi-disant à lutter contre le terrorisme.

Alors que le gouvernement est complètement déstabilisé, les Ciotti, Estrosi ou Le Pen restent particulièrement silencieux face aux manifestants défendant les droits démocratiques élémentaires, comme face aux images des violences policières diffusées malgré les tentatives de censure. La contestation qui se construit peut faire reculer ce bloc réactionnaire qui votait mardi la loi à l’Assemblée nationale.

Les violences policières produit de cette société de classe

Le gouvernement tente maintenant de désamorcer la crise en dénonçant les policiers qui ont « déconné » comme le dit cyniquement Darmanin. Devant le tollé, quatre d’entre eux ont été placés en garde à vue suite au tabassage de Michel Zecler et tous les députés LREM, jusqu’à Castaner, dénoncent des comportements « inacceptables », indignes de « la police de la république » !

La gauche institutionnelle, qui dénonce la loi sur la sécurité globale, est enfermée dans la même logique « républicaine ». Faure, secrétaire du PS, appelle à « sortir du déni » sur le racisme dans la police… comme si la police de Valls et Cazeneuve était différente contre les sans-papiers ou dans les quartiers populaires, sans parler de la répression lors des manifestations contre la loi Travail ?

De EELV à Mélenchon, tous entonnent ce refrain de la « police de la république », à l’image de l’Huma qui titre « En adoptant la loi sur la sécurité globale, les députés élargissent le fossé entre le peuple et sa police »… Cette police n’est pas la nôtre, pas plus que cette république bourgeoise et son passé de guerres coloniales et de répressions sanglantes.

La république, avec sa justice, ses tribunaux, sa police, son armée n’est pas suspendue au-dessus des classes sociales. Elle garantit la propriété privée des capitalistes, leurs secrets commerciaux, leurs affaires, contre l’intérêt de l’immense majorité, ce qui devient de plus en plus criant avec la crise sanitaire.

La question des violences policières renvoie à la violence de l’ensemble de cette société, où la précarité grandissante est le produit même de l’enrichissement d’une poignée de milliardaires. Elle renvoie à la politique menée contre les migrants, alors que Macron annonce le doublement des effectifs policiers aux frontières en reprenant les discours xénophobes de Le Pen. Elle renvoie aussi à la loi contre les « séparatismes », appelée maintenant « confortant l’esprit républicain », flattant les préjugés racistes et anti-musulmans.

Sur un tel terreau, destiné à diviser et à dresser les opprimés les uns contre les autres, il n’y a pas de « bonne police républicaine ». Une sale politique ne peut se mener que salement, en flattant les préjugés, le racisme, en stigmatisant les plus pauvres.

Un déconfinement absurde et autoritaire

Mardi, Macron a présenté son « déconfinement » en trois temps, dicté par la grande distribution et guidé par la même politique autoritaire. Dès samedi, les commerces ont pu ouvrir, et le peuvent y compris le dimanche, mais les mesures de restrictions et les attestations restent obligatoires pour la population. Si le seuil de cas positifs reste inférieur à 5 000 par jour, le dispositif sera « allégé » le 15 décembre… avec la mise en place d’un couvre-feu généralisé à l’ensemble du territoire de 21h à 7h. Il faudra attendre le 20 janvier pour le desserrement du dispositif.

A nouveau un lot de mesures absurdes et incohérentes, comme la fermeture des bars et des restaurants, ne comportant pas plus de risques que bien des usines, des bureaux ou des salles de classe. Des mesures policières là encore, sans aucune annonce d’embauches supplémentaires dans les hôpitaux, ni de créations de lits d’hospitalisation. Macron et Castex mettent en place un déconfinement qui revient à renvoyer la responsabilité de l’épidémie à la population qui ne respecterait pas les gestes barrière.

Macron prévoit même « d’assurer l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante ». Dès le lendemain, un groupe parlementaire de la majorité déposait une proposition de loi infligeant une amende de 1 500 € en cas de non-respect de l’isolement. Tout est bon pour accuser la population, alors que l’ARS a contraint des soignants testés positifs et non symptomatiques à aller quand même au travail.

