Après quelques jours de faux suspense, mercredi 28, Macron annonçait un nouveau confinement, jusqu’au 1er décembre au moins. Dans un « mode allégé » a-t-il précisé : comprendre que les travailleurs travailleront, que les écoliers iront à l’école ainsi que les enseignants, mais que les endroits recevant du public seront fermés et que, sauf pour aller au travail, nos sorties seront strictement limitées, sous contrôle policier. Dès le lendemain, Castex et cie précisaient les modalités de ce nouveau tour de vis d’autant plus pesant qu’il survient alors que le plan vigipirate a été porté à son niveau le plus élevé suite aux meurtres de Nice.

La nécessité vitale d’un plan d’urgence pour les services de santé

De nombreuses contestations se sont élevées contre ce reconfinement. C’est entre autres le cas d’une tribune de 300 signataires (médecins, chercheurs, avocats, enseignants...) publiée dans le Figaro (lien). Sans prétendre rentrer dans les polémiques entre épidémiologistes ou autres spécialistes, il est clair que la maîtrise de la pandémie suppose un système de santé efficace et démocratique. Il est  évident que ce n'est pas le cas comme il est indiscutable que le gouvernement n’a rien fait pour remédier un tant soit peu à l’incapacité dans laquelle ont été mis les services hospitaliers à faire face à la recrudescence actuelle de l’épidémie. Recrudescence dont tout le monde savait qu’elle se produirait, à commencer par le pouvoir qui s’en est servi comme d’un épouvantail pour culpabiliser celles et ceux qui ne se pliaient pas aux règles.

Les services de réanimation sont de nouveau menacés de saturation. Mais c’est d’une façon plus globale les lits d’hospitalisation qui font défaut pour accueillir les patients du covid dont la plupart ne font qu’un passage bref, voire pas de passage du tout en réa. 100 000 lits ont disparu en 30 ans de politique de casse du service public hospitalier, politique que le gouvernement poursuit tout en tenant les discours inverses. A ce manque de lits s’ajoute celui de personnel. Macron a tenté de s’en dédouaner, prenant argument du nombre important d’années nécessaires à la formation des infirmières et médecins de réanimation. Mais il est bien responsable, au même titre que ses prédécesseurs, de l’hémorragie qui frappe les services hospitaliers du fait de conditions de travail insupportables, de salaires insuffisants. Et rien ne l’empêcherait de recruter d’autres catégories de personnel qui manquent cruellement, mettre de l’argent dans les services publics, il n’en est pas question.

La panique du pouvoir met en évidence de façon dramatique l’urgence et la nécessité vitale d’une réorganisation totale du système de santé. Cela commence par la réouverture de lits qu’exigent les personnels hospitaliers, par leur assurer à tous des conditions de travail et des salaires dignes, le lancement d’un vaste plan de formation d’infirmières, d’aides soignants, de médecins. Cela passe aussi par la réquisition des établissements privés, la constitution d’un service public de santé qui intègre et assure la coordination de tous les intervenants et professionnels de santé, y compris ceux qui relèvent de la « médecine de ville ». Quant à l’anarchie de la production mondiale de médicaments, de matériel médical, elle pose avec acuité la nécessité de sa planification, de l’expropriation des Big pharma comme Sanofi, de la collaboration scientifique à l’échelle internationale.

Incurie et cohérence... de classe !

Le gouvernement panique devant les conséquences sociales, politiques et économiques de sa propre incurie. Il se livre à une fuite en avant, surenchérit sur le traitement policier de la crise sanitaire, n’hésitant pas à susciter la peur. Erreur volontaire ou pas, Macron étayait son argumentation sur l’accélération de la crise sanitaire en annonçant que 527 personnes étaient mortes du covid dans la journée du 28 alors qu’il y en avait eu en réalité 288…

L’incohérence des dispositions prises est flagrante. Incohérence... ou plutôt cohérence de classe. Car tout est confiné, sauf l’obligation de travailler... avec tout ce que cela implique du point de vue des risques sanitaires dans les entreprises, dans les transports qui continueront de charrier leurs cargaisons de travailleurs. Si faire face au risque implique le confinement comme le prétend Macron pour justifier son nouveau tour de vis, il n’y a aucune raison qu’il ne s’applique pas à l’ensemble des activités, hors celles réellement indispensables. Mais c’est aux premiers concernés, les travailleurs, de décider, avec leurs organisations, de ce qui est indispensable ou pas, ainsi que des mesures de protection à mettre en œuvre pour assurer leur propre sécurité. Macron et Castex recommandent aux patrons de développer au maximum le télétravail. C’est une incitation à développer un système pervers, une forme de surexploitation du travail humain.

Tous les établissements scolaires, saufs les universités, resteront ouverts et devront accueillir tous les élèves. Pour Blanquer, « l'épidémie ne saurait priver durablement les enfants de tout lien  avec l'école, et nous ne pouvons pas laisser la crise sanitaire entraîner des retards qui sont ensuite susceptibles de décrochage. » Comme si les premières causes de décrochage n’étaient pas le manque de moyens matériels et humains, les classes surchargées ! Tout le monde a bien compris qu’il s’agit avant tout de permettre aux parents d’aller travailler et, pour ceux qui télétravaillent, d’être dégagés de la contrainte de s’occuper en même temps des enfants. Cette décision s’accompagne d’un prétendu « protocole sanitaire renforcé », une sinistre plaisanterie qui tient en quelques points : port du masque obligatoire dès six ans ; circulation des élèves réduite au maximum ; récréations organisées « par groupe, avec un respect maximal des gestes barrières », voire remplacées par des simples temps de pause en classe ; mesures plus strictes dans les cantines ; plus d’aérations et de désinfections... Des paroles creuses pour des mesures inapplicables alors que tout manque, personnel, locaux, matériel ! Et surtout pas question, comme le demandent les enseignants, de classes à demi effectif qui permettraient de respecter au minimum la distanciation sociale... Le même Blanquer lançait, le 22 octobre, un « Grenelle de l’éducation » qui « durera trois mois. Au cours d'ateliers, il réunira des acteurs du monde éducatif - personnels, parents d'élèves, syndicats, personnalités de la société civile ou encore élus pour réfléchir aux modernisations de l'Éducation nationale »...  Blanquer veut nous rejouer pour l’Education le coup du « Ségur », un leurre bien incapable de désamorcer la colère du monde enseignant.