Comme le dit le président de la Société française de santé publique : « Dans une crise sanitaire comme celle que nous traversons, il faut une démarche démocratique, pas guerrière (…) Il faut accompagner l’isolement, dans une démarche bienveillante », tout le contraire des mesures Macron-Castex, confondant mesures sanitaires et policières !

Macron sert et protège le CAC 40

Quant aux conséquences sociales de la crise, Macron l’a redit, « la crise va encore s’aggraver », en particulier pour les salariés, les classes populaires. Suite à la lettre ouverte de plus de 180 maires, Castex vient de promettre… 1 % du plan de relance pour les quartiers défavorisés ! Une goutte d’eau, vu l’explosion de la grande précarité et des demandes d’aide alimentaire.

Pire, le gouvernement compte toujours faire passer la 2ème phase de la réforme de l'assurance-chômage, qui prévoit une diminution importante des indemnités pour les intérimaires condamnés par les patrons à alterner des missions courtes. Mais là encore, la situation se complique pour la ministre du Travail Elisabeth Borne, puisque cette mesure particulièrement injuste vient d’être remise en cause par le Conseil d’Etat. Pour un même nombre d’heures travaillées, l’indemnisation pouvait varier du simple au quadruple !

Pendant ce temps, les milliards des différents plans d’aide aux capitalistes permettent à la Bourse d’aligner sa 4ème semaine de hausse consécutive, avec un CAC 40 au plus haut depuis fin février ! Au lieu des emplois censés « ruisseler » de cette politique, ce sont les plans de licenciements qui se multiplient dans les plus gros groupes, à Total, Danone, Auchan, Sanofi, IBM, Renault...

En septembre, Le Maire s'est insurgé contre le « plan social d'aubaine » de General Electric... Mais tous ces groupes profitent justement des facilités de licencier, offertes par la loi Travail puis par les ordonnances Macron !

Et là, pas de « contrainte », pas de zèle autoritaire face à ces capitalistes que Macron et son gouvernement servent, à l’image de Borne : « ceux qui n'ont pas le couteau sous la gorge, je les invite, vraiment, à ne pas engager des plans de licenciements dans la période qu'on connaît, alors que le marché du travail est plus difficile »… On est loin du ton utilisé pour dénoncer ceux qui ne respecteraient pas les règles sanitaires !

Construire une contestation globale

Aujourd’hui, un climat de contestation de cette politique se construit, en particulier au sein de la jeunesse.

Malgré le confinement, les manifestations du 25 novembre contre les violences faites aux femmes ont été un succès à travers tout le pays, dénonçant les oppressions, les discriminations, les violences sexistes engendrées par cette société de classe et d’exploitation.

Alors que Blanquer est empêtré dans le scandale du syndicat Avenir Lycéen, financé généreusement par le ministère pour servir sa politique, sa tentative de reprise en main des enseignants rencontre une forte résistance. Après les sanctions contre les enseignants de Melle, trois enseignants du lycée Mauriac à Bordeaux sont menacés à leur tour, pour avoir manifesté leur opposition à la réforme du bac. Vendredi, plus de 300 manifestants sont venus les soutenir devant le rectorat. Les réseaux de la lutte des retraites, des équipes syndicales, des Gilets Jaunes, des interpros se reconstituent, comme les liens de solidarité et de luttes, au moment même où le ras-le-bol contre les méthodes policières éclate.

La manif du 5 décembre contre le chômage et la précarité se prépare dans ce contexte nouveau de la crise sanitaire et politique. Bien des participants aux manifestations contre les lois liberticides, comptent se retrouver aux côtés des associations de chômeurs pour dénoncer cette explosion de la misère à côté de l’enrichissement des actionnaires du CAC40.

Face à la politique « globale » de Macron, l’enjeu est de construire une contestation globale. La lutte contre les violences policières et les inégalités sociales relève d’une même lutte contre une poignée de privilégiés et leur république qui sert leur dictature.

Laurent Delage

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