Bosser pour que les bourses ne s’effondrent pas...

Depuis quelques semaines, alors que la menace d’une recrudescence de l’épidémie se précisait, montait aussi l’inquiétude des milieux financiers, des boursicoteurs face à la perspective d’un nouveau confinement. Les bourses, qui s’étaient rapidement remises d’un début de panique en mars grâce aux interventions massives des États et des banques centrales, faiblissaient de nouveau. Avant l’intervention de Macron, le 28, Les Echos titraient : « l’approche d’un deuxième confinement plombe le CAC40 ». Ce dernier, qui était à 4900 points le 23 octobre, avait baissé en quelques jours à 4571 points. Mais l’annonce par Macron que l’activité des entreprises ne sera pour l’essentiel pas touchée, que la politique du « quoi qu’il en coûte » sera poursuivie, semble avoir remonté le moral de ce petit monde. D’autant que dès le lendemain, la BCE annonçait qu’elle interviendrait « dès que nécessaire », ce qui faisait titrer Les Echos : « La BCE se dit prête à agir dès le mois de décembre, le Cac 40 stable »... du moins pour l’instant.

Macron et le gouvernement ont assuré de leur « soutien » les petites entreprises touchées par les fermetures administratives (bars, restaurants, magasins non alimentaires, salons de coiffure, librairies, fleuristes...) et leurs salariés, ainsi que celles qui, bien que non soumises à la fermeture administrative, verraient leur chiffre d’affaire baisser de plus 50 %. Mais les 17 milliards qui, selon Lemaire, sont prévus pour financer ce soutien ne rassurent manifestement pas. Alors que le commerce par Internet continuera de fonctionner, que des enseignes comme la FNAC, Darty resteront ouvertes sous prétexte de répondre aux besoins de matériel informatique nécessaire au télétravail, beaucoup parmi les 200 000 petits commerces obligés de fermer craignent de ne pas survivre à ce deuxième confinement. Ils manifestent, disent leur révolte contre des mesures aussi absurdes, entre autres, que la fermeture des librairies et qu’ils dénoncent comme une aide du gouvernement aux grandes enseignes. Face à la grogne qui monte et trouve le soutien de nombreux maires, Lemaire est monté au créneau ce dimanche, annonçant que des « rayons non essentiels » des grandes surfaces pourraient être fermés, que certains commerces pourraient rouvrir dès le 12 novembre, si la situation sanitaire le permet…

Ne pas se laisser confiner politiquement

Le choix du gouvernement de fermer les lieux publics, d’interdire les déplacements autres que ceux pour le travail et de nous soumettre à un contrôle policier permanent revient à tenter de confiner notre vie sociale, notre vie politique. Sous la chape de plomb de l’union nationale, il cherche à nous enrôler dans sa prétendue guerre contre le virus comme contre le terrorisme pour tenter de nous désarmer face à la guerre qu’il mène vraiment, une guerre de classe contre l’ensemble des travailleurs quelle que soit leur origine, leur religion ou la couleur de leur peau. Une guerre de classe d’autant plus violente et déterminée qu’elle a pour enjeu la sauvegarde de la « machine à profits », d’un capitalisme au bord de la faillite.

Refusant de se laisser lier les bras, 18 organisations syndicales et politiques de Toulouse ont lancé un appel à manifester le 7 novembre sous le slogan « Stop aux mesures liberticides ! Sortons la santé de la marchandisation ! Contre la crise sanitaire et sociale, des moyens humains et matériels maintenant ! » (lien vers le communiqué). L’initiative pourrait être reprise dans d’autres villes. Vendredi, la plupart des syndicats enseignants ont déposé un préavis de grève du 2 au 7 novembre, pour « exiger collectivement, partout, des mesures réellement protectrices pour les élèves, les personnels, les  parents d’élèves »… Un cadre dans lequel pourrait s’exprimer, dès ce lundi, l’exaspération des enseignants qui en ont assez du mépris de leur ministre dont ils ont appris vendredi par la presse la décision d’annuler les dispositions prises pour une rentrée à 10 heures dans tous les établissements avec un hommage à Samuel Paty. La rentrée se fera partout à l’heure habituelle, l’hommage à Samuel Paty dans les classes…  Sauf si les enseignants en décident autrement dans les assemblées générales qui se tiendront dans tout le pays !

Ces cafouillages du ministère de l’éducation comme ceux de Lemaire et Castex face à la contestation des petits commerçants sont autant d’expressions de la panique du gouvernement face à une situation qui lui échappe et à laquelle il ne sait répondre que par une surenchère répressive et réactionnaire, dans les actes comme dans sa propagande. Par notre solidarité, nos capacités à nous organiser, à nous mobiliser, à donner un programme à nos luttes, nous pouvons inverser le rapport de force pour non seulement mettre un coup d’arrêt aux offensives en cours, mais aussi imposer les mesures d’urgence qui s’imposent, à commencer par la santé et l’éducation.

Daniel Minvielle

